‹ Œuvres;Chapitre 202 sur 236 · LA MORT D · texte numérisé non relu

LA MORT D

a ; blier tous les maux de la vie mortelle, et il jette

, mon ame dans une ivresse divine. Oui, chers

e amis, si vous sentiez ce que j'éprouve, vous en-

s vieriez ma félicité; il m'est impossible de vous en

• donner une idée. Je viens de vous parler de la lu- , mière et de la vérité, mais c'est comme un mortel , qui ne voit les choses célestes qu'à travers un voile, é et qui n'a point de langage pour les exprimer. Les s ténèbres et l'erreur sont inhérentes a notre nature i terrestre. Non-seulement la nuit couvre la moitié

1 de notre globe ; mais dans l'autre moitié qu'éclaire , le soleil , les montagnes, les vallées , les rochers ,

2 les forets , les herbes, les animaux , ont chacun r leurs ombres, qui sont des espèces de nuits au mie lieu du jour. Les nuages mêmes qui s'élèvent sans ■ cesse de la terre nous cachent le soleil la moitié s de l'année , de sorte que nous jouissons à peine t d'une douzième partie de sa lumière ; encore esta ; elle incertaine, variable et fugitive.

e 11 en est de même des erreurs qui nous voilent

• la Divinité. De ténébreuses superstitions sont ré- I- pandues comme une nuit sur plus de la moitié du e genre humain, et lui cachent la source de toute e vérité et de toute vertu : de plus, chaque nation , s chaque tribu, chaque famille, chaque homme a ses r i préjugés et ses erreurs, qui obscurcissent sa raison, il I Dans les villes même les plus civilisées, l'athéisme,

; formédespassionsdépravéesdeleurshabilants,s'élève comme un nuage rempli de foudres et de tera- I pêtes, qui s'exhale du sein des marais fangeux , et i amène des ténèbres effroyables au milieu du jour ; le plus calme. La plupart des hommes sont unié[ quement occupés a satisfaire leurs passions abjectes ,1 et obscures; ils fuient la lumière de la vérité ; et R si quelqu'un de ceux qui la cherchent en découvre un rayon nouveau, il est persécuté a la fois par les athées et les superstitieux.

Mais espérez un meilleur avenir, chers compagnons de mes travaux. Le globe et le genre humain sont encore dans l'enfance. Dieu n'opère qu'avec nombre, temps, poids et mesure; il perfectionne sans cesse ses ouvrages. Semblable à un laboureur infatigable, il laboure sans cesse ce globe avec les rayons du soleil, et l'arrose avec les eaux de l'océan. 11 le pénètre de lumière et l'améliore de siècle en siècle. Voyez combien de végétaux et d'animaux nouveaux se sont répandus, des parties orientales de l'Asie et de l'Afrique, dans la Grèce, et de Ta s'étendent peu à peu dans les régions occidentales. Voyez, d'un autre côté, combien les productions de la vérité, formées d'abord dans l'orient, se sont propagées dans les mêmes lieux. Les Orphée, les Homère, les Pythagorc en ont apporté les lettres, les

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sciences et les arts. Les sages sont les rayons de la Divinité. Combien de coutumes inhumaines et de lois injustes n'ont-ils pas déjà abolies! Ils passent sur la terre comme des rayons de vérité, qui montrent le chemin céleste de la vertu ; et quand ils ont parcouru leur carrière rapide , Dieu les rappelle dans son sein , comme le soleil les rayons de sa lumière.

N'en douiez pas, chers amis, il est des récompenses dans les cieux pour ceux qui ont marché constamment dans les voies de la vérité et de la vertu. C'est là que nous nous trouverons réunis avec tous les bienfaiteurs des hommes. Ne vivez donc que pour la patrie céleste. Ici-bas, tout est renversé; là-haut, tout est à sa place. Les nuits, les hivers , les tempêtes, les erreurs, le faux savoir, les superstitions, les calomnies, les guerres, la mort viennent de cette terre ténébreuse, dont tant d'hommes se disputent l'empire, pareequ'ils seflattentd'y vivre toujours. La lumière, la vérité, la vraie science, la vie, les amours, les générations, descendent de ce ciel, qui ramène à lui tout ce qu'il y a de bon , et dont presque personne ne s'occupe. (Ici il fait une pause.) 0 mes amis ! aimez-vous ; soutenez-vous les uns les autres, en gravissant l'âpre montagne de cette vie ténébreuse. Bientôt vous en atteindrez les sommets lumineux, et vous serez, comme moi, au-dessus des tempêtes, (// s'arrête, et s'approche de son lit.) Je me sens fatigué. . . mes jambes nepeuvent plusmesoutenir, . . les liens qui attachent mon ame à mon corps se relâchent, et vont bientôt se dénouer. Je t'embrasse, mort sacrée ! // se jette sur son lit, et se couvre le visage cl'unpan de son manteau.

ses amis se lèvent et s'écrient :

Socrate ! oh ! Socrate n'est plus.

sograte , revenant à lui, se redresse sur son

séant ; ses yeux sont baissés vers la terre.

0 terre , je sens que je t'abandonne ! Mais que vois-je ? les temps se dévoilent à mes yeux !.... Athènes, quelle peste affreuse ravage tes malheureux habitants ! tes écoles se ferment, les exercices cessent! Mélitus , tu es condamné à ton tour... Anytus, tu fuis en vain... tu tombes lapidé sous les murs d'Héraclée! et vous, misérables témoins de la calomnie, on vous refuse de toutes parts le feu et l'eau! Dans votre désespoir, vous vous arrachez la vie de vos propres mains. (// levé ses yeux vers le ciel.) Justice éternelle, que vous êtes terrible aux méchants ! (Il fait une pause, et porte ses yeux à

l'horizon. ) Quels honneurs !.... quelle fête!

Une statue de bronze s'élève pour moi danslePrylanée par les mains de Lysippe, et une chapelle de

PRÉAMBULE

marbre sur le chemin du Pircel Infortunés Athéniens, je suis donc l'objet de vos regrets!... (Après unepause, les yeux £aissés.)JenevoispIuslaterre. {Il lève ses ijeux ravis en admiration et ses mains tremblantes vers le ciel. ) Où suis-je? Quel doux éclat! astredesnuils, quel ordreadmirable dans tes montagnes réverbérantes ! Astre des jours, quel amphithéâtre de mondes t'environne, et reçoit de toi le mouvement et la vie! Est-ce toi, Vénus, astre de l'aurore? Quelles formes ravissantesdans tes vallées fleuries et tesmontsétincelants ! 0 habitants fortunés ! 0 Mercure, plus brillant encore et plus heureux , tu circules dans des flots de lumière. Quel torrent m'entraîne! quelle puissance m'attire ! c'est le soleil. 0 Dieu quelle étendue! quelle splendeur ! Célestes habitations ! ineffables ravissements! [D'un ton de voix affaibli et lointain.) Cri ton!... Cri ton !...

CRITON

0 demi-dieu ! que me Voulez-vous?

SOCRATE

Le dieu de la santé me délivre de mes sens corporels... II fait lever sur moi le jour de l'éternité... Nous lui devons l'oiseau du matin.

« Il tombe à la renverse sur son lit, et expire. » Ses amis se jettent en pleurant sur son corps; » les uns lui baisent les pieds, d'autres les mains, » d'autres lui ferment les yeux.

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