DE LA MORALE
sort dans les campagnes, sans précepteur , il inj terroge tout ce qui l'environne, il creuse la terre jf!f il effeuille une fleur, il escalade un arbre. Il veu ( V tout voir , tout manier , tout connaître*,; son corp<< k, et sa raison se forment à la fois d'après les loi ] m et les dons de la nature. Pénétré de cette puis] ^ sance qui l'environne de bienfaits, il l'adore dam ^ l'arbre qui le nourrit, dans la fontaine qui le dés II (i altère, dans le soleil qui l'éclairé et le réchauffe „m et bientôt dans l'objet de ses amours. C'est ains ; que vous vivez encore , peuples simples, vousqu| pPn nous appelons ignorants et sauvages! Pour nous i ^ habitants des cités, nous n'adorons que les ou j^ vrages de notre esprit et de nos mains : des monu ^ menls, des statues, des systèmes. Mais ne nou |jrr enviez point nos arts fastueux et nos doctrine ^ trompeuses; les prairies sont vos lycées , des jeu| (( , innocents vos exercices, de majestueuses forêtlp vos temples toujours révérés. Au sein de la naturiu JU| vous n'en méconnaissez jamais l'auteur ; et sanj u doute , à ses yeux , c'est vous qui vivez à la lu] |fll mière , et nous dans d'obscurs souterrains. j m
Quelque haute opinion que nous ayons de no sciences et de nos arts, tous les modèles en son >f dans la nature. Que dis-je? nos ouvrages les plu) c vantés n'en sont que de vaines images. Le gén le plus sublime n'en est qu'un faible nourrisson; i n'est industrieux que de son industrie. C'est pai les convenances qu'elle lui montre qu'il entrevoi les convenances qu'elle lui cache. Christophe Colomb , pénétré de cette seule vérité que Dieu n'a rien fait en vain, juge , à l'aspect d'uu globe, que sa partie occidentale ne peut être réservée tout eu tière a l'Océan : il s'embarque et il découvre un nouveau monde.
Si notre intelligence ne se développe que suri celle de la Divinité , notre morale ne se modèle que sur le sentiment de sa bienfaisance. L'homme juste, semblable a elle, est bienfaisant sans se| mettre en peine de la reconnaissance des hommes. Il fait du bien, même à ses ennemis , comme l'arbre fruitier, dit Marc-Aurèle , qui donne ses fruits; a ceux mêmes qui lui jettent des pierres.
Confucius prêche la morale aux rois corrompus! de la Chine; il la fonde sur les lois de la nature et sur la souveraine raison de l'univers; il établit surj elle la politique des nations : il vit et il meurt persécuté. Cependant un philosophe sur le trône se revêt , après lui , de son auguste sacerdoce. Les diverses nations de la Chine , éprises de cette doctrine céleste, se réunissent a ses états et forment un empire qui dure depuis quatre mille ans. Un sage paraît dans un royaume prêt, à se dissoudre ; j
DE LA NATURE DE LA MORALE
il veut en rappeler les habifants aux lois éternelles de Ja morale : il paie sa mission de sa vie. Mais ses divins documents se répandent dans le monde; ils étayent pendant des siècles les ruines de l'empire romain; et son énorme colosse ne s'écroule aujourd'hui , que parceque les vices en avaient sapé tous les fondements.
Que dirai-je de ces hommes si chers au genre humain, qui ont tant de fois guéri ses plaies par le seules influences de la morale? Guillaume Penn, fuyant les troubles de son pays, appelle ses frères persécutés sur les bords de la Deîaware, et il y établit un état toujours pacifique au milieu même des anthropophages. Fénelon , avec un seul livre, ramène les rois de l'Europe de l'esprit destructeur des conquêtes à celui de l'agriculture, et prépare de loin notre liberté. Cook et Banks vont transplanter nos végétaux utiles dans un autre hémisphère, et les Sauvages admirent, pour la première fois , des Européens qui abordent sur leurs côtes pour leur faire du bien. Howard parcourt toutes les prisons pour adoucir le sort des criminels, et son humanité inspire au gouvernement britannique de fonder avec eux Botany-Bay. Vincent de Paille donne des berceaux et du lait à des milliers d'enfants trouvés. Un philosophe, égaré par l'exemple , expose les siens dans un pays où les mères les abandonnaient à des nourrices mercenaires ; en expiation de sa faute , il compose |m livre sur l'éducation , et son cœur , affligé de si tristes ressouvenirs, lui inspirant une éloquence paternelle , il rend les mères a leurs enfants et les enfants à leurs mères. Ainsi le ciel indulgent traça a nos pas incertains deux routes vers la vertu , l'innocence et le repentir.
Taut de bienfaiteurs de l'humanité, si éclairés, auraient-ils fait des sacrifices si longs, si pénibles, pour des hommes inconstants et ingrats, s'ils n'avaient senti qu'il existait un Dieu?
Non seulement cette morale sainte protège les nations contre les erreurs et les foreurs de la politique , mais elle guérit les hommes des maux regardés par la médecine même comme incurables.
Je vais vous en citer un exemple bien digne de vos réflexions. Un médecin* vient de présenter au gouvernement une méthode curative de la folie par des remèdes moraux. En effet, la folie est une maladie morale qui se combine souvent, ainsi que les passions, avec la santé physique la plus robuste. Parmi les preuves que ce respectable phi-
* Sî, Boutet.
Bernardin.
lantrhope rapporte de la bonté de ses moyens , certifiées par deux médecins célèbres , dont l'un , le citoyen Desessarts, est un de nos confrères, il y en a une fort touchante. Une fille, âgée de vingtcinq ans, était devenue folle par les injustices réitérées de son père. 11 lui enlevait tous les fruits de ses travaux pour les donner à son frère. Il lui promit une croix d'or en dédommagement; mais il manqua de parole. L'infortunée ne put résister à ce dernier trait ; elle en perdit la raison. Elle entrait en fureur au seul nom de l'auteur de ses jours. On l'emmena au célèbre hospice des insensés, à Avignon. Le médecin moraliste, après lui avoir faifc administrer , sans succès , les remèdes physiques accoutumés, la console, lui dit que son père se repent de ses torts, qu'il lui a acheté le bijou qu'il lui a promis , et qu'il a envoyé son frère au loin apprendre une profession. La fille écoute, et devient pensive. Bientôt le père se présente à elle, mais elle le repousse. Après quelques nouvelles tentatives, il s'en rapproche, la caresse, lui présente le bijou fatal. La fille émue, verse des larmes , lui tend la main , l'embrasse, et en peu de temps recouvre sa santé. Ainsi le père retrouva sa tendresse dans le malheur de sa fille, et la fille sa raison dans l'amour de son père, et tous deux baignèrent de leurs larmes la main du sage qui les avait guéris.
Notre ame ne ressemble que trop souvent a cette fille égarée. Combien d'hommes ont méconnu un père dans la nature, à cause de la perte imprévue des objets de leurs affections ! Il n'y a point de Dieu, s ecrient-ils, ou, s'il en est un, il est injuste ! Ah ! sans doute , s'il disait à chacun d'eux : Enfant de la terre, reprends ta jeunesse fugitive, tes amours inconstants, tes dignités si vaines, et vis heureux, si tu le peux ; ils reconnaîtraient peut-être un père au retour de ses bienfaits. Mais ses dons ne sont pas nos propriétés ; il nous les prête pour un temps , pour les faire passer bientôt à d'autres.
« La vie, dit Marc-Aurèle, est un banquet où » nous sommes invités tour à tour. N'en sortons » pas sans remercier la Divinité qui nous y a ap- » pelés. » Ne semble-t-elle pas nous dire , par le spectacle de la terre et des cieux : « J'ai donné a » vos passions des biens passagers comme elles » j'en destine d'immortels à vos vertus? La bonté » est dans mon essence, la justice dans mes dis- » tributions, l'éternité dans mes plans, et l'infini » dans mes ouvrages. »
Laborieux naturalistes, qui essayez d'en faire des nomenclatures, dites-nous si vous entrevoyez seulement sur la terre les limites de sa puissance,