‹ Œuvres;Chapitre 220 sur 236 · LETTRE AUX AUTEURS DE LA DÉCADE · texte numérisé non relu

LETTRE AUX AUTEURS DE LA DÉCADE

Sont à très bon marché : pour 90 livres par au, j'avais, il y a quelques années , quatre pièces daos un donjon, des commodités en tout genre , et une vue enchantée. Il n'y j a presque pas de maison qui n'ait son jardin. L'air y est pur; l'eau de la Seine n'y est point infectée des immondices de la capitale; et, ce qui n'est pas un petit avantage, la bière et le pain de la rue Mouffetard y sont les meilleurs de Paris : ce qu'il ne faut pas attribuer, comme bien des gens le croient , à l'eau de la rivière des Gobelins , car on ne l'y emploie pas, mais à celle des puits, qui y sont creusés dans des lits de roche. On le rendra le quartier le plus agréable de Paris , quand on aura bâti sur la Seine le pont de communication entre le boulevard du Jardin des Plantes et celui de l'Arsenal; quand on y aura fait aboutir , à travers les petites rues limitrophes de la rue de l'Oursinë, l'avenue du beau boulevard du Mont-Parnasse; quand on aura achevé de paver fa rue de Buffon , impraïicable aux voitures pendant l'hiver ; quand on l'éclairera à la nuit , ; en y faisant mettre quelques unes des nombreuses lanternes | qu'on vient de supprimer sur la route de Versailles; et surtout quand on aura débarrassé la rivière des Gobelins des causes qui l'infectent en été , et par suite le Jardin des | Plantes qui en est voisin. Ces considérations doivent engager l'administration à exécuter les projets qui ont déjà été présentés sur ces divers objets. Aucun lieu dans Paris n'est aussi propre aux écoles nationales dans tous les genres. Tout le monde y connaît la manufacture fameuse des Gobelins, qui offre tant de ressources au peuple qui n'a que son industrie pour vivre. J'entends dire , depuis la révolution, que les beaux-arts ne sauraient fleurir dans les républiques , et on cite pour exemple l'Angleterre/ C'est Une grande erreur. Si les Anglais ne se livrent pas aux arts de goût, c'est à la navigation qu'il faut s'en prendre : elle | absorbe toutes leurs vues dès l'enfance; et par ses études I géométriques , ses calculs , ses fonctions pénibles et rudes, I elle les prive de ces grâces d'expressions qui seules rendent ! Celles de la nature. Mais, s'ils ne sont ni peintres, ni sculp- ! teurs , ils paient magnifiquement les beaux-arts , dont ils sentent tout le prix. D'ailleurs ne voyons-nous pas chez i les anciens Grecs les beaux-arts fleurir dans toutes leurs | républiques? Sicyone, Samos, Athènes même, ne leur | ont-elles pas dû la plus grande partie de leur illustration?

Il y a plus, ils ne prospèrent que sur le sol de la liberté, j Comparez les peintres , les sculpteurs , les poètes, les orateurs , les historiens de la Grèce , avec ceux de l'empire si S riche , si fastueux de la Perse ; vous verrez quelle notable I différence. Mais , de tous les établissemens , le premier est ! sans doute celui de l'étude de la nature : elle est la mère \ des sciences , des arts , et de toutes les inventions des hom- ! înes; elle seule les élève vers la Divinité , en leur faisant i voir, dans un petit espace de terrain , une partie des bienj faits que la main de la Providence a répandus sur le globe, j pour être entre eux un objet perpétuel de commerce, et lés faire vivre en frères.

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