LETTRE AUX AUTEURS DE LA DÉCADE
Comment, d'un autre côté, pourrait-elle l'attirer vers le zénith de ce même méridien, lorsqu'elle est à son nadir, et soulever la mer Atlantique, lorsqu'elle est sur la mer du Sud? Peut-elle agir sur nos têtes, tandis qu'elle esta nos antipodes? Comment attire-t-elle deux fois par jour l'Océan entier, et laisse-t-elle la Méditerranée et les lacs sur lesquels elle passe, sans flux et reflux? Pourquoi n'attire-t-elle pas l'atmosphère , cet Océan d'air plus étendu, plus léger et plus mobile que l'Océan aquatique? Si elle soulevait l'air, il aurait des marées comme l'Océan et au même moment; le baromètre les annoncerait deux fois par jour : or, c'est ce qu'il ne fait pas.
La lune n'agit donc sur l'Océan que par les rayons du soleil , qu'elle réverbère sur les glaces des pôles, dont elle accélère les fontes par un surcroît de chaleur ; et ces fontes n'accroissent le volume de l'Océan sur nos côtes, qu'un jour et demi ou deux après que leur action s'est fait sentir au pôle d'où elles partent, à cause de l'éloignement de ce pôle; ainsi, une source qui tombe dans un bassin, y produit un mouvement qui se décompose en deux: l'un est celui de la masse entière de l'eau , qu'elle remue presque à la fois ; l'autre est celui de fluctuation , qui n'agit qu'a la surface et y produit des cercles qui se succèdent sans cesse.
Le premier se fait sentir dans l'Océan , lorsque le soleil à l'équinoxe échauffant un pôle couvert de glaces, en fait sortir des torrents qui augmentent tout à coup le volume de l'Océan et le forcent de rétrograder vers le pôle opposé, avec une impulsion de masse qui se fait sentir en deux ou trois semaines dans la mer des Indes. Le même effet a lieu, lorsque les fontes polaires surabondantes de la nouvelle et pleine lune se manifestent un jour et demi après, dans les grandes marées de nos côtes. Elles arrivent chez nous en été , ainsi que celle de l'équinoxe du printemps, beaucoup plus tôt qu'aux Indes, parceque nous sommes plus , voisins du pôle qui les produit.
Quant au mouvement de fluctuation , il nous | donne des marées de chaque jour, qui se succè- ] dent comme les ondulations d'un bassin où tombe une source, et qui se font sentir, surtout sur les côtes , par l'action constante des courants polaires semi-annuels, dont elles ne sont souvent que des contre-courants latéraux.
L'Océan est un grand fleuve dont les sources versatiles sont aux pôles; il circule autour du globe par un mouvement à la fois direct et latéral, et par deux mouvements tour a tour opposés , comme