‹ Œuvres;Chapitre 225 sur 236 · BERNARDIN · texte numérisé non relu

BERNARDIN

là séve dans les végétaux, et le sang dans les animaux : c'est ce que nous démontrerons dans un plus grand détail, dans nos Harmonies de la Nature. Les preuves que nous en rapporterons sont si évidentes que nous nous flattons de ramener à notre théorie les partisans les plus zélés du système newtonien.

Quoi qu'il en arrive, il est certain que les courants de l'Océan peuvent être au moins aussi utiles aux hommes que ceux des rivières. On peut , par le moyen de ceux du pôle nord , faire descendre tous les ans en été, jusque sur nos côtes et dans nos ports, des quantités prodigieuses de bois qui se perdent dans les parties septentrionales de l'Europe et de l'Amérique : en les assemblant en longs trains, et en les remorquant avec quelques bateaux, elles descendraient encore plus aisément que les montagnes de glaces flottantes qui sortent, au printemps , du fond de la baie d'Hudson et de celle de Baffin, et viennent s' échouer jusque sur le banc de Terre-Neuve.

Il y a quelques années, l'hiver ayant été doux à Londres , et les glacières y manquant de glace en été , un Anglais fit la spéculation d'en aller chercher sur le grand banc ; il en rapporta une cargaison qu'il vendit fort cher. 11 eût pu en remorquer un rocher entier jusque dans la Tamise. Nous pouvons de même exporter les forêts du nord et les faire flotter dans la Seine. La théorie des courants maritimes peut ouvrir mille communications utiles entre les hommes ; les causes en étant connues , on peut en déterminer les effets par des expériences simples, faciles et peu coûteuses. Une bouteille deviendra plus intéressante dans la mer que le globe aérostatique dans l'air; celui-ci expose les hommes àde terribles naufrages, celle-là peut les en sauver. Il est évident qui si le vaisseau l'Indienne avait péri sur un écucil, à l'endroit où le C. Brard a jeté sa bouteille, l'équipage eût donné des nouvelles de son malheur sur la côte d'Espagne en moins de trois semaines; il n'eût pas tardé sans doute à être secouru.

Hélas ! il n'y avait guère plus loin de l lle-de- France à l'île de Sable, sur laquelle un vaiseau de la Compagnie des Indes se brisa, il y a environ quarante ans. Le capitaine abandonna sur cet écueil , jusqu'alors inconnu, cent cinquante noirs esclaves qu'il venait d'acheter à Madagascar. H promit a ces infortunés, qu'il laissa presque sans vivres , de les envoyer chercher dès qu'il serait arrivé à l'Ile-de-France, et il s'embarqua avec ses matelots dans sa chaloupe, qui pouvait à peine les contenir. Dès qu'il fut abordé au Port-Louis , il

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