BIENFAISANCE DE LA NATURE
Lit chaque année des laines à leurs laines , des jins a leurs vins , des soies a leurs soies. L'Asie Ijur donne des diamants, des épiceries, desmousïlines, des toiles, et jusqu'à des porcelaines; [Amérique , For et l'argent de ses montagnes , les meraudes de ses fleuves, les teintures de ses >i rêts , la cochenille , la canne à sucre et le cacao e ses brûlantes campagnes, que leurs mains n'ont joint labourées; l'Afrique, son ivoire, son or, et es propres enfants , qui leur servent de bêtes de bmme par toute la terre. 11 n'y a aucune portion lu globe qui ne leur produise quelquejouissance. les gouffres de la mer leur fournissent des perles; les écueils, de l'ambre gris; et ses glaces, des burrures. Ils ont rendu , dans leur patrie , des Montagnes et des fleuves roturiers , afin de se réjbrver des pêches et des chasses nobles ; mais il l'était pas besoin d'en faire les frais : les sables de Afrique , où ils n'ont point de garde-chasses , leur nvoient des nuées de cailles et d'oiseaux de pasage qui traversent la mer, au printemps , pour ouvrir leurs tables en automne. Le pôle du nord, lu ils n'ont pas de garde-côtes, verse, chaque té , sur leurs rivages , des légions de maquereaux, le morues fraîches et de turbots engraissés dans es longues nuits. Non-seulement les poissons et m oiseaux , mais les arbres même , changent pour jux de climats. Leurs vergers leur sont venus auirefois de l'Asie ; leurs parcs viennent aujourd'hui je l'Amérique. Au lieu du châtaignier et du noyer, ui entouraient les métairies de leurs vassaux, ans les rustiques domaines de leurs ancêtres, ébénier, le sorbier du Canada, le pin de la Virinie , le magnolia , le laurier qui porte des tulipes, învironnent leurs châteaux des ombrages du Noueau-Monde, et bientôt de ses solitudes. Ils ont bit venir de l'Arabie des jasmins , de la Chine des rangers, du Brésil des ananas, et une foule de liantes parfumées de toutes les parties de la zone orride. Ils n'ont plus besoin de ses soleils ; ils lisposent des latitudes. Ils peuvent donner, dans burs serres , les chaleurs de la Syrie a des plantes trangères , dans la saison même où leurs paysans prouvent le froid des Alpes dans leurs cabanes, yen ne leur échappe des productions de la naure: ce qu'ils ne peuvent avoir vivant, ils l'ont jnort. Les insectes , les oiseaux , les coquilles , les jninéraux , et les terres mêmes des pays les plus iloignés, remplissent leurs cabinets. La gravure >tla peinture leur en présentent les paysages , et es font jouir des glaciers de la Suisse dans les Meurs de la canicule, et du printemps des Canaries au milieu de l'hiver. Des marins intré- Dernardin.
pides leur apportent , des lieux où les arts n'ont osé pénétrer, des relations de voyages encore plus intéressantes que des tableaux, et redoublent le silence, la paix et la sécurité de leurs nuits, tantôt par le récit des horribles tempêtes du cap Horn , tantôt par celui des danses des heureux insulaires de la mer du Sud.
Non-seulement tout ce qui existe actuellement , mais les siècles passés , concourent à leur félicité. Ce n'est plus pour les temples de Vénus que Corinthe inventa ces belles colonnes qui s'élèvent comme des palmiers; c'est pour soutenir les alcôves de leurs lits. Un art voluptueux y voile la lumière du jour a travers des taffetas de toutes couleurs; et imitant, par de doux reflets, ou des clairs de lune , ou des levers du soleil , il y fait paraître les objets de leurs amours semblables à des Diane ou a des Aurore. L'art des Phidias y fait contraster avec leurs beautés les bustes vénérables des Socrate et des Platon. Des savants obscurs, par un travail que rien ne peut payer , leur ont fait connaître les génies sublimes qui ont illustré la terre , dans les temps même voisins de l'origine du monde, Orphée, Zoroastre, Esope, Lokman, David, Salomon, Confucius, et une multitude d'autres, inconnus a l'antiquité même. Ce n'est plus pour les Grecs, c'est pour eux qu'Homère chante encore les dieux et les héros, et que Virgile fait entendre les sons de la flûte latine qui ravirent la cour d'Auguste, et qui y rappelèrent l'amour de la patrie et de la nature. C'est pour eux qu'Horace, Pope, Addison , La Fontaine, Gessner, ont aplani les rudes sentiers de la sagesse, et les ont rendus plus accessibles que les sentiers riants et trompeurs de la folie. Une foule de poètes et d'historiens de toutes les nations , Sophocle, Euripide, Corneille , Racine, Shakespeare, le Tasse, Xénophon , Tacite, Plutarque , Suétone, en les introduisant jusque dans les cabinets de ces princes terribles qui brisèrent d'un sceptre de fer la tête des nations qu'ils étaient chargés de rendre heureuses , leur font bénir leurs tranquilles destinées, et en espérer encore de meilleures sous le règne d'un autre Antonin. Ces vastes génies de tous les temps et de tous les lieux, célébrant, sans s'être concertés, l'éclat immortel de la vertu , et la providence du ciel dans la punition du vice , ajoutent l'autorité de leur raison sublime à l'instinct universel du genre humain , et multiplient mille et mille fois, en leur faveur, les espérances d'une autre vie plus durable et plus fortunée.
Ne semble-t-il pas que des concerts de louanges devraient s'élever jour et nuit des voûtes de nos
ÉTUDE TROISIÈME
hôtels vers l'auteur de la nature? Jamais les anciens rois de l'Asie ne rassemblèrent autant de jouissances dans Suse ou dans Ecbatane , que nos simples bourgeois dans Paris. Cependant, chaque jour, ces monarques bénissaient les dieux; ils n'entreprenaient rien sans les consulter; ils ne se mettaient pas même a table sans leur offrir des libations. Plût à Dieu que nos épicuriens n'eussent que de l'indifférence pour la main qui les comble de biens! Mais c'est du sein de leurs voluptés que sortent aujourd'hui les murmures contre la Providence ; c'est de leurs bibliothèques , si remplies de lumières, que s'élèvent les nuages qui ont obscurci les espérances et les vertus de l'Europe.
ÉTUDE TROISIÈME