‹ Œuvres;Chapitre 72 sur 236 · OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE

« Il n'y a point de Dieu , disent ces prétendus » sages. Par l'ouvrage, jugez de l'ouvrier*. Con- » sidérez d'abord notre globe sans proportion et » sans symétrie. Ici , il est noyé de vastes mers ; la » il manque d'eau , et ne présente que des sables » arides. Une force centrifuge, qu'il doit a son » mouvement de rotation, a hérissé son équateur » de hautes montagnes, tandis qu'elle aplatissait » ses pôles ; car ce globe a été dans un état de mol- » lesse, soit qu'il soit une vase sortie du sein des » eaux, ou, ce qui est plus vraisemblable, une » écume détachée du soleil. Les volcans, semés » par toute la terre , démontrent que le feu qui Ta » formée est encore sous nos pieds. Sur celte sco- » rie, mal nivelée, les rivières coulent au hasard » Les unes inondent les campagnes, les autress'en » gloutissent ou se précipitent en cataractes, sans » qu'aucune d'elles ait un cours réglé. Les îles » sont des restes de continents détruits par les » mers, et notre continent n'est lui-même qu'une » boue desséchée. Ici l'Océan sans frein ronge ses » rivages ; la il les abandonne, et nous présente de » nouvelles montagnes qu'il a formées dans son » sein. Pendant ce conflit d'éléments , cette masse » embrasée se refroidit chaque jour ; les glaces » des pôles et des hautes montagnes s'avancent » dans les plaines \ et étendent insensiblement » l'uniformité d'un hiver éternel sur ce globe de » confusion, ravagé par les vents, les feux et les » eaux.

» Le désordre augmente dans les végétaux *\ » Ils sont une production fortuite de l'humide et

* Voyez les réponses à ces objections dans l'Etude IV. ** Dans l'Étude V.

du sec , du chaud et du froid , une moisissure de la terre. La chaleur du soleil les fait naître , le froid des pôles les fait mourir. Leur sève obéit aux mêmes lois mécaniques que les liqueurs ! dans le thermomètre et dans les tuyaux capil- I aires. Dilatée par la chaleur, elle monte par le | bois , redescend par l'écorce, et suit dans sa direction la colonne verticale de l'air qui la dirige. De Ta vient que tous les végétaux s'élèvent perpendiculairement, etque le planinclinéd'une montagne n'en contient pas un plus grand nombre que le plan horizontal de sa base , comme le démontre la géométrie. D'ailleurs la terre est un jardin mal ordonné, qui n'offre presque partout que des plantes inutiles, ou des poisons » mortels.

Quant aux animaux , que nous connaissons » mieux, pareequ'ils sont rapprochés de nous par les mêmes affections et par les mêmes besoins , » ils nous présentent encore de plus grandes disn sonnances*. Us sont sortis d'abord de la force » expansive de la terre dans les premiers temps;

ils se formèrent des vases fermentées de l'Océan » et du Nil, comme quelques historiens en font » foi, entre autres Hérodote, qui l'avait appris » des prêtres de l'Egypte. La plupart sont sans proportions. Les uns ont des têtes et des becs » énormes, comme le toucan ; d'autres, de longs » cous et de longues jambes, comme les grues. » Ceux-ci n'ont pas de pieds, ceux-là en ont des » centaines; d'autres les oiit défigurés par des ex- » croissances superflues, telles que les ergots ap- » pendices du porc, qui, suspendus a la distance » de plusieurs pouces de son pied , ne peuvent ser- » vir à sa marche. 11 y a des animaux qui peuvenl )) a peine se mouvoir, et qui sont nés paralytiques, » comme leslugard ou paresseux, qui ne peut faire » cinquante tpas dans un jour, et qui jette er » marchant des cris lamentables. Nos cabinet! » d'histoire naturelle sont pleins de monstres » de corps a deux têtes, de têtes à trois yeux, cli » brebis a six pattes, etc. qui attestent quel; » nature agit au hasard , et qu'elle ne se proposa » aucune fin , si ce n'est celle de combiner toute » les formes possibles; encore, ce plan marque' » rait une attention que sa monotonie désavouej » Nos peintres imagineront toujours beaucou j » plus d'êtres qu;elle n'en peut créer. Au reste, Ij » rage et la fureur désolent tout ce qui respire j » et l'épervier dévore, à la face du ciel, l'inrio1 » cente colombe.

Dans l'Etude VI.

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