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RÉPONSES AUX OBJECTIONS CONTRE LA PROVIDENCE

Telles sont les principales objections qu'on a formées, presque dans tous les siècles, contre la Providence , et qu'on ne m'accusera pas d'avoir affaiblies. Avant d'essayer d'y répondre, je me permettrai quelques réflexions sur ceux qui les font.

Si ces murmures venaient de quelques pauvres matelots exposés sur la mer à toutes les révolutions de l'atmosphère, ou de quelque paysan accablé des mépris de la société qu'il nourrit, je ne m'en étonnerais pas. Mais nos athées sont, pour l'ordinaire, bien a l'abri des injures des éléments , et surtout de celles de la fortune. La plupart même d'entre eux n'ont jamais voyagé. Quant aux maux de la société, ils ont bien tort de s'en plaindre ; car ils jouissent de ses plus doux hommages , après en avoir rompu

* Dans l'Étude VIII.

** On trouvera la solution dé ces objections aux numéros dé chaque Étude qui leur correspond. Elles y sont toutes réfutées directement ou indirectement : car il n'a pas été possible de suivre , dans cet ouvrage , l'ordre scolastique d'un cahier de philosophie. (A.-M.)

ÉTUDE QUATRIEME

les liens' par leurs opinions. Que n'ont-ils pas écrit j sur l'amitié, sur l'amour, sur les devoirs envers j la patrie , et sur les affections humaines , qu'ils ont rabaissées au niveau de celles des bêtes, tandis que quelques uns d'entre eux pouvaient les rendre divines par la sublimité de leurs talents. Ne sont-ce pas eux qui sont en partie cause de nos malheurs, en flattant en mille manières les passions de nos tyrans modernes, pendant qu'une croix qui s'élève dans un désert console les misérables? On a bien de la peine même a retenir ces derniers dans un culte sensé; et c'est un phénomène moral qui m'a paru long-temps inexplicable, de voir, dans tous les siècles , l'athéisme naître chez les hommes qui ont le plus à se louer de la nature , et la superstition chez ceux qui ont le plus a s'en plaindre. C'est dans le luxe de la Grèce et de Rome , au sein des richesses de Tlndostan, du faste de la Perse, des voluptés de la Chine, et de l'abondance des capitales de l'Europe , qu'ont paru les premiers hommes qui ont osé nier la Divinité. Au contraire, les ïartares sans asiles , les Sauvages de l'Amérique toujours affamés , les nègres sans prévoyance et sans police, les habitants des rudes climats du nord, comme les Lapons, les Esquimaux , les Groënlandais, voient des dieux partout, jusque dans des cailloux.

J'ai cru long-temps que l'athéisme était chez les hommes voluptueux et riches un argument de leur conscience. « Je suis riche, et je suis un fri- » pou , doivent-ils se dire; il n'y a donc point de » Dieu. D'ailleurs, s'il y a un Dieu, il y a des » comptes à rendre. » Mais ces raisonnements , quoique naturels, ne sont pas généraux. 11 y a des athées qui ont des fortunes légitimes, et qui en usent moralement bien, du moins a l'extérieur. D'ailleurs , par la raison contraire , le pauvre devrait dire : « Je suis laborieux, honnête homme, » et misérable; il n'y a donc point de Provi- » dence. » Mais c'est dans la nature même qu'il faut chercher la source de ces raisonnements dénaturés.

Par tout pays les pauvres se lèvent matin , travaillent à la terre , vivent sous le ciel et dans les champs. Ils sont pénétrés de cette puissance active de la nature qui remplit l'univers. Mais leur raison , affaissée par le malheur, et distraite par leurs besoins journaliers, n'eu peut supporter l'éclat. Elle s'arrête, sans se généraliser, aux effets sensibles de celte cause invisible. Us croient, par un sentiment naturel aux ames faibles , que les objets de leur culte seront a leur disposition dès qu'ils seront a leur portée. De la vient que , par tout

pays, les dévotions du petit peuple sont à la campagne, et ont pour centre des objets naturels. Il y ramène toujours la religion du pays. Un ermitage sur une montagne, une chapelle à la source d'une fontaine , une bonne Notre-Dame-des-Bois nichée dans le tronc d'un chêne ou dans le feuillage d'une aubépine, l'attirent bien plus volontiers que les autels dorés des cathédrales. J'en excepte cependant celui que l'amour des richesses a tout-à-fait corrompu ; car à celui-là il faut des saints d'argent, même dans les campagnes. Les principaux actes de religion du peuple, en Turquie, en Perse, aux Indes et à la Chine, sont des pèlerinages dans les champs. Les riches, au contraire, prévenus dans tous leurs besoins par les hommes , n'attendent plus rien de Dieu. Ils passent leur vie dans leurs appartements, où ils ne voient que des ouvrages de l'industrie humaine , des lustres, des bougies , des glaces , des secrétaires , des chiffonnières , des livres , des beaux-esprits. Ils viennent à perdre insensiblement de vue la nature, dont les productions d'ailleurs leur sont presque toujours présentées défigurées ou à contre-saison, et toujours comme des effets de l'art de leurs jardiniers ou de leurs artistes. Ils ne manquent pas aussi d'interpréter ses opérations sublimes par le mécanisme des arts qui leur sont les plus familiers. De là tant de systèmes qui font deviner les occupations de leurs auteurs. Ëpicure, épuisé par la volupté, tira son monde et ses atomes sans providence de son apathie ; le géomètre le forme avec son compas; le chimiste avec des sels; le minéralogiste le fait sortir du feu; et ceux qui ne s'appliquent à rien , et qui sont en bon nombre, le supposent, comme eux, dans le chaos, et allant au hasard. Ainsi la corruption du cœur est la première source de nos erreurs. Ensuite les sciences, employant dans la recherche des choses naturelles des définitions, des principes et des méthodes revêtus d'un grand appareil géométrique, semblent, par ce prétendu ordre, remettre dans l'ordre ceux qui s'en écartent. Mais quand cet ordre existerait tel qu'elles nous le présentent, pourrait-il être utile aux hommes? Suffirait-il à contenir et à consoler des malheureux? Et quel intérêt prendront-ils à celui d'une société qui les écrase , quand ils n'ont plus rien à espérer de celui de la nature, qui les abandonne aux lois du mouvement ? Je vais répondre successivement aux objections que j'ai rapportées contre la Providence , tirées des désordres du globe, des végétaux, des animaux, des hommes, et de la natur de Dieu même.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

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