‹ Œuvres;Chapitre 75 sur 236 · TIRÉES DES DÉSORDRES DU GLOBE · texte numérisé non relu

TIRÉES DES DÉSORDRES DU GLOBE

Quoique mou ignorance des moyens que la nature emploie dans le gouvernement du monde soit plus grande que je ne puis le dire, il suffit cepen- J dant de jeter les yeux sur les cartes et d'avoir un peu lu, pour montrer que ceux par lesquels S on nous explique ses opérations ne sont pas les i véritables. C'est de l'insuffisance humaine que sortent les objections dirigées contre la Providence divine.

D'abord, il ne me paraît pas plus naturel de former le mouvement uniforme de la terre dans ! les cieux des deux mouvements de projection et || d'attraction , que d'attribuer a de pareilles causes i celui d'un homme qui marche snr la terre. Les forces centrifuge et centripète ne me semblent pas plus exister dans le ciel , que les cercles de l'équateur et du zodiaque. Quelque ingénieuses que 5 soient ces lois, ce ne sont que des échafaudages j imaginés par des hommes de génie pour élever l'édifice de la science , mais qui ne servent pas davantage à pénétrer dans le sanctuaire de la nature, que ceux qui servent à construire nos temples ne nous aident à pénétrer dans celui de la religion. Ces forces combinées ne sont pas plus les mobiles de la course des astres, que les cer- | cles de la sphère n'en sont les barrières. Ce ne i sont que des signes qui ont, à la fin, remplaeé | les objets qu'ils devaient représenter, comme il : est arrivé dans tout ce qui est d'établissement huj main.

Si une force centrifuge avait élevé les montai gnes du globe lorsqu'il était dans un état de fu- ; sion, il y aurait des montagnes bien plus élevées que les Andes du Pérou et du Chili. Celle du Chimboraço, qui en est la plus haute, n'a que 5 ,220 toises de hauteur, ou 5,550; car les sciences ne sont pas d'accord même sur les observations \ | Cette élévation, qui esta peu près la plus grande •

* C'est M. de La Condamine qui a évalué à 3,220 toises la hauteur du Chimboraço. Le géomètre espagnol don Jorge Juan trouva que cette hauteur était de 3,380 toises, ce qui faisait une différence considérable, mais que M. de Humboldt a légèrement modifiée, en ne portant la hauteur du Chimboraço qu'à 3,358 toises (6,544 mètres). Ce dernier calcul semble devoir inspirer quelque confiance, parce qu'il a été le résultai de plusieurs opérations bien faites. Au reste, comme les mesures exéi cutées dans la Cordilière des Andes ne peuvent être qu'à demi , géométriques et à demi barométriques , cette complication est sans doute la principale cause des variations qui se trouvent dans les calculs des savants. (A.-M.)

que l'on connaisse sur la terre , y est moins sensible que ne serait la troisième partie d'une ligne sur un globe de six pieds de diamètre. Or, un bloc de métal fondu présente, à proportion de sa masse, des scories bien plus considérables. Voyez les anfractuosités d'un simple morceau de mâchefer. Quelles effroyables bouffissures auraient dû. donc se former sur un globe de matières hétérogènes et bouillantes, de trois mille lieues d'épaisseur! La lune, d'un diamètre bien moins considérable, a des montagnesde trois lieues de hauteur, suivant Cassini. Mais que serait-ce si, avec l'action de l'hétérogénéité de nos matières terrestres en fusion, on suppose encore celle d'une force centrifuge produite par la rotation de la terre? Je m'imagine que celte force se fût nécessairement dirigée sur son équateur, et qu'au lieu d'en former un globe, elle l'eût étendue dans le ciel, comme ces grands plateaux de verre que soufflent les verriers.

Non-seulement la terre n'a pas plus de diamètre sous son équateur que sous ses méridiens, mais les montagnes n'y sont pas plus élevées qu'ailleurs. Les fameuses Andes du Pérou ne commencent point à P équateur , mais plusieurs degrés au-dela vers le sud; et côtoyant le Pérou , le Chili et la Terre-Magellan ique, elles s'arrêtent au 55e degré de latitude australe , dans la ïerre-de-Feu , où elles présentent à l'Océan un promontoire de glaces éternelles, d'une hauteur prodigieuse. Dans toute cette longueur, elles ne s'ouvrent qu'au détroit de Magellan , formant partout , suivant le témoignage de Garcilasso de la Vega*, un rempart hérissé de pyramides de neige inaccessibles aux hommes, aux quadrupèdes, et même aux oiseaux. Au contraire, les montagnes de l'isthme de Panama, qui sont dans le voisinage de la ligne, sont si peu élevées en comparaison de celles-ci , que l'amiral Anson , qui les avait toutes côtoyées, rapporte que, dès qu'il parvint a cette hauteur, il éprouva des chaleurs étouffantes , pareeque l'air, dit-il, n'était plus rafraîchi par l'atmosphère des hautes montagnes du Chili et du Pérou. Les montagnes de l'Asie les plus élevées sont tout-àfait hors des tropiques. La chaîne des monts Taurus et Imaûs commence en Afrique au mont Atlas , vers le 50e degré de latitude nord; elle traverse toute l'Afrique et toute l'Asie, entre le 58e et le 40e degré de latitude, portant, dans celte longue étendue, la plupart de ses sommets couverts de neiges en tout temps ; ce qui leur suppose, comme

* Histoire des Incas , liv. I , chap. vïii.

ÉTUDE QUATRIÈME

nous le verrons ailleurs, une élévation considérable. Le mont Ararat , qui en fait partie, est peutêtre plus élevé qu'aucune montagne du Nouveau- ,Monde , si l'on en juge par le temps que Tournefort et d'autres voyageurs ont mis a venir de la base de cette montagne au pied de ses neiges , et . ce qui est moins arbitraire, par la distance où on l'aperçoit, qui est au moins de six journées de caravane. Le pic de Ténériffe se voit de quarante lieues. Les monts Félices, en Norwège, appelés les Alpes du nord , se découvrent en mer à cinquante lieues de distance; et, suivant uu savant Suédois , ils ont trois mille toises d'élévation. Les pics du Spitzberg , de la Nouvelle-Zélande, des Alpes, des Pyrénées, de la Suisse, et ceux où l'on trouve de la glace toute l'année, sont très élevés, et sont , pour la plupart , fort, loin de l'équateur. Ils ne sont pas même dans des directions qui soient parallèles à ce cercle, comme il eût dû arriver par l'effet supposé de la rotation du globe ; car si la chaîne du Taurus va, dans l'ancien continent, d'occident en orient, celle des Andes va, dans le nouveau , du nord au midi. D'autres chaînes ont d'autres directions. Mais si la prétendue force centrifuge avait pu élever autrefois des montagnes, pourquoi n'a-t-elle plus a présent la force d'élever en l'air une paille? Elle ne devrait laisser aucun corps à la surface de la terre. Ils y sont fixés, dit-on, par la force centripète, ou par la pesanteur. Mais si celle-ci y ramène en effet tous les corps, pourquoi donc les montagnes elles-mêmes n'y ont-elles pas obéi, lorsqu'elles étaient dans un état de fusion? Je ne sais ce qu'on peut répondre a celte double objection.

La mer ne me parait pas plus propre que la force centrifuge a former des montagnes. Comment peut-on concevoir qu'elle ait jamais pu les élever hors de son sein? Il est constant toutefois que les marbres et les pierres calcaires, qui ne sont que des pâtes de madrépores et de coquilles amalgamées; que les silex, qui en sont les concrétions ; que les marnes, qui en sont des dissolutions, et que tous les corps marins qu'on trouve répandus dans les deux continents, sont sortis de la mer. Ces matières servent de base a une grande partie de l'Europe; des collines fort hautes en sont composées , et on les trouve dans plusieurs parties de l'ancien et du nouveau monde, à une égale hauteur, Mais leur dépôt ne peut s'expliquer par aucun des mouvements actuels de l'Océan. On a beau lui supposer des révolutions d'occident en orient, jamais on ne lui fera rien élever au-dessus de son niveau. Si l'on cite quelques ports de

la Méditerranée qui en effet ont été laissés à sec j par la mer , il n'est pas moins certain qu'il y en I a un bien plus grand nombre, sur les mêmes côtes , qui n'en ont point été abandonnés. Voici ce que dit à ce sujet le judicieux observateur Maundrel , dans son voyage d'Alep à Jérusalem , en 1699 : « Dans le golfe Adriatique, le phare » d'Arminium ou Riminiesta une lieue de la mer; » mais Ancône, bâtie par les Syracusains, est » toujours sur le même rivage. L'arc dcïrajan, » qui rendit son port plus commode aux mar- » chands , est situé immédiatement au-dessus. » Bérite, si aimée d'Auguste , qui lui donna le » nom de Julia fel'ix , n'a plus de son ancienne » beauté que sa situation sur le bord de la mer, » au-dessus de laquelle elle n'est élevée qu'autant » qu'il le faut pour n'être pas sujette aux inonda- )) tions de cet élément. »

Le témoignage des voyageurs les plus exacts est conforme à celui de ce savant Anglais. Son compatriote Richard Pococke, qui voyageait en Egypte en 1737 , avec moins de goût, mais avec encore plus d'exactitude, atteste que la Méditerranée a gagné autant de terrain qu'elle en a perdu '. « Il suffit , dit-il , pour s'en convaincre , d'en » examiner le rivage; et l'on voit non-seulement » dans la mer quantité d'ouvrages taillés dans le » roc, mais encore les ruines de plusieurs édiû- » ces. Environ a deux milles d'Alexandrie, on » aperçoit dans l'eau les ruines d'un ancien lem- » pie. » Un anonyme anglais , dans un voyage rempli d'excellentes observations, décrit plusieurs villes fort anciennes de l'Archipel , telles que Samos, dont les ruines sont sur le bord de la mer. Voici ce qu'il dit de Délos , qui est, comme on sait, au centre (les Cyclades " : « Nous ne trouvâ- » mes rien autre chose, le long de la côte, que » des restes d'ouvrages superbes, et nous aper- » eûmes, jusque dans l'eau, des fondations de » quelques grands édifices qui n'ont jamais été » continués, et des ruines d'autres qui ont été » détruits. La mer semble avoir anticipé sur l'île » de Délos; et comme l'eau était claire et le temps » calme, nous eûmes la commodité de voir des » restes de beaux édifices a des endroits où les » poissons nagent a l'aise , et sur lesquels les petits » vaisseaux de ces cantons voguent pour arriver » a la côte. » Les ports de Marseille, de Carthage, de Malte , de Rhodes , de Cadix , etc; , sont encore fréquentés des navigateurs, comme ils l'étaient

* Voyage en Égyple , tome I . pasjes 4 et 30. ** Voyage en France, en Italie, cl aux îles de l'Archipel, 1763, 4e vol., lettre cxxvii, page 256.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

clans la plus haute antiquité. La Méditerranée l'eût pu baisser dans un seul point de ses rivages, Qu'elle ne se fût abaissée dans tous les autres; car l'es eaux se mettent toujours de niveau dans un :bassin. Ce raisonnement peut s'étendre à toutes les côtes de l'Océan. Si l'on trouve quelque part des plages abandonnées, ce n'est point la mer qui se retire, c'est la terre qui s'avance. Ce sont des ajjluvions occasionnées souvent par les dégorgements des fleuves , et quelquefois par les travaux imprudents des hommes \ Les invasions de la mer dans les terres sont également locales, et ont pour pause quelque tremblement de terre, dont l'effet ne s'est pas étendu fort loin. Comme ces empiétements réciproques des deux éléments sont particuliers , et souvent en opposition sur les mêmes rivages , qui ont d'ailleurs conservé constamment [leur ancien niveau, on n'en peut conclure aujcune loi générale pour les mouvements de l'Océan, i; Nous allons examiner bientôt comment tant de corps marins fossiles ont pu sortir de son lit ; et nous osons croire qu'en nous conformant a des traditions respectables , nous dirons à ce sujet des ■choses dignes de l'attention des lecteurs. Pour revenir donc aux montagnes, telles que celles de

; * Les physiciens modernes sont assez généralement d'accord !sur la diminution graduelle des eaux de la mer. Buffon a recueilli un grand nombre d'observations qui appuient cette opijnion. En effet, depuis quelque temps 1 Océan semble avoir baissé de plusieurs pieds . tant sur nos côtes que sur celles d'Espagne P de Port îgal et d'Italie : Raveune , qui était un port de mer des exarques, n'est plus une ville maritime. Hubert Thomas dit , dans sa Description du pays de Liège , que la mer baignait autrefois les murs de la ville de Tongres , qui maintenant en est éloignée de trente-cinq lieues ; la Méditerranée a baissé à peu près dans les mêmes proportions. Damiette est actuellement éloignée dé la nier de plus de dix milles, et du temps de Louis IX les vaissêaux abordaient dans son port. lia diminution de la Baltique est un phénomène bien constaté ; le géomètre ■Celsius a recueilli , dans un excellent mémoire , un grand nombre de faits qui lie permettent pas d'en douter. Les habitants de a Bothnie, dit Linnée, ont observé que leur mer décroît tous les ans de quatre à cinq doigts. Enfin, le système du déplacement des eaux, et dè leur progrès d'orient en occident, est celui qui paraît le mieux établi. Cependant plusieurs observa, lions contrarient cette opinion. Bridône a vu à l'île de Malte des chemins , jadis creusés dans le roc , maintenant ensevelis sous les eaux. Suivant Barrai, l'ancien temple de Sérapis, près de Pourzol , est de trois pieds au-dessous du niveau de la mer ; enfin , Diquemara a observé qu'au Havre la butte sur laquelle on a placé le fanal est sans ceise dégradée par les flois, qui autrefois ne pouvaient l'atteindre. De tdus ces faits contradic- •ksires, on pourrait peut-être conclure, avec Bernardin de Saint-Pierre , qu'il n'y a eu ni progrès , ni retraite, ni élévation ; où au moins que chacun de ces phénomènes peut s'expliquer par des causes locales. Parmi ces causes, la plus générale sans doute est celle de la décomposition de l'eau, soit par l'effet de la végétation , soit par l'action vitale des testacés et de tous les animaux marins à enveloppe pierreuse , soit enfin par les feux des volcans. Cette dernière opinion était celle de M. Patrin, et nous aurons occasion de la rappeler dans une note sur sa [Théorie des volcans, dont il devait sans doute l'idée première aux Études de la Nature. (A.-M,)

granit, qui sont les plus élevées du globe, et dont la formation n'est pas attribuée a la mer , pareequ' elles ne contiennent aucun dépôt qui atteste son passage , les mêmes physiciens emploient un autre système pour nous en expliquer l'origine. Ils supposent une terre primitive qui avait de hauteur celle où s'élèvent aujourd'hui les pics les plus élevés des Andes , du mont Taurus , des Alpes, etc. , qui sont restés comme autant de témoins de l'existence de ce premier sol : ensuite ils emploient les neiges, les pluies , les vents, et je ne sais quoi encore, a dégrader cet ancien continent jusqu'au rivage de la mer ; en sorte que nous n'habitons que le fond de cette énorme fondrière. Cette idée a quelque chose d'imposant ; d'abord , pai cequ'elle fait peur; de plus, parcequ'elle est conforme au tableau de ruine apparente que nous présente le globe : mais elle s'évanouit par une simple question. Que sont devenues les terres et les roches de cet effroyable déblai ?

Si l'on dit qu'elles se sont jetées dans la mer, il faut supposer, avant toute dégradation, l'existence du bassin de la mer; et son excavation présenterait alors bien d'autres difficultés. Mais admettons-Ja. Comment ces ruines ne l'ont-elles pas comblée en partie? Comment la mer ne s'est-elle pas débordée? Comment est-il arrivé, au contraire, qu'elle ait abandonné des terrains si grands , que la plus grande partie des deux continents en est formée? Ainsi nos systèmes ne peuvent rendre raison de l'escarpement des montagnes de granit par aucune dégradation, pareequils ne savent où en placer les débris ; ni de la formation des montagnes calcaires par les mouvements de l'Océan , pareeque, dans son état actuel, il ne peut les couvrir. reste, ce n'est pas d'aujourd'hui que les philosophes ont considéré la terre comme un édifice qui dépérissait, ^oici ce que dit de l'opinion de Polybe le baron de Busbecq, dans ses Lettres curieuses et agréables : « Polybe prétend » avoir prouvé que l'entrée de la mer Noire serait » dans la suite comblée par des bancs de sabîe, et » par le limon que le Danube et le Borysthèue y » entraîneraient; que l'on ne pourrait plus, par » conséquent, entrer dans la mer Noire, et que » les embarquements que l'on ferait pour y aller » seraient totalement inutiles. Cependant la mer » du Pont est aujourd'hui aussi navigable que du » temps de Polybe \ »

Les baies , les golfes et les méditerranées ne sont pas plus des irruptions de l'Océan dans les terres,

* Lettre I, page 151.

que les montagnes ne sont des productions du mouvement centrifuge. Ces prétendus désordres sont nécessaires à l'harmonie de toutes les parties de la terre. Qu'on suppose , par exemple, que le détroit de Gibraltar soit fermé, comme on dit qu'il l'était autrefois, et que la Méditerranée n'existe plus; que deviendront tant de fleuves de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique , qui sont entretenus par les vapeurs qui s'élèvent de cette mer, et qui rapportent leurs eaux dans une proportion admirable , comme les calculs de plusieurs savants l'ont très bien démontré? Les vents du nord , qui rafraîcbissent constamment l'Egypte en été, et qui chassent les émanations de la Méditerranée jusqu'aux montagnes de l'Ethiopie, pour entretenir les sources du Nil , passant alors sur un espace sans eaux, porteraient l'aridité et la sécheresse sur toute la partie septentrionale de l'Afrique, et jusque dans l'intérieur de son continent. Il arriverait encore pis aux parties méridionales de l'Europe; car les vents chauds et brûlants de l'Afrique, qui se chargent de tant de nuées pluvieuses en traversant la Méditerranée, venant à souffler sur le bassin desséché de cette mer , sans tempérer leur chaleur par aucune humidité , frapperaient d'une stérilité brûlante toute celte vaste partie de l'Europe qui s'é end depuis le détroit de Gibraltar jusqu'au Pont-Euxin , et assécheraient toutes les terres d'où coulent aujourd'hui une multitude de fleuves, tels que le Rhône, le Pô, le Danube, etc. Il ne suffit pas d'ailleurs de supposer que la mer s'est ouvert un passage dans le bassin de la Méditerranée , comme une rivière qui se répand dans une prairie après avoir rompu ses digues ; il faut supposer encore que ce terrain inondé ait été plus bas que l'Océan , ce qui ne se rencontre nu'le part dans aucune partie de la terre ferme, qui sont toutes au-dessus du niveau de la mer , a l'exception de celles qui ont été enlevées aux eaux par les travaux des hommes , comme on le voit en Hollande. 11 faut de plus supposer qu'il se soit fait un affaissement latéral de la terre tout autour du bassin de la Méditerranée , pour régler les circuits, pentes, canaux et détours de tant de fleuves qui viennent s'y rendre de si loin, et que cet affaissement se soit fait avec des proportions admirables : car ces fleuves partant souvent de la même montagne, arrivent par les mêmes pentes a des distances fort différentes, sans que leur canal cesse d'être plein, et que les eaux s'écoulent trop vite ou trop lentement , malgré la différence de leurs cours et de leurs niveaux. Ainsi, ce n'est plus à une irruption de l'Océan qu'on doit attribuer la

ATR1ÈME.

Méditerranée, mais a un écroulement du globe, i de plus de douze cents lieues de longueur sur jl plus de huit cents de largeur, qui s'est effectué i avec des dispositions si heureuses et si favorables j à la circulation de tant de fleuves latéraux , que si j j'avais le temps de développer le cours d'un seul, on verrait combien cette dernière supposition est i dénuée de tout fondement. Les tremblements de j terre, a la vérité, produisent des écroulements, j mais qui sont de peu d'étendue , et qui , loin de l ménager des canaux aux fleuves, absorbent les cours des ruisseaux, et les changent quelquefois; en étangs ou en mares. On peut appliquer ces hy- j pothèses a tous les golfes, baie?, grands lacs et î médilerranées ; et l'on verra que si ces eaux m- \ térieures n'existaient pas, il ne resterait pas une') fontaine dans la plus grande partie de la terre) habitable.

Pour se former une idée de l'ordre de la na- ; ture, il faut perdre nos idées circonscrites d'ordre j humain. 1! faut renoncer aux plans de notre architecture, qui emploie fréquemment les lignes; droites, afin que la faiblesse de notre vue puisse j embrasser d'un coup d'œil tout notre domaine; qui symétrise toutes nos distributions; qui met, dans i nos maisons, des ailes adroite etdes ailes a gauche, afin que toutes les parties de notre habitation soient à notre portée, lorsque nous en occupons le milieu; et qui nivelle , met a plomb, lisse et polit les pierres qu'elle y emploie, afin que nosi monuments soient doux au toucher et à la vue. ? Les convenances de la nature ne sont pas celles! d'un Sybarite, mais elles sont celles du genre lm-i main et de tous les êtres. Quand la nature élève j un rocher, elle y met des fentes, des anfractuosités, j des carnes , des pitons. Elle le creuse et l'exaspère avec le ciseau du temps et des éléments; elle y| plante des herbes, des arbres; elle y loge desani-j maux, et elle le place au sein des mers et au foyeij des tempêtes, alin qu'il y offre des asiles aux habi-i tants de l'air et des eaux.

Quand la nature a voulu de même creuser des bassins aux mers, elle n'en a ni arrondi ni aligné les bords; mais elle y a ménagé des baies pro-j fondes , et abritées des courants généraux de l'O-j céan , afin que, dans les tempêtes, les fleuves pus- j sent s'y dégorger en sûreté ; que les légions de poissons vinssent s'y réfugier en tout temps, y lécher les alluvions des terres qui s'y déchargent avec les eaux douces; qu'ils y frayassent , pour la plupart, en remontant jusque dans les rivières où 1 ils viennent chercher des abris etdes pâtures pour leurs petits. C'est pour le maintien de ces conve-

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

jjances que la nature a fortifié tous les rivages de ongs bancs de sable, de récifs, d'énormes rochers et d'îles, qui en sont placés à des distances onvenables pour les protéger contre les fureurs le l'Océan.

; Elle a employé des dispositions équivalentes )Our les bassins des fleuves , comme nous en dirons quelque chose dans la suite de cette Etude, jjuoique le lieu ne nous permette que d'effleurer bne matière si riche et si nouvelle en observations. Ainsi, elle ne fait point courir les eaux des fleuves en ligne droite, comme elles devraient couler à la longue par les lois de l'hydraulique, à cause de l'a tendance de leurs mouvements, vers un seul point; mais elle les fait serpenter long-temps au ]>ein des terres avant qu'elles se rendent h la mer. [Pour régler le cours de ces fleuves, et l'accélérer bu le retarder, suivant le niveau des terres où ils jboulent, elle y fait tomber des rivières latérales tjui l'accélèrent dans un pays uni, lorsqu'elles forment un angle aigu avec la source de ces fleuves; ou qui le retardent dans un pays élevé, en forpan t un angle droit et quelquefois obtus avec la Isource de ces mêmes fleuves. Ces lois sont si certaines, qu'on peut juger, sur une simple carte, si jles fleuves qui arrosent un pays sont lents ou rapides, et si ce pays est uni ou élevé, par l'angle que forment avec leurs cours les rivières confluentes. Ainsi , la plupart de celles qui se jet tent dans le Rhône forment avec ce fleuve rapide |des angles droits pour modérer son cours. 11 y a de ces rivières confluentes qui sont de véritables digues , et qui traversent un fleuve de part en part; en sorte que le fleuve traversé, qui est fort rapide au-dessus du confluent, coule fort lentement audessous. C'est ce qu'on peut observer sur plusieurs fleuves de l'Amérique, et notamment sur le Mé- I chassipi. On peut conclure de ces simples perceptions, que je n'ai ici que le temps d'indiquer, qu'il est aisé de retarder ou d'accélérer le cours d'un fleuve, en changeant simplement l'angle d'in- ! cidence de ses rivières confluentes. C'est ce que je j présente, non comme un conseil , mais comme une i spéculation très-curieuse ; car il est toujours dange- | rcux a l'homme de déranger les plans de la nature.

Les fleuves, en se jetant dans la mer, apportent | à leur tour, par les directions de leurs embouchui res, du retardement ou de l'accélération au cours des marées. Mais je ne m'engagerai pas plus avant j dans l'élude de ces grandes et sublimes harmonies. Il me suffit d'en avoir dit assez pour convaincre I que le bassin des mers a été creusé exprès pour en recevoir les eaux.

Cependant voici encore un raisonnement propre à lever , à ce sujet, toute espèce de doute. Si le bassin des mers avait été formé , comme on le suppose, par un abaissement des terres du globe, les rivages des mers, sous les eaux , auraient les mêmes pentes que le continent voisin. Or, c'est ce qui ne se trouve sur nulle côte. La pente du bassin de la mer est beaucoup plus rapide que celle des terres limitrophes, et n'en est point le prolongement. Par exemple, Paris est élevé au-dessus du niveau de la mer de 26 brasses environ , en comptant du bas du pont Notre-Dame. Ainsi la Seine , depuis ce pont jusqu'à son embouchure dans la mer, n'a que \ 50 pieds de pente , dans une distance de 4 0 lieues; tandis qu'a compter depuis son embouchure jusqu'à une lieue et demie en mer seulement, on trouve tout d'un coup 60 ou 80 brasses d'inclinaison, qui est la profondeur que les vaisseaux ont au mouillage de la rade du Havre-de-Grace. Ces différences du niveau des terres au niveau du fond du bassin de la mer, dans le môme alignement, se rencontrent sur toutes les côtes, du plus au moins. A la vérité, l'Anglais Dampier a observé que les mers ont beaucoup de profondeur le long des côtes élevées, et qu'elles en ont fort peu le long des côtes basses ; mais il y a toutefois cette notable différence, que le long des terres basses le fond de la mer est beaucoup plus incliné que le sol du continent voisin, et que le long des terres hautes on ne trouve quelquefois point de fond du tout. Ceci prouve donc évidemment que les bassins des mers ont été creusés exprès pour les contenir. La pente de leurs excavations a été réglée par des lois infiniment sages; car si elle était la même que celle des terrains environnants, les flots de la mer, au moindre vent du large, s'étendraient à des distances considérables sur les terres voisines. C'est ce qui arrive en effet, lorsque, dans des tempêtes ou des marées extraordinaires, les flots surmontent leurs rivages accoutumés ; car alors trouvant une pente faible et douce, en comparaison de celle de leur lit, ils s'étendent quelquefois à plusieurs lieues de distance dans le sein des terres. C'est ce qui arrive de temps en temps à l'île Formose, dont il est probable que les habitants ont détruit autrefois les digues naturelles, telles que les mangliers. C'est par une raison à peu près semblable que la Hollande se trouve exposée aux inondations, parcequ'elle a empiété sur lelitmêmede la mer. C'est principalement sur le rivage de l'Océan qu'est placée cette borne invisible que l'auteur de la nature a prescrite à ses flots. C'est là que vous apercevez que vous êtes à l'intersection de deux plans

différents, dont l'un termine la pente des terres, et l'autre commence celle de la mer.

On ne peut pas dire que ce sont les courants de la mer qui en ont creusé le bassin ; car dans quel lieu en auraient-ils porté les terres? Ils ne peuvent rien élever au-dessus de leur niveau. On ne peut pas dire même que les canaux des fleuves aient été creusés par le cours de leurs propres eaux; car il y en a plusieurs qui passent par des routes souterraines, à travers des masses de roc vifd'une dureté et d'une épaisseur impénétrables aux pioches et aux pics de nos ouvriers. D'ailleurs, ces fleuves auraient dû former, à leur embouchure dans la mer, des bancs de sable et des langues de terre d'une grandeur proportionnée a la quantité qu'ils auraient excavée en formant leurs lits; et la plupart, au contraire, commenous l'avons observé, se déchargent au fond des baies creusées exprès pour les recevoir. Comment n'ont-ils pas rempli ces baies depuis qu'ils y apportent sans cesse des alluvions de terres? Comment le bassin de l'Océan ne s'est-il pas comblé lui-même, lui qui reçoit perpétuellement les dépouilles des végétaux , les sables, les rochers et les débris des terres, qui rendent tout jaunes, à la moindre pluie, les fleuves qui s'y déchargent? Les eaux de l'Océan n'ont pas haussé d'un pouce depuis que les hommes observent, comme il est aisé de le prouver par l'état des plus anciens ports de mer de l'univers , qui sont encore, pour la plupart, au même niveau. Je n'ai pas le temps de parler ici des moyens dont la nature s'est servie pour la construction, la protection et le nettoiement de ce bassin ; ils nous donneraient de nouveaux sujets d'admiration. J'en ai dit assez pour montrer que ce qui nous paraît dans la nature l'ouvrage de la ruine et du hasard , est souvent celui de l'intelligence la plus profonde. Non-seulemepf il ne tombe pas un cheveu de notre tête, ni un moineau d'un arbre, mais un caillou n'est pas roulé sur les rivages de la mer, sans la permission de Dieu , suivant l'expression sublime de Job :

Tempus posuit tenebris, et universorum finem ipse considérât, lapidem quoque caliginis et umbram mortis.(Cap. xxviii,

« 11 a borné le temps des ténèbres , et il considère lui-même » la fin de tontes choses; il voit jusqu'à la pierre ensevelie dans » l'obscurité de la terre , et dans l'ombre de la mort. »

11 connaît aussi le moment où elle doit en sortir pour servir de monument aux nations.

Indépendamment des preuves géographiques innombrables qui attestent que l'Océan n'a, par ses irruptions, creusé aucune baie, ni détaché aucune partie du continent P il y en a encore qui peuvent

ATRIÈME.

se tirer des végétaux, des animaux et des hommes. L Ce n'est pas ici le lieu de m'y arrêter; mais je ci- L terai , en passant, une observation végétale qui ^ prouve, par exemple, que l'Angleterre n'a jamais^ été jointe au continent de l'Europe, comme on le | suppose, et qu'elle en a toujours été séparée par la Manche : c'est que César remarque, dans ses Com- 1 menlaires , qu'il n'y avait dans le temps qu'il y passa, ni hêtres, ni sapins, quoique ces arbres fussent fort communs dans les Gaules, le long de la Seine et du Rhin. Si donc ces fleuves avaient coulé autrefois sur l'Angleterre, ils y auraient porté les semences des végétaux qui croissaient à leurs sources et sur leurs rivages. Les hêtres et les sapius , qui réussissent fort bien aujourd'hui en Angleterre, g n'auraient pas manqué d'y croître dans ce temps-k la, d'autant qu'ils n'auraient pas changé de latitude, t et qu'ils sont, comme nous le verrons ailleurs, dut genre des arbres fluviatiles, dont les semences sep ressèment par le moyen des eaux. D'ailleurs, d'où I la Seine, le Rhin, la Tamise et tant d'autres fleu- 1 ves qui entretiennent leurs cours des émanations ! de la Manche, auraient-ils tiré leurs eaux ? La Ta-t mise aurait donc coulé sur la France, ou la Seine | sur l'Angleterre ; ou, pour mieux dire, les paysjj que ces fleuves arrosent aujourd'hui auraient étéjj à sec.

Ce sont nos cartes qui, comme la plupart des ji instruments de nos sciences, nous induisent en er- ï\ reur. En y voyant tant d'enfoncements et dedécou- i pures dans les côtes du continent, nous avons été j portés à croire que c'étaient les courants de la mer ) qui les avaient dégradées. Nous venons de voir} qu'ils n'ont pas produit cet effet : nous allonsmontrer, maintenant, qu'ils n'ont jamais pu le faire. |

L'Anglais Dampier, qui n'est pas le premier voyageur qui ait fait le tour du globe, mais qui i est, à mon gré, celui qui l'aie mieux observé, dit, dans son excellent Traité des vents el des marées", « que les baies n'ont presque point de courants; ou | » si elles en ont, ce ne sont que des contre-courants j » qui vont d'une pointe à l'autre. » 11 cite en i preuve plusieurs observations, et l'on en trouve * beaucoup de semblables, éparses dans les autres 1 voyageurs. Quoiqu'il n'ait traité que des courants entre les tropiques, et même avec un peu d'obscurité, nous allons généraliser ce principe, et l'appliquer aux principales baies des continents.

Je réduis a deux courants généraux ceux de l'O- i céan. Tous les deux viennent des pôles , et sont ; produits, à mon avis, par la fusion alternative de

* Tome 11 , page 383.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

Ijirs glaces. Quoique ce ne soit pas ici le lieu d'en fjiminer la cause, elle me paraît si naturelle, si ' liuve , et si curieuse à développer, que le lecteur a sera pas fâché que je lui en donne, en passant, 'i|e idée.

Les pôles me paraissent être les sources de la "ït, comme les montagnes à glaces sont les sourie!; des principaux fleuves. Ce sont, cerne sem- []%, les glaces et les neiges qui couvrent le nôtre, yi renouvellent, chaque année, les eaux de la mer wnprise en notre continent et celui de l'Amé- 'fcIjtue, dont les parties saillantes et rentrantes cor- ''■spondent d'ailleurs entre elles comme les bords lsJm fleuve. On peut d'abord remarquer sur une 'yippemonde, que le bassin de l'océan Atlantique l'Njen s'étrécissant vers le nord, et en s'élargissant ^és le midi ; et que la partie saillante de l'Afrique ^cjrrespond a cette grande partie rentrante de l'Afrique, au fond de laquelle est situé le golfe du îîxique, comme Ja partie saillante de l'Amérique «ijîridionale correspond au vaste golfe de Guinée; ni* sorte que ce bassin a, dans sa configuration, les apportions, les sinuosités, la source et l'embou- Mure d'un canal fluviatile. Observons maintenant Ne les glaces et les neiges forment, au mois de Ijjivier, sur notre hémisphère, une coupole dont f re a plus de deux mille lieues d'étendue sur les «ijux continents, etune épaisseur de quelques lignes fi| Espagne, de quelques pouces en France, de plui spurs pieds en Allemagne, de plusieurs toises en i l|issie, et de quelques centaines de pieds au-delà il soixantième degré; comme celles des glaces que i jpnri EIJis et les autres navigateurs du nord y ont ! lïncontrées, en mer, au milieu même de l'été, et .«'Ht quelques unes, suivant Ellis, avaient quinze 'i llix-huit cents pieds au- dessus de son niveau ; car i 3br élévation doit aller probablement en croissant jusqu'au pôle, en suivantlesmêmes proportions que <!lles qui couronnent nos montagnes à glaces ; ce : <jii doit leur donner, sous le pôle même, une haui ur qu'on ne peut assigner. On entrevoit, par ce impie aperçu, quel amas énorme d'eau s'est fixé !<ir le froid de l'hiver sur notre hémisphère, au- ; ipssus du niveau de l'Océan. 11 est si considéra- ;|e, que je me crois fondé à attribuer a sa fusion Modique le mouvement général de notre mer et 'lui de nos marées. On peut appliquer de même îx effets de la fusion des glaces du pôle austral, jji y sont encore en plus grand nombre, les moujmients eje son Océan.

On n'a tiré jusqu'à présent aucune conséquence îlalive aux mouvements de la mer, de deux vomies de glaces aussi considérables , accumulés

sur les pôles du monde. Ils doivent cependant apporter une augmentation bien sensible à ses eaux, lorsqu'ils y rentrent par l'action du soleil, qui les fait fondre en partie chaque année ; ou une grande diminution lorsqu'ils en ressortent, par l'effet des évaporations qui les fixent en glaces sur les pôles, lorsque le soleil s'en éloigne. Voici à ce sujet quelques réflexions et observations, j'ose dire, très intéressantes : j'en laisse le jugement au lecteur sans système et sans partialité. Je tâcherai de les abréger le plus que je pourrai, et j'espère qu'on me les pardonnera, au moins en faveur de leur nouveauté. Je vais déduire des simples effusions des glaces polaires les mouvements généraux des mers, que l'on a attribués jusqu'ici a la gravitation ou h l'attraction du soleil et de la lune sur l'équateur.

On ne saurait nier, en premier lieu, que les courants et les marées ne viennent du pôle dans le voisinage du cercle polaire.

FrédéricMartens, qui , dans son voyageau Spitzberg en 1 67 1 , s'avança jusqu'au 81 e degré de latitude nord, dit positivement que les courants, dans les glaces , portent au midi. Il ajoute, d'ailleurs, qu'il ne peut rien dire d'assuré touchant le flux et reflux des marées. Notez bien ceci.

Henri Ellis observa avec étonnement, dans son voyage à la baie d'Hudson, en \ 746 et \ 747, que les marées y venaient du nord, et qu'elles avançaient au lieu de retarder, a mesure qu'il s'élevait en latitude. 11 assure que ces effets , si contraires a leurs effets ordinaires sur nos rivages, où elles viennent du sud, prouvent que les marées de ces côtes ne viennent point de la ligne, ni de l'océan Atlantique. 11 les attribue à une prétendue communication de la baie d'Hudson a la mer du Sud, communication qu'il cherchait avec beaucoupd'ardeur, et qui était l'objet de son voyage; mais on est très assuré aujourd'hui qu'elle n'existe point, par les tentatives infructueuses que le capitaine Cook a faites en dernier lieu pour la trouver, par la mer du Sud, au nord de la Californie, suivant le conseil qu'en avait donné long- temps auparavant le fameux marin Dampier, dont les lumières et les vues, pour le dire en passant, ont beaucoup servi au capitaine Cook dans toutes ses découvertes.

Ellis observa encore que le cours de ces marées septentrionales de l'Amérique était si violent au détroit de Wager, par le 65e degré 57', qu'il faisait huit à dix lieues par heure. Il le compare à l'écluse d'un moulin. 11 remarqua que la surface de l'eau y était douce, ce qui l'intrigua beaucoup, en affaiblissant l'espérance qu'il avait conçue d'une communication de cette baie avec la mer du Sud.

ÉTUDE QUATRIEME

Cependant, il n'en resta pas moins persuadé que ce passage existait , ainsi que font les hommes préoccupés de leurs opinions, qui se refusent à l'évidence même.

Le Hollandais Jean-Hugues Linschoten avait fait a peu près les mêmes remarques sur le cours des marées septentrionales de l'Europe, lorsqu'il fut au détroit de Waigats, par le 70e degré 20'. Dans les deux voyages que cet observatenr exact fitvers ce détroit en 1594 et en 1593, pour trouver un passage à la Chine par le nord de l'Europe, il réitéra ces observations : « Nous observâmes , » dit-il encore une fois, au cours de la marée, ce » que nous avions déjà remarqué avec beaucoup » d'exactitude, qu'elle vient de Test*. » Il observa aussi que les eaux y étaient saumaches ou à demi salées, ce qu'il attribue à la fusion d'une quantité prodigieuse de glaces flottantes qui lui fermèrent le passage au détroit de Waigats; car la glace formée dans l'eau de la mer même est douce. Mais Linschoten ne lire pas plus de conséquence qu'Ellis de ces marées d'eaux a demi douces qui descendent du nord ; et, plein de son objet , comme le voyageur anglais, i) les attribue à une mer qu'il suppose libre à l'est, au-delà du Waigats, par où il se proposait d'aller à la Chine.

Son compatriote, l'infortuné Guillaume Barents, qui fit les mêmes voyages dans la même flotte sur un autre vaisseau, et qui finit ses jours sur les côtes septentrionales de la Nouvelle-Zemble , où il avait hiverné, trouva au nord et au sud de cette île un courant perpétuel de glaces qui venaient de l'est avec une rapidité qu'il compare , comme Ellis, à celle d'une écluse. Beaucoup de ces glaces avaientjusqu a 56 brassesde profondeur dansl'eau, et 16 brasses d'élévation au-dessus. C'était au détroit de Waigats, dans les mois de juillet et d'août. 11 y trouva des pêcheurs russes de Petzora , qui naviguaient dans ces mers couvertes de rochers flottants de glaces, dans une barque d'écorces d'arbres cousues. Ces pauvres gens offrirent aux Hollandais des oies grasses, avec de grands témoignages d'amitié ; car l'infortune est bien propre à rapprocher les hommes dans tous les climats. Ils lui apprirent que ce même délroit de Waigats , qui dégorgeait tant déglaces, serait tout-à-fait fermé vers la fin d'octobre, et qu'on pourrait aller en Tartarie sur les glaces, par la mer qu'ils nommaient de Marmare.

Il est certain que tous les effets que je viens de rapporter ne peuvent venir que des effusions des

* Voyage, des Hollandais au nord , tome IV, page 204.

glaces qui environnent le pôle. Je remarquerai ici en passant , que ces glaces qui s'écoulent avec tanf de rapidité , au nord de l'Amérique et de l'Eu ) 1 rope, vers les mois dejuillet et d'août, contribuenf à nous donner nos grandes marées de l'équinoxi] B de septembre, et que lorsque leurs effusions s'ari 1 rêtent dans le mois d'octobre, comme celles dit ( Waigats , c'est aussi le temps où nos marées com ' mencent a diminuer.

On peut me demander à présent pourquoi le! marées viennent du nord et de l'est au nord d!* l'Amérique et de l'Europe; et pourquoi elles vieil]1 nent du sud sur nos côtes et sur celles de l'Améri que , qui sont aux mêmes latitudes.

11 me suffirait d'en avoir dit assez pour prouve que toutes les marées ne viennent pas de la près! sion ou de l'attraction du soleil et de la lune su? l'équateur ; j'aurais démontré l'insuffisance de no i systèmes, qui les attribuent a ces causes : mais}] vais remplacer ce que je viens de détruire pal d'autres observations, et prouver qu'il n'y a aucun I marée, sur quelque rivage que ce soit, qui nedoivj son origine aux effusions polaires.

Une observation de Dampier servira d'abor de base à mes raisonnements. Cet habile observa leur distingue entre courants et marées: il pos pour principe , d'après beaucoup d'expérience qu'il rapporte dans son Traité des vents et des ma rées, que « les courantsne se font guère sentir qu'ei » pleine mer, et les marées sur les côtes. » Cec posé, les effusions polaires, qui sont des marée du nord ou de l'est pour ceux qui sont dans le voi sinagc du pôle ou des baies qui y communiquent prennent leur cours général au milieu du canal d l'océan Atlantique, attirées vers la ligne par la di minution des eaux que le soleil y évapore conli nuellement. Elles produisent, par leur couran général , deux courants contraires ou remoux colla téraux, comme les fleuves en produisent de pareil sur leurs bords.

Je ne suppose point gratuitement l'existence d ces contre-courants ou remoux, à la manière d ceux qui font des systèmes, qui créent de nou velles causes à mesure que la nature leur présent ] de nouveaux effets. Ces remoux sont des réaction hydrauliques dont la géométrie explique les lois et dont on peut s'assurer par l'expérience. Si vou regardez couler un petit ruisseau, vous verrez sou vent les pailles qui flottent le long de ses bords re monter contre son cours: et lorsqu'elles arriven aux points ou les contre-courants croisent le cou rant général , vous les voyez, agitées par ces deu: puissances opposées, tournoyer et pirouetter long

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

mps, jusqu'à ce qu'elles soient a la fin entraînées ,lr le courant général. Ces contre-courants sont jicore plus sensibles lorsque ce ruisseau s'écoule |ns un bassin qui n'a point lui-même d'écoulejent; caria réaction est alors si considérable dans ute la circonférence du bassin, que les contrejurants emmènent tous les corps qui y flottent, jsqu'à l'endroit môme où le ruisseau se dégorge. | Ces contre-courants latéraux sont si sensibles sur ]|s bords des fleuves , que les bateaux en profitent iuvent pour remonter contre leur cours. M. de jèvecœur rapporte qu'il fit 422 milles en quatorze jurs, en remontant l'Ohio le long de ses rivages, [à l'aide des remoux, qui ont toujours, dit-il, une vélocité égale au courant principal.* »

| Ils sont presque aussi forts sur les bords des lacs, h père Charlevoix, qui a donné de judicieuses pservations sur le Canada, dit que, lorsqu'il bmbarqua sur le lac Michigan , il fit huit bonnes tues dans un jour, a l'aide de ces contre-courants jtéraux , quoiqu'il eût le vent contraire. Il sup- |)se, avec raison, que les rivières qui se jettent !ms ce lac produisent au milieu de ces eaux de jands courants contraires; « mais ces grands [courants, dit-il *, ne se font sentir qu'au milieu [du canal , et produisent sur leurs bords des remoux ou contre courants dont on profite quand 'on va terre a terre, comme sont obligés de faire

ceux qui voyagent en canots d'écorces. »

Dampier est rempli d'observalions sur ces cone-courants de la mer, qui sont très communs, irtout dans les détroits des îles situées entre les opiques. 11 parle souvent des effets extraordiaires que produisent leurs rencontres avec les Durants particuliers qui les occasionnent; mais bmmeil n'a pas considéré les marées elles-mêmes omme des remoux du courant général de l'océan llantique, et que je ne crois pas même qu'il ait oupçonné l'existence de son courant général, quoiu'il ait parlé à fond des deux courants ou mouspns de l'océan Indien, nous allons rapporter quelques faits qui établissent les plus grandes con^ onnances avec ceux qu'il a lui-même observés ans les mers des Indes et du Sud. Ces faits prouierontdeplus, d'une manière évidente, l'existence

e ces effusions polaires ; car partout où ces effuions viennent à rencontrer, en allant au midi, eurs remoux qui remontent au nord, elles produient par leur choc les marées les plus terribles, et piiont les mouvements les plus opposés. Considé-

ons-les seulement a leur point de départ au nord

i * Lettres d'un Cultivateur américain , t. III , p. 433. i ** Histoire de la Nouvelle-France , t. Vi , p. 2.

de l'Europe, où elles commencent a quitter nos côtes , pour s'étendre en pleine mer. Pontoppidan dit, dans son Histoire de Norwège, qu'il y a, audessus de Berghen , un endroit appelé Malestrom, très redouté des marins , où la mer forme un tournoiement prodigieux de plusieurs milles de diamètre, et où quantité de vaisseaux ont été engloutis. James Beeverell dit positivement qu'il y a dans les ils Orcades deux marées opposées entre elles , l'une venant du nord-ouest, et l'autre du sud-est; qu'elles jettent leurs flols fumants jusqu'aux nues, et qu'elles semblent vouloir convertir le détroit qui les sépare en écume.9 Les Orcades sont placées un un peu au-dessous de la latitude de Berghen, et dans le prolongement de la côle septentrionale de Norwège, c'est-à-dire au confluentdes effusionspolaires et de leurs remoux.

Les autres îles de la mer sont dans de semblables positions, comme nous le pourrions prouver, si le lieu nous le permettait. Par exemple, le canal de Bahama , qui court avec tant de rapidité au nord, entre le continent de 4'Amérique et les îles Lucayes, produit aul ou r de ces îles, par sa rencontre avec le courant général de cette mer, les marées les plus tumultueuses , et semblables à celles des Orcades.

Ces remoux du cours de l'océan Atlantique occasionnent donc nos marées d'Europe et d'Amérique, qui vont au nord sur nos côtes, tandis que son courant général va au sud , du moins pendant l'été. Je pourrais rapporter mille autres observations sur l'existence de ces courants contraires; mais une seule, plus générale que celles que j'ai citées, me suffira par son importance et son authenticité, puisque c'est la première de toutes celles qui en ont été faites en Europe, et peut-être la seule : c'est celle de Christophe Colomb partant pour la découverte du Nouveau-Monde. 11 mit à la voile aux Canaries, vers le commencement de septembre, et fit route à l'ouest. Il trouva, pendant les premiers jours de sa navigation, que les courants portaient au nord-est. Quand il fut a deux ou trois cents lieues de terre, il s'aperçut qu'ils se dirigeaient vers le sud; ce qui effraya beaucoup ses compagnons, qui croyaient que la mer se portait là vers un précipice. Enfin, aux approches des îles Lucayes, il retrouva les courants portant au nord. On peut voir le journal de son voyage dans Herrera. Je pense que ce courant général qui flue de notre pôle en été avec tant de rapidité, et qui est si violent vers sa source, comme l'ont éprouvé Ellis et Linschoten, traverse la ligne équinoxiale, d'autant qu'il n'y est point arrêté par les effusions

ÉTUDE QUATRIÈME

du pôle austral ; qui, dans cette saison, se couvre dè glaces. Je présume, par cette même raison, qu'il va au-delà du cap de Bonne-Espérance, d'où il se porte vers la zone lorride, où il est attiré par le déplacement des eaux que le soleil y pompe chaque jour; et qu'étant dirigé vers l'orient par la position de l'Afrique et de l'Asie , il détermine l'océan Indien à se porter du même côté, contre son mouvement ordinaire. Je le regardé donc comme le premier moteur de la mousson occidentale qui arrive dans les mers des Indes au mois d'avril , et qui ne finit qu'en septembre.

Je pense aussi que le courant général qui part, pendant rhiver, du pôle austral que le soleil échauffe alors de ses rayons, rétablit l'océan Indien dans son mouvement naturel vers l'occident, qui est déterminé d'ailleurs de ce côté-là par les impulsions générales du vent d'est, qui souffle ordinairement dans la zone torride, lorsque rien n'en dérange le cours. Je présume aussi que ce courant pénètre à son tour dans notre océan Atlantique, en dirige le mouvement vers le nord par la position de l'Amérique, et apporte plusieursautreschaugements a nos marées. En effet, Froger dit, dans son Voyage à la mer du Sud, qu'au Brésil les courants suivent le soleil : ils vont au sud quand il est au sud, et au nord quand il estaù nord. Ceux qui ont éprouvé "ces effusions polaires australes au-delà du cap Horn ont reconnu que, dans l'été du pôle austral, les marées portent au nord, comme l'observa Guillaume Schouten, qui découvrit le détroit de Le Maire en janvier 1661 ; mais ceux , au contraire, qui y ont passé dans l'hiver de ce pays, ont trouvé que les marées portaient au sud, et venaient du nord, comme l'observa Fraisier au mois de mai de l'an 1712. lime semble maintenant qu'on peut expliquer par ces effusions polaires les principaux phénomènes de nos marées. On voit, par exemple, pourquoi celles du soir sont plus fortes, en été, que celles du matin; pareeque le soleil agit plus fortement le jour que la nuit sur les glaces de notre pôle qui sont sous notre méridien. Cet effet ressemble à l'intermittence de certaines fontaines qui coulent des montagnes à glaces, et fluent plus abondamment le soir que le matin. On voit encore pourquoi il arrive que nos marées du malin sont, en hiver , plus considérables que celles du soir ; et pourquoi Tordre de nos marées change au bout de six mois, suivant la remarque de Boiiguer", qui trouve la chose étonnante , sans en donner aucune raison ; puisque le soleil étant alors au pôle sud, les

* Bouguer, Traité de la Navigation , p. 132.

effets des marées doivent être opposés, comme le causes qui les produisent.

Mais voici des concordances entre là mer et le pôles encore plus étendues et plus frappantes C'est aux solstices qu'arrivent les plus basses mai rées de l'année ; ce sont aussi les temps où il y le plus de glaces sur les deux pôles , et par cotisé! qùent le moins d'eau dans la mer. En voici la rat son. Le solstice d'hiver est, par rapport à nous, le temps du plus grand froid ; il y a donc alors su! notre pôle et silr notre hémisphère le plus gran volume de glace possible. C'est à la vérité le sol stice d'été pour le pôle sud ; mais il y a peu d glaces fondues sur ce pôle, pareeque l'action de 1 plus grande chaleur ne s'y fait sentir , comme che nous, que lorsque la terre a mie chaleur acquise jointe à la chaleur actuelle du soleil; ce qui n'ar< rive que dans les six semaines qui suivent le solstic j d'été , qui nous donnent à nous autres, dans notr1 été , les jours les plus chauds de l'année , que nou appelons jours caniculaires.

C'est aux équinoxes, au contraire , qu'arrive» les plus grandes marées. Ce sont aussi les temps o; il y a le moins de glaces sur les deux pôles, et, pa conséquent , le plus grand volume d'eau dans I mer. A l'é juinoxc de septembre, la plus grand partie des glaces de notre pôle, qui a supporté toute les chaleurs de Tété , est fondue, et celles du pôl sud commencent à fondre. Vous remarquerez en core que les marées de l'équinoxe de mars son plus considérables que celles de septembre, parce que c'est la fin de l'été du pôle sud, qui a beau cou p plus de glaces que le nôtre , et qui donne pa conséquent à l'Océan un plus grand volume d'eau M a plus de glaces, parccqUe le soleil est six jour de moins dans son hémisphère que dans le nôtre Si l'on me demande maintenant pourquoi le solei ne partage pas également sa chaletir et sa lumièri aux deux pôles, j'en laisserai chercher la caus« aux savants; mais j'en attribuerai la raison à II bonté divine, qui a voulu partager plus favorable ment la partie du globe qui contient le plus gram j espace de terre et le plus grand nombre d'habi tants.

Je ne dirai rien de l'intermittence de ces effu-j sions polaires , qui donnent sur nos côtes deux IIuï et deux reflux, à peu près dans le môme tempfj que le soleil, taisant le tour du globe sur notre! hémisphère, échauffé alternativement deux continents et deux mers , c'est-à-dire dans l'espace des vingt-quatre heures, pendant lesquelles son influent agit deux fois , et est deux Ibis suspendue, j Je ne parlerai pas non plus de leur retard , qui est

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

Je près de trois quarts d'heure d'une marée à l'autre, et qui semble réglé par les différents diai Inètres de la coupole polaire de glace, dont les f |iords, fondus par le soleil, diminuent et s'éloi-

i ifnent de nous chaque jour, et dont les effusions I loi vent par conséquent mettre plus de temps à

ii rehir a la ligne, et a revenir de la ligne à nous ;

i iii des autres rapports que ces périodes du pôle i )nt avec les phases de la lune , surtout lorsqu'elle i Ifst pleine; car ses rayons ont une chaleur évapotante, comme l'ont démontré les dernières expés iences faites à Rome et a Paris : il me faudrait j [apporter une suite d'observations et de faits qui 1 ne mèneraient trop loin, tl ij Je m'engagerai encore bien moins à parler des

i garées du pôle austral , qui , dans l'été de ce pôle, n pleine mer , viennent immédiatement du sud et

il [lu sud-ouest par grosses houles , comme l'éprouva » je Hollandais Abel Tasman en janvier et février i; 1 692 ; et de leur irrégularité sur les côtes de cet jiémisphère , telle que sur celles de la Nouvelle- ! jïollande , où Dampier , dans le mois de janvier si 688, éprouva, à son grand étonnement, que la ; j>lus grande marée , qui venait de l'est-quart-nord,

ii ji'arriva que trois jours après la pleine lune, et où î les gens de son équipage, consternés, crurent i pendant plusieurs jours que leur vaisseau , qu'ils

vaient échoué sur le rivage pour le radouber, y

s [esterait, faute de pouvoir être remis a flot*. Je jie dirai rien de celles de la Nouvelle-Guinée, où, fers la fin d'avril , le même voyageur en rencontra, tu contraire, plusieurs dans une seule nuit, qui

f s'étendaient a l'opposite des nôtres , du nord au kid, et venaient de l'ouest par refrains très rapiles, tumultueux, et précédés de grandes houles lui ne brisaient pas; ni du peu d'élévation de ces

j jnarées sur la côte du Brésil et dans la plupart des les de la mer du Sud et des Indes orientales, où îlles ne montent qu'a 3,6,7 pieds , tandis qu'EUis es a trouvées de 25 pieds à l'entrée de la baie

! p'Hudson , et le chevalier Narbrough , de 20 pieds a l'entrée du détroit de Magellan. Leurs cours

I Svers l'équateur, dans la mer du Sud ; leurs retarjJements et leurs accélérations sur ces rivages ; (eurs directions, tantôt orientales, tantôt occidentales, suivant les moussons; enfin leurs ascensions qui augmentent à mesure qu'on s'approche jdu pôle, et qui diminuent à mesure qu'on s'en (éloigne, entre les tropiques mêmes, prouvent que peur foyer n'est point sous la ligne. La cause de

* Voyage de Daiwpier, Traité des vents et des marées, p. 578 et 579.

leurs mouvements ne dépend point de l'attraction ou de la pression du soleil et de la lune sur celte partie de l'Océan , car ces forces y agiraient sans doute avec la plus grande énergie dans des périodes aussi régulières que le cours de ces astres ; mais elle semble dépendre entièrement de la chaleur combinée de ces mômes astres sur les pôles du monde, dont les effusions irrégulières , n'étant point resserrées dans l'hémisphère austral, comme dans le nôtre, par le canal de deux continents voisins , produisent , sur les rivages des mers indiennes et orientales, des expansions vagues et intermittentes.

11 suffit donc d'admettre ces effusions alternatives des glaces polaires , que l'on ne peut révoquer en doute , pour expliquer , avec la plus grande facilité , tous les phénomènes des marées et des courants de l'Océan. Ces phénomènes présentent , dans les journaux des voyageurs les plus éclairés, une obscurité perpétuelle et une multitude de contradictions , lorsque ces mômes voyageurs veulent en rapporter les causes à la pression constante de la lune et du soleil sur l'équateur, sans avoir égard aux courants alternatifs des pôles qui se portent Vers ce même équateur, a leurs contre-couranls, qui, retournant vers les pôles, donnent les marées , et aux révolutions que l'hiver et l'été apportent à ces deux mouvements.

On a supposé , a la vérité , dans ces derniers temps , qUe la mer devait être libre de glaces sous les pôles, d'après cette étrange assertion que la mer ne gelait que le long des terres; mais cette supposition a été faite par des hommes de cabinet , contre l'expérience des plus fameux navigateurs. Les tentatives du capitaine Cook vers le pôle austral en ont démontré l'erreur. Ce hardi marin n'a jamais pu approcher , au mois de février , dans les jours caniculaires de cet hémisphère , de ce pôle où il n'y a aucune terre plus près que le 71e degré, c'est-a-dire à cinq cents lieues, quoiqu'il eût tourné, pendant l'été , tout autour de sa coupole de glace ; encore cette distance ne faisait pas la moitié de l'amplitude de celte coupole, et il ne s'est avancé si loin qu'a la faveur d'une baie ouverte dans une partie de sa circonférence , qui avait partout ailleurs beaucoup plus d'étendue. Ces baies ou ouvertures ne se forment dans les glaces que par l'influence même des terres les plus voisines, où la nature a distribué des zones sablonneuses, pour accélérer la fusion des glaces polaires dans le temps convenable. Telles sont, pour le dire en passant , car je n'ai pas le temps de développer ici tous les plans de cette admirable architecture ?

telles sont, dis-je , ces longues bandes de sable qui coupent l'Amérique septentrionale , dans la Terre- Magellanique ; et celles de la Tartarie, qui commencent en Afrique au Zaraou Désert , et viennent se terminer au nord de l'Asie. Les vents portent , en été, les particules ignées dont ces zones sont remplies vers les pôles , où elles accélèrent l'action du soleil sur les glaces. 11 est aisé de concevoir, indépendamment de l'expérience, que les sables multiplient la chaleur du soleil par les réflexions de leurs parties spéculai res et brillantes , et la conservent long-temps dans leurs inlerstices. Il est certain du moins que les plus grandes ouvertures des glaces polaires se rencontrent toujours dans la direction des vents chauds, et sous l'influence de ces terres sablonneuses, comme je pourrais le démontrer, si c'en était ici je lieu. Mais nous en pouvons voir des exemples sans sortir de notre continent, et même de nos jardins. En Russie, les rivières et les lacs dégèlent toujours par leurs rivages , et la fusion de leurs glaces s'accélère d'autant plus vile que les grèves sont plus sablonneuses, et qu'elles se rencontrent, par rapport à elles, dans la direction du vent du midi. Nous voyons les mêmes effets dans nos jardins , a la fin de l'hiver. La glace qui est sur le sable des allées fond d'abord la première ; ensuite celle qui est sur la terre , et , en dernier lieu , celle qui est dans les bassins. La fusion de celle-ci commence par les bords, et elle est d'autant plus de temps a s'achever que les bassins ont plus d'étendue; en sorte que la partie du milieu de la glace, qui est la plus éloignée de la terre, est aussi la dernière qui dégèle.

On ne peut donc pas douter que les pôles ne soient couverts d'une coupole de glaces , d'après l'expérience des marins, et d'après la raison naturelle. Nous avons jeté un coup d'oeil sur celle de notre pôle, qui le couvre, en hiver, dans une étendue de plus de deux mille lieues sur les continents. Il n'est pas aussi aisé de déterminer son élévation au centre et sous le pôle même; mais elle doit y être d'une hauteur prodigieuse.

L'astronomie nous en présente quelquefois dans les cieux une image si considérable, que la rotondité de la terre en paraît être notablement altérée.

Voici ce que je trouve , à ce sujet , dans l'Anglais Childrey*. Ce naturaliste suppose, comme moi, que la terre est couverte de glaces aux pôles, à une telle hauteur, que sa figure en est rendue sensiblement ovale. C'est ce qu'il prouve par deux

* Histoire naturelle d'Angleterre , p, 245 et 247.

ATRIÈME.

observations astronomiques fort curieuses. « C< » qui m'oblige encore , dit-il , à embrasser ce pa- » radoxe, c'est qu'il sert admirablement bien \ » résoudre une difficulté d'importance qui a for » embarrassé Tycho-Brahé et Kepler, touchant m » éclipses centrales de la lune qui se font proche d( » l'équateur , comme était celle que Tycho observa » en l'année 1 588 , et celle que Kepler observa eij » l'année \ 624 , de laquelle voici comme il parle 1 » Notandum est hanc lunœ eclipsim (instar illiuig » quam Tycho , anno 1 588 , observavit totalem e| » proximam cenlrali) , egregie calculum fefelisse » nam non solum mora tolius lunœ in tenebris brel » vis fuit, sed et du ratio reliqua multo magisj » perinde quasi tellus elliptica esset, dimelientenj » breviorem habens sub a?quatore, longiorem à » polo uno ad alterum. « C'est-à-dire : » Il faut reî » marquer que cette éclipse de lune (il entend par! » 1er de celle du 2G septembre 1624), pareille (I » celle que Tycho observa en l'année 1588, c'est | » à-dire totale et quasi centrale, me trompa for | » dans ma supputation; car non-seulement la du; » rée de son obscurité totale fut fort courte , mai] » le reste de la durée de devant et d'après l'obscu I » rité totale le fut encore davantage; comme si |j '» terre était elliptique, et quelle eût un diamè » tre plus court sous l'équateur que d'un pôle | » l'autre. »

Les débris à demi fondus qui se détachent tou les ans de la circonférence de cette coupole, et qui l'on rencontre bien loin du pôle flottants sur la mer vers le 55e degré, sont si élevés, qu'Ellis, Cook Martens, et les autres voyageurs du nord et di sud les plus exacts dans leurs récits, les représen tent pour le moins aussi hauts que des vaisseaux'; la voile. Ellis même, comme nous l'avons dits n'hésite pas à leur donner 1 5 a 1 ,800 pieds d'élé vation. Ils disent unanimement que ces glaces jet; lent des lueurs qui les font apercevoir avant d'êtr sur l'horizon. Je remarquerai, en passant, que no aurores boréales pourraient bien devoir leur orl gine a de pareilles réflexions des glaces polaires j dont peut-être un jour on déterminera l'élévatioi] par l'étendue de ces mêmes lumières. Quoi qu'i en soit, Denis, gouverneur du Canada , en parlaiïi des glaces qui descendent du nord, tous les étés sur le grand banc de Terre-Neuve, dit qu'elles son plus hautes que tes tours de Notre-Dame, et qu'oi les voit de quinze à dix-huit lieues; les navire en sentent le froid à pareille distance. « lilles sont » dit-il*, quelquefois en si grand nombre, étan

* Denis, Histoire naturelle de l'Amérique septentrionale1 t. II, chap. i, p. 4'< et 45.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

j toutes conduites du même vent, qu'il s'est trouvé des navires allant a terre pour le poisson sec, | qui en ont rencontré de cent cinquante lieues de longueur, et encore plus qui les ont côtoyées un i| jour ou deux avec la nuit, bon frais, portant toutes voiles , sans en trouver le bout. Ils vont ji comme cela tout le long , pour trouver quelque ouverture à passer leur navire ; s'ils en renconj trent, ils y passent comme par un détroit ; autrement il faut aller jusqu'au bout pour y passer , car les glaces barrent le chemin. Ces glaces-la ne fondent point que lorsqu'elles attrapent les eaux j chaudes vers le midi , ou bien qu'elles sont ! poussées par le vent du côté de la terre. Il en S échoue jusqu'à 25 et 50 brasses d'eau ; jugez de ! leur hauteur , sans ce qui est sur l'eau. Des pê- 1 cheurs m'ont assuré en avoir vu une échouée sur le grand banc à 45 brasses d'eau, qui avait bien dix lieues de tour. Il fallait qu'elle eût une j grande hauteur. Les navires n'approchent point I de ces glaces- là ; l'on appréhende qu'elles ne j tournent d'un côté sur l'autre, à mesure qu'elles ! se déchargent du côté où elles ont plus de chajleur. »

( Nous observerons que ces glaces sont déjà plus 1 fà moitié fondues lorsqu'elles arrivent sur le banc ! e Terre-Neuve , car en effet elles ne vont guère

;lus loin. C'est la chaleur de l'été qui les détache

I [i nord, et elles ne font même tant de chemin au i lîdiqu'à la faveur de leurs écoulements qui les en-

II jaînent vers la ligne , où ils vont remplacer les 1,1 Lux que le soleil y évapore. Ces glaces polaires ,

■ but nos marins ne voient que les lisières et les décris, doivent avoir, à leur centre, une élévation ropordonnée à leur étendue. Pour moi, je considère les deux hémisphères de la terre comme deux iontagnes qui sont jointes ensemble sous la ligne, 's pôles comme les sommets glacés de ces monet les mers comme des fleuves qui décou- Si donc nous venons à nous 1(1 ^présenter les proportions que les glaciers de la m Suisse ont avec leurs montagnes et avec les fleuves ^ fi en découlent, nous pourrons nous former une 1" jée de celles que les glaciers des pôles ont avec le lobe entier et avec l'Océan. Les Cordilières du érou , qui ne sont que des taupinières auprès des eux hémisphères, et dont les fleuves qui en sortent e sont que des Glcts d'eau auprès de la iner , ont es lisières de glaces de vingt à trente lieues de irgeur, hérissées à leur centre de pyramides de jeige de 42à 4 500 toises d'élévation. Quelle doit ,onc être la hauteur, au centre, des deux coupoles es glaces polaires, qui ont , en hiver , des bases Bernardin.

ignés

1 nt de ces sommets

de deux mille lieues de diamètre 1 Je ne doute pas que leur épaisseur aux pôles n'y fasse paraître la terre ovale dans les éclipses centrales de lune, comme l'ont observé Tycho-Brahé et Kepler.

Voici une autre conséquence que je tire de cette con6guration. Si la hauteur des glaces polaires est capable d'altérer dans les cieux la forme du globe, leur poids doit être assez considérable pour influer sur son mouvement dans l'écliptique. 11 y a en effet une concordance très singulière entre le mouvement par lequel la terre présente alternativement ses deux pôles au soleil dans un an, et les effusions alternatives des glaces polaires qui arrivent dans le cours de la même année. Yoici comme je conçois que ce mouvement de la terre est l'effet de ces effusions. En admettant, avec les astronomes , les lois de l'attraction parmi les astres, la terre doit certainement présenter au soleil, qui l'attire, la partie la plus pesante de son globe. Or cette partie la plus pesante doit être un de ses pôles, lorsqu'il est surchargé d'une coupole de glace d'une étendue de deux mille lieues , et d'une élévation supérieure à celle des continents. Mais comme la glace de ce pôle , que sa pesanteur incline vers le soleil, se fond à mesure qu'elle s'en approche verticalement , et qu'au contraire la glace du pôle opposé augmente à mesure qu'elle s'en éloigne , il doit arriver que le premier pôle devenant plus léger et le second plus pesant, le centre de gravité passe alternativement de l'un à l'autre, et que de ce balancement réciproque doit naître ce mouvement du globe dans l'écliptique qui nous donne l'été et l'hiver.

11 s'ensuit, de cette pesanteur versatile, que notre hémisphère ayant plus de terre que l'hémisphère austral, etétant par conséquent plus pesant, il doit s'incliner plus long-temps vers le soleil ; et c'est ce qui arrive en effet , puisque nous avons cinq ou six jours d'été plus que d'hiver. 11 s'ensuit encore que notre pôle ne peut perdre son centre de gravité que lorsque le pôle opposé se charge d'un poids de glace supérieur au poids de notre continent et des glaces de notre hémisphère : et c'est ce qui arrive aussi; caries glaces du pôle austral sont plus élevées et plus étendues que celles de notre pôle, puisque les marins n'ont pu pénétrer que jusqu'au 71e degré de latitude sud , tandis qu'ils ont navigué jusqu'au 82e degré de latitude nord. On peut entrevoir ici une des raisons pour lesquelles la nature a divisé ce globe en deux hémisphères , dont l'un renferme la plus grande partie des terres , et l'autre la plus grande partie des mers, afin que ce mouvement du globe eût à la

m ÉTUDE QU

fois de là constance et de la versatilité. On voit encore pourquoi le pôle austral est placé immédiatement au milieu des mers, sans qu'aucune terre l'avoisine , afin qu'il pût se charger d'un plus grand volume d'évaporations maritimes , et que ces évaporations , accumulées en glace autour de lui , pussent balancer le poids des continents dont notre hémisphère est surchargé.

On peut me faire ici une très forte objection. C'est que, si les effusions polaires occasionnaient le mouvement de la terre dans l'écliptique , il arriverait un moment où , ses deux pôles étant en équilibre, elle ne présenterait plus que son équateur au soleil.

J'avoue que je n'ai rien à répondre a cette difficulté , sinon qu'il faut recourir a une volonté immédiate de l'auteur de la nature, qui détruit l'instant de cet équilibre , et qui rétablit le balancement de la terre sur ses pôles par des lois qui nous sont inconnues. Au reste, cet aveu n'affaiblit pas plus la vraisemblance de la cause hydraulique que j'y applique, que celle du principe d'attraction des corps célestes , qui sert a l'expliquer, j'ose dire, avec bien moins de clarté. Cette attraction môme interdirait bientôt a la terre toute espèce de mouvement, si elle agissait seule dans les astres. Si nous voulons être de bonne foi , c'est à l'aveu d'une intelligence supérieure à la nôtre qu'aboutissent toutes les causes mécaniques de nos systèmes les plus ingénieux. La volonté de Dieu est Yulthnalumde toutes les connaissances humaines.

Je tirerai cependant de cette objection des conséquences qui vont répandre un nouveau jour sur d'anciens effets des effusions polaires, et sur la manière dont elles ont pu occasionner le déluge 10.

Si l'on suppose donc l'équilibre rétabli entre les pôles , et que la terre présentât constamment son équateur au soleil, il est très vraisemblable qu'elle s'embraserait alors. En effet, dans cette hypothèse, les eaux qui sont sous l'équateur, étant évaporées par l'action constante du soleil , se fixeraient irrévocablement en glaces sur les pôles, où elles recevraient sans effet les influences de cet astre, qui serait pour elles perpétuellement à l'horizon. Les continents étant alors desséchés sous la zone torride , et échauffés par une chaleur qui croîtrait de jour en jour , ne tarderaient pas a s'enflammer. Or, s'il est probable que la terre périrait par le feu si le soleil n'en parcourait que l'équateur , il ne l'est pas moins qu'elle a dû périr par les eaux lorsque le soleil en parcourait un méridien. Des moyens opposés produisent des effets contraires. Nous venons de voir que les simples effusions

ATJUÈMK.

alternatives d'une partie des glaces polaires étaient suffisantes pour renouveler toutes les eaux de l'Océan , opérer tous les phénomènes des marées, et produire le balancement delà terre dans l'écliptique. Nous les croyons capables d'inonder le globe en entier, si elles venaient à s'écouler toutes à la fois. Remarquez bien que la seule effusion d'une partie des glaces des Cordilières du Pérou suffit, chaque année, pour faire déborder l'Amazone, l'Orénoque, et plusieurs autres grands fleuves du Nouveau-Monde , et pour inonder une partie du i Brésil, de la Guiane, et de la terre ferme d'Amérique; que la fou te d'une partie des neiges des monts de la Lune , en Afrique , occasionne chaque an:i née les débordements du Sénégal , contribue "a ceux du Nil , et inonde de grandes contrées dans' la Guinée et toute l'Egypte inférieure, et que de semblables effets se reproduisent tous les ans pat de pareilles causes dans une partie considérable j de l'Asie méridionale, dans les royaumes du Ben-j gale, de Siam, du Pégu et de la Cochinchine eij sur les territoires qu'arrosent le Tigre, l'Euphratc et beaucoup d'autres fleuves de l'Asie, qui on] leurs sources dans les chaînes de montagnes ton! jours glacées du Taurus et de l'Imaûs. Qui dou tera donc que l'effusion totale des glaces des deuij pôles ne suffise pour surmonter les bassins d) l'Océan , et submerger les deux continents en en tier ? L'élévation de ces deux coupoles de glace j polaires, aussi vastes que des océans, ne doit-elli pas surpasser de beaucoup la hauteur des terres le | pl us élevées , puisque les simples f ragmen ts de leur j extrémités , a demi dissous, sont hauts comme ld tours de Notre-Dame, et ont même jusqu'à quinzi a dix-huit cents pieds de hauteur au-dessus de I mer? Le territoire de Paris, qui est à quaranlj lieues du rivage de la mer, n'a pas plus de vingt deux toises d'élévation au-dessus du niveau d( basses marées, et il n'en a pas dix-huit au-dessi des plus hautes. Une grande partie de l'ancien < du nouveau monde en a beaucoup moins.

Pour moi, si j'ose le dire, j'attribue le déluj universel a l'effusion totale des glaces polaires,! laquelle on peut joindre celle des montagnes agi; ces, telles que les Cordilières et le Taurus, qui (j ont des chaînes de douze à quinze cents lieues <j longueur, sur vingt ou trente de largeur, et si; douze a quinze cents toises d'élévation. On peut] ajouter encore les eaux dispersées dans l'atm ji sphère en nuages et en vapeurs insensibles, q J ne laisseraient pas de former un volume d'eij très considérable si elles étaient rassemblées si] la terre.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

Je suppose doue qu'à l'époque de ce terrible événement , le soleil, sorti de I'écliptique3 s'avança du midi au nord 1 1 , et parcourut un des : jinéridiens qui passe par le milieu de l'océan Atlanitique et de la mer du Sud. Il n'échauffa dans cette route qu'une zone d'eau, tant fluide que gelée, n qui, dans la plus grande partie de sa circonféi rence , a quatre mille cinq cents lieues de largeur, il jll fit sortir de longues bandes de brouillards et de i jbrumes, qui accompagnent la fonte de toutes les « glaces de la chaîne des Cordilières , des diverses I branches des montagnes à glace du Mexique , du i Taurus et de l'imaûs, qui courent, comme elles , I bord et sud, des flancs de l'Atlas, des sommets de Ténériffe, du mont Jura, de l'Ida, du Liban, s ,et de toutes les montagnes couvertes de neiges [qui se trouvèrent exposées à son influence directe. I Bientôt il embrassa de ses feux verticaux la constellation de l'Ourse et celle de la Croix du sud; et aussitôt les vastes coupoles de glaces des pôles [fumèrent de toutes parts. Toutes ces vapeurs, réunies à celles qui s'élevaient de l'Océan, cou- 1 vrirent la terre d'une pluie universelle. L'action de la chaleur du soleil fut encore redoublée par 1 celle des vents brûlants des zones sablonneuses de ! [l'Afrique et de l'Asie, qui, soufflant, comme tous îles vents, vers les parties de la terre où l'air était i le plus raréfié, se précipitèrent, comme des béliers jde feu, vers les pôles du monde , où le soleil agis- ! sait alors avec toute son énergie.

I Bientôt des torrents innombrables jaillirent du | pôle du nord, qui était alors le plus chargé de glaces, puisque le déluge commença le M février, qui est le temps de l'année où l'hiver a exercé tout ; son empire sur notre hémisphère. Ces torrents sortirent à la fois de toutes les portes du nord, des | détroits de la mer d'Anadir, du golfe profond de j Kamtschatka , de la mer Baltique, du détroit de s i Waigats , des écluses inconnues du Spitzberg et | du Groenland, de la baie d'Hudson , et de celle j de Baffin, qui est encore plus reculée. Leurs eaux l ; mugissantes se précipitèrent en partie par le canal j | de l'océan Atlantique, bouleversèrent le fond de , son bassin, pénétrèrent au-delà de la ligne; et j j leurs remonx collatéraux revenant sur leurs pas, | repoussés et augmentés par les courants du pôle austral , qui s'écoulaient dans le même temps , étalèrent sur nos rivages la plus effroyable des marées. Ils roulèrent dans leurs flots une partie des dépouilles de l'Océan situé entre l'ancien et le j nouveau monde. Ils étendirent les larges coquillaj ges qui pavent le fond des mers des îles des Antili les et du cap Yert sur les plaines de la Norman-

die, et ils portèrent môme ceux qui s'attachent aux rochers du détroit de Magellan jusque dans les campagnes qu'arrose la Saône. Rencontrés par le courant général du pôle , ils formèrent, à leur confluent, d'horribles contre-marées qui conglomérèrent, dans leurs vastes entonnoirs, les sables, les cailloux et les corps marins en masses de grès tourbillonnées, en collines irrégulières, en rochers pyramidaux, qui hérissent, en plusieurs endroits, le sol de la France et de l'Allemagne. Ces deux courants généraux des pôles, venant à se rencontrer entre les tropiques, soulevèrent du fond des mers de grands bancs de madrépores , et les jetèrent tout entiers sur les rivages des îles voisines, où ils subsistent encore 12.

Ailleurs leurs eaux, ralenties à l'extrémité de leurs cours, s'épandirent au sein des terres en vastes nappes , et déposèrent^ plusieurs reprises, en couches horizontales , et les débris et les gluten d'une infinité de poissons, d'oursins, de fucus, de coquillages, de coralloïdes, et ils en formèrent les lits de sable, les pâtes de marbre, de marne, de plâtre et de pierre calcaire qui font aujourd'hui le sol d'une grande partie de l'Europe. Chaque couche de nos fossiles fut le résultat d'une marée universelle. Pendant que les effusions des glaces polaires couvraient les extrémités occidentales de notre continent des dépouilles de la mer, elles étalaient sur ses extrémités orientales celles de la terre même, et déposaient sur le sol de la Chine des lits de terre végétale de trois à quatre cents pieds de profondeur. Ce fut alors que tous les plans de la nature furent renversés. Des îles entières de glaces flottantes , chargées d'ours blancs , vinrent s'échouer parmi les palmiers de la zone torride; et les éléphants de l'Afrique furent roulés jusque dans les sapins de la Sibérie, où l'on retrouve encore leurs grands ossements. Les vastes plaines de la terre, inondées par les eaux , n'offrirent plus de carrière aux agiles coursiers, et celles de la mer en fureur cessèrent d'être navigables aux vaisseaux. En vain l'homme crut trouver une retraite dans les hautes montagnes : mille torrents s'écoulaient de leurs flancs , et mêlaient le bruit confus de leurs eaux aux gémissements des vents et aux roulements des tonnerres. Les noirs orages se rassemblaient autour de leurs sommets, et répandaient une nuit affreuse au milieu du jour. En vain il chercha dans les cieux le lieu où devait reparaître l'aurore ; il n'aperçut autour de l'horizon que de longues files de nuages redoublés; de pâles éclairs sillonnaient leurs sombres et innombrables bataillons ; et l'astre du jour, voilé par leurs téné-

ETUDE QUATRIÈME

breuses clartés , jetait a peine assez de lumière pour laisser entrevoir dans le firmament son disque sanglant, parcourant de nouvelles constellations. Au désordre des cieux, l'homme désespéra du salut de la terre. Ne pouvant trouver en luimême la dernière consolation de la vertu, celle de périr sans être coupable, il chercha au moins a finir ses derniers moments dans le sein de l'amour ou de l'amitié. Mais dans ce siècle criminel, où tous les sentiments naturels étaient éteints, l'ami repoussa son ami, la mère son enfant, l'époux son épouse. Tout fut englouti dans les eaux, cités, palais, majestueuses pyramides , arcs de triomphe chargés des trophées des rois ; et vous aussi, qui auriez dû survivre à la ruine même du monde, paisibles grottes, tranquilles bocages, humbles cabanes , asiles de l'innocence ! Il ne resta sur la terre aucune trace de la gloire ou du bonheur des mortels, dans ces jours de vengeance où la nature détruisait ses propres monuments.

De pareils bouleversements, dont il reste encore une infinité de traces sur la surface et dans le sein de la terre , n'ont pu, en aucune manière, être produits par la simple action d'une pluie universelle.

Je sais que le texte de l'Ecriture est formel a cet égard ; mais les circonstances qu'elle y joint semblent admettre les moyens qui, suivant mon hypothèse, opérèrent cette terrible révolution.

11 est dit, dans la Genèse, « qu'il plut sur toute » la terre pendant quarante jours et quarante » nuits. » Cette pluie, comme nous l'avons dit, fut le résultat des vapeurs qui s'élevaient de la fonte des glaces, tant terrestres que maritimes, et de la zone d'eau que le soleil parcourait alors au méridien. Quant au terme de quarante jours, ce temps nous paraît suffisant a l'action verticale du soleil sur les glaces polaires pour les mettre au niveau des mers, puisqu'il ne faut guère que trois semaines du voisinage du soleil au tropique du Cancer pour fondre une bonne partie de celles de notre pôle. 11 ne faut même alors que quelques bouffées de vent de sud ou de sud-ouest pendant quelques jours , pour dégager de glaces la côte méridionale de la Nouvelle-Zemble , et déboucher le détroit de Waigats, ainsi que l'ont observé Martens, Barents, et d'autres navigateurs du nord.

La Genèse dit , de plus , que « les sources du » grand abîme des eaux furent rompues, et que » les cataractes du ciel furent ouvertes. » L'expression de « sources du grand abîme » ne peut s'appliquer, à mon avis, qu'a une effusion des gla-

ces polaires, qui sont les véritables sources de la mer, comme les effusions des glaces des montagnes sont les sources de tous les grands fleuves. L'expression de « cataractes du ciel » désigne aussi, cerne semble, la résolution universelle des eaux répandues dans l'atmosphère, qui y sont soutenues par le froid, dont les foyers se détruisaient alors aux pôles.

La Genèse dit ensuite, « qu'après qu'il eut plu » pendant quarante jours, Dieu fit souffler un vent » qui fit disparaître les eaux qui couvraient la » terre. » Ce vent , sans doute , reporta vers les pôles les évaporations de l'Océan, qui s'y fixèrent de nouveau en glaces. La Genèse ajoute ensuite des circonstances qui semblent rapporter tous les effets de ce vent aux pôles du monde ; car elle dit : « Les sources de l'abîme furent fermées, aussi bien » que les cataractes du ciel , et les pluies du ciel » furent arrêtées. Les eaux, étant agitées de côté » et d'autre , se retirèrent et commencèrent à dil » minuer, après cent cinquante jours *. »

L'agitation de ces eaux « de côté et d'autre » convient parfaitement au mouvement des mers, de la ligne aux pôles, qui devait se faire alors sans aucun obstacle, puisque le globe n'était plus qu'un globe aquatique , et que l'on peut supposer que son balancement annuel dans l'écliptique, dont les glaces polaires sont en même temps les ressorts et les contre-poids, était dégénéré alors en une titubation journalière , suite de son premier mouvement. Ces eaux se retirèrent donc de l'Océan, lorsqu'elles vinrent à se convertir de nouveau en glaces sur les pôles ; et il est remarquable que l'espace de « cent cinquante jours » qu'elles mirent à s'y fixer est précisément le temps que chacun des pôles emploie chaque année à se charger de ses congélations ordinaires.

On trouve encore, a la suite du même récit, des expressions analogues aux mêmes causes. « Dieu dit ensuite a Noé : Tant que la terre du- » rera , la semence et la moisson , le froid et le » chaud, l'été et liiiver, la nuit et le jour, ne ces- » seront point de s'enlre-suivre**. » Il ne doit y avoir rien de superflu dans les paroles de l'auteur de la nature, ainsi que dans ses ouvrages. Le déluge, comme nous l'avons dit, commença le dixseptième jour du second mois de l'année, qui était, chez les Hébreux comme chez nous, le mois de février. Les hommes avaient donc alors ensemencé I les terres, et ils ne les moissonnèrent point. Le

* Genèse, chap. vui , 2 et S.

** Id. , v. 22.

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

i: froid ne succéda point, cette année-là, au chaud,

I ai l'été à l'hiver , parcequ'il n'y eut ni hiver ni rroid, par la fusion générale des glaces polaires,

]t ^ui en sont les foyers naturels ; et la nuit, propre- Ci ment dite, ne suivit point le jour, parcequ'il n'y ]" [eut point alors de nuit aux pôles, où il y en a al-

II jternativement une de six mois , pareeque le sojleil, parcourant un méridien, éclairait toute la tarre, comme il arrive lorsqu'il est a l'équateur.

I1|J J'ajouterai a l'autorité de la Genèse un passage 11 Itrès curieux du livre de Job*, qui décrit le déluge ;s jet les pôles du monde avec les principaux caraclè- 11 1res que je viens d'en présenter, tî I

8 i ^. 4. Ubi eras quando ponebam fundamenta terrœ? Indica

tnihi, si habes intelligentiam.

: S. Quis posuit mensuras ejus, si nosti? vel quis tetendit su- I] per eam lineam ?

■ I 6. Super quo bases îllius solidata? sunt ? aut quis demisit lae pidem angularem ejus ?

|{ j 7. Cum me laudarent simul astra matutina, et jubilarent [tonnes fini Dei ?

ij 8. Quis conclusit ostiis 1 3 mare , quando erumpebat quasi de vulvâ procedens :

Ij 9. Cum ponerem nubem vestimentum ejus , et caligine illud, 1 jjuasi pannis infantiae , obvolverem ?

!, 1 10. Circumdedi illud terminis meis. et posui vectem, etostia. Al H. Et dixi : Usque hue venies , et non procèdes amplius : et

jiic confringes tumentes fluctus tuos.

1 J 42. Numquid postortum tuum praecepisti diluculo, et osten- U jlisti '4 aurorae locum suum ?

43. Et tenuisti concutiens extrema terrse , et excussisti impios 's pxea?

!l j 44. Restïtuetur ut lutum 15 signaculum , et stabit sicut vesti- (raentum.

| 43. Auferetur ab impiis lux sua, et brachium excelsum con- • Éringetur.

! 46. Numquid ingressuses profunda maris, et in novissimis >6 ' iibyssi deambulasti ?

1 47. Numquid apertae sunt tibi porta? raortis '7, et ostia tenei !>rosa vidisti?

j 48. Numquid considerasti 18 latitudinem terrae? Indica raihi, jii nosti omnia.

s j 19. In qua>ia lux habitet , et tenebrarum quis locus sit : S î 20. Ut ducas unumquodque ad terminos suos , et intelligas

iiemitas domus ejus.

21. Sciebas tune quod nasciturus esses? et numerum dierum , uorutn noveras ?

j 22. Numquid ingressus es thesauros nivis, aut thesauros

çrandinis aspexisti , ' | 23. Quae preparavi in tempus hostis , in diem pugnae et belli ?

Û « Où étiez-vous quand je posais les fondements de la terre ?

>• > Dites-le-moi , si vous avez de l'intelligence. Savez-vous qui

1 » est-ce qui en a déterminé les mesures , ou qui en a réglé les |» niveaux ? Sur quoi ses bases sont-elles affermies , ou qui en a

1 \ posé la pierre angulaire, lorsque les astres du matin me

\ » louaient tous ensemble, et que tous les enfants de Dieu étaient » transportés de joie ? Qui a donné des portes à la mer pour la p renfermer , lorsqu'elle se débordait sur la terre , en sortant î comme du sein de sa mère ; lorsque je lui donnai des nuages

v > pour vêtement , et que je l'enveloppai d'obscurité , comme 9 on enveloppe un enfant de bandelettes? Je l'ai resserrée dans » des bornes qui me sont connues ; je lui ai donné une digue et

i » des écluses, et je lui ai dit: Tu viendras jusque là , tu ne j» passeras pas plus loin ; ici se brisera l'orgueil de tes flots. » Est-ce vous qui , en ouvrant vos yeux à la lumière , avez or-

* Chap. xxxviii.

» donné au point du jour de luire , et qui avez montré à l'au- » rore le lieu où elle devait naître? Est-ce vous qui, tenant dans » vos mains les extrémités de la terre , l avez ébranlée , et qui » en avez secoué les impies? De petits monuments innom- » brables de cette ruine en resteront empreints à sa surface » dans l'argile , et subsisteront comme son vêtement. La lu- » mière des impies leur sera ôtée, et leur bras élevé sera brisé. » Avez- vous pénétré au fond de la mer, et vous êtes-vous pro- » mené sur les sources qui renouvellent l'abîme ? Vous a-t-on » ouvert ^es portes de la mort, et en avez-vous vu les dégor- » geoirs ténébreux ? Avez-vous observé où se termine la latitude » de la terre ? Si toutes ces choses vous sont connues, déclarez- » le-moi. Dites-moi où habite la lumière , et quel est le lieu » des ténèbres , afin que vous les conduisiez chacune à leur » destination, quand vous saurez les routes de leurs demeures. » Saviez-vous, lorsque ces choses existaient déjà, que vous » deviez naître vous-même, et aviez-vous connu alors le nombre » rapide de vos jours? Êtes-vous entré enfin dans les trésors de » la neige , et avez-vous vu ces affreux réservoirs de grêle que » j'ai préparés pour le temps de l'ennemi, et pour le jour de la p guerre et du combat? »

J'ai cru que le lecteur ne trouverait pas mauvais que je m'écartasse un peu de mon sujet, pour lui présenter la concordance de mon hypothèse avec les traditions de l'Écriture sainte, et surtout avec celles, quoiqu'un peu obscures, du livre peut-être le plus ancien qu'il y ait au monde. De savants théologiens croient que Job a écrit avant Moïse. Personne n'a peint la nature avec plus de sublimité.

On pourra de plus s'assurer de l'effet général des effusions polaires sur l'Océan par les effets particuliers des effusions des glaces des montagues sur les lacs et les rivières du continent. Je rapporterai ici quelques exemples de ces dernières; car l'esprit humain, par sa faiblesse naturelle, aime a particulariser tous les objets de ses études. Voilà pourquoi il saisit beaucoup plus vite les lois de la nature dans les petits objets que dans les grands.

Addison , dans ses Remarques sur le Voyage d'Italie de Misson, page 522, dit qu'il y a dans le lac de Genève, en été, vers le soir, une espèce de flux et reflux causé parla fonte des neiges, qui y tombent en plus grande quantité l'après-midi qu'à d'autres heures du jour. Il explique encore avec beaucoup de clarté, suivant sa coutume, par les effusions alternatives des neiges des montagnes de la Suisse, l'intermittence de quelques fontaines de ce pays , qui coulent seulement à certaines heures du jour.

Si cette digression n'était pas déjà trop longue, je ferais voir qu'il n'y a ni fontaine, ni lac, ni fleuve, sujets a des flux et reflux particuliers, qui ne les doivent à des montagnes à glaces placées à leurs sources. Je dirai seulement encore deux mots de ceux de l'Euripc , dont les mouvements fréquents et irréguliers ont tant embarrasse les phi-

182 ETUDE QLi

losophes de l'antiquité, et qu'il est si aisé d'expliquer par les effusions glaciales des montagnes voisines. On sait que l'Euripe est un détroit de l'Archipel qui sépare l'ancienne Béotie de l'île d'Eu? bée, aujourd'hui Négrepont. Environ au milieu de ce détroit, dans sa partie la plus resserrée, on voit les eaux affluer, tantôt du nord, tantôt du midi, dix, douze, quatorze fois par jour, avec la rapidité d'un torrent. On ne saurait rapporter ces mouvements multipliés, et très souvent inégaux, aux marées de l'Océan, qui sont a peine sensibles dans la Méditerranée. Un jésuite, cité par Spon*, tâche de les accorder avec les phases de la lune ; mais en supposant que la table qu'il en donne soit juste, il resterait toujours a expliquer leur régularité et leur irrégularité. 11 réfute Sénèque le tragique , qui n'attribue a l'Euripe que sept flux pendant le jour seulement :

I)um lassa Titan mergat Oceauo juga.

11 ajoute de plus, je ne sais d'après qui, que dans la mer Persique, le flux n'arrive jamais que la nuit; et que sous le pôle arctique, au contraire, il se fait sentir deux fois le jour , sans qu'on en voie jamais la nuit. Il n'en esl pas de même, dit-il, de l'Euripe. J'observerai j en passant, que sa remarque à l'occasion du pôle , en la supposant vraie; confirme qtte ces deux (lux diurnes sont des effets du soleil, qui d'agil que pendant le jour sur les deux extrémités glacées des continents du nouveau monde el de l'ancien. Quant a l'Euripe, la variété, le nombre el la précipitation de ses flux prouvent qu'ils ont pareillement leur origine dans des montagnes à glâces Situées a différentes distances et sous divers aspects du soleil. Car. Suivant ce même jésuite, l'ilc d'Euhéc, qui esl d'un côté du détroit, a des montagnes couvertes de neige six mois de Tannée ; et nous savons pareillement (pic la Béotie, qui est de l'autre côté , a plusieurs montagnes aussi élevées, et quelques unes même où la glace se conserve en tout temps, telle que celle du nioal OEla. Si ces flux et reflux de l'Euripe arrivent aussi fréquemment en hiver, ce que l'on ne dit pas, il faut en attribuer la cause aux pluies qui tombent dans cette saison sur les croupes de ces hautes montagnes collatérales.

Je mettrai le lecteur en état de se former une idée de ces causes peu apparentes des mouvements de l'Euripe, en transcrivant ici ce que Spon rapporte ailleurs" du lac de Livadi ou Copaïdc, qui

* F&ffagé en Crrce cl cm, T.rranl . p,ir Spfol . tom. H , p. .ViO. . ** Voyage en c.r< < e cl au Levant , par spon , tome II, p. 88 et 89.

AT1UEME.

est dans son voisinage. Ce lac reçoit les premiers flux des effusions glaciales des montagnes de la Béotie, et les communique sans doute a l'Euripe, à travers les montagnes qui l'en séparent. « II re- » çoit, dit-il, plusieurs petites rivières, le Cephi- » sus et les autres qui arrosent cette belle plaine, » qui a environ quinze lieues de tour, et est abon- » dante en blés et en pâturages. Aussi était-ce au- » trefois un des quartiers les plus peuplés de la Béo- » tie. Mais l'eau de cet étang s'enfle quelquefois si » fort par les pluies et les neiges fondues , qu'elle » inonda une fois deux cents villages de la plaine. » Elle serait même capable de se déborder réglé- » ment toutes les années, si la nature, aidée19 » peut-être de l'art, ne lui avait procuré une sor- » tie par cinq grands 'canaux , sous la montagne » voisine de l'Euripe, entre Négrepont et Ta- » landa, par où l'eau du lac s'engouffre, et va se » jeter dans la mer de l'autre côté de la montagne. » Les Grecs appellent ce lieu-là Calabathra. Stra- » bon, parlant de cet étang, dit néanmoins qu'il ») n'y paraissait point de sortie de son temps , si ce » n'est que le Cephisus s'en faisait quelquefois une » sous terre. Mais il ne faut que lire les change- » toents qu'il rapporte de ce marais, pour ne pas » s'étonner de celui-ci. M. Weler,qui alla voircé » lieu-là, après mon départ de Grèce , dit que » c'est une deschoses les plus curieuses du pays, » la montagne ayant près de dix milles de large, » et étant presque toute de rocher. »

Je ne doute pasqu'iln'y ait plusieurs objections! à faire contre l'explication rapide que je viens d( donner du cours des marées, du mouvement de le terre dans l'ccïiptique, et du déluge universel pai les effusions des glaces polaires ; mais , j'ose le répéter, ces causes physiques se présentent avec plu; de vraisemblance, de simplicité et de conformé a la marche générale de la nature que les cause astronomiques , si éloignées de nous , par lesquel les on les explique. C'est au lecteur impartial à nu juger. S'il est en garde contre la nouveauté de systèmes qui n'ont pas encore de prôneurs, il n | doit pas l'être moins contre l'ancienneté de ceti: qui en ont beaucoup.

Bcvenons maintenant à la forme du bassin dj l'Océan. Deux courants principaux le traverse^ d'orient en occident, et du nord au midi. L| premier, venant du pôle sud, donne le mouve ment à la mer des Indes; et, dirigé par l'étendu , orientale de l'ancien continent, va d'orient en oej cident, et d'occident en orient , dans le cours de I; même année, formant, aux Indes, ce qu'on 1 appelle les moussons. C'est ce que nous avons déj I

REPONSES AUX OBJECTIONS

pt; mais ce que nous n'avons pas encore observé, et qui mérite bien de l'être, c'est que toutes îes baies, anses et méditerranécs de l'Asie méridionale, telles que les golfes de Siam et de Bengale , M golfe Persiqne , la mer Rouge et une multitude d'autres, sont dirigées, par rapport a lui, nord et sud, en sorte qu'elles n'en sont point rencontrées. !De même, le second courant, venant du pôle nord, donne un mouvement opposé à notre mer, et, renifermé entre le continent de l'Amérique et le nôtre jil va du nord au midi, et il revient du midi au nord, [dans la même année, formant, comme celui des Indes, des moussons véritables, quoique non observées par nos marins/foutes les baies et méditerranées de l'Europe, comme la mer Baltique, celle de la Manche, du golfe de Gascogne, la Méditerranée proprement dite, et toutes celles de l'Amérique orientale, comme la baie de Baffin, la baie d'Hudson, le golfe du Mexique, ainsi qu'une multitude d'autres, sont dirigées, par rapport à lui, est et [ouest; ou, pour parler avec plus de précision, les laxes de toutes les ouvertures de la terre, dans J l'ancien et le nouveau monde, sont perpendiculaires aux axes de ces courants généraux; en sorte que leur embouchure seulement en est traversée, et que leur profondeur n'est point exposée aux impulsions des mouvements généraux de la mer. C'est à cause de la tranquillité des baies que tant de vaisseaux y vont chercher des mouillages, et c'est pour cette raison que la nature a placé dans leurs fonds les embouchures de la plupart des fleuves, comme nous l'avons dit, afin que leurs eaux pussent se dégorger dans l'Océan sans être répercutées par la direction de ses courants. Elle a employé même ces précautions en faveur des moindres rivières qui s'y jettent. 11 n'y a point de marin expérimenté qui ne sache qu'il n'y a guère d'anse qui n'ait son petit ruisseau. Sans la sagesse de ces dispositions, les eaux destinées à arroser la terre l'auraient souvent inondée.

La nature emploie encore d'autres moyens pour assurer le cours des fleuves, et surtout pour protéger leur embouchure. Les principaux sont les îles. Les îles présentent aux fleuves des canaux qui ont des directions différentes, afin que si les vents ou les courants de la mer barraient un de leurs débouchés, leurs eaux pussent s'écouler par un autre. On peut remarquer qu'elle a multiplié les îles aux embouchures des fleuves les plus exposés a ces deux inconvénients, comme à celle de l'Amazone, toujours battue du vent d'est, et située à une des parties les plus saillantes de l'Amérique. Elles y sont en si grand nombre, et forment entre elles des

! canaux qui ont des cours si différents, qu'il y a telle I de leurs ouvertures qui regarde le nord-est et telle autre le sud-est , et que de la première à la dernière il y a plus de cent lieues de distance. Les îles fluviatiles ne sont pas formées, comme on le croit communément, par les alluvions des fleuves; elles I sont, au contraire, pour la plupart, fort exhaussées au-dessus du niveau de ces fleuves , et plusieurs d'entre elles ont des montagnes et des rivières qui leur sont propres. Ces îles élevées se trouvent encore fréquemment au confluent d'une rivière et d'un fleuve. Elles servent a faciliter leur communication, et a ouvrir un double passage au courant de la rivière. Toutes les fois donc que vous voyez des îles le long d'un fleuve, vous pouvez être certain qu'il y a quelque rivière ou ruisseau latéral dans le voisinage. 11 y a, à la vérité, beaucoup de ces ruisseaux confluents qui ont été taris par les travaux imprudents des hommes; mais vous trouverez toujours, vis-à-vis des îles qui divisent leur embouchure, une vallée correspondante où l'on retrouve leur ancien canal. Il y a aussi de ces îles au milieu du cours des fleuves, dans les lieux exposés aux vents. J'observerai , en passant , que j nous nous écartons beaucoup des intentions de la nature lorsque nous réunissons les îles d'une ri- | vière au continent voisin ; car ses eaux ne s'écou- \ lent plus alors que par un seul canal ; et lorsque les vents viennent a souffler dans sa direction , elles ne peuvent s'échapper ni à droite ni à gauche ; elles se gonflent, se débordent, inondent les campagnes, renversent les ponts, et occasionnent la plupart des ravages qui sont aujourd'hui si fréquents dans nos villes.

Ce ne sont donc point des baies ou des golfes qui se trouvent aux extrémités des courants de l'Océan; ce sont au contraire des îles. À l'exlremité du grand courant oriental de la mer des Indes se trouve l'île de Madagascar, qui protège l'Afrique contre sa violence. Les îles de la Terre-de-Feu défendentde même l'extrémité australe de l'Amérique, au confluent des mers orientales et occidentales du Sud. Les archipels nombreux de la mer des Indes et de celle du Sud se trouvent vers la ligne, où aboutissent les deux courants généraux des mers australes et septentrionales. C'est encore avec les îles que la nature protège l'ouverture des baies et des méditerranées. L'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande couvrent celle de la Baltique ; les îles de Welcom et de Bonne-Fortune, la baie d Jludson; l'île de Saint-Laurent, l'entrée de son golfe; la chaîne des îles Antilles, le golfe du Mexique; les îles du Japon, le double golfe formé par la près-

ÉTUDE QUATRIÈME

qu'île de Corée avec les terres voisines. Tous les courants portent dans les îles. La plupart d'entre elles sont , par cette raison , fameuses par leurs grosses mers et par leurs coups de vents : telles sont les Açorcs, les Bermudes . l'île de Tristanda , Cunha, etc. Ce n'est pas qu'elles en renferment les causes en elles-mêmes , mais c'est parcequ'elles sont placées aux foyers des révolutions de l'Océan et même de l'atmosphère, afin d'en affaiblir les effets. Elles sont dans des positions à peu près semblables à celles des caps, qui sont aussi tous célèbres par leurs tempêtes: comme le cap Finistère à l'extrémité de l'Europe, le cap de Bonne-Espérance à celle de l'Afrique , le cap Horn à celle de l'Amérique. C'est de là qu'est venu le proverbe marin doubler le cap, pour diresurmonter une grande difficulté. Ainsi l'Océan , au lieu de se porter dans es enfoncements du continent, se dirige, au contraire, sur les parties qui en sont les plus saillantes ; et il les aurait bientôt détruites , si la nature ne les avait fortifiées d'une manière admirable.

L'Afrique occidentale est bordée d'un long banc de sable, où se brisent perpétuellement les flots de l'océan Atlantique. Le Brésil, dans toute l'étendue de ses côtes, oppose aux vents perpétuels de lest et aux courants de la mer une longue bande de rochers de plus de mille lieues de longueur , d'une vingtaiue de pas de largeur a son sommet , et d'une épaisseur inconnue a sa base. Elle est distante du rivage d'une portée de mousquet. La mer la couvre entièrement quand elle est haute ; et quand elle baisse, elle la découvre delà hauteur d'une pique. Cette digue est d'une seule pièce dans sa longueur, comme on l'a reconnu par différentes sondes; et il serait impossible d'aborder au Brésil avec nos vaisseaux, si elle n'était ouverte en plusieurs endroits par où ils entrent et ils sortent ".

Allez du midi au nord , vous trouverez des précautions équivalentes. La côte de Norwège a une défense a peu près semblable a celle du Brésil. Pontoppidan dit que cette côte, qui a près de trois cents lieues de longueur, est le plus communément escarpée, angulaire et pendante ; de sorte que la mer y a quelquefois jusqu'à trois cents brasses de profondeur près de terre. Cela n'empêche pas que la nature n'ait protégé ces rivages par une multitude d'îles grandes et petites. « Par un tel rempart , dit- » il , qui consiste peut-être en un million ou plus » de colonnes de pierres fondées au plus profond » de la mer, dont les chapiteaux ne montent guère » qu'a quelques brasses au-dessus des vagues, toute

* Voyez Y Histoire des troubles du Brésil, par Pierre Moreau.

» la Norwège est défendue à l'ouest tant contre les » ennemis que contre la mer. » On trouve les ports de la côte derrière ces espèces de brise-mers d'une construction si merveilleuse. Mais comme il est quelquefois à craindre, ajoute-t il, que les vents etles courants, qui sont très violents dans lesdétroits de ces rochers et de ces îles, et la difficulté d'ancrer à une si grande profondeur, ne brisent les vaisseaux avant qu'ils aient atteint un port, le gouvernement a fait sceller plusieurs centaines de grands anneaux de fer dans les rochers à plus de deux toises au-dessus de l'eau, afin que les vaisseaux puissent s'y amarrer.

La nature a varié h l'infini ces moyens de protection, surtout dans les îles qui protègent elles-mêmes le continent. Par exemple, elle a environné l'Ilede-France d'un banc de madrépores, qui n'est ouvert qu'aux endroits où se dégorgent les rivières de cette île dans la mer. D'autres îles , comme plusieurs des Antilles , étaient défendues par des forêts de mangliers qui croissent dans l'eau de la mer, et brisent la violence des flots en cédant a leurs mouvements. C'est peut-être à la destruction de ces fortifications végétales qu'il faut attribuer les irruptions de la mer, fréquentes aujourd'hui dans plusieurs îles, comme dans celle de Formose. II y en a d'autres qui sont de roc tout pur, et qui s'élèvent du sein des flots, comme de gros môles : tel est le Maritimo, dans la Méditerranée; d'autres volcaniennes , comme l'île de Feu, près du cap Vert, et plusieurs autres semblables de la mer du Sud, s'élèvent comme des pyramides avec des feux a leurs sommets, et servent de phare aux matelots, pendant la nuit par leurs feux, et le jour par leurs fumées. Les îles Maldives ont été également protégées contre l'Océan avec des précautions admirables. A la vérité elles sont plus exposées que beaucoup d'autres, car elles s'élèvent au milieu de ce grand courant de la mer des Indes , dont nous avons parlé, qui y passe et repasse deux fois par an. Elles sont d'ailleurs si basses, qu'on les voit presque a fleur d'eau; et si petites et en si grand nombre, qu'on en compte douze mille, et qu'il y en a beaucoup où l'on peut aller en sautant d'un bord à l'autre. La nature les a d'abord réunies en atollons ou archipels séparés entre eux par des canaux profonds qui vont de l'est à l'ouest, et qui présentent plusieurs passages au courant général de la mer des Indes. Ces atollons sont au nombre de treize, et s'étendent, à la file les uns des autres, depuis le 8e degré de latitude septentrionale jusqu'au 4e de latitude méridionale ; ce qui leur donne une longueur de trois cents de nos lieues de vingt-

REPONSES AUX OBJECTIONS

inq au degré. Mais laissons-en décrire l'architecjure à l'intéressant et infortuné François Pyrard , ui y passa ses plus beaux jours dans l'esclavage, jt qui nous en a laissé la meilleure description que jous en ayons , comme s'il fallait en tout genre

I ue les choses les plus dignes de l'estime des hompes fussent les fruits de quelque malheur. « C'est ! une merveille , dit-il , de voir chacun de ces atolj Ions environné d'un grand banc de pierres tout

autour , n'y ayant point d'artifice humain qui puisse si bien fermer de murailles un espace de : terre comme est cela \ Ces atollons sont quasi tout ronds ou en ovale , ayant chacun trente lieues de tour, les uns quelque peu plus, les autres quelque peu moins , et sont tous de suite, bout à bout , sans aucunement s'entre-toucher.

II y a entre deux des canaux de mer , les uns larges, les autres fort étroits. Étant au milieu d'un jatollon, vous voyez autour de vous ce grand

r! banc de pierres que j'ai dit, qui environne et iqui défend les îles contre l'impétuosité de la mer. Mais c'est chose effroyable , même aux plus haridis, d'approcher de ce banc, et de voir venir [de bien loin les vagues se rompre avec fureur [tout autour; car alors je vous assure, comme | chose que j'ai vue une infinité de fois, que le fallin ou le bouillon est alors plus gros qu'une maison, et aussi blanc que du coton : tellement jque vous voyez autour de vous comme une mujraille fort blanche , principalement quand la mer est haute. » Pyrard observe de plus que la pluîrt des îles qui y sont renfermées sont environnes chacune en particulier d'un banc qui les dénd encore de la mer. Mais le courant de la mer ps Indes, qui passe dans les canaux parallèles de b atollons , est si violent , qu'il serait impossible ix hommes de communiquer de l'un à l'autre, si

* Providence n'y avait pourvu d'une manière adirable. Elle a divisé chacun de ces atollons par |3ux canaux particuliers qui les coupent en diamales , et dont les extrémités viennent aboutir m extrémités des grands canaux parallèles qui les parent. En sorte que si vous voulez passer d'un

b ces archipels dans l'autre , lorsque le courant t a l'est , vous sortez de celui où vous êtes par le Inal diagonal de l'est, où l'eau est tranquille ; et, mis abandonnant ensuite au courant qui passe ir le canal parallèle, vous allez aborder, en dévant, à l'atollon opposé, où vous entrez par )uverlure de son canal diagonal , qui est à l'ouest, ous faites le contraire quand le courant change

* Voyage aux Maldives , chap. x.

six mois après. C'est par ces communications intérieures que les insulaires parcourent , en toutes saisons, leurs îles du nord au midi, malgré la violence des courants qui les traversent.

Chaque île a sa fortification , qui est proportionnée, si j'ose dire, au danger où elle est exposée de la part des flots de l'Océan. 11 n'est pas besoin de se figurer des tempêtes pour se former une idée de leur fureur. La simple action du vent alizé, tout uniforme qu'elle est , suffit pour leur donner , à la longue, l'impulsion la plus violente. Chacun de ces flots joignant à la vitesse constante qu'il reçoit à chaque instant du vent une vitesse acquise par son mouvement particulier, formerait, au bout d'un long espace , un volume d'eau prodigieux , si sa course n'était retardée par des courants qui la croisent, par des calmes qui la ralentissent, mais surtout par les bancs , les écueils et les îles qui la brisent. On voit un effet sensible de cette vitesse accélérée des flots sur les côtes du Chili et du Pérou , qui n'éprouvent cependant que le simple ressac des eaux de la mer du Sud. Leurs rivages sont inabordables dans toute leur étendue, si ce n'est au fond de quelque baie , ou derrière quelque île située près de la côte. Toutes les îles de cette vaste mer , si paisible qu'elle en porte le nom de Pacifique, sont inaccessibles du côté qui est opposé aux courants occasionnés par les seuls vents alizés, à moins que quelques récifs ou rochers n'y rompent l'impétuosité des flots. C'est alors un spectacle a la fois superbe et terrible , de voir les gerbes épaisses d'écume qui s'élèvent sans cesse du sein de leurs noires anfructuosités , et d'entendre leurs bruits rauques, que les vents portent a plusieurs lieues de la, surtout pendant la nuit.

Les îles ne sont donc point des débris des continents. Leur position dansla mer, la manière dont elles y sont protégées, et leur longue durée, en sont des preuves suffisantes. Depuis le temps que l'Océan les bat en ruine , elles devraient être totalement détruites : cependant Charybde et Scylla font toujours entendre aux extrémités de la Sicile leurs anciens mugissements. Ce n'est pas ici le lieu de dire quels moyens la nature emploie pour entretenir les îles et les réparer , ni les autres preuves végétales, animales et humaines qui attestent qu'elles ont existé dès l'origine du globe telles que nous les voyons aujourd'hui ; il me suffit de donner une idée de leur construction , pour achever de convaincre qu'elles ne sont en rien l'ouvrage du hasard. Elles ont, comme les continents euxmêmes, des montagnes, des pics , des lacs et des rivières qui sont proportionnés a leur petitesse.

ETtfDE QUATRIEME.

Pour démontrer cette nouvelle vérité, il faudra encore dire quelque chose sur la distribution de la terre; mais je ne serai pas long, et je tâcherai de ne dire que ce qu'il faut pour me faire entendre.

On doit remarquer d'abord que les chaînes des montagnes, dans les deux continents, sont parallèles aux mers qui les avoisinent : en sorte que j si vous voyez le plan d'une de ces chaînes avec ces diverses branches , vous pouvez déterminer les rivages de la mer qui leur correspondent; car, comme je viens de le dire, ces montagnes leur sont toujours parallèles. Vous pouvez de même, en voyant les sinuosités d'un rivage, déterminer celles des chaînes de montagnes qui sont dans l'intérieur d'un pays; car les golfes d'une mer répondent toujours aux vallées des montagnes du continent latéral. Ces correspondances sont sensibles dans les deux grandes chaînes de l'ancien et du nouveau monde. La longue chaîne du Taurus court est et ouest, comme l'océan Indien , dont elle renferme les différcn ts golfes par des branches qu'elle prolonge jusqu'aux extrémités de la plupart de leurs caps. Au contraire, la chaîne des Andes , en Amérique, court nord et sud , comme l'océan Atlantique. Il y a encore ceci de digne de remarque, et j'ose dire d'admiration, c'est que ces chaînes de montagnes sont opposées aux vents réguliers qui traversent ces mers et qui leur en apportent les émanations, et que leur élévation est proportionnée à la distance où elles sont de ces rivages; en sorte que, plus ces montagnes sont loin de la mer, plus elles sont élevées dans l'atmosphère. C'est par cette raison que la chaîne des Andes est placée le long de la mer du Sud, où elle reçoit les émanations de l'océan Atlantique , que lui apporte le vent d'est, pardessus le vaste continent d'Amérique. Plus l'Amérique est large, plus celte chaîne est élevée. Vers l'isthme de Panama, où il y a peu de continent, et partant peu de distance de la mer, elle n'a pas une grande élévation; mais elle s'élève tout acoup, précisément dans la même proportion que le continent de l'Amérique s'élargit. Ses plus hautes montagnes regardent la partie la plus large de l'Amérique, et sont situées a la hauteur du cap Saint-Augustin. La situation et l'élévation de cette chaîne étaient également nécessaires a la fécondité de cette grande partie du Nouveau-Monde; car, si cette chaîne , au lieu d'être le long de la mer du Sud, était le long des côtes du Brésil, elle intercepterait toutes les vapeurs apportées sur le continent par le vent d'est ; et si elle n'était pas élevée jusqu'à la région de l'atmosphère où il ne peut monter aucune vapeur, à cause de la subtilité de

l'air et de la rigueur du froid , tous les nuages ap portés par les vents d'est passeraient au-delà] dans la mer du Sud. Dans l'une et l'autre suppe; sition , la plupart des fleuves de l'Amérique mér' dionale resteraient à sec.

On peut appliquer le môme raisonnement va 1 chaîne du Taurus : elle présente à la mer du Nor et à la mer de l'Inde un double ados, d'où couler la plupart des fleuves de l'ancien continent, les m au nord, les autres au midi. Ses branches ont! même disposition ; elles ne côtoient point les pre:j qu'îles de l'Inde sur leurs bords, mais elles les tn versent au milieu dans toute leur longueur; c; les vents de ces mers ne soufflent pas toujours d'u seul côté, comme le vent d'est dans l'océan Atlaij tique; mais ils soufflent six mois d'un côté et si mois de l'autre : ainsi, il était convenable de lei! partager le terrain qu'ils devaient arroser.

Il me reste a ajouter encore quelques observ; lions sur la configuration de ces montagnes, poij conflrmerrusageauquel la nature les destine. EU» sont surmontées , de distance en distance, par d longs pics, semblables a de hautes pyramides. C pics, comme on l'a fort bien observé, sont de gnj nit, du moins pour la plupart. Je ne sais pas < quoi le granit est composé ; mais je sais bien qij ces pics attirent les vapeurs de l'atmosphère, et 1 fixent autour d'eux en si grande quantité, qi souvent ils disparaissent h la vue. C'est ce que j1 remarqué uneinfinitéde foisau picdePieter-Boot à l'Ile-de-France, où j'ai vu les nuages, chass par le vent de sud-est, se détourner sensiblemej de leur direction, et se rassembler autour de lu dé sortequ'ils lui formaient quelquefois un chape;! fort épais qui en faisait disparaître le sommet. J: j eu la curiosité d'examiner la nature du rocher do il est composé. Au lieu d'être formé de grains, est rempli de petits trous, comme lesautres roche de l'ile; il se fond au feu, et, quand il est fond on aperçoit a sa surface de petits grains de cuivi On ne peut douter qu'il ne soit rempli de ce îfii tal, et c'est peut-être au cuivre qu'il faut attrihuj la vertu qu'il a d'attirer les nuages; car nous savo par expérience que ce métal, ainsi que le fer, celle d'attirer le tonnerre. J'ignore de quelle roj tière les autres pics sont composés; mais il est i marquable que c'est au sommet des Andes et I leurs croupes que se trouvent les fameuses mil d'or et d'argent du Pérou et du Chili, et qu'en M néral toutes les mines de fer et de cuivre sont àj source des rivières et sur les lieux élevés, où el se manifestent souvent par les brouillards qui environnent. Quoi qu'il en soit, que cette quai

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

i , iractive soit commune au granit et à d'autres navires de rochers , ou qu'elle dépende de quelque létal qui leur est amalgamé, je regarde tous les [es du monde comme de véritables aiguilles élecr iques.

i Mais ce n'était pas assez que les nuages fussent .', kés au sommet des montagnes; les fleuves qui y |it leurs sources n'auraient eu qu'un cours interittent. La saison des pluies passée, les fleuves liraient cessé de couler. La nature, pour remé-

;pfj , . , . , r % i

l |ier a cet inconvénient, a ménage, dans le voisiage de leurs pics, des lacs qui sont de vrais Ipservoirs ou châteaux d'eau , pour fournir conjj ïamment et régulièrement à leur dépense. La Mupart de ces lacs ont des profondeurs incroya- I les; ils servent encore à plusieurs usages, tels * lue de recevoir les fontes des neiges des montâmes voisines, qui s'écouleraient trop rapidement. Pl uand ils sont une fois pleins , il leur faut un temps

I bnsidérable avant de s'épuiser. Ils existeut, ou ^ jitérieurement, ou extérieurement, à la source de 31 pus les courants d'eau réguliers; mais quand ils !,t bnt extérieurs, ils sont proportionnés, ou par ' pur étendue, ou parleur profondeur et par leurs b légorgeoirs , au volume du fleuve qui en doit sor-

II jir, ainsi que les pics qui sont dans le voisinage. ft il faut que ces correspondances aient été connues ! e l'antiquité, car il me semble avoir vu des méf tailles fort anciennes où des fleuves étaient re- 35 présentés appuyés sur une urne , et couchés au * lied d'une pyramide; ce qui désignait, peut-être, 1 [ la fois leur source et leur embouchure.

I Si donc nous venons à appliquer ces dispositions ! générales de la nature à la configuration particu-

ière des îles, nous verrons qu'elles ont, comme es continents, des montagnes dont les branches

II ont parallèles à leurs baies ; que l'élévation de ces f Montagnes est correspondante à leur distance de ! a mer , et qu'elles ont des pics , des lacs et des rizières, qui sont proportionnés à l'étendue de leur

1 errain. Elles ont aussi leurs montagnes disposées, îdmme celles des continents, par rapport aux vents

1 qui soufflent sur les mers qui les environnent. Celles qui sont dans la mer de l'Inde, comme les

1 tyloluques, ont leurs montagnes vers leur centre, en sorte qu'elles reçoivent l'influence alternative iles deux moussons atmosphériques. Celles, au pou traire, qui sont sous l'influence régulière des vents d'est, dans l'océan Atlantique, comme les (Antilles , ont leurs montagnes jetées à l'extrémité de l'île, qui est sous le vent, précisément comme les Andes par rapport a l'Amérique méridionale. La partie de l'île qui est au vent est appelée , aux

Antilles, cabsterre, comme qui dirait caput terrœ : et celle qui est au-dessous du vent , « basse- » terre , quoique, pour l'ordinaire , dit le père Du » Tertre ¥, celle-ci soit plus haute et plus monta- » gneuse que l'autre. »

L'île de Juan-Fernandez, qui est dans la mer du Sud, mais fort au-delà des tropiques, par le 55e degré 40' de latitude sud, a sa partie septentrionale formée de rochers très hauts et très escarpés, et sa partie méridionale plate et basse, pour recevoir les influences du vent du sud, qui y souffle presque toute l'année

Les îles qui s'écartent de ces dispositions , et qui sont en bien petit nombre, ont des relations éloignées plus merveilleuses, et certainement bien dignes d'être étudiées. Elles fournissent encore, par leurs végétaux et leurs animaux, d'autres preuves qu'elles sont de petits continents en abrégé; mais ce n'est pas ici le lieu de les rapporter. Si elles étaient, comme on le prétend, les restes d'un grand continent submergé, elles auraient conservé une partie de leur ancienne et vaste fabrique. On verrait s'élever , immédiatement du milieu de la mer, de grands pics, comme ceux des Andes , de \ 2 à 1 500 cents toises de haut , sans montagnes qui les supportent. Ailleurs, on verrait ces pics suppor tés par d'énormes montagnes qui leur seraient proportionnées, et qui renfermeraient dans leurs enceintes de grands lacs , comme celui de Genève , d'où sortiraient des fleuves comme le Rhône, qui se précipiteraient tout d'un coup dans la mer, sans arroser aucune terre. Il n'y aurait, au pied de leurs croupes majestueuses, ni plaines, ni provinces, ni royaumes. Ces grandes ruines du continental! milieu de la mer ressembleraient à ces énormes pyramides élevées dans les sables de l'Egypte, qui ne présentent au voyageur que de frivoles structures; ou bien a ces vastes palais des rois, renversés par le temps, où l'on aperçoit des tours, des colonnes, des arcs de triomphe, mais dont les parties habitables sont absolument détruites. Les sages travaux de la nature ne sont point inutiles et passagers comme les ouvrages des hommes. Chaque île a ses campagnes, ses vallées, ses collines, ses pyramides hydrauliques et ses naïades, qui sont proportionnées à son étendue.

Quelques îles, a ta vérité, mais en bien petit nombre, ont des montagnes plus élevées que ne comporte leur territoire. Telle est celle de Ténériffe : son pic est si haut, qu'il est couvert de glace

* Histoire naturelle des Antilles , p. 12. ] ** Voyez sa description dans le Foyage de l'amiral Jnson.

ÉTUDE QUATRIÈME

une grande partie de l'année. Mais cette île a des montagnes peu élevées qui sont proportionnées à ses baies: celle de ses montagnes qui supporte le pic s'élève au milieu des autres en forme de dôme , à peu près comme celui des Invalides audessus des bâtiments qui l'environnent. Je l'ai observée et dessinée moi-même en allant à l'Ile-de- France. Les montagnes inférieures appartiennent à l'île, et le pic a l'Afrique. Ce pic , couvert de glaces, est situé précisément vïs-à-vis l'entrée du grand désert de sable appelé Zara, et il sert sans doute à en rafraîchir les rivages et l'atmosphère par l'effusion de ses neiges , qui arrive au milieu de l'été. La nature a placé encore d'autres glaciers à l'entrée de ce désert brûlant, tels que le mont Atlas. Le mont Ida, en Crète, avec ses montagnes collatérales couvertes de neige en tout temps, suivant l'observation de Tournefort , est situé précisément vis-a-vis le désert brûlant de Barca, qui côtoie l'Egypte du nord au sud. Ces observations nous donneront encore lieu de faire quelques réflexions sur les chaînes de montagnes à glaces, et sur les zones de sables répandues sur la terre.

Je demande pardon au lecteur de ces digressions où jesuis insensiblement entraîné ; mais je les rendrai le plus courtes qu'il me sera possible , quoique je leur ôte une grande partie de leur clarté en les abrégeant.

Les montagnes a glaces paraissent principalement destinées a porter la fraîcheur sur les bords des mers situées entre les tropiques; et les zones de sables , au contraire , à accélérer , par leur chaleur, la fusion des glaces des pôles. Nous ne pouvons indiquer qu'en passant ces harmonies admirables ; mais il suffit de considérer les journaux des navigateurs et les cartes géographiques, pour voir que la principale partie du continent de l'Afrique est située de sorte que c'est le vent du pôle nord qui souffle le plus constamment sur ses côtes, et que le rivage de l'Amérique méridionale s'avance au-delà de la ligue; de manière qu'il est rafraîchi par le vent du pôle sud. Les vents alizés, qui régnent dans l'océan Atlantique, participent toujours de ces deux pôles; celui qui est de notre côté tire beaucoup vers le nord, et celui qui est au-delà de la ligne dépend beaucoup du pôle sud. Ces deux vents ne sont pas orientaux , comme on le croit communément , mais ils soufflent à peu près dans les directions du canal qui sépare l'Amérique de l'Afrique.

Ce sont les vents chauds de la zone torride qui soufflent à leur tour le plus constamment vers les pôles ; et il est bien remarquable que , comme la

nature a mis des montagnes à glaces dans son voi ji sinage pour rafraîchir ses mers conjointement! avec les glaces des pôles, comme le ïaurus, l'Atil las, le pic de Ténériffe, le mont Ida, etc., elle :| a mis aussi une longue zone de sables pour augll menter la chaleur du vent de sud qui vient échauljtt 1er les mers du nord. Cette zone commence auj|( delà du mont Atlas, et ceint la terre en baudrier s'étendant depuis la pointe la plus occidentale dji l'Afrique jusqu'à l'extrémité la plus orientale d|| l'Asie, dans une distance réduite de plus de troiijl mille lieues. Quelques branches s'en détachent, À s'avancent directement vers le nord. Nous avon I déjà remarqué qu'une plage de sable est si chaudeii mêmedans nos climats, par la réflexion multiplié *| de ses grains brillants, qu'on n'y voit jamais il neige s'y arrêter long-temps, au milieu même d| nos hivers les plus rudes. Ceux qui ont traversé lc| sables d'Etampes, en été et en plein midi, savenji à quel point la chaleur y est réverbérée. Elle est si ardente dans certains jours de Tété, qu'il y a uni vingtaine d'années, quatre ou cinq paveurs qu i travaillaient au grand chemin de cette ville, cntrji deux bancs de sable blanc, y furent suffoqués,) Ainsi on peut conclure de ces aperçus que, sanii les glaces du pôle et des montagnes du voisinage de la zone torride, une grande portion de l'Afrii que et de l'Asie serait inhabitable, et que , sanli les sables de l'Afrique et de l'Asie, les glaces d| notre pôle ne fondraient jamais.

Chaque montagne à glaces a aussi, comme kl pôles, sa zone sablonneuse, qui accélère la fusioj de ses neiges. C'est ce qu'on peut remarquer dan j la description de toutes les montagnes de cette es? pèce, comme du pic de Ténériffe, du mont Araralf des Cordilières, etc. Non-seulement ces zones d| sables entourent leurs bases, mais il y en a encor j sur le haut de ces montagnes, au pied de leur pics; il faut y marcher pendant plusieurs heure; pour les traverser. Ces zones sablonneuses ont en) core un autre usage, c'est de fournir à la réparai tion du territoire des montagnes : il en sort def tourbillons perpétuels de poussière, qui s'élèvent I en premier lieu, sur les rivages de la mer, oi l'Océan forme les premiers dépôts de ses sables qui s'y réduisent en poudre impalpable par le bat! tement perpétuel des flots qui s'y brisent; ensuit |j on retrouve ces tourbillons de poussière dans 1 11 voisinage des hautes montagnes. Les transports d ces sables se font des rivages de la mer dans l'in térieur du continent, en différentes saisons et cl différentes manières. Les principaux arrivent au: équinoxes; car alors les vents soufflent des mer]

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

ij* les terres. Voyez ce que Corneille Le Bruyn d d'un orage de sable qu'il essuya sur le rivage d|la mer Caspienne. Ces transports de sable apprennent à la révolution générale des saisons ; ois il y en a de journaliers pour l'intérieur des ' tires, qui sont très sensibles versles partieshau- U des continents. Tous les voyageurs qui ont été a 1 Fkin conviennent qu'il n'est pas possible de sor- 1 i, une partie de l'année, dans les rues de cette 'file, sans avoir le visage couvert d'un voile, à ''«se du sable dont l'air est rempli. Lorsque Is- 'Mnd-Ides arriva vers les frontières de la Chine, àia sortie des montagnes voisines de Xaixigar, "cij$t-à-dire a cette partie delà crête la plus élevée W continent de l'Asie, d'où les fleuves prennent '1rs cours, les uns au nord, les autres au midi, clbbserva une période régulière de ces émanâtes : « Tous les jours , dit-il*, régulièrement h apidi, il souffle un grand vent qui dure deux Heures , lequel, joint à la chaleur journalière du soleil, sèche tellement la terre, qu'il s'en élève »!ine poussière presque insupportable. Je m'étais i »i|Iéja aperçu de ce changement d'air. Environ à iflfinq milles au-dessus de Xaixigar, j'avais trouvé s:«e ciel nébuleux sur toute l'étendue des montagnes; et lorsque je fus sur le point d'en sortir, i:»|e le vis fort serein. Je remarquai même, a l'enw|lroit où elles finissaient, un arc dénuées qui résinait de l'ouest à l'est jusqu'aux montagnes d'Aléase, et qui semblait faire une séparation de »|;limat. » Ainsi les montagnes ont a la fois des ajractions nébuleuses et des attractions fossiles, ils premières fournissent de l'eau aux sources cl> fleuves qui en sortent, et les secondes du S)le a l'entretien de leur territoire et de leurs Hnéraux.

Les zones glacées et sablonneuses se retrouvent tins une autre harmonie sur le continent du Nouviau-Monde. Elles courent, comme ses mers, du rird au sud , tandis que celles de l'ancien sont diluées, suivant la longueur de l'océan Indien, d'ocdent en orient.

111 est très remarquable que l'influence des nion- Ijnes a glaces s'étend plus sur les mers que sur 1| terres. Nous avons vu celles des deux pôles se «piger dans le canal de l'océan Atlantique. Les i iges qui couvrent la longue chaîne des Andes en

aérique servent pareillement a rafraîchir toute il mer du Sud, par l'action du vent d'est, qui jsse par-dessus : mais comme la partie de cette èr et de ses rivages qui est à l'abri de ce vent

Voyage de Moscou à la Chine, chap. xî.

par la hauteur même des Andes aurait été exposée à une chaleur excessive, la nature a fait faire un coude vers l'ouest à la pointe la plus méridionale de l'Amérique, qui est couverte de montagnes a glaces; en sorte que le vent frais qui en sort perpétuellement vient prendre en écharpe les rivages du Chili et du Pérou. Ce vent, qu'on appelle vent du sud , y règne toute l'année, suivant le témoignage de tous les voyageurs. Il ne vient pas, en effet, du pôle sud: car s'il en venait, jamais les vaisseaux ne pourraient doubler le cap Horn ; mais il vient de l'extrémité de la Terre-Magellanique, évidemmentrecourbéepar rapport aux rivages de la mer du Sud. Les glaces des pôles renouvellent donc les eaux de la mer, comme les glaces des montagnes celles des grands fleuves. Ces effusions des glaces polaires se portent vers la ligne, par l'action du soleil qui pompe sans cesse les eaux de la mer dans la zone torride , et détermine, par cette diminution de volume , les eaux des pôles à s'y porter. C'est la cause première du mouvement des mers méridionales, comme nous l'avons dit. 11 paraît vraisemblable que les effusions polaires sont en proportion avec les évaporations de l'Océan. Mais, sans sortir de l'objet qui nous occupe , nous examinerons pourquoi la nature a pris encore plus de soin de rafraîchir les mers que les terres de la zone torride ; car il est digne d'attention que non-seulement les vents polaires qui y soufflent, mais la plupart des fleuves qui s'y jettent, ont leurs sources dans des montagnes à glaces, tels que le Zaïre, l'Amazone, l'Orénoque, etc.

La mer était destinée à recevoir, par les fleuves, toutes les dépouilles des végétaux et des animaux de la terre; et comme son cours est déterminé vers la ligne par la diminution journalière de ses eaux que le soleil y évapore continuellement , ses rivages , sous la zone torride , auraient été bientôt exposés à la putréfaction , si la nature n'avait employé ces divers moyens pour les rafraîchir. C'est , disent quelques philosophes, pour cette raison qu'elle y est salée. Mais elle l'est aussi dans le nord, et même, suivant les expériences modernes de l'intéressant M. de Pagès, elle l'est davantage. Elle est la plus salée et la plus pesante qui soit au monde, écrivait le capitaine Wood, Anglais, en 4 676. D'ailleurs, la salure de la mer ne préserve point ses eaux de corruption , comme on le croit communément. Tous ceux qui ont navigué savent que si l'on en remplit une bouteille ou un tonneau dans les pays chauds , elle ne tarde pas à se corrompre. L'eau de la mer n'est point une

saumure; c'est, au contraire, une véritable eau I lixivielle qui dissout très vite les corps morts. Quoiqu'elle soit salée, elle dessale plus vite que l'eau douce, comme réprouvent tous les jours les matelots, qui n'en emploient point d'autre pour dessaler leurs viandes. Elle blanchit, sur ses rivages, tous lesossements des animaux, ainsi que les madrépores, qui, étant dans un état de vie, sont bruns, roux, et de toutes les couleurs; mais qui , étant déraeiués et mis dans l'eau de la mer sur le bord du rivage , deviennent, en peu de temps, blancs comme la neige. De plus, si vous pochez dans la mer un crabe ou un oursin , et que vous les fassiez sécher pour les conserver, sans les laver auparavant dans l'eau douce , toutes les pattes du crabe et toutes les pointes de l'oursin tomberont. Les charnières qui attachent leurs membres se dissolvent à mesure que l'eau marine dont ils étaient mouillés s'évapore. J'en ai fait moi-même l'expérience a mes dépens. L'eau de la mer n'est pas seulement imprégnée de sel, mais de bitume, et encore de quelque autre chose que nous ne connaissons pas; mais le sel y est dans une telle proportion, qu'il aide a la ^dissolution des cadavres qui y flottent , comme celui que nous mêlons a nos aliments aide a notre digestion. Si la nature en avait fait une saumure, l'Océan serait couvert de toutes les immondices de la terre, qui s'y conserveraient perpétuellement.

Ces observations nous indiqueront l'usage des volcans. Ils ne viennent point des feux intérieurs de la terre, mais ils doivent leur naissance et les matières qui les entretiennent aux eaux. On peut s'en convaincre en remarquant qu'il n'y a pas un seul volcan dans l'intérieur des continents, si ce n'est dans le voisinage de quelques grands lacs, comme celui du Mexique. Ils sont situés, pour la plupart, dans les îles à l'extrémité ou au confluent des courants delà mer, et dans le remou de leurs eaux. Voila pourquoi ils sont en grand nombre vers la ligne et le long de la mer du Sud , où le vent du sud, qui y souffle pepéluellement , ramène toutes les matières qui y nagent en dissolution. Une autre preuve qu'ils doivent leur entretien a la mer, c'est que, dans leurs éruptions , ils vomissent souvent des torrents d'eau salée. Newton attribuait leur origine et leur durée a des cavernes de soufre qui étaient dans l'intérieur de la terre; mais ce grand homme n'avait pas réfléchi à la position des volcans dans le voisinage des eaux, ni calculé la quantité prodigieuse de soufre qu'exigeraient le volume et la durée de leurs feux. Le seul Vésuve, qui brûle jour et nuit, depuis un

ATRIÈME.

temps immémorial , en aurait consommé \m<k masse plus grande que le royaume deNaples. D'ailjl leurs, la nature ne fait rien en vain. À quoi servil raient de pareils magasins de soufre dans l'intel rieur de la terre? On les retrouverait tout enj| tiers dans les lieux où ils ne sont point embrasésji On ne trouve nulle part de mines de soufre, qui dans le voisinage des volcans. Qu'est-ce qui les rej nouvellerait d'ailleurs, quandelles sont épuisées! Les provisions si constantes des volcans ne son} point dans la terre ; elles sont dans la mer. Elle sont fournies par les huiles , les bitumes et les ni très des végétaux et des animaux , que les pluie) et les fleuves charrient de toutes parts dans l'Oj céan , où la dissolution de tous les corps est acliej vée par son eau lixivielle. Il s'y joint des dissolu') tions métalliques, et surtout celles du fer, qui!! comme on sait , abonde par toute la terre. Les voj cans s'allument et s'entretiennent de toutes eu matières. Le chimiste Lémery a imité leurs effelji par un mélange de limaille de fer , de soufre et <3 nitre humecté d'eau, qui s'enflamma de lui-môme] Si la nature n'avait allumé ces vastes fourneau sur les rivages de l'Océan, ses eaux seraient coi! vertesd'huilesvégétalesetanimales, quincs'évapd relaient jamais, car elles résistent a l'action de l'aiij On les y remarque souvent a leur couleur gorgt! de-pigeon, lorsqu'elles sont dans quelque bassij tranquille. La nature purge les eaux par les feu) des volcans, comme elle purifie l'air par ceux ô< tonnerre; et comme les orages sont plus commui dans les pays chauds, elle y a multiplié, par j même raison, les volcans *. Elle brûle sur les rj

* Ces idées ont , sans doute , servi de base à la belle théorie ! M. Patrin. Ce savant minéralogiste avait observé, comme l'a teur des Études , que tous les volcans, sans exception, so dans le voisinage de la mer , et qu'ils s'éteignent à mesure q les eaux s'en éloignent. C'est donc dans les eaux de la nu dans le sel et les huiles dont elles sont surchargées, qu'il fa chercher les matières qui alimentent les volcans. La terre pourrait les fournir, car les lames vomies par l'Etna sont pl considérables que la Sicile entière. Une grande partie de la si face du globe a été couverte de volcans ; et s'il existait des vie proportionnés aux masses des laves qu'ils ont rejetées, la tei verrait chaque jour s'ouvrir de nouveaux gouffres. Les obsen tions de l'auteur des Etudes , et la théorie de M. Patrin , lève toutes ces difficultés , et s'accordent avec les expériences ', plus récentes de la physique. C'est entre les tropiques que eaux de l'Océan sont le plus chargées de sel ; et c'est aussi en! les tropiques qu'existe le plus grand nombre de volcans, simple province de Quito, au Pérou , en a seize ; et les îles la vaste mer du Sud forment une zone volcanique , qui s'éle dans un espace de plus de t50 degrés de longitude. Ainsi , c'' à la décomposition du sel , de l'eau et de l'air , c'est aux dif rents gaz qui circulent dans le sein du globe, c'est à l'action l'étincelle électrique qui enflamme toutes ces matières , que volcans doivent leur origine : ils sont , comme les fontaines , t émanations d'un fluide sans cesse renouvelé , et c'est la n qu'on doit regarder comme leur source. ( A.-JH. )

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

;iges les immondices de la mer7 comme un jar- «nier brûle, à la lin de l'automne, les mauvaises* Irbes de son jardin. On trouve, à la vérité, des jjves qui sont dans l'intérieur des terres ; mais une feuve qu'ellesdoivent leur origine aux eaux, c'est m les volcans qui les ont produites se sont einls quand les eaux leur ont manqué. Ces volitns s'y sont allumés, comme ceux d'aujourd'hui , kr les fermentations végétales et animales dont la Irre fut couverte après le déluge., lorsque les dé- Ipuilles de tant de forets et de tant d'animaux, dont jjs troncs et les ossements se trouvent encore dans ios carrières, nageaient à la surface de l'Océan, et Armaient des dépôts monstrueux que les courants ^cumulaient dans les bassins des montagnes. Sans oute ils s'y enflammèrent par le simple effet de la fomentation , comme nous voyons des meules de lin mouillé s'enflammer dans nos prairies. On |ë peut douter de ces anciens incendies, dont les Sraditions se sont conservées dans l'antiquité, et ui suivent immédiatement celles du déluge. Dans ifi mythologie des anciens, l'histoire du serpent ifythou , né de la corruption des eaux, et celle de fhaéton, qui embrasa la terre, suivent immédiatement l'histoire de Philémon et Baucis échappés |ux eaux du déluge et sont des allégories de la ieste et des volcans, qui furent les premiers rélultats de la dissolution générale des animaux et 'les végétaux.

!| 11 ne me reste plus qu'à détruire l'opinion de leux qui font sortir la terre du soleil. Les principales preuves dont ils l'appuient sont ses volcans, jes granits, les pierres vitrifiées répandues à sa Surface , et son refroidissement progressif d'année |;n année. Je respecte le célèbre écrivain qui l'a înise en avant ; mais j'ose dire que la grandeur des mages que cette idée lui a présentées a séduit son magination.

Nous en avons dit assez sur les volcans , pour prouver qu'ils ne viennent point de l'intérieur de ta terre. Quant aux granits, ils ne présentent, dans 'agrégation de leurs grains, aucun vestige de J'action du feu. J'ignore leur origine ; mais certainement on n'est pas fondé a la rapporter à cet élément, parcequ'on ne peut l'attribuera l'action Je l'eau, et parcequ'on n'y trouve pas de couilles. Comme cette assertion est dénuée de reuves, elle n'a pas besoin de réfutation. J'ob- 'serverai cependant que les granits ne paraissent jpoint être l'ouvrage du feu , en les comparant laux laves des volcans ; la différence de leur manière suppose des causes différentes dans leur formation.

Les agates, les cailloux , et toutes les espèces de silex , semblent avoir des analogies avec des vitrifications, par leur demi-transparence, et parcequ'on les trouve, pour l'ordinaire, dans des lits de marne qui ressemblent à des bancs de chaux éteinte; mais ces matières ne sont point des productions du feu , car les laves n'en présentent jamais de semblables. J'ai ramassé, sur des collines caillouteuses de la Basse-ISormandie, des coquilles d'huîtres très entières, amalgamées avec des cailloux noirs qu'on appelle bisets. Si ces bisets eussent été vitrifiés par le feu , ils eussent calciné ou au moins altéré les écailles d'huîtres qui leur étaient adhérentes ; mais elles étaient aussi saines que si elles sortaient de l'eaU. Les falaises des bords de la mer, le long du pays de Caux, sont formées de couches alternatives de marne et de bisets ; en sorte que, comme elles sont coupées a pic, vous diriez d'une grande muraille dont un architecte aurait réglé les assises , et avec d'autant plus d'apparence , que les gens du pays bâtissent leurs maisons des mêmes matières, disposées dans le même ordre. Ces bancs de marne ont de largeur depuis un pied jusqu'à deux , et les rangées de cailloux qui les séparent ont trois ou quatre pouces d'épaisseur. J'ai compté soixante-dix ou quatre-vingts de ces couches horizontales, depuisleniveau delà mer jusqu'à celui de la campagne. Les plus épaisses sont en bas , et les plus minces sont en haut, ce qui fait paraître , du rivage , ces falaises plus hautes qu'elles ne sont : comme si la nature eût voulu employer quelque perspective pour en augmenter l'élévation ; mais sans doute elle a été déterminée à cet arrangement par les raisons de solidité qu'on aperçoit dans tous ses ouvrages. Or, ces bancs de marne et de cailloux sont remplis de coquilles , qui n'ont éprouvé aucune altération du feu , et qui seraient parfaitement conservées , si le poids de celte énorme masse n'eût brisé les plus grandes. J'y ai vu tirer des fragments de celle qu'on appelle la tuilée, qu'on ne trouve vivante que dans les mers de l'Inde, et dont les débris , étant réunis, formaient une coquille beaucoup plus considérable que celles, de la même espèce, qui servent de bénitiers à Saint-Sulpice. J'y ai remarqué aussi un lit de cailloux qui se sont tous amalgamés, et qui forment une seule table dont on aperçoit la coupe, d'environ un pouce d'épaisseur, sur plus de trente pieds de longueur. Sa profondeur dans la falaise m'est inconnue ; mais avec un peu d'art on pourrait l'en détacher, et en tirer la plus superbe table d'agate qu'il y ait au monde. Partout où l'on trouve de ces marnes et de ces cailloux , on y trouve des

ÉTUDE QUATRIEME

coquilles en grand nombre : de sorte que , comme la marne a été évidemment formée par leurs débris , il me paraît très vraisemblable que les cailloux l'ont été par la substance môme des poissons qui y étaient renfermés. Cette opinion paraîtra moins extraordinaire , si l'on observe que beaucoup de cornes d'Ammon et d'univalves fossiles , qui , par leurs formes , ont résisté à la pression des terres, et qui, n'en ayant point été comprimées , n'ont pas mis dehors, comme les bivalves , la matière animale qu'elles renfermaient, la font voir au dedans sous la forme de cristaux, dont on les trouve communément remplies, tandis que les bivalves en sont totalement privées. Je présume que les substances animales de ces dernières, confondues avec leurs débris , ont formé les différentes pâtes colorées des marbres, et leur ont donné la dureté et le poli dont ces marbres sont susceptibles. Cette matière se présente , même dans les coquillages vivants, avec les caractères de l'agate, comme on peut le voir dans plusieurs nacres , et , entre autres, dans le bouton demi-transparent et très dur qui termine celui qu'on appelle la harpe. Eufin, cette substance lapidifiquc se trouve encore dans les animaux terrestres ; car j'ai vu en Silésie des œufs d'une espèce de bécasse qu'on y estime beaucoup, non-seulement pareequ'ils sont très délicats à manger , mais pareeque , lorsqu'ils sont secs , leur glaire devient dure comme un caillou, et susceptible d'un si beau poli, qu'on les taille et qu'on les monte en bagues.

Je pourrais m'étendre sur l'impossibilité géométrique que notre globe ait pu être détaché de celui du soleil par le passage d'une comète, parcequ'il aurait dû , suivant l'hypothèse même de cette impulsion, être entraîné dans la sphère d'attraction de la comète , ou être ramené dans celle du soleil. A la vérité, il est resté dans celle de cet astre ; mais il n'est pas aisé de concevoir comment il ne s'en est pas rapproché davantage, et comment il s'en tient à peu près a trente-deux millions de lieues, sans qu'aucune comète l'empêche de retourner à l'endroit d'où il est parti. Le soleil , dit-on, a une force centrifuge. Le globe de la terre doit donc s'en écarter. Non, ajoute-t-on, pareeque la terre tend toujours vers lui. Elle a donc perdu la force centrifuge qui devait adhérer à sa nature, comme étant une portion du soleil. Je pourrais m'étendre encore sur l'impossibilité physique que la terre puisse renfermer dans son sein tant de matières hétérogènes sortant d'un corps aussi homogène que le soleil , et faire voir qu'elles ne peuvent , en aucune façon , être considérées

comme des débris de matières solaires et vitri- y1 fiables (si tant est que nous puissions avoir une'* idée des matières d'où sort la lumière) , puisque!" quelques uns de nos éléments terrestres, tels que 3 l'eau et le feu, sont absolument incompatibles.!' Mais je m'en tiendrai au refroidissement qu'oc1 attribue a la terre , pareeque les témoignages dont? on appuie cette opinion sont à la portée de tous! les hommes, et importent à leur sécurité. Si la terre se refroidit , le soleil , d'où on la fait sortir,' doit se refroidir a proportion; et l'affaiblissement!' mutuel de la chaleur, dans ces deux globes, doit se manifester de siècle en siècle, au moins à la; surface delà terre, dans les évaporations des mers.1 dans la diminution des pluies, et surtout dans la destruction successive d'un grand nombre de plantes, qu'un simple affaiblissement de quel-1 ques degrés de chaleur fait périr aujourd'hui, lorsqu'on les change de climat. Cependant , il n'y a pas une seule plante de perdue de celles qui i étaient connues de Circé, la plus ancienne deî botanistes, dont Homère nous a, en quelque sorte, '\ conservé l'herbier. Les plantes chantées parOr-l phée existent encore avec leurs vertus. Il n'y et a pas même une seule qui ait perdu quelqua chose de son attitude. La jalouse Clylie se tourne! toujours vers le soleil; et le beau-fils de Liriope., Narcisse, s'admire encore sur le bord desfon-! taincs.

Tels sont les témoignages du règne végétal sur la constance de la température du globe; exaniii nons ceux du genre humain. 11 y a des habitants de la Suisse ejui se sont aperçus, disent-ils, d'ur accroissement progressif de glaces dans leurs montagnes. Je pourrais leur opposer d'autres observa teurs modernes qui, pour faire leur cour à des princes du nord , prétendent avec aussi peu dt fondement que le froid y a diminué, pareeque cei princes y ont fait abattre des forêts ; mais je m'er tiendrai au témoignage des anciens, qui, sur ce point, ne voulaient flatter personne. Si le refroidissement de la terre est sensible dans la vie d'ui homme, il doit l'être bien davantage dans la vie du genre humain : or, toutes les températures décrites par les historiens les plus anciens, comme celle de l'Allemagne par Tacite, des Gaules pai César, de la Grèce par Plutarque, de la Thrace par Xénophon, sont précisément les mêmes aujourd'hui que de leur temps. Le livre de l'Arabe Job, que l'on croit être plus ancien que Moïse, le quel contient des connaissances de la nature beaucoup plus profondes qu'on ne le pense, et dont la plus communes nous étaient inconnues il y a eleu>

RÉPONSES AUX OBJECTIONS

jècles, parle fréquemment de la chute des neiges Jms son pays, qui était vers le 50e degré de latijide nord. Le mont Liban porte dans la plus haute jitiquité le nom arabe de Liban, qui signifie iianc , à cause des neiges dont son sommet est mvert en tout temps. Homère rapporte qu'il neiiait a Ithaque quand Ulysse y arriva, ce qui l'ojigea d'emprunter un manteau du bon Eumée. , depuis trois mille ans et davantage, le froid lit été, chaque année, en croissant dans tous ces Imals, il devrait y être aujourd'hui aussi long et issi rude que dans le Groenland. Mais le Liban J les autres provinces de l'Asie ont conservé la îjême température. La petite île d'Ithaque se cou- | e encore en hiver de frimas ; et elle porte, comme ji temps de Télémaque, des lauriers et des olijbrs.

ETUDE CINQUIEME

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