‹ Œuvres;Chapitre 79 sur 236 · OBJECTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS

leur cœur comme poëte. Voici une partie de son début :

Hominum divomque voluptas ,

Aima Venus , cœli subter labentia signa Quae mare navigerum , quae terras frugiferenteis Concélébras , per te quoniam genus omne animantum Concipitur , visitque exortum lumina solis: Te , dea , te fugiunt ventei , te nubila cœli , Adventumque tuum tibi suaveis daedala tellus Summittit flores ; tibi rident aequora ponti , Placatumque nitet diffuso lumine cœlum.

Quae quoniam rerum naturam sola gubernas , Nec sine te quidquam dias in luminis oras Exoritur s neque fit laetum , neque amabile quidquam; Te sociam studeo scribundis versibus esse , Quos ego de rerum natura pangere conor.

Quo magis aeternum da dictis . diva , leporem. Effice ut inlerea fera mœnera militiaï Per maria ac terras omneis sopita quiescant; Nam tu sola potes tranquilla pace juvare Mortaleis : quoniam belli fera mœnera Mavors Armipotens régit , in gremium qui saepe tuum se Rejicit, aeterno de\ ictus volnere amoris.

Hune tu , diva, tuo recubantem corpore sancto C'rcumfusa super , suaveis ex ore loquelas Funde, petens placidam Romanis , incluta, pacem. Nam neque nos agere , lioc patriaï tempore iniquo, Possumus aequo animo.

De Rerum Nalura, lib. I.

Je tâcherai de rendre de mon mieux le sens de ces beaux vers :

« Volupté des hommes et des dieux , douce Vénus, qui faites » lever sur la mer les constellations qui la rendent navigable , et » qui couvrez la terre de fruits, c'est par vous que tout ce qui » respire est engendré et vient à la lumière du soleil. O déesse, » dès que vous paraissez sur les flots , les noirs orages et les » vents impétueux prennent la fuite. L'île de Crète se couvre » pour vous de fleurs odorantes , l'Océan calmé vous sourit , » et leciel sans nuages brille d'une lumière plus douce... Comme » vous seule donnez des lois à la nature , et que sans vous rien » d'heureux et rien d'aimable ne parait sur les rivages célestes » du jour, soyez ma compagne dans les vers que j'essaie de

» chanter sur la nature des choses Déesse , donnez à

» mes chants une grâce immortelle ; faites que les cruelles fu- » reurs de la guerre s'assoupissent sur la terre et sur l'onde. » Vous seule pouvez donner des jours tranquilles aux malheu- » reux humains , pareeque le redoutable Mars gouverne l'empire » des armes , et que , blessé à son tour par les traits d'un amour

» éternel , il vient souvent se réfugier dans votre sein

» O déesse , lorsqu'il reposera sur voire corps céleste , retenez- » le dans vos bras; que votre bouche lui adresse des paroles di- » vines; demandez-lui une paix profonde pour les Romains : car » de quel ordre sommes-nous capables , dans un temps où un » désordre général règne dans la patrie ? »

A la vérité , Lucrèce , dans la suite de son ouvrage, est forcé de convenir que cette déesse, si bienfaisante, entraîne la ruine de la santé, de la fortune , de l'esprit , et tôt ou tard celle de la réputation ; que , du sein même de ses voluptés , il sort je ne sais quoi d'amer qui nous tourmente et nous rend malheureux. L'infortuné en fut luimême la victime ; car il mourut dans la force de

ÉTUDE HUITIÈME

son âge, ou de ses excès , selon quelques uns , ou empoisonné, selon d'autres, par un breuvage amoureux que lui donna une femme. Ici , il attribue à Vénus la création du monde ; il lui adresse des prières; il donne à son corps l'épitlicte de saint; il lui suppose un caractère de bonté, de justice, d'intelligence et de puissance, qui n'appartient qu'à Dieu ; enfin, ce sont si bien les mêmes attributs , que si vous ôtez le mot de Vénus de l'exorde de son poëme, vous pouvez l'appliquer presque tout entier a la Sagesse divine. Il y a même des traits de convenance si ressemblants à ceux du portrait qu'en fait l'Ecclésiastique*, que je les rapporterai ici , afin qu'on puisse les comparer.

v, 5. Ego ex ore Altissimi prodivi primogenita ante omnem creaturam ;

6. Ego feci in ccelis ut oriretur lumen indeficiens , et sicut nebuld texi omnem terram :

7. Ego in altissimis habitavi , et thronus meus in columna nubis.

8. Gyrum cœli circuivi sola , et profundum abyssi penetravi , in fluctibus maris ambulavi ,

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