Et in omni gente primatum habui
11. Et omnium ëxcellentium et humilium corda virtute calcavi : et in his omnibus requiem quaesivi, et in bsereditate Domini morabor.
17. Quasi cedrus exaltata sum in Libano, et quasi cypressus in monte Sion :
18. Quasi palma exaltata sum inCades, et quasi plantatio rosse in Jéricho ,
19. Quasi oliva speciosa in campis, et quasi platanus exaltata sumjuxta aquam in plateis.
22. Ego quasi terebinthus extendi ramos meos , et rami mei honoris et gratiae.
23. Ego quasi vitis fructifîcavi suavitatem odoris , et flores mei fructus honoris et honestatis.
24. Ego mater pulchrae dilectionis , et timoris , et agnitionis , et sanctœ spei.
23. In me gratia omnis viœ et veritatis , in me omnis spes vitae et virtutis.
26. Transite ad me, omnes qui concupiscitis me, et a generationibus meis implemini :
27. Spiritus enim meus super mei dulcis , et haereditas mea super mei et favum.
« Je suis sortie de la bouche du Tout-Puissant. J'étais née » avant la naissance d'aucune créature. C'est moi qui ai fait » paraître dans les cieux une lumière qui ne s'éteindra jamais. » J'ai couvert toute la terre comme d'un nuage. J'ai habité dans v les lieux les plus élevés , et mon trône est dans une colonne » de nuées. Seule, j'ai parcouru l'étendue des cieux, j'ai des- » cendu dans le fond des abîmes , et je me suis promenée sous » les flots de la mer. Je me suis arrêtée sur toutes les terres et » parmi tous les peuples , et partout où j'ai paru les peuples » m'ont donné l'empire. J'ai foulé aux pieds, par ma puissance, » les cœurs des grands et des petits. J'ai cherché parmi eux » mon repos ; mais je ne ferai ma demeure que dans l'héritage » du Seigneur. ... Je me suis élevée comme un cèdre sur le » Liban , et comme le cyprès sur la montagne de Sion. J'ai porté » mes branches vers les cieux, comme les palmiers de Cadès , » et comme les plants de roses autour de Jéricho. Je suis aussi » belle que l'olivier au milieu des champs , et aussi majestueuse » q îele platane dans une place publique sur leborddes eaux. . .
* Chap. xxiy.
» J'ai étendu mes rameaux comme le térébihthe. Mes branches » sont des rameaux d'honneur et de grâce. J'ai poussé comme ! » la vigne des fleurs du parfum le plus doux , et mes fleurs ont j » produit des fruits de gloire et d'abondance. Je suis la mère de ' » l'amour pur , de la crainte , de la science , et des espérances » saintes. C'est dans moi seule qu'on trouve un chemin facile et » des vérités qui plaisent; c'est dans moi que repose tout l'es- » poir de la vie et de la vertu. Venez à moi, vous tous qui brûlez » d'amour pour moi, et mes générations sans nombre vous rem- » pliront de ravissement ; car mon esprit est plus doux que le » miel , et le partage que j'en fais est bien au-dessus de celui de » ses rayons. »
Cette faible traduction est celle d'une prose latine qui a été traduite elle-même du grec, comme le grec l'a été lui-même de l'hébreu. On doit donc présumer que les grâces de l'original en ont disparu en partie. Mais, telle qu'elle est, elle l'eiû* porte encore, par l'agrément et la sublimité des; images, sur les vers de Lucrèce, qui paraît en avoir emprunté ses principales beautés. Je n'en dirai pas davantage sur ce poëte; l'exorde de son poëme en est la réfutation.
Pline prend une route tout opposée. Il dit. dès le commencement de son Histoire naturelle, qu'il n'y a pas de Dieu, et il l'emploie tout entière a prouver qu'il y en a un. Son autorité n(| laisse pas d'être considérable , pareeque ce n'es pas celle d'un poëte, à qui toute opinion est in différente, pourvu qu'il fasse de grands tableaux ni celle d'un sectateur qui veuille soutenir m parti contre le témoignage de sa conscience; ni en fin celle d'un flatteur qui cherche à plaire a d mauvais princes. Pline écrivait sous le vertueu: Titus, et il lui a dédié son ouvrage. 11 porte l'a mourde la vérité, et le mépris de la gloire d son siècle, jusqu'à blâmer les victoires de Césa dans Rome , et en parlant à un empereur romain Il est rempli d'humanité et de vertu. Tantôt: blâme la cruauté des maîtres envers leurs escla ves, le luxe des grands, les dissolutions mêrnj de plusieurs impératrices ; tantôt il fait l'éloge de gens de bien, et il élève au-dessus même des m I venteurs des arts ceux qui ont été illustres ps leur continence, leur modestie et leur piété. Sojj ouvrage, d'ailleurs, étincelle de lumières. Ce II une véritable encyclopédie, qui renferme, cornu! il convenait, l'histoire des connaissances et d< erreurs de son temps. On lui a attribué quelqut fois les dernières fort mal a propos, puisqu'il i les allègue souvent que pour les réfuter. Mais il été calomnié par les médecins et par les pharm j ciens , qui ont tiré de lui la plupart de leurs r« cettes, et qui en ont dit du mal, pareequ'il blânj leur art conjectural et leur esprit systématiquj D'ailleurs, il est rempli de connaissances rares, < vues profondes, de traditions curieuses ; et, ■
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
!î£ui est sans prix, il s'exprime partout d'une manière pittoresque. Avec tant dégoût, de jugement et desavoir, Pline est athée. La nature, au sein de laquelle il a puisé tant de lumières , peut lui dire, comme César à Brutus : « Et toi aussi, j» mon fils ! »
J'aime et j'estime Pline : et si j'ose dire, pour jsa justification , ce que je pense de son immortel ouvrage , je le crois falsifié à l'endroit où on le fait raisonner en athée. Tous ses commentateurs conviennent que personne n'a été plus maltraité que lui par les copistes, jusque-là qu'on trouve des exemplaires de son Histoire naturelle où il y a Ides chapitres entiers qui ne sont pas les mêmes. jVoyez, entre autres, ce qu'en dit Mathiole dans |ses commentaires sur Dioscoride. J'observerai ici que les écrits des anciens ont passé , en venant à bous, par plus d'une langue infidèle; et, ce qu'il jy a de pis , par plus d'une main suspecte. Ils ont eu le sort de leurs monuments , parmi lesquels ce [sont les temples qui ont été le plus dégradés ; leurs jlivres ont été mutilés de même aux endroits conitraires ou favorables à la religion. C'est ce qu'on peut voir par le livre de Cicéron , de la Nature \des Dieux, dont on a retranché les objections jcontre la Providence. Montaigne reproche aux premiers chrétiens d'avoir , pour quatre ou cinq articles contraires à notre créance , supprimé une ipartie des ouvrages de Corneille Tacite , « quoique, » dit-il , l'empereur Tacite , son parent, en eust » peuplé, par ordonnances expresses, toutes les » librairies du monde*.» De nos jours, ne voyonsnous pas comme chaque parti détruit la réputation et les opinions du parti qui lui est opposé? Le genre humain est, entre la religion et la philosophie, comme le vieillard de la fable entre deux maîtresses de différents âges. Toutes deux voulaient le coiffer a leur mode ; la plus jeune lui enlevait les cheveux blancs qui lui déplaisaient ; la vieille, par une raison contraire, lui ôtait les cheveux noirs : elles finirent par lui peler la tête, ^ien ne démontre mieux cette infidélité ancienne les deux partis, que ce qu'on lit dans l'historien <1avi us- Josèphe, contemporain de Pline. On lui ait dire en deux mots que le Messie vient de naîre ; et il continue sa narration sans rappeler une ieu!e fois cet événement merveilleux dans la suite le sa longue histoire. Comment Josèphe, qui s'arête à tant d'actions de détail et de peu d'imporance, ne fut-il pas revenu mille fois sur une naissance si intéressante pour sa nation , puisque
* Essais , liv. II , chap. xix.
ses destinées y étaient attachées , et que la destruction même de Jérusalem n'était qu'une conséquence de la mort de Jésus-Christ? Il détourne, au contraire , le sens des prophéties qui l'annonçaient, sur Vespasien et sur Titus; car il attendait, comme les autres Juifs, un Messie triomphant. D'ailleurs, si Josèphe eût cru en Jésus- Christ, ne se fût-il pas fait chrétien? Par une raison semblable, est-il croyable que Pline commence son Histoire naturelle par vous dire qu'il n'y a pas de Dieu , et qu'il en emploie chaque page à se récrier sur l'intelligence, la bonté, la prévoyance, la majesté de la nature, sur les présages et les augures envoyés par les dieux , et sur les miracles mêmes opérés divinement par les songes ?
On cite encore des peuples sauvages qui sont athées , et on va les chercher dans quelque coin détourné du globe. Mais des peuples obscurs ne sont pas plus faits pour servir d'exemple au genre humain que parmi nous des familles du peuple ne seraient propres à servir de modèles a la nation; surtout lorsqu'il s'agit d'appuyer d'autorités une opinion qui entraîne nécessairement la ruinede toute société. D'ailleurs, ces assertions sont fausses : j'ai lu les voyageurs d'où on les a tirées. Ils avouent qu'ils ont vu ces peuples en passant , et qu'ils ignoraient leur langue. Ils ont conclu qu'ils n'avaient pas de religion, parcequ'ils ne leur ont pas vu de temples; comme s'il fallait, pour croire en Dieu, un autre temple que celui de la nature! Ces mêmes voyageurs se contredisent encore; car ils rapportent que ces peuples sans religion saluent la lune lorsqu'elle est pleine et nouvelle, en se prosternant à terre , ou en levant les mains au ciel ; qu'ils honorent la mémoire de leurs ancêtres, et qu'ils portent a manger sur leurs tombeaux. L'immortalité de l'ame , de quelque manière qu'on l'admette, suppose nécessairement l'existence de Dieu.
Mais si la première de toutes les vérités avait besoin, du témoignage des h mmes, nous pourrions recueillir celui de tout le genre humain , depuis les génies les plus célèbres jusqu'aux peuples les plus ignorants. Ce témoignage unanime est du plus grand poids; car il ne peut y avoir sur la terre d'erreur universelle.
Voici ce que le sage Socrate disait à Euthydème, qui cherchait à s'assurer qu'il y eût des dieux:
« Vous connaîtrez donc bien que je vous ai dit » vrai*, quand je vous ai dit qu'il y avait des
* Xénophon. Des choses mémorables de Socrate, Jiv. IV.
ÉTUDE HUITIÈME
» dieux , et qu'ils ont beaucoup de soin des hom- » mes: mais n'attendez pas qu'ils vous apparais- » sent, et qu'ils se présentent h vos yeux : qu'il » vous suffise de voir leurs ouvrages et de les ado- » rer; et pensez que c'est de cette façon qu'ils se » manifestent aux hommes : car, entre tous les » dieux qui nous sont si libéraux, il n'y en a pas un » qui se rende visible pour nous distribuer ses fa- » veurs; et ce grand Dieu même qui a bâti l'uni- » vers, et qui soutient ce grand ouvrage, dont » toutes les parties sont accomplies en bonté et en » beauté; lui qui a fait qu'elles ne vieillissent point » avec le temps, et qu'elles se conservent toujours » dans une immortelle vigueur31 ; qui fait encore » qu'elles lui obéissent inviolablement, et avec » une promptitude qui surpasse notre imagina- » tion ; celui-là, dis-je, est assez visible par tant » de merveilles dont il est auteur. Mais que nos » yeux pénètrent jusqu'à son trône pour le con- » templer dans ses grandes occupations , c'est en » cela qu'il est toujours invisible. Considérez un peu » que le soleil, qui semble être exposé a la vue » de tout le monde, ue permet pourtant pas qu'on » le regarde fixement ; et si quelqu'un a la témé- » rité de l'entreprendre, il en est puni par un » aveuglement soudain. Davantage, tout ce qui » sert aux dieux est invisible. La foudre se lance » d'en haut; elle brise tout ce qu'elle rencontre : » mais on ne la voit point tomber, ou ne la voit » point frapper , on ne la voit point retourner. » Les vents sont invisibles, quoique nous voyions » fort bien les ravages qu'ils font tous les jours, » et que nous sentions aisément quand ils se lè- » vent. S'il y a quelque chose dans l'homme qui » participe de la nature divine, c'est son ame. Il » n'y a point de doute que c'est elle qui le conduit » etqui le gouverne; néanmoins on ne peut la voir. » De tout cela donc, apprenez a ne pas mépriser » les choses invisibles : apprenez à reconnaître » leur puissance par leurs effets , et à honorer la » Divinité. »
Newton , qui a pénétré si avant dans les lois de la nature , ne prononçait jamais le nom de Dieu sans ôter son chapeau , et sans témoigner le plus profond respect. Il aimait a en rappeler l'idée sublime au milieu de ses plaisirs , et il la regardait comme le lien naturel de toutes les nations. Le Hollandais Corneille Le Bruyn rapporte, « qu'é- » tant un jour à dîner chez lui avec plusieurs » autres étrangers , Newton, au dessert, porta la » santé des hommes de tous les pays du monde » qui croient en Dieu. » C'était boire a ia santé du genre humain. Tant de nations, de langues et
de mœurs si différentes, et quelquefois d'une intelligence si bornée, croiraient-elles en Dieu , si cette croyance était le résultat de quelque tradition, ou d'une métaphysique profonde? Elle naît du simple spectacle.de la nature. On demandait un jour à un pauvre Arabe du désert , ignorant comme le sont la plupart des Arabes , comment il s'était assuré qu'il y avait un Dieu : « De la même » façon, répondit-il, que je connais, par les tra- » ces marquées sur le sable, s'il y a passé un homme » ou une bête*. »
Il est impossible à l'homme, comme nous l'avons dit , d'imaginer aucune forme ou de produire aucune idée dont le modèle ne soit dans la nature. Il ne développe sa raison que sur les raisons naturelles. 11 existerait donc un Dieu, par cela seul que l'homme en a l'idée. Mais si nous faisons attention que tout ce qui est nécessaire à l'homme existe dans des convenances admirables avec ses besoins, a plus forte raison Dieu doit exister encore, lui qui est la convenance universelle de toutes les sociétés du genre humain.
Mais je voudrais bien savoir comment ceux qui doutent de son existence à la vue des ouvrages de la nature désireraient s'en assurer. Voudraient-ils le voir sous la forme humaine, et qu'il leur apparût sous la figure d'un vieillard , comme on le peint dans nos églises? Ils diraient: C'est un homme. S'il revêtait quelque forme inconnue el céleste , pourrions-nous en supporter la vue dam un corps humain? Le spectacle entier et plein d'ur seul de ses ouvrages sur la terre suffirait pou bouleverser nos faibles organes. Par exemple, si 1; terre tourne sur elle-même , comme on le dit, i n'y a point d'homme qui, d'un point fixe dans li ciel , pût voir son mouvement sans frémir; car i verrait passer les fleuves, les mers et les royaume sous ses pieds , avec une vitesse presque tripl d'un boulet de canon. Cependant cette vitesse jour nalière n'est encore rien ; car celle avec laquell elle décrit son cercle annuel, et nous emporte au tour du soleil, est soixante-quinze fois plus grand que celle d'un boulet. Pourrions-nous voir seule ment au travers de notre peau le mécanisme d notre propre corps, sans être saisis d'effroi? Ose rions-nous faire un seul mouvement, si non voyions notre sang qui circule , nos nerfs qui ti rent, nos poumons qui soufflent, nos humeur qui filtrent, et tout l'assemblage incompréhensibl de cordages, de tuyaux, de pompes, de liqueur et de pivots qui soutiennent notre vie si fragile ( si ambitieuse?
* Voyage en Arabie, par M. Darvieux.
RÉPONSES AUX OBJECTIONS
Voudrions-nous au contraire que Dieu se maifestât d'une manière convenable à sa nature, ir la communication directe de son intelligence, ms qu'il y eût aucun intermédiaire entre elle et