‹ Œuvres;Chapitre 88 sur 236 · DES FORMES · texte numérisé non relu

DES FORMES

Passons maintenant a la génération des formes. Il me semble qu'on peut en réduire les principes, comme ceux des couleurs, à cinq, qui sont la ligne, le triangle, le cercle, l'ellipse et la parabole.

La ligne engendre toutes les formes, comme le rayon de lumière toutes les couleurs. Elle procède comme celui-ci, dans ses générations, par degrés, produisant d'abord, par trois fractions, le triangle, qui, de toutes les figures, renferme la plus petite des surfaces sous le plus grand des circuits. Le triangle ensuite, composé lui-même de trois triangles au centre, produit le carré, qui en a quatre; le pentagone, qui en a cinq; l'hexagone, quienasix; et le reste des polygones, jusqu'au cercle, composé d'une multitude de triangles, dont les sommets sont à son centre, elles bases a sa circonférence, et qui, au contraire du triangle , contient la plus grande des surfaces sous le moindre des périmètres. La forme qui a toujours été, depuis la ligne, en se rapprochant d'un centre jusqu'au cercle , s'en écarte ensuite, et produit l'ellipse, puis la parabole, et enfin toutes les autres courbes évasées, dont on peut rapporter les équations à celle-ci.

ÉTUDE DIXIÈME

En sorte que, sous cet aspect, la ligne indéfinie n'a point de centre commun ; le triangle a trois points de son périmètre qui en ont un; le carré en a quatre, le pentagone cinq, l'hexagone six; et le cercle a tous les points de sa circonférence ordonnés a un seul et unique centre. L'ellipse commence à s'écarter de cette ordonnance , et a deux centres; et la parabole, ainsi que les autres courbes qui leur sont analogues , en ont une infinité renfermés dans leur axe, dont elles s'éloignent de plus en plus en formant des espèces d'entonnoirs.

En supposant cette génération ascendante de formes depuis la ligne par le triangle jusqu'au cercle , et leur génération descendante depuis le cercle par l'ovale jusqu'à la parabole, je déduis de ces cinq formes élémentaires toutes les formes de la nature, comme avec les cinq couleurs primordiales j*en compose toutes les nuances.

La ligne présente la forme la plus aiguë , le cercle la forme la plus pleine, et fa parabole la forme la plus é vidée. Nous pouvons remarquer, dans cette progression , que le cercle, qui occupe le milieu des deux extrêmes, est la plus beïle de toutes les formes élémentaires, comme le rouge est la plus belle de toutes les couleurs primordiales. Je ne dirai point, comme quelques philosophes anciens, que cette figure est la plus belle, parcequ'elle est celle des astres, ce qui au fond ne serait pas une si mauvaise raison ; mais, à n'employer que le témoignage de nos sens, elle est la plus douce à la vue et au toucher ; elle est aussi la plus susceptible de mouvement; enfin, ce qui n'est pas une petite autorité dans les vérités naturelles, elle est regardée comme la plus aimable, au goût de tous les peuples, qui l'emploient dans leurs ornements et dans leur architecture, et surtout à celui des enfants, qui la préfèrent a toutes les autres dans leurs jouets.

Il est très remarquable que ces cinq formes élémentaires ont entre elles les mêmes analogies que les cinq couleurs primordiales; ensorteque si vous remontez leur génération ascendante depuis la sphère jusqu'à la ligne, vous aurez des formes anguleuses, vives et gaies, qui se terminent a la ligne droite, dont la nature compose tant de figures stellées et rayonnantes, si agréables dans les cieux et sur la terre. Si, au contraire, vous descendez de la sphère aux parties évidées de la parabole, vous aurezdes formes caverneuses, qui sont si effrayantes dans les abîmes et les précipices.

Déplus, si vous joignez des formes élémentaires aux couleurs primordiales, terme à terme, vous verrez leur caractère principal se renforcer mu-

tuellement, du moins dans les deux extrêmes et , dans l'expression harmonique du centre : car les deux premiers termes donneront le rayon blanc, qui est le rayon même de la lumière ; la forme circulaire , jointe a la couleur rouge, produira une forme analogue à la rose , composée de portions sphériques teintes en carmin , et, par l'effet de cette double harmonie , estimée la plus belle des fleurs , au jugement de tous les peuples. Enfin, le noir, joint au vide de la parabole, ajoute a la tristesse des formes rentrantes et caverneuses.

On peut composer , avec ces cinq formes élémentaires , des figures aussi agréables que les nuances qui naissent des harmonies des cinq couleurs primordiales : en sorte que plus il entrera dans ces ligures mixtes des deux termes ascendants ] de la progression, plus ces figures seront sveltes et gaies; et plus les deux termes descendants domineront , plus elles seront lourdes et tristes, j Ainsi, la forme sera d'autant plus élégante que le ! premier terme , qui est la ligne droite , y dominera. Par exemple, la colonne nous plaît, parceque c'est un long cyliudre qui a pour base le cercle, et pour élévation deux lignes droites, ou un quadrilatère fort allongé. Mais le palmier , d'après lequel elle a été imitée , nous plaît encore davantage , pareeque les formes stellées ou rayonnantes de ses palmes , prises aussi de la ligne droite , font une opposition très agréable avec la rondeur de sa tige ; et si vous y joignez la forme harmonique ! par excellence , qui est la forme ronde , vous ajou- I lerez infiniment à la grâce de ce bel arbre. C'est aussi ce qu'a fait la nature, qui en sait plus que nous, en suspendant a la base de ses rameaux divergents tantôt des dattes ovales, tantôt des cocos arrondis.

En général , toutes les fois que vous emploierez la forme circulaire , vous en accroîtrez beaucoup l'agrément en y joignant les deux contraires qui la composent; car vous aurez alors une progression élémentaire complète. La forme circulaire seule ne présente qu'une expression , la plus belle de toutes, à la vérité; mais réunie a ses deux extrêmes , elle forme , si j'ose dire , une pensée entière. C'est par l'effet qui en résulte que le peuple j trouve la forme du cœur si belle, qu'il lui com-î pare tout ce qu'il trouve de plus beau dans le monde. « Cela est beau comme un cœur, » dit-il. Cette forme de cœur est formée à sa base d'un ! angle saillant, a sa partie supérieure dsun angle rentrant; voila les extrêmes: et à ses parties collatérales de deux portions sphériques ; voilà l'expression harmonique.

DES MOUVEMENTS

C'est encore par ces mêmes harmonies que les I longues croupes de montagnes , surmontées de [hauts pitons en pyramides, et séparées entre elles Ipar de profondes vallées, nous ravissent par leurs : grâces et leur majesté. Si vous y joignez des fleuves qui serpentent au fond , des peupliers qui rayon- ; nent sur leurs bords , des troupeaux et des bergers, I vous aurez des vallées semblables a celle de Tempé. | Les formes circulaires des montagnes se trouvent , j dans cette hypothèse, placées entre leurs extrêmes, [qui sont les parties saillantes des rochers, et les parties rentrantes des vallons. Mais si vous en (retranchez les expressions harmoniques, c'est-à- Idire les courbures de ces montagnes, ainsi que leurs heureux habitants , et que vous en laissiez subsister les extrêmes, vous aurez alors quelque jcoupe de terrain du cap Horn , des rochers anguleux à pic sur le bord des précipices.

[ Si vous y ajoutez des oppositions de couleur, |comme celle de la neige sur les sommets de leurs [rochers rembrunis; l'écume de la mer qui brise sur des rivages noirs; un soleil blafard dans un ciel obscur; des giboulées au milieu de l'été; des rafales terribles de vents suivies de calmes inquiétants; un vaisseau parti d'Europe pour désoler la mer du Sud, qui talonne sur un écueil à l'entrée de la nuit , et qui tire de temps en temps des coups de canon , que répètent les échos de ces affreux déserts; des Patagons effrayés qui s'enfuient dans leurs souterrains , vous aurez un paysage tout entier de cette terre de désolation , couverte des ombres de la mort.

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Il me reste à dire quelque chose des mouvements. Nous en distinguerons également cinq principaux : le mouvement propre ou de rotation sur lui-même , qui ne suppose point de déplacement, et qui est \e principe de tout mouvement, tel qu'est peut-être celui du soleil ; ensuite le perpendiculaire, le circulaire, l'horizontal, et le repos. Tous les mouvements peuvent se rapporter a ceux-là. Vous remarquerez même que les géomètres, qui les représentent aussi par des figures , supposent le mouvement circulaire engendré par le perpendiculaire et l'horizontal , et , pour me servir de leurs expressions , produit par la diagonale de leurs carrés.

Je ne m'arrêterai pas aux analogies de la génération des couleurs et des formes avec celles de la génération des mouvements , et qui existent entre la couleur blanche , la ligne droite, et le mouvement propre ou de rotation; entre la couleur

rouge, la forme sphérique, et le mouvement circulaire ; entre les ténèbres, le vide, et le repos. Je ne développerai pas les combinaisons infinies qui peuvent résulter de l'union ou de l'opposition des termes correspondants de chaque génération, et des filiations de ces mêmes termes; je laisse au lecteur le plaisir de s'en occuper, et de se former avec ces éléments de la nature des harmonies ravissantes, et tout-à-fait nouvelles. Je me bornerai ici à quelques observations rapides sur les mouvements.

De tous les mouvements, le plus agréable est le mouvement harmonique ou circulaire. La nature l'a répandu dans la plupart de ses ouvrages, et en a rendu susceptibles les végétaux mêmes attachés à la terre. Nos campagnes nous en offrent de fréquentes images, lorsque les vents forment, sur les prairies, de longues ondulations semblables aux flots de la mer, ou qu'ils agitent doucement sur le sommet des montagnes les hautes cimes des arbres, en leur faisant décrire des portions de cercle. La plupart des oiseaux forment de grands cercles en se jouant dans les plaines de l'air , et se plaisent à y tracer une multitude de courbes et de spirales. 11 est remarquable que la nature a donné ce vol agréable à. plusieurs oiseaux innocents, qui ne sont point autrement recommandables par la beauté deleur chant ou de leur plumage. Tel est , entre autres , le vol de l'hirondelle.

Il n'en est pas de même des mouvements de progression des bêtes féroces ou nuisibles; elles vont par sauts et par bonds, et joignent à des mouvements quelquefois fort lents d'autres qui sont précipités : c'est ce qu'on peut observer dans ceux du chat, lorsqu'il veut attraper une 'souris. Les tigres en ont de pareils, lorsqu'ils cherchent a atteindre leur proie. On peut remarquer les mêmes discordances dans le vol des oiseaux carnassiers. Celui qu'on appelle le grand-duc, espèce de hibou, vole au milieu d'un air calme, comme si le vent l'emportait çà et là. Les tempêtes présentent dans le ciel les mêmes caractères de destruction. Quelquefois vous en voyez les nuages se mouvoir de mouvements opposés ; d'autres fois vous en apercevez qui courent avec la vitesse d'un courrier , tandis que d'autres sont immobiles, comme des rochers. Dans les ouragans des Indes, les tourbillons de vent sont toujours entremêlés de calmes profonds.

Plus un corps a en lui de mouvement propre ou de rotation , plus il nous paraît agréable , surtout lorsqu'à ce mouvement se joint le mouvement harmonique ou circulaire. C'est par cette raison

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que les arbres dont les feuillages sont mobiles, comme les trembles et les peupliers, ont beaucoup plus de grâce que les autres arbres des forêts lorsque le vent les agite. Ils plaisent a la vue par le balancement de leurs cimes, et en présentant tour a tour les deux faces de leurs feuilles , de deux verts différents. Ils plaisent encore à l'ouïe , en imitant le bouillonnement des eaux. C'est par l'effet du mouvement propre que, toute idée morale à part, les animaux nous intéressent plus que les végétaux , parcequ'ils ont en eux-mêmes le principe du mouvement.

Je ne crois pas qu'il y ait un seul lieu sur la terre où il n'y ait quelque corps en mouvement. Je me suis trouvé bien des fois au milieu des plus vastes solitudes , de jour et de nuit , par les plus grands calmes, et j'y ai toujours entendu quelque bruit. Souvent, à la vérité, c'est celui d'uu oiseau qui vole , ou d'un insecte qui remue une feuille; mais ce bruit suppose toujours du mouvement.

Le mouvement est l'expression de la vie. Voila pourquoi la nature en a multiplié les causes dans tous ses ouvrages. Un des grands charmes des paysages est d'y voir du mouvement, et c'est ce que les tableaux de la plupart de nos peintres manquent, souvent d'exprimer. Si vous en exceptez ceux qui représentent des tempêtes, vous trouverez partout ailleurs leurs forêts et leurs prairies immobiles, et les eaux de leurs lacs glacées. Cependant le retroussis des feuilles des arbres, frappées en dessous de gris ou de blanc, les ondulations des herbes dans les vallées et sur lescroupes des montagnes, celles qui rident la surface polie des eaux , et les écumes qui blanchissent les rivages, rappellent avec grand plaisir, dans une scène brûlante de l'été , le souffle si agréable des zéphyrs. On peut y joindre avec une grâce infinie les mouvements particuliers aux animaux qui les habitent : par exemple , les cercles concentriques qu'un plongeon forme sur la surface de l'eau ; le vol d'uu oiseau de marine qui part de dessus un tertre , les pattes allongées en arrière et le cou tendu en avant; celui de deux tourterelles blanches qui filent côte à côte, dans l'ombre, le long d'une forêt ; le balancement d'une bergeronnette a l'extrémité d'une feuille de roseau qui se courbe sous son poids. On peut y faire sentir même le mouvement et le poids d'un lourd chariot qui gravit dans une montagne , en y exprimant la poussière des cailloux broyés qui s'élève de dessous ses roues. Je crois encore qu'il serait possible o"y rendre les effets du chant des oiseaux et des

échos , en y exprimant certaines convenances dont il n'est pas nécessaire de nous occuper ici.

Il s'en faut bien que la plupart de nos peintres , même parmi ceux qui ont le plus de talent, emploient des accessoires si agréables, puisqu'ils les omettent dans les sujets dont ces accessoires forment le caractère principal. Par exemple, s'ils représentent un char en course, ils ne manquent jamais d'y exprimer tous les rayons de ses roues. A. la vérité, les chevaux galopent, mais le char est immobile. Cependant , dans un char qui court rapidement , chaque roue ne présente qu'une seule surface, toutes ses jantes se confondent a la vue. Ce n'est pas ainsi que les anciens , qui ont été nos maîtres en tout genre, imitaient la nature. Pline dit qu'Apelle avait si bien peint des chariots a quatre chevaux , que leurs roues semblaient tourner. Dans la liste curieuse qu'il nous a conservée des plus fameux tableaux de l'antiquité, admirés encore a Rome de son temps , il en cite un représentant des femmes qui filaient de la laine, dont les fuseaux paraissaient pirouetter; un autre très estimé*, r où l'on voyait, dit son vieux traduc- » teur, deux soldats armés à la légère, dont l'un » est si eschauffé a courir en la bataille , qu'on le » voit suer; et l'autre, qui pose ses armes, se » montre si recreu, qu'on le sent quasi haleiner. » J'ai vu, dans beaucoup de tableaux modernes , des machines en mouvement, des lutteurs et des guerriers en action ; et jamais je n'y ai vu ces effets si simples, qui expriment si bien la vérité. Nos peintres les regardent comme de petits détails où ne s'arrêtent pas les gens de génie. Cependant ces petits détails sont des traits de caractère.

Marc-Aurèle , qui avait bien autant de génie qu'aucun de nos modernes , a très bien observé que c'est souvent la que l'attention de l'esprit se fixe, et prend le plus de plaisir : « Le ridé des fi- » gues mûres , dit-il , l'épais sourcil des lions, l'a » cume des sangliers en fureur, les écailles rousses » qui s'élèvent de la croûte du pain sortant du four, » nous font plaisir a voir. » 11 y a plusieurs raisons de ce plaisir : d'abord de la part de la faiblesse de notre esprit , qui dans chaque objet s'arrête a un point principal ; ensuite de la part de la nature, qui nous offre aussi dans tous ses ouvrages un point unique de convenance ou de discorde , qui en est comme le centre. Notre ame en augmente d'autant plus son affection ou sa haine, que ce trait caractéristique est simple, et en apparence méprisable.

* Histoire naturelle de Pline, liv. XXXVII, chap. x el xi, tra duction de Du Pinet.

DES MOUVEMENTS

Voila pourquoi dans l'éloquence les expressions les J plus courtes marquent toujours les passions les plus i fortes; car il ne s'agit, comme nous l'avons vu [ jusqu'ici, pour faire naître une sensation de plai- | sir ou de douleur , que de déterminer un point | d'harmonie ou de discorde entre deux contraires : i or , lorsque ces deux contraires sont opposés en nature, et qu'ils le sont encore en grandeur et en | faiblesse, leur opposition redouble, et par consé- I quentleur effet.

Il s'y joint surtout la surprise de voir naître de grands sujets d'espérance ou de crainte d'un objet peu important en apparence; car tout effet physique produit dans l'homme un sentiment moral. Par exemple, j'ai vu beaucoup de tableaux el de descriptions de batailles , qui cherchaient à inspirer de la terreur par une infinité d'armes de toute espèce qui y étaient représentées, et par une foule de morts et de mourants blessés de toutes les manières. Ils m'ont d'autant moins ému, qu'ils employaient plus de machines pour m'émouvoir ; un effet détruisait l'autre. Mais je l'ai été beaucoup en lisant dans Plutarque la mort de Cléopâtre. Ce grand peintre du malheur représente la reine d'Egypte méditant, dans le tombeau d'Antoine, sur les moyens d'échapper au triomphe d'Auguste. Un paysan lui apporte , avec la permission des gardes qui veillent a la porte du tombeau , un panier de figues. Dès que cet homme est sorti , elle se hate de découvrir ce panier, et elle y voit un aspic qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses malheureux jours. Ce contraste, dans une femme, de la liberté et de l'esclavage , de la puissance royale et de l'anéantissement, de la volupté et de la mort; ces feuillages et ces fruits , parmi lesquels elle aperçoit seulement la tête et les yeux étincelants d'un petit reptile qui va terminer de si grands intérêts, et à qui elle dit : « Te voila donc! » toutes ces oppositions font frissonner. Mais pour rendre la personne même de Cléopâtre intéressante, il ne faut pas se la figurer comme nos peintres et nos sculpteurs nous la représentent, en figure académique, sans expression , une Sabine pour la taille, l'air robuste et plein de santé, avec de grands yeux tournés vers le ciel , et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ce n'est point la la petite et voluptueuse reine d'Egypte , se faisant porter , comme nous l'avons dit ailleurs, dans un paquet de bardes, sur les épaules d'ApolIodore, pour aller voir incognito Jules-César; courant la nuit, déguisée en marchande, les rues d'Alexandrie avec Antoine, en se raillant de lui, et lui reprochant que ses

jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est encore moins l'infortunée Cléopâtre réduite au dernier terme du malheur , tirant avec des cordes et des chaînes, à l'aide de deux de ses femmes, par la fenêtre du monument où elle s'était réfugiée, la tête contre-bas, sans jamais lâcher prise, dit Plutarque , ce même Antoine couvert de sang, qui s'était percé de son épée , et qui s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle.

Les détails nesont pasàmépriser; ce sontsouvent des traits de caractère. Pour revenir à nos peintres et à nos sculpteurs, s'ils refusent l'expression du mouvement aux paysages , aux lutteurs et aux chars en course, ils la donnent aux portraits et aux statues de nos grands hommes et de nos philosophes. Ils les représentent comme les anges trompettes du jugement, les cheveux agités, les yeux égarés , les muscles du visage en convulsion, et leurs draperies allant et venant au gré des vents. Ce sont la, disent-ils, les expressions du génie. Mais les gens de génie et les grands hommes ne sont pas des fous. J'ai vu de leurs portraits sur des antiques. Les médailles de Virgile, de Platon , de Scipion, d'Epaminondas, d'Alexandre même, les représentent avec un air calme et tranquille. C'est aux corps bruts, aux végétaux et aux animaux d'obéir à tous les mouvements de la nature ; mais il me semble qu'il est d'un grand homme d'être le maître des siens, et que ce n'est que par cet empire-là même qu'il mérite le nom de grand.

Je me suis un peu éloigné de mon sujet, pour donner des leçons de convenances à des artistes dont l'art est bien plus difficile que ma critique n'est aisée. A Dieu ne plaise qu'elle devienne un sujet de peine pour des hommes dont les ouvrages m'ont si souvent donné du plaisir! Je désire seulement qu'ils s'écartent des manières académiques qui les lient, et qu'ils soient tentés d'aller, sur les pas de la nature , aussi loin que leur génie peut les porter.

Ce serait ici le lieu de parler de la musique , puisque les sons ne sont que des mouvements; mais des gens bien plus habiles que moi ont traité ce grand art à fond. Si quelque témoignage étranger pouvait même me confirmer dans la certitude des principes que j'ai posés jusqu'ici , c'est celui des plus savants musiciens, qui ont fixé à trois sons l'expression harmonique. J'aurais pu, comme eux, réduire a trois termes les générations élémentaires des couleurs, des formes et des mouvements ; mais il me semble qu'ils ont omis eux-mêmes dans leur base fondamentale le principe génératif , qui est le son proprement dit, et le terme négatif, qui est le

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silence, puisque ce dernier produit surtout de si grands effets dans les mouvements de musique.

Je pourrais étendre ces proportions aux saveurs du goût, et démontrer que les plus agréables d'entre elles ont de semblables générations, ainsi qu'on l'éprouve dans la plupart des fruits, dont les divers degrés de maturité présentent successivement cinq saveurs, savoir, l'acide, le doux, le sucré, le vineux, et l'amer. Ils sont acides en croissant, doux en mûrissant, sucrés dans leur parfaite maturité, vineux dans leur fermentation, et amers dans leur état de sécheresse. Nous trouverions encore que la plus agréable de ces saveurs, c'est-à-dire la saveur sucrée, est celle qui occupe le milieu de cette progression, dont elle est le terme harmonique; qu'elle forme, par sa nature, de nouvelles harmonies en se combinant avec ses extrêmes , puisque les boissons qui nous plaisent le plus sont formées de l'acide et du sucre , comme dans les liqueurs rafraîchissantes préparées avec le jus de citron ; ou du sucré et de l'amer , comme dans le café. Mais en tâchant d'ouvrir de nouvelles routes a la philosophie, mon intention n'est pas d'offrir de nouvelles combinaisons à la volupté.

Quoique je sois intimement convaincu de ces générations élémentaires, et que je puisse les appuyer d'uiie foule de preuves que j'ai recueillies dans les goûts des peuples policés et sauvages, mais que je n'ai pas le temps de rapporter ici, cependant je ne serais pas surpris de ne pas obtenir l'approbation de plusieurs de mes lecteurs. Nos goûts naturels sont altérés dès l'enfance par des préjugés qui déterminent nos sensations physiques, bien plqs fortement que celles-ci ne dirigent nos affections morales. Plus d'un homme d'église estime le violet la plus belle des couleurs, pareeque c'est celle de son évêque; plus d'un évêque, à son tour, croit que c'est l'écarlate, pareeque c'est la couleur du cardinal ; et plus d'un cardinal, sans doute, préférerait d'êtrerevêtu delà couleur blanche , pareeque c'est celle du chef de l'Eglise. Un militaire regarde souvent le ruban rouge comme le plus beau de tous les rubans , et son ofOcier supérieur pense que c'est le ruban bleu. Nos tempéraments influent comme nos états sur nos opinions. Les gens gais préfèrent les couleurs vives à toutes les autres, les gens sensibles celles qui sont tendres, les mélancoliques les rembrunies. Quoique je regarde moi-même le rouge comme la plus belle des couleurs, et la sphère comme la plus parfaite des formes , et que je doive tenir plus fortement qu'un autre à cet ordre; pareeque c'est celui de mou système; je pré-

fère au rouge la couleur carminée, qui a une nuance de violet, et à la sphère la forme d'œuf, ou elliptique. 11 me semble aussi, si j'ose dire, que la nature a affecté l'une et l'autre modification à la rose, du moins avant son parfait développement. J'aime mieux encore les fleurs violettes que les blanches, et surtout que les jaunes. Je préfère une branche de lilas à un pot de giroflée ; et une marguerite de Chine , avec son disque d'un jaune enfumé, son pluché chiffonné et ses pétales violets et sombres, a la plus éclatante gerbe de tournesols du Luxembourg. Je crois que ces goûts me sont communs avec plusieurs autres personnes, et qu'à juger du caractère des hommes par les couleurs de leurs habits, il y en a beaucoup plus de sérieux que de gais. 11 me semble aussi que la nature (car il faut toujours revenir à elle pour s'assurer de la vérité) fait décliner la plupart de ses beautés physiques vers la mélancolie. Les chants plaintifs du rossignol, les ombrages des forêts, les sombres clartés de la lune, n'inspirent point la gaieté, et cependant nous intéressent. Je suis plus ému du coucher du soleil que de son lever. En général, les beautés vives et enjouées nous plaisent , mais il n'y a que les mélancoliques qui nous touchent. Nous tâcherons ailleurs de développer les causes de ces affections morales. Elles tiennent a des lois plus sublimes que les lois physiques : tandis que celles-ci amusent nos sens, celleslà s'adressent à nos cœurs, et nous avertissent que l'homme est né pour de pius liantes destinées.

Je peux me tromper dans l'ordre de ces générations et en transposer les termes; mais je ne me propose que d'ouvrir de nouvelles routes dans l'étude c|e la nature. Il me suflit que l'effet de ces générations soit généralement reconnu. Des hommes plus éclairés en établiront les filiations avec plus d'ordre. Tout ce que j'ai dit à ce sujet, et ce que je pourrais dire encore, se réduit a cette grande loi : « Tout est formé de contraires dans la nature; » c'est de leurs harmonies que naît le sentiment » du plaisir, et c'est de leurs oppositions que naît » celui de la douleur. »

Cette loi, comme nous le verrons, s'étend encore à la morale. Chaque vérité , excepté les vérités de fait, est le résultat de deux idées contraires. Il s'ensuit de la que toutes les fois que nous venons à décomposer par la dialectique une vérité, nous la divisons dans les deux idées qui la constituent; et si nous nous arrêtons à une de ses idées élémentaires comme à un principe unique , et que nous en tirions des conséquences, nous en faisons naître une source de disputes qui n'ont point de

DES CONSONNANCES

fin ; car l'autre idée élémentaire ne manque pas |de fournir de conséquences tout-a-fait contraires à celui qui veut s'en saisir, et ces conséquences •sont elles-mêmes susceptibles de décompositions [contradictoires qui vont à l'infini. C'est ce que [nous apprennent très bien les écoles , où on nous [envoie former notre jugement. Elles nous montrent , non-seulement a séparer les vérités les plus [évidentes en deux, mais en quatre, comme disait jHuidibras. Si, par exemple , quelqu'un de nos logiciens , considérant que le froid influe sur la végétation , voulait prouver qu'il en est la cause [unique, et que la chaleur même y est contraire, il jine manquerait pas de citer les efflorescences et jles végétations de la glace, l'accroissement, la verdure et la floraison des mousses pendant l'hiver; les plantes brûlées du soleil pendant l'été, et bien d'autres effets relatifs à sa thèse. Mais son antagoniste, faisant valoir , de son côté , les influences du printemps et les désordres de [l'hiver , ne manquerait pas de prouver que la ichaleur seule donne la vie aux végétaux. Cependant [le chaud et le froid forment ensemble un des principes de la végétation, non-seulement dans les [climats tempérés, mais jusqu'au milieu de la zone torride.

On peut dire que tous les désordres , au physique et au moral , ne sont que des oppositions heurtées de deux contraires. Si les hommes faisaient attention à cette loi, elle terminerait la plupart de leurs erreurs et de leurs disputes; car on peut dire que, tout étant composé de contraires, tout homme qui affirme une proposition simple n'a raison qu'à moitié, puisque la proposition contraire existe également dans la nature.

H n'y a peut-être dans le monde qu'une vérité intellectuelle pure, simple, et sans idée con traire : c'est l'existence de Dieu. 11 est très remarquable que ceux qui l'ont niée n'ont apporté d'autres preuves de leur négation que les désordres apparents de la nature, dont ils n'envisageaient que les principes extrêmes; en sorte qu'ils n'ont pas prouvé qu'il n'existait pas de Dieu, mais qu'il n'était pas intelligent, ou qu'il n'était pas bon. Ainsi leur erreur vient de leur ignorance des lois naturelles. D'ailleurs, leurs arguments ont été tirés , pour la plupart, des désordres des hommes, qui existent dans un ordre encore différent de celui de la nature, et qui sont les seuls de tous les êtres sensibles qui ont été livrés à leur propre providence.

Quant à la nature de Dieu, je sais que la foi même nous le présente comme le principe harmo-

nique par excellence, non-seulement par rapport à tout ce qui l'environne, dont il est le créateur et le moteur, mais dans son essence même, divisée en trois personnes. Bpssuet a étendu ces harmonies de la Divinité jusqu'à l'homme, en cherchant a trouver dans les opérations de son ame quelque consonnance avec la Trinité, dont elle est l'image. Ces hautes spéculations sont, je l'avoue, infiniment au-dessus de moi. J'admire même que la Divinité'ait permis a des êtres aussi faibles et aussi passagers que nous d'entrevoir seulement sa toute-puissance sur la terre, et qu'elle ait voilé, sous les combinaisons de la matière, les opérations de son intelligence infinie, pour la proportionner à nos yeux. Un seul acte de sa volonté a suffi pour nous donner l'être ; la plus légère communication de ses ouvrages, pour éclairer notre raison : mais je suis persuadé que si le plus petit rayon de son essence divine se communiquait directement à nous dans un corps humain , il suffirait pour nous anéantir.

DES CONSONNANCES

Les consonnances sont des répétitions des mêmes harmonies. Elles augmentent nos plaisirs en les multipliant, et en en transférant la jouissance sur de nouvelles scènes. Elles nous plaisent encore, en nous faisant voir que la même intelligence a présidé aux divers plans de la nature, puisqu'elle nous y présente des harmonies semblables. Ainsi les consonnances nous plaisent plus que les simples harmonies, parceem "elles nous donnent les sentiments de l'étendue et de la Divinité, si conformes à la, nature de notre ame. Les objets physiques n'excitent en nous un certain degré de plaisir qu'en v développant un sentiment intellectuel.

Nous trouvons de fréquents exemples de consonnances dans la nature. Les nuages de l'horizon imitent souvent sur la mer les formes des montagnes et les aspects de la terre , au point que les marins les plus expérimentés s'y trompent quelquefois. Les eaux reflètent, dans leur sein mobile, les cieux , les collines et les forêts. Les échos des rochers répètent à leur tour les murmures c(es eaux. Un jour, me promenant, au pays de Caux, le long de la mer, et considérant les reflets du rivage dans le sein des eaux , je fus fort étonné d'entendre bruire d'autres flots derrière moi. Je me tournai, et je n'aperçus qu'une haute falaise escarpée , dont les éc^ios répétaient le bruit des vagues. Cette double consonnance me parut trçs agréable : on eut dit qu'il y avait une montagne dans la mer, et une mer dans la montagne.

ÉTUDE DIXIÈME

Ces transpositions d'harmonie d'un élément à l'autre font beaucoup de plaisir ; aussi la nature lesmultiplie fréquemment, non-seulement par des images fugitives , mais par des formes permanentes. Elle a répété, au milieu des mers , les formes des continents dans celles des îles, dont la plupart, comme nous l'avons vu , ont des pitons , des montagnes , des lacs , des rivières et des campagnes proportionnés a leur étendue, comme si elles étaient de petits mondes; d'un autre côté, elles représentent, au milieu des terres, les bassins du vaste Océan dans les méditerranées, et dans les grands lacs qui ont leurs rivages, leurs rochers, leurs îles, leurs volcans, leurs courants, et quelquefois un flux et reflux qui leur est propre, et qui est occasionné par les effusions des montagnes à glaces, au pied desquelles ils sont communément situés , comme les courantsetles marées de l'Océan le sont par celles des pôles.

11 est très remarquable que les plus belles harmonies sont celles qui ont le plus de consonnances. Par exemple, rien, dans le monde, n'est plus beau que le soleil, et rien n'y est plus répété que sa forme et sa lumière. 11 est réfléchi de mille manières par les réfractions de l'air, qui le montrent chaque jour sur tous les horizons de la terre, avant qu'il y soit et lorsqu'il n'y est plus; par les parhélies , qui réfléchissent quelquefois son disque deux ou trois fois dans les nuages brumeux du nord ; par les nuages pluvieux, où ses rayons réfrangés tracent un arc nuancé de mille couleurs; et par les eaux, dont les reflets le représentent en une infinité de lieux où il n'est pas, au sein des prairies parmi les fleurs couvertes de rosée , et dans l'ombre des vertes forets. La terre sombre et brute le réfléchit encore dans les parties spéculaires des sables, des mica, des cristaux, et des rochers. Elle nous présente la forme de son disque et de ses rayons dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte. Enfin gc bel astre est multiplié lui-même a l'infini , avec des variétés qui nous sont inconnues , dans les étoiles innombrables du firmament , qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre horizon, comme s'il ne se refusait aux consonnances de la terre que pour nous faire apercevoir celles des cieux.

11 s'ensuit de cette loi de consonnance, que ce qu'il y a de plus beau et de meilleur dans la nature est ce qu'il y a de plus commun et de plus répété. C'est a elle qu'il faut attribuer les variétés des espèces dans chaque genre , qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile.

Par exemple, il n'y a point, dans le règne végétal, de famille aussi nécessaire que celle des graminées, dont vivent non-seulement tous les quadrupèdes , mais une infinité d'oiseaux et d'insectes ; il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi variées. Nous observerons dans l'Étude des plantes les raisons de cette variété; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que l'homme a trouvé cette grande diversité deblés dont il tire sa principale subsistance , et que c'est par des raisons de consonnance que non- seulement les espèces, mais plusieurs genres, se rapprochent les uns des autres, afin qu'ils puissent offrir les mêmes services à l'homme, sous des latitudes tout-a-fait différentes. Ainsi, les mils de l'Afrique, les maïs du Brésil, les riz de l'Asie, les palmiers-sagou des Moluques, dont les troncs sont pleins de farines comestibles, consonnentavec les blés de l'Europe. Nous retrouvons des consonnances d'une autre sorte dans les mêmes lieux, comme si la nature eût voulu multiplier ses bienfaits en en variant seulement la forme, sans changer presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins, l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier; et dans nos métairies, le cheval et l'âne, l'oie et le canard, la vache et la chèvre.

Chaque genre consonne encore avec lui-même par les sexes. Il y a cependant entre les sexes des contraslesquidonnenta leurs amours laplusgrande énergie, par l'opposition même des contraires, d'où nous avons vu que toute harmonie prenait sa naissance; mais, sansla consonnance générale des formes qui est entre eux , les êtres sensibles du même genre ne se seraient jamais rapprochés ; sans elle, un sexe aurait toujours été étranger à l'autre. Avant que chacun d'eux eût observé ce que l'autre pouvait avoir de convenable à ses besoins , le temps de la réflexion aurait absorbé celui de l'amour, et en eût peut-être éteint le désir. C'est la consonnance qui les attire , et c'est le contraste qui les unit. Je ne crois pas qu'il y ait, dans aucun genre d'animal, un sexe lout-a-fait différent de l'autre en formes extérieures; et si ces différences se trouvent, comme le prétendent quelques naturalistes, dans plusieurs espèces de poissons et d'insectes , je suis persuadé que la nature y fait vivre le mâle et la femelle dans le voisinage l'un de l'autre, et ne met pas leur couche nuptiale loin de leur berceau.

Mais il y a une consonnance de formes bien plus intime encore que celle des deux sexes : c'est la duplicité d'organes qui existe dans chaque individu*

DES CONSONNANCËS.

rout animal est double. Si vous considérez ses deux yeux , ses deux narines , ses deux oreilles , le nombre de ses jambes disposées par paires , vous diriez deux animaux collés l'un à l'autre, et réunis sous la même peau. Les parties mômes de son corps qui sont uniques, comme la tête , la queue et la langue , paraissent formées de deux moitiés , et rapprochées l'une de l'autre par des sutures. Il n'en est pas ainsi des membres proprement dits : par exemple, une main, une oreille, un œil, ne peuvent pas se diviser en deux moitiés semblables; mais la duplicité de formes dans les parties du corps les dislingue essentiellement des membres ; car la partie du corps est double, et le membre est simple; la première est toujours unique, et l'autre toujours répétée. Ainsi la tête et la queue d'un animal sont des parties de son corps, et ses jambes et ses oreilles en sont des membres.

Cette loi , une des plus merveilleuses et des moins observées de la nature, détruit toutes les hypothèses qui font entrer le hasard dans l'organisation des êtres; car, indépendamment des harmonies qu'elle présente, elle double tout d'un coup les preuves d'une Providence qui ne s'est pas contentée de donner un organe principal à chaque animal pour chaque élément en particulier , tel que l'œil pour la lumière du soleil; l'oreille, pour les sons de l'air ; le pied , pour le sol qui devait le soutenir , mais a voulu encore qu'il eût chaque organe en nombre pair.

Quelques sages ont considéré cette admirable répartition comme une prévoyance de la Providence, afin que l'animal pût suppléer à la perte de ses organes, exposés à divers accidents ; mais il lest remarquable que les parties intérieures du corps ? qui paraissent uniques au premier coup jd'œil, présentent à l'examen une pareille duplii cité de formes , même dans le corps humain , où ! elles sont plus confondues que dans les autres animaux. Ainsi, les cinq lobes du poumon, dont l'un a une espèce de division; la fissure du foie; la séparation supérieure du cerveau par la réduplication de la dure-mère ; le septum lucidum, semblable à une feuille de talc qui en sépare les deux ventricules antérieurs; les deux ventricules du cœur , et les divisions des autres viscères , annoncent cette double union, et semblent nous indiquer que « le principe même de la vie est la conson- » nance de deux harmonies semblables 33 . »

Il résulte encore de cette duplicité d'organes un usage bien plus étendu que s'ils étaient uniques. L'homme aperçoit avec deux yeux plus de la moitié de l'horizon ; il n'en découvrirait guère que le

tiers avec un seul. Il fait avec ses deux bras une infinité de choses dont il ne pourrait jamais venir à bout s'il n'en avait qu'un, telles que de charger sur sa tête un poids d'un grand volume , et de grimper dans un arbre. S'il n'était posé que sur une jambe, non-seulement son assiette serait beaucoup moins solide que sur deux , mais il ne pourrait pas marcher; il serait forcé de s'avancer en rampant ou en sautant. Cette progression de mouvement serait tout-à-fait discordante à la constitution des autres parties de son corps, et des divers plants de la terre qu'il devait parcourir.

Si la nature a donné un organe extérieur simple aux animaux , tel que la queue , c'est parceque son usage fort borné ne s'étendait qu'a une seule action , à laquelle elle satisfait pleinement. D'ailleurs, la queue est par sa position à l'abri delà plupart des dangers. De plus, il n'y a guère que les animaux forts qui l'aient longue, comme les taureaux, les chevaux, et les lions. Les lapins et les lièvres l'ont fort courte. Dans les animaux faibles qui la portent longue, comme dans les raies, elle est hérissée d'épines; ou bien elle repousse si elle vient à être arrachée par quelque accident , comme dans les lézards. Enfin, quelle que soit la simplicité de son usage, il est remarquable qu'elle est formée de deux moitiés semblables , comme les autres parties du corps.

Il y a d'autres consonnances intérieures qui assemblent , pour ainsi dire , en diagonale les divers organes du corps , afin de ne former qu'un seul et unique animal de ses deux moitiés. J'en laisse chercher l'incompréhensible connexion aux anatomistes : mais, quelque étendues que soient leurs lumières, je doute qu'ils pénètrent jamais dans ce labyrinthe. Pourquoi , par exemple, la douleur qu'on éprouve à un pied se fait-elle ressentir quelquefois à la partie opposée de la tête, et vice versa? J'ai vu une preuve bien étonnante de cette consonnance dans un sergent qui vit encore, je crois , à l'hôtel des Invalides. Cet homme , tirant un jour des armes avec un de ses camarades, qui se servait , ainsi que lui , de son épée renfermée dans le fourreau , reçut une botte dans l'angle lacrymal de l'œil gauche, qui lui fit perdre connaissance surle-champ. Quand il eut repris ses sens ( ce qui n'arriva qu'au bout de quelques heures), Use trouva entièrement paralysé de la jambe droite et du bras droit, sans qu'aucun remède ait jamais pu lui en rendre l'usage36.

J'observerai ici que les expériences cruelles que l'on fait chaque jour sur les bêtes, pour découvrir ces correspondances secrètes de la nature , ne font

ETUDE DIXIEME

qu'y jeter de plus grands voiles ; car leurs muscles, contractés par la frayeur et la douleur, dérangent le cours des esprits animaux, accélèrent la vitesse du sang, font entrer les nerfs en convulsion , et sont bien plus propres a déranger î'économie animale qu'a la développer. Ces moyens barbares de notre physique moderne ont une influence encore plus funeste sur le moral de ceux qui les emploient , car ils leur inspirent, avec de fausses lumières, le plus atroce des vices, qui est la cruauté. S'il est permis a l'homme d'interroger la nature dans les opérations qu'elle nous cache , j'y croirais le plaisir bien plus propre que la douleur. J'en ai vu un exemple dans une maison de campagne de Normandie. Je me promenais dans un pâturage qui était autour avec un jeune gentilhomme qui en était le maître; nous aperçûmes des bœufs qui se battaient ; il courut a eUx, ie bâton levé, et ces animaux se séparèrent aussitôt. Ensuite il s'approcha du bœuf le plus farouche, et se mit à te gratter à la naissance de la queue avec les doigts. Cet animal, qui avait encore la fureur dans les yeux, resta sur-le-champ immobile, allongeant le cou , ouvrant les naseaux , et aspirant l'air avec un plaisir qui démontrait d'une manière très amusante la correspondance intime de cette extrémité de son corps avec sa tête.

La duplicité d'organes se trouve encore dans les végétaux, surtout dans leurs parties essentielles, telles que les anthères des fleurs, qui sont des corps doubles; dans leurs pétales, dont une moitié correspond exactement a l'autre; dans les lobes de leur semence , etc. Une seule de ces parties paraît cependant suffisante pour le développement et la génération de la plante. On peut étendre cette observation jusque sur les feuilles, dont les deux moitiés sont correspondantes dans la plupart des végétaux; et si quelqu'un d'entre eux s'écarte de cet ordre, c'est sans doute pour quelque raison particulière digne d'être recherchée.

Ces faits confirment la distinction que nous avons faite entre les parties et les membres d'un corps ; car, dans les feuilles, où cette duplicité se rencontre, on retrouve ordinairement la faculté végétative qui est répandue dans le corps du végétal même : en sorte que, si vous replantez ces feuilles avec soin et dans une saison convenable, vous en verrez renaître le végétal entier. Peut-être est-ce parceque les organes intérieurs de l'arbre sont doubles, que le principe de la vie végétative est répandu jusque dans ses tronçons , comme on le voit dans un grand nombre qui renaissent d'une branche. Il y en a même qui peuvent se reperpétuer

par de simples éclats. On en trouve un exemple célèbre dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Deux sœurs , après la mort de leur mère, héritèrent d'un oranger. Chacune d'elles prétendit l'avoir dans son lot. Enfin, l'une ne voulant pas le céder à l'autre, elles décidèrent de le fendre en deux, et d'en prendre chacune la moitié. L'arbre éprouva la destinée a laquelle fut condamné l'enfant du jugement de Salomon. Il fut partagé en deux : chacune des sœurs en replanta la moitié, et, chose merveilleuse, l'arbre divisé par la haine fraternelle fut recouvert d'écorce par la nature.

C'est cette consonnance universelle de formes qui a donné a l'homme l'idée de la symétrie. Il la fait entrer dans la plupart des arts, et surtout dans l'architecture, comme une partie essentielle de l'ordre. Elle est, en effet, tellement l'ouvrage de l'intelligence et de la combinaison, que je la regarde comme le caractère principal où l'on peut distinguer tout corps organisé d'avec ceux qui ne le sont pas , et qui ne sont que les résultats d'une agrégation fortuite, quelque régulier que paraisse leur assemblage : tels sont ceux que produisent les cristallisations , les efflorescences , les végétations chimiques, et les effusions ignées.

C'est d'après ces réflexions que, venant à considérer le globe de la terre , j'observai , avec la plus grande surprise, qu'il présentait, ainsi que tous les corps organisés , une duplicité de formes. D'abord , j'avais bien pensé que, ce globe étant l'ouvrage d'une intelligence, il devait y régner de l'ordre. J'avais reconnu l'utilité des îles, et même celle des bancs, des récifs et des rochers, pour protéger les parties les plus exposées des continents contre les courants de l'Océan , a l'extrémité desquels ils sont toujours situés. J'avais reconnu pareillement celle des baies, qui sont, au contraire , écartées des courants de l'Océan , et creusées en profondeur, pour abriter l'embouchure des fleuves ; et servir, par la tranquillité de leurs eaux , d'asile aux poissons, qui, dans toutes les mers, s'y rendent en foule pour y recueillir les dépouilles de la végétation et les alluvions de la terre qui s'y déchargent par les fleuves. J'avais admiré en détail les proportions de leurs diverses fabriques ; mais je ne concevais rien à leur ensemble. Mon esprit se fourvoyait au milieu de tant de découpures de terres et de mers ; et je les aurais attribuées , sans balancer , au hasard , si l'ordre que j'avais aperçu dans chacune de ces parties ne m'avait fait soupçonner qu'il y en avait un dans la totalité de l'ouvrage.

DES CONSONNANCES

j Je vais exposer ici le globe sous nu nouvel as leiet ; je prie le lecteur de me pardonner cette d Cession , qui est un débris de mes matériaux sur 1 géographie, mais qui tend à prouver l'univer [alité des lois naturelles , dont je constate l'exis Biice. Je serai, à mon ordinaire, rapide et super ciel : mais peu m'importe d'affaiblir des idées ju'il ne m'a pas été permis de mettre dans leur !rdre naturel , si j'en jette le germe dans dès te ks qui valent mieux que la mienne.

Je cherchai d'abord les consonnances du globe ans ses deux moitiés septentrionale et méridio aïe. Mais , loin de trouver des ressemblances en

\e elles, je n'y aperçus que des oppositions, 1 remière n'étant, pour ainsi dire, qu'un hémi Iphère terrestre, et l'autre qu'un hémisphère mallime, tellement différents entre eux, que l'un liiver lorsque l'autre a l'été , et que les mers du jremier hémisphère semblent être opposées aux rres et aux îles qui sont éparses dans le second p contraste me présenta une autre analogie avec [a corps organisé ; car , comme nous le verrons (ms les articles suivants , tout corps organisé 3ux moitiés en contraste , comme il en a deux en irasonnance. ' : Je lui trouvai donc , sous cet aspect nouveau , je 3 sais quelle analogie avec un animal dont la tête irait été au nord par l'attraction de l'aimant, irliculière à notre pôle, qui semble y déterminer î sensorium comme dans la tête d'un animal; le 3ur sous la ligne, par la chaleur constante qui gne dans la zone torride, et semble y fixer la ré on du cœur; enfin, les organes excrétoires dans partie australe, où sont situées les plus grandes ers, qu'on peut considérer comme les réceptacles s alluvions, des continents, et où l'on trouve ssi le plus grand nombre de volcans, que l'on ut considérer comme les organes excrétoires s mers, dont ils consument sans cesse les bitu- 3$ et les soufres. D'ailleurs le soleil, qui séjourne iq ou six jours de plus dans l'hémisphère sep- Urional, semblait encore m'offrir une ressemmce plus marquée avec le corps d'un animal, le cœur , qui est le centre de la chaleur , est un u plus près de la tête que des parties inférieures. Quoique ces contrastes me parussent assez dérainés pour manifester un ordre sur le globe, et il s'en présente de semblables dans les végétaux, lingues en deux parties opposées en fonctions et formes, telles que les feuilles et les racines, je lignais de me livrer à mon imagination, et de léraliser, par la faiblesse de l'esprit humain , s lois de la nature particulières à chaque exis-

tence, en les étendant à des règnes qui n'en étaient pas susceptibles.

Mais je cessai de douter de l'ordre général de la terre lorsque , avec les deux moitiés en contraste, j'en aperçus deux autres en consonnance. Je fus frappé, je l'avoue, d'étonnement, lorsque j'observai, dans la duplicité de formes qui constitue son corps, des membres exactement répétés de part et d'autre.

Le globe, à le considérer d'orient en occident, est divisé, comme tous les corps organisés, en deux moitiés semblables, qui sont l'ancien et le nouveau monde. Chacune de leurs parties se correspond dans l'hémisphère oriental et occidental, mer à mer , île a île, cap à cap , presqu'île à presqu'île. Les lacs de Finlande et le golfe d'Archangel correspondent aux lacs du Canada et à la baie de Baffin, la Nouvelle-Zemble au Groenland, la mer Baltique à la baie d'Hudson , les îles d'Angleterre et d'Irlande, qui couvrent la première de ces méditerranées, aux îles de Bonne-Fortune et de Welcome, qui protègent la seconde; la Méditerranée proprement dite, au golfe du Mexique, qui est une espèce de méditerranée formée en partie par des îles. A l'extrémité de la Méditerranée se trouve l'isthme de Suez, en consonnance avec l'isthme de Panama, placé au fond du golie du Mexique ; à la suite de ces isthmes se présentent la presqu'île de l'Afrique, d'une part, et de l'autre la presqu'île de l'Amérique méridionale. Les principaux fleuves de ces parties du monde se regardent également, car le Sénégal coule à l'opposite de la rivière des Amazones. Enfin l'une et l'autre de ces presqu'îles, qui s'avancent vers le pôle austral, est terminée par deux caps également fameux parleurs tempêtes, le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn.

11 y a encore, entre ces deux hémisphères, bien d'autres points de consonnance auxquels je ne m'arrête pas. A la vérité , tous ces points ne se correspondent pas aux mêmes latitudes ; mais ils sont disposés suivant une ligne spirale qui va d'orient en occident, en s'étendant du nord vers le midi, en sorte que ces points correspondants vont en progression, lis sont à peu près à la même hauteur en partant du nord , comme la mer Baltique et la baie d'Hudson ; et ils s'allongent dans l'Amérique à mesure qu'elle s'avance vers le sud. Cette progression se fait encore sentir dans toute la longueur de l'ancien continent, comme on peut le voir a la forme de ses caps , qui, en partant de l'orient, s'allongent d'autant plus vers lo midi qu'ils s'avancent vers l'occident : tels que le cap du Kamtschatka en Asie , le cap Comorin en

Arabie, le cap de Bonne-Espérance en Afrique, et enfin le cap Horn en Amérique. Ces différences de proportion viennent de ce que les deux hémisphères terres! res ne sont pas projetés de la même manière ; car l'ancien continent a sa plus grande longueur d'orient en occident, et le nouveau a la sienne du nord au sud ; et il est manifeste que cette différence de projection a été ordonnée par l'auteur de la nature, par la même raison qui lui a fait donner des parties doubles aux animaux et aux végétaux , afin que , dans un besoin , elles suppléassent l'une à l'autre, mais principalement aûn qu'elles pussent s'entr'aider.

S'il n'existait, par exemple, que l'ancien continent avec la seule mer du Sud , le mouvement de celte mer, étant trop accéléré sous la ligne par les vents réguliers de l'est, viendrait, après avoir circuit la zone torride, heurter d'une manière effroyable contre les terres du Japon : car le volume des flots d'une mer est toujours proportionné à son étendue. Mais, par la disposition des deux continents , les flots du grand courant oriental de la mer des Indes sont retardés en partie par les archipels des Moluques et des Philippines ; ils sont encore rompus par d'autres îles, telles que les Maldives, par les caps de l'Arabie , et par celui de Bonne-Espérance, qui les rejette vers le sud. Ils éprouvent, avant de se rendre au cap Horn , de nouveaux obstacles, parle courant du pôle austral, qui traverse alors leur cours, et parle changement de mousson qui en détruit totalement la cause au bout de six mois. Ainsi , il n'y a pas un seul courant, soit oriental , soit septentrional , qui parcoure seulement le quart du globe dans la même direction. D'ailleurs la division des parties du monde en deux est tellement nécessaire à son harmonie générale, que si le canal de l'océan Atlantique, qui les sépare, n'existait pas, ou qu'il fût rempli en partie, comme on suppose qu'il l'était autrefois, parla grandeîle Atlantide*, tous les fleuves orientaux de l'Amérique et tous les occidentaux de l'Europe tariraient , puisque ces fleuves ne doivent leurs eaux qu'aux nuages qui émanent de la mer. De plus , le soleil n'éclairant , de notre côté , qu'un hémisphère terrestre dont les méditerranées disparaîtraient , le brûlerait de ses rayons ; tandis que, n'échauffant, de l'autre, qu'un hémisphère maritime dont la plupart des îles seraient submergées , pareeque le volume de cette mer augmenterait par la soustraction de la nôtre,

* Ile fabuleuse imaginée par Platon , pour représenter allégoriquement le gouvernement UAthènes , comme plusieurs savants l'ont prouvé.

IXIÈME.

il y élèverait une multitude de vapeurs en pure* perte.

Il paraît que c'est par ces considérations que la| nature n'a point placé dans la zone torride la plus ! grande longueur des continents, mais seulement: la largeur moyenne de l'Amérique et de l'Afrique,; pareeque l'action du soleil y aurait été trop vive.f Elle y a mis, au contraire , le plus long diamètre! de la mer du Sud , et la plus grande largeur de' l'océan Atlantique , et elle y a rassemblé la plusj grande quantité d'îles qui existe. De plus, elle ai placé, dans la largeur des continents qu'elle y a prolongés, les plus grands courants d'eaux vives qu'ill y ait au monde, qui sortent tous de montagnes ai glace; tels que le Sénégal et le Nil , qui viennent! des monts de la Lune en Afrique; l'Amazone elj l'Orénoque, qui ont leurs sources dans les Cordi-j lières de l'Amérique. C'est encore par cette raisoi j qu'elle a multiplié , dans la zone torride et danij son voisinage, les hautes chaînes de montagncij couvertes de neige , et qu'elle y dirige les vents d(j pôle nord et du pôle sud, dont participent touj jours les vents alizés; et il est bien remarquablj que plusieurs des grands fleuves qui y coulent n sont pas situés précisément sous la ligne, maw dans des lieux de la zone torride qui sont pluj chauds que la ligne même. Ainsi , le Sénégîj roule ses eaux dans le voisinage du Zara ou Dét sert, qui est la partie la plus brûlante de l'Afrique ], au témoignage de tous les voyageurs.

On entrevoit donc la nécessité de deux conti nents, qui servent mutuellemenl de frein aux moii vements de l'Océan. 11 est impossible de concevoii que la nature ait pu les disposer autrement qu'ej en étendant un en longitude et l'autre en latitude! afin que les courants opposés de leurs mers pusseij se balancer, et qu'il en résultât une harmonie coi venable à leurs rivages et aux îles renfermées daij leurs bassins. Si vous supposez ces deux continen t projetés en anneaux d'orient en occident , sous il deux zones tempérées, la circulation de la meij renfermée entre deux, sera, comme nous l'avoi vu, trop accélérée par l'action constante du ve L d'est. Il n'y aura plus de communication maritin) de la ligne aux pôles, partant point d'effusions gl ciales dans cette mer , ni de marées, ni de rafr< chissement et de renouvellement de ses eaux, vous supposez, au contraire, ces deux continenj allant tous deux du nord au midi , comme l'Am| rique , il n'y aura plus dans l'Océan de coura oriental ; les deux moitiés de chaque mer viendro se rencontrer au milieu de leur canal , et leurs à fusions polaires s'y heurleront avec une quanti)

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