‹ Œuvres;Chapitre 91 sur 236 · ÉTUDE · texte numérisé non relu

ÉTUDE

même les robes de l'enfance , et livrés a leur propre expérience, se répandent dans le monde pour en multiplier les harmonies , avec les parures et les instincts que leur a donnés la nature. C'est alors que des nuées de papillons, qui dans l'état de chenille se confondaient avec la verdure des plantes, viennent opposer les couleurs et les formes de leurs ailes à celles des fleurs, le rouge au bleu, le blanc au rouge , des antennes à des étamines , et des franges à des corolles. J'en ai un jour admiré un dont les ailes étaient azurées et parsemées de points couleur d'aurore', qui se reposait au sein d'une rose épanouie. 11 semblait disputer avec elle de beauté. Il eût été difficile de dire lequel en méritait mieux le prix , du papillon ou de la fleur ; mais en voyant la rose couronnée d'ailes de lapis, et le papillon azuré posé dans une coupe de carmin , il était aisé de voir que leur charmant contraste ajoutait a leur mutuelle beauté.

La nature n'emploie point ces convenances et ces contrastes agréables dans les animaux nuisibles, ni même dans les végétaux dangereux. De quelque genre que soient les bêtes carnassières ou venimeuses, elles forment a tout âge, et partout où elles sont, des oppositions dures et heurtées. L'ours blanc du nord s'annonce sur les neiges par des gémissements sourds, par la noirceur de son museau et de ses griffes, et par une gueule et des yeux couleur de sang. Les bêtes féroces qui cherchent leur proie au milieu des ténèbres, ou dans l'obscurité des forêts , préviennent de leurs approches par des rugissements, des cris lamentables, des yeux enflammés, des odeurs urineuses ou fétides. Le crocodile , en embuscade sur les grèves des fleuves de l'Asie, où il paraît comme un tronc d'arbre renversé , exhale au loin une forte odeur de musc. Le serpent a sonnette, caché dans les prairies de l'Amérique , fait bruire sous l'herbe ses sinistres grelots. Les insectes même qui font la guerre aux autres sont revêtus de couleurs âtres durement opposées, où le noir surtout domine, et se heurte avec le blanc ou le jaune. Le bourdon , indépendamment de son sombre murmure, s'annonce par la noirceur de son corselet et de son gros ventre, hérissé de poils fauves. 11 paraît au milieu des fleurs comme un charbon de feu h demi éteint. La guêpe Carnivore est jaune et bardée de noir, comme le tigre. Mais l'utile abeille est de la nuance des étamines et du fond des calices des fleurs, où elle fait d'innocentes moissons.

Les plantes vénéneuses offrent, comme les animaux nuisibles, d'affreux contrastes par les couleurs meurtries de leurs fleurs, où le noir, le gros

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