DIXIÈME
bleu et le violet enfumé sont en opposition tran- \ chée avec des nuances tendres ; par des odeurs \ nauséabondes et virulentes , par des feuillages hé- ! rissés, teints d'un vert noir, et heurté de blanc en ! dessous : tels sont les aconits. Je ne connais point ■ déplante qui ait un aussi hideux aspect que celles'! de cette famille, et entre autres le napel , qui est le végétal le plus vénéneux de nos climats. Je ne sais si les embryons de leurs fruits ne présentent pas, dès les premiers instants de leur développe- j ment , des oppositions dures qui annoncent leurs caractères malfaisants : si cela est, ils ont encore; cette ressemblance commune avec les petits des! bêtes féroces.
Les animaux qui vivent sur deux fonds diffé-j rents portent deux contrastes dans leurs couleurs.] Ainsi, par exemple, le martin-pêcheur , qui vole: le long des rivières, est a la fois couleur de musc? et glacé d'azur ; en sorte qu'il se détache des riva- j ges rembrunis par sa couleur azurée , et de l'azur'! des eaux par sa couleur de musc. Le canard, qui barbotte sur les mêmes rivages , a le corps teint d'une couleur cendrée, et la tête et le cou de lai verdure de l'émeraude ; de manière qu'il se dis-! tingue parfaitement, par la couleur grise de son] corps, de la verdure des nymphœa et des roseauxj parmi lesquels il vogue; et par la verdure de sa tête] et de son cou, des vases noires dans lesquelles, par ! un autre contraste fort étonnant, il ne salit jamais son plumage. Les mêmes contrastes de couleurs se rencontrent dans le pivert, qui vit sur les troncs i des arbres, le long desquels il grimpe pour cher- : cher des insectes sous leurs écorces. Cet oiseau esl coloré a la fois de brun et de vert : en sorte que) quoiqu'il vive pour ainsi dire a l'ombre, on l'aper-j çoit cependant toujours sur le tronc des arbres:' car il se détache de leurs sombres écorces par là partie de son plumage qui est d'un vert brillant,] et de la verdure de leurs mousses et de leurs li-J chens, par la couleur de ses plumes, qui sont bru- j nés. La nature oppose donc les couleurs de chaqu( animal a celles du fond qu'il habite; et ce qu. confirme la vérité de cette grande loi, c'est que m plupart des oiseaux qui ne vivent que sur un seu j fond n'ont qu'une seule couleur, qui contraste for | tement avec celle de ce fond. Ainsi, les oiseaux qu j vivent sur le fond azuré des deux, au haut dij airs, ou sur celui des eaux , au milieu des lacs, sont, pour l'ordinaire, de couleur blanche, celle dij toutes les couleurs qui tranche le plus fortemenlj sur le bleu, et est par conséquent la plus propre II les faire apercevoir de loin. Tels sont, entre \ci\ tropiques, le paille-en-cul , oiseau d'un blanc sa]