‹ Œuvres;Chapitre 94 sur 236 · DE QUELQUES AUTRES LOIS 0E LA NATURE , PEU CONNUES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES AUTRES LOIS 0E LA NATURE , PEU CONNUES

II y a encore quelques lois physiques peu ap«

ETUDE DIXIÈME

profondies , quoiqu'on les ait entrevues et qu'on en ait beaucoup parlé. Telle est celle de l'attraction. On l'a reconnue dans les planètes et dans quelques métaux , comme dans le fer et l'aimant, dans l'or et le mercure. Je crois que l'attraction est commune à tous les métaux, et même à tous les fossiles; mais qu'elle agit, en chacun d'eux, dans des circonstances particulières qui n'ont pas encore été observées. Peut-être que chacun des métaux se tourne vers divers points de la terre, comme le fer aimanté vers le nord, et vers les lieux où il y a des raines de fer. 11 faudrait peut-être, pour en faire l'expérience , que chacun d'eux fût armé de son attraction; ce qui arrive, cerne semble, quand il est joint avec son contraire : que sait-on si une aiguille d'or, frottée de mercure, n'aurait pas des pôles attractifs, comme une aiguille de fer en a lorsqu'elle est frottée d'aimant? Elle pourrait indiquer avec cette préparation, ou telle autre qui lui serait plus convenable, les lieux où il y a des mines de ce riche métal. Peut-être détermineraitelle des points généraux de direction à l'orient ou à l'occident, qui serviraient a indiquer les longitudes plus conslammcntque les variations de l'aiguille aimantée. S'il y a un point au pôle sur lequel le globe semble tourner, il peut y en avoir un sous Téquateur d'où il a commencé à tourner, et qui a déterminéson mouvement de rotation. Il est très remarquable, par exemple, que toutes les mers sont remplies de coquillages univalves d'une infinitéd'espèces très différentes, qui ont tous leurs spirales qui vont en croissantdu même côté, c'està-dire de gauche à droite, comme le mouvement du globe, lorsqu'on tourne l'embouchure du coquillage au nord et vers la terre. H n'y en a qu'un bien petit nombre d'espèces d'exceptées, et que, pour cette raison , on appelle uniques. Les spirales de celles-ci vont de droite a gauche. Une direction si générale et des exceptions si particulières dans les coquilles ont sans doute leurs causes dans la nature , et leurs époques dans les siècles inconnus où leurs germes furent créés. Elles ne peuvent venir de l'action actuelle du soleil, qui agit sur elles par mille aspects différents. Sontelles ainsi dirigées par rapport a quelque courant général de l'Océan , ou à quelque point inconnu d'attraction de la terre au nord ou au midi , à l'orient ouàl'occidenl? Ces rapports paraîtront étranges et peut-être frivoles à nos savants; mais tout est lié dans la nature : souvent une observation légère y mène a d'importantes découvertes. Une petite lame de fer, qui se tourne vers le nord, guide les flottes sur les déserts de l'Océan; et un roseau

d'une espèce inconnue , jeté sur les rivages des Açores, fit supçonner à Christophe Colomb l'existence d'un autre monde.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y a un grand nombre de ces points particuliers d'attraction répandus sur la terre, tels que les matrices qui renouvellent les mines des métaux, en attirant à elles les parties métalliques dispersées dans les éléments. C'est par des matrices attractives que ces mines sont inépuisables, comme on l'a remarqué en plusieurs endroits , entre autres à l'île d'Elbe , située dans la Méditerranée. Cette petite île n'est qu'une mine de fer, dont on avait déjà tiré , du temps de Pline, une immense quantité de métal, sans qu'on s'aperçût, dit-il, qu'il y diminuât en aucune manière. Les métaux ont encore d'autres attractions ; et si j'ose dire en passant mon opinion, je les regarde eux-mêmes comme les matrices principales de tous les corps fossiles , et comme des moyens toujours actifs que la nature emploie pour réparer les montagnes et les rochers , que l'action des autres éléments, mais surtout les travaux imprudents des hommes, tendent sans cesse à dégrader.

Je remarquerai ici , au sujet des mines d'or, qu'elles sont placées , ainsi que celles de tous les métaux, non-seulement dans les parties les plus élevées des continents, mais dans des montagnes à glace.

Les fameuses mines d'or du Pérou et du Chili sont, comme on sait, dans les Cordilières; les mines d'or du Mexique sont situées aux environs de la montagne de Sainte-Marthe, qui est couverte de neige toute l'année. Les fleuves de l'Europe, qui roulent de l'or sur leurs rivages , sortent des montagnes a glace. Le Pô, en Italie, a sa source dans celles du Piémont. Mais, sans nous écarter de la France, on y compte dix fleuves ou rivières qui y charient des paillettes d'or dans leurs sables, et qui ont tous leur origine dans des montagnes a glace. Tel est le Rhin, depuis Strasbourg jusqu'à Philisbourg; le Rhône, dans le pays de Gex; le Doubs, dans la Franche-Comté, qui tous trois ont leurs sources dans les montagnes à glace de la Suisse. La Cèse et le Gardon descendent de celles des Cévenncs. L'Ariège, dans le pays de Foix; la Garonne, dans les environs de Toulouse; le Salât , dans le comté de Conserans , et les ruisseaux de Ferriet et du Bénagues, ont tous leurs sources dans les montagnes glacées des Pyrénées.

Cette observation peut s'étendre, comme je le crois, à toutes les mines d'or du monde, même à celles de l'Afrique , dont les rivières qui charrient

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