Monde analogue à celle de la fable xx du livre IV
Tel.... cuide engeigner autrui
Qui souvent s'engeigne soi-même.
a56 FABLES. [r.
L*OURS BT L^MATEUR DSS JARDINS.
LiçTê des lumtères ou la Comdulte des HoiSy p. 1 35-1 37* — Bîdpaî, tome II, p. i8o>i84, U Jardinier ei COurse, — Stnparole, /(e# Fœ^ tietues Nuiis^ xiii* nuit, ûib. 4- — Thrésor des ricréatioat^ p. a38- 939, du Sot du prince de Ronee9al^ qui le frappa Hen fort sur son nez y pensant en chasser une mouche,
La source première de cette fable eU saut doute dans le Ponrtchaianira^ dernier conte du lirre I, dont Loiseleur Deslongchamps {Essai sur les fables indiennes^ p. 43') cite une yersion intitulée, dit-il : le Fils du Roi et ses Compagnons^ où Ton Toit un singe domestique s^efforcer de chasser une abeille qui s^obstine à rester sur le front du fils du Roi endormi, et, ne pouTant j réussir, prendre Tépée de sou maître et couper en deux, du même coup, et Tabeille et la tête du prince. Cest de cette fin du conte, seule ici à considérer, que se sera inspiré, dans celui du Jardinier et tOurs^ Fauteur de VAnwari-Sohaili (royez aussi Benfey, tome I, p. a8», S ioo)t dont le Livre des lumières est, comme nous Tarons dit plus haut (p. 81, note 6), la traduction abrégée, et la Fontaine aura emprunté à cette traduction le sujet de son apologue.
Dans le récit de Straparole, les acteurs ne sont pas les mêmes; le conteur italien nous représente un jeune garçon, Fortunin, « tout simple, niais, et de peu d'entendement, s qui, tandis que Téptcier, son maître, dort à cause de la grande chaleur du jour, déli« hère de tuer une mouche qui était a comme collée contre la tempe s du dormeur. Le malaWsé senritenr, traduit Larirej, « print un gros et lourd pilon de bronze, et d*iceluy deschargéant un pesant coup sur la teste de son maistre, le tua, pensant tuer la mousche. » — Dans le Thrésor des récréations le dénoue-
I. Dans une autre Tersion, c'est la tête du Hoi lui-même que le singe fend ainsi : Yoyez au tome II de Benfey, p. i549 1® m* récit de l'appendice du livre I, et au tome I, V introduction^ p. 992-393. Voyez aussi les IndischeStudien de M. Weber, tome III, p. Ia8 et 358.
F. x] LIVRE YIII. %Sj
mean est noint tragique : le prince de RoneeTal s'endort après son dftoer. Son Ion, roulant chasser une mouche qui était assise sur le nés du donneur, firappe de toute sa force sur ce nés angwste arec le manche d*un érentaii. Le prince, « sentant mieux ce eonp que la pointure d*nne mouche, » s'éreille en sursaut, mais c il tourna la chose en ris,... car il sçaroit bien qu'il ronfloit en dormant, et que ce sot prenoit ce ronflement pour trespas, a pour le rfile d'un mourant. « Les fols font les follies, » ajoute philosophiquement Fauteur, en guise de morale.
c Cette fisble, dit l'abbë GoiUon, n'est pas comptée parmi les chefr-d'ouTre de notre auteur. On ne sait ce que c'est que cette étrange association de l'Ours arec un Solitaire. Le st/le a des n^igeners ; mab ces défauts sont réparés par quelques beaux Tcrs, entre antres par ceux de la morale, devenus proTcrbes. a Noos sommet loin d'accepter ce jugement; chef-d'œurre ou non, cette MAe est une des plus jolies de notre poète, et une de celles qui sMit le plus justement populaires. Quant à l'association, l'idée, qui, an reste, est antérieure a notre fabuliste, peut sembler d'abord un pen étrange ; mais, expliquée comme elle l'est aux rers 8 et sni- Tants, elle se justifie parfaitement, comme tant d'autres, par la nature même de l'apologue, qui des bétes fait des hommes; puis, si elle contrarie l'instinct de l'ours (royez ci-après la note 4), c'est seulement en lui faisant rechercher, dans lesrers a3 et 3i, la compagnie de l'homme, car d'ailleurs il se fait, on le sait, à cette compagnie» c paraît doux pour son maître, dit Buffon, et même obéissant lorsqu'il est appriroisé. » An point de rue de l'histoire naturelle, on pourrait peut-être adresser au premier inventeur une autre critique plus juste. 11 n'a tu dans l'Ours que le gros lourdaud ; mais la finesse, l'intelligence qu'on lui reconnaît (voyez encore BnfiTon) s'aceordent-elles bien avec l'énorme sottise qu'il lui fait commettre, comme aussi, ajouterons-nous, avec l'épithète de sot qui lui est ap» pliqnée dans une fidble antérieure (la xx* du livre V, vers s 3} ? La plupart des autres versions orientales rendent coupable de cette stupidité une bête bien plus fine encore, le Singe.
Certain Ours montagnard, Ours à demi léché*, Confiné par le Sort dans un bois solitaire,
a. Noos avons vu an tome I, p. lai, dans la fable sxi du livre I, J. na I.A FoaTaim. n iy
a58 FABLC8. [,. t
Nouveau Bellérophon' vivoit seul et câché*.
vert 91, mie iUiinoB iii4tiphoriqtt« à 6ett« orojaftc* populaire qae 1m eart lè«h«nt leort petiu poor les façonner, orojanaa d*o& nant U locttlkiB eonuftiuie : wi aiirj aia/ /^/t^, appliqua* à un hoauM fioaaîér. Ainai dans le Pmjsmn ttm Danuhê (&ble tu dn livra XI, rtr% ia-i3) :
Tonte M personne relue Reprétentoit un ours, mais un ours mal léché.
Dans le conte n de la lit* partie (167 1), rers 17-191 rautear a tiré de U cette autre ingénieuse figure :
.... Chimon, jeune homme tout sauvage, Bien fait de corps, mais ours quant i Tesprit. Amour le lèehe, et tant qu'il le polit.
Ici il s*agît, an sens propre, d*utt réritable ours, et c'est, plutAt que Tendroit des Wrtlont ei Ui Mouekéê à miW auquel rtsToie le commencement de cette note, le vrai lieu qui appelle raddâtîon suivante a la note 5 de la page lai du tome I, addition suggérée par M. DelbouUe {Mevtte critique du a 4 décembre i883, p. 5 16), parmi des rapprochements à d'autres fables, lesquels pourront trouver place dans les Addenda .* « La légende de Tourse qui léché ses petits, pour les façonner, remonte très-loin ; on pouvait renvoyer aux auteurs de Bestiaires^ à Brunetto Latino, Ttêtor^ p. i53, à Jran de Coudé, ti Lau de t Ourse ^ à Oppien, de renaiUme^ p. 96, édition Didot [livre III, rers 168 :
*Q; 2pxtc« Xt)^i&tfa f {Xou< àvtitXéetfttto ital^],
et surtout à Manuel Pliilès {de Proprtetate animaîium^ p. 17, édition Didot, de Ursa^ vers i et 9), dont Rabelais [, cité dans notre commentaire de la fable des Frelons^ connaissait évidemment ce pas* sage:
^A7i)(iov âpxo; (lie) iftOTWTeueu xfé«c *
Ib^Çt (iap6pot, wtX Tuirci, xft\ f aiSpvvsc. •
On peut voir encore, sur Texpression : mm own mtd iéeké^ itoa IMe, une note curieuse, relative à un passage de Shakspeare, dans le sa- Tant ouvrage de Francis Douce, intitulé iUmtrmtwiu of Skaksfwmre and ofaneieni mannêrs (London, 1839, p. 33o-33i).
3. Bellérophon, le vainqueur de la Chimère, se voyant bal de tous les Dieux, dit Homère (//iai/«, chant VI, vers aoo et 10s), errait « rongeant son ame, évitant les traces des hommes. 1 Rabelais (le tiers livre, chapitre itt, tome II, p. %g) le compte pand ceux qui furent « loups es homes, les loups-guaroux et les lutins. »
4. e L'ouM) dit BulKan» est non-aeulemeai sauvage^ aMÛsaoUtaire ;
r. z] LIVRE TIII. nSg
n f&t deyena fou : la raison d*ordinaire
N*habite pas longtemps* chez les gens séquestrés*. 5
Q est bon de parler, et meilleiir de se taire ^ ;
Mais tons deux sont mandais alors qu^ils sont outrés. Nol animal n*avmt affaire* Dans les lieux que TOurs habitoit :
Si bien que, tout ours qu*il étoit*, i o
Il vint à s* ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu'il se livroit à la mélancolie,
fl fuit par instinot tpote tooiélë, il t*éloigiic d«t liens où U» hommes ODt aecèf, U ne le trouTe à ton aise que dam les endroits qui appartiennent encore à la rieille nature. »
5. La première leçon était toujours^ qui prétait à deux sens; rJimete, et les exemplaires cartonnés j substituent lonftempê^ qui Tant bien mieux.
6. « Nnl poète, nul auteur ne prêche plus souvent l'amour de la retraite, et ne la fait aimer davantage. Mais la retraite et la solitude absolue sont deux choses bien différentes. La première est le besoin dn sage, et la seconde est la manie d*nn fou ins€»ciable ; c'est oe qne la Fontaine exprime si bien dans ces vers channants (i5-i8) :
n aimoit les jardins, étoit prêtre de Flore,
Il l'étoit de Pomone encore.
Ces deux emplois sont beaux ; mais je rondrois parmi
Quelque doux et discret ami.
Noua Terrons ce sentiment développé avec plus de grâce et d'intérêt encore dans la foble suivante, et dans celle des D9ux Pigeotu, a (CBAMPoaT.)
7. On connaît le proverbe : « La parole est d'argent, mais le silenee est d'or, a
8. Même locution, dans on antre sens, an livre VIII, fid>le xix, vers 9o.
9. On dit souvent d'un homme qui fnit la société : a C'est un ours. » L'auteur joue spirituellement sur la double acception, propre et figurée. Voltaire a dit, dans la seconde : a Tout ours qne je suis, êojet très-persuadée que je suis un très-honnête ours a (lettre à Mme du Deffant, du 38 janvier 1770, lome LXVI, p. i38); et dans les Confeutons (livre viu, tome XV de» OtCuivês^ p. 19$, i8a4), Mme d'Épina/ dit à J.-J. Ronssean : a Mon ours, voilà votre asile ; e*est vous qui l'avez choisi, c'est l'amitié qui vous l'offre, v
%6o FABLES. |r. x
Non loin de là certain Vieillard
S'ennoyoit aussi de sa part**, n aimoit les jardins, étoit prêtre de Flore, i S
Il rétoit de Pomone encore *^ Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrois panni^
Quelque doux et discret ami :
Les jardins parlent peu **, si ce n*est dans mon livre :
De foçon que, lassé de vivre so
Avec des gens muets **f notre homme, un beau matin. Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L*Onrs, porté d'un même dessein**,
Venoit de quitter sa montagne.
xo. De ion côté : Toyez dans Littré, 7*, de nombreux exemples, parmi lesquels il y en a deux autres de notre auteur; on peut y joindre les rers 1 3 de la fable ti du lirre IV et x a de la fidile ti du lirre VII, dont le premier eût dâ être déjà Tobjet de cette note.
XX. La double personnification rcTient dans les Ters 7-xx de la fable T du livre IX; dans Psyché^ lirres I et II (tome III, p. 43, X74, X75, de Tédition de M. Marty-Lareaux) ; dans le Songe de Faux (ièidem, p. X98). — Voltaire, joignant aussi les deux empiou^ dit dans son poème de la Guerre eipiU de Genipe^ chant U :
J*ai TU souvent près des rires du Rhône Un serviteur de Flore et de Pomone, etc.
X9. Au milieu de tout cela. Littré cite un exemple d*nne lettre de Charles de Se vigne (i5 décembre X675, tome IV, p. aSx), où le mot est pris de même adverbialement, sans régime.
x3. Compares, an tome I, le vers 4 de la page 55.
.... Les arbres parlent peu, Dit le bon la Fontaine ; et ce qu'un bois mUnspire, Je veux à mes côtés trouver à qui le dire.
(Oblxlxji, r Homme du champs^ chant I.)
x4. Il semble bien, à lire ce qui précède, que les mots : f gens muets, » se rapportent à jardins^ aux fleurs et aux fruits qu'ils contiennent. Si cVst à Flùre et à Pomone^ ce qui serait plus acceptable, que le poète a voulu les appliquer, il faut convenir que ces deux personnifications sont un peu loin.
xS. Telle est la leçon des éditions originales ; on a eu tort, dans
r* x] LIVRE VIII. iSi
Tous deux, par un cas sorprenaiit, % s
Se rencontrent en nn tournant.
L*Homme eot peur; mais comment esquiver^*? et que Se tirer en Gascon'^ d'une semblable affaire [faire ? Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L*0nr8, très-mauvais complimenteur, 3o
Lui dit : « Viens-t'en me voir.» L'autre reprit : « Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, Pai des fruits, j'ai du lait ^* : ce n'est peut-être pas De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire** ; 35 Mais j'offre ce que j'ai. » L'Ours l'accepte ; et d'aller *• Les voilà bons amis avant que d'arriver ; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et, bien qu'on soit, à ce qu'il semble,
Beaucoup mieux seul quWec des sots, 40
Comme l'Ours en un jour ne disoit pas deux mots, L'Homme pouvoit sans bruit vaquer à son ouvrage. L'Ours alloit à la chasse, apportoit du gibier,
qn^ques éditions modernes*, d*7 tubetitner destin^nanê doute pour rimer plus exactement aveo matin,