‹ ŒuvresChapitre 110 sur 224 · Solvet rapproche de cet endroit ce passage de VAJamU de · texte numérisé non relu

Solvet rapproche de cet endroit ce passage de VAJamU de

F. xm] LIVRE VIII. 277

Croyez-moi, n*ayez point de peur : 35

Yoadrois-je vous tromper, vous pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur? »

Amarante aussitôt réplique :

< Comment Tappelez-vous, ce mal? quel est son nom? — L^amour. — Ce mot est beau ; dites-moi quelques mar- A quoi^ je le pourrai connoitre : que sentron ? [ques** — * Des peines prés de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux.et fieide : on s'oublie, on se platt

Toute seule en une forêt.

Se mîre-t-on près un rivage '\ 45

Ce n*est pas soi qu'on voit ; on ne voit qu'une image Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :

Pour tout le reste on est sans yeux.

Il est un berger du^'^ village Dont Tabord, dont la voix, dont le nom fait rougir : 5o

On soupire à son souvenir ;

notre autenr (ren loS-iio)» analogue par le contraste de la pentfe, et, dana le dernier yert, par Texpreanon :

Qae peut faire Adonis?

Il aime, il sent couler un brasier dans ses reines ; Les plaisirs qu*il attend sont accrus par ses peines : Il désire, il espère, il craint, il sent un mal A qui les plus grands biens n*ont rien qui soit égal.

la, « Quelque marque », au singulier, dans les deux textes de 1678, fiiute d*impression non conîgëe dans VEiratm^ et reproduite dans les textes de i68a, 88, 1708, 99.

i3. Sur Tusage a fort élégant et fort commode 1 de ce pronom quoiy voyez Vaugelas, Remarques ^ tome I, p. 85, édition de 1697.

14. Nous gardons la leçon des deux textes de 1678, qui est aussi celle de 1689, 88, 1799. Est-ce une £sute d'impression et faut-il lire a près d'un rirage », comme dans le nr* conte de la IV* partie, rers 36? Dès sa seconde édition (17 18), l'Académie dit que le de quelquefois s'omet, ipais seulement, ajoute-t-elle, il est Traî, dans des phrases du discours familier.

i5. Les deux textes de 1678 ont de pUlagiÊ\ mais VMmia corrige de en du.

%^ FABLBS. [r.

On ne sait pas poonjiioi, eependbnt on soopire; On a peor de le Toir**, encor qa*on le désire. »

Amarante dit a llnstant :

«Oh! oh"! c*eatlace malqneTons meprédieztant? S5 n ne m*eat pas nonrean : je pense le oonnotne. »

TircÊB à. son bot crayott être, Qoand la belle ajouta : « Voili toot jnstement

Ce qne je sens poor Clidamant^. »

Uantre pensa moorir de dépit et de bimte. 60

D est f<xee gens comme loi, Qoî prétendent n*agir qoe poor leor propre compte^, Et qoi font le marché d*aatroi *•

i6. Cet mots, tout k paasge, font peoicr an ren de Virgile (4i« de l'éftogne rm) :

Ut wiM, mi pau^ mt wm wuttut mitfmRt errer !

et au bel endroit de k Phèdre de Racine (acte I, icàne m, Ten 171- •76):

Je k TÎs, je roogii, je pâlis à sa Tne, etc.

17. Vojex ks Ters 97 de k &bk ir du livre IX; a5 de k fable T dn livre X; et, an tome I, p. aoa, k note sur le Ters 45 de k iabk i dn livre III, où est nn bktns analogue, non atténua, comme ici et anx denz antres endroits cit4s, par une h finak.

i8. U j a de Boilean nne ëpîgramme (k x**, à Qymène) dont k cbute ressemble fort an trait final de ce dialogue, t Cest un ouvrage, nous dit-il dans sa lettre à Brossette dn i5 juillet 170s, de ma première jeunesse. »

19. TeUe est Torthograpbe de 1678, 88, 1708, 29 : vojea cidesBos, p. ii3, note is.

90. Cest-A-dire qui travaillent pour autrui, dans l*intér6t d*antrui. Littré, à Tarticle Maschb, 5*, cite le vers sans autre exemple Analçgne.

w. xnr] LIVRE VIII. 979

FABLE XIV

LB8 OBSiQnBS DB LA lilOimi.

Abttemiiu, fab. 148, dé Leom iraio ccmra Certum Imium morte

Mfikoiogia msopica NePêieti^ p. SgS.

La Fontaine a troarë chez Âbstemius le cadre et les principales droonstances de la fable. -» Lucien, dans son traite intitulé : // ne faut fê croire ligèrement à /« calomnie (chapitres xTn et XTin), a raconte un trait semUable, avec des acteurs humains : Alexandre ayant placé Héphestion an rang des Dieux après ta mort, ce fut à cpi raconterait les songes enToyés par le nourean dien, les gnérisons opérées par lui, ses apparitions, ses oracles. « Agathocle de Samos, un des taxiar^es d'Alexandre, fort estimé du roi, fut sur le point de se voir enfermé arec un lion, parce qu'on l'accusait d'aroir pleuré en passant près du tombeau d*Héphestion, donc semblé méconnaître sa divinité. Heureusement Perdiccas, dit-on, vint à son secours, et jura par tous les Dieux, 7 compris Héphestion, <pie celui-ci lui était apparu, sous sa forme diTine, dans une partie de chasse, et lui avait ordonné de dire à Alexandre c[u*il se gardât bien de faire aucun mal à Agathocle ; qu*il ne fallait attribuer ses larmes ni à son incrédulité, ni au regret de la mort d*Héphestion, mais au sourenir de leur amitié passée. » Voyes aussi Plutarque, Fie éPAlexandre^ chapitre Lxxn.

M. Taine (p. 85) remarque comme le Lion (c'est-â-dire le Roi) garde sa dignité même dans la colère : a Du haut de sa puissance, il Toit tous les êtres comme des rermisseaux. Il ne daignera pas les châtier de sa main, a U n'appliquera pas ses sacrés ongles sur a leurs membres profanes » (vers 35-36). Ce serait trop d'honneur pour eux que de périr d'une si noble mort.... Il n'oublie pas de donner à sa femme le titre d'usage ; il est furieux en termes ol^cieb et choisb; il ne se commettra jamais arec un insolent. » Plus loin (p. 91-95), M. Taine retrouve dans cette fable le portrait fidèle des courtisans, la pompe officielle et le mensonge des deuils de cour. « IVoclamations, ordre et marche du cortège, maintien de cir-

aSo FABLES. [f. znr

coDitance : la Fontaine a marqué chaque dëtail en fidèle historiographe, et il n'y a que Saint-Simon, témoin oculaire, qui puisse le hien commenter, d M. Taine cite, à ce propos, le tableau de la mort du Dauphin peint par cet impitoyable obsenrateur (tome VIII des Mémoiret, p. 146 et suivantes), et rapproche P^pothéose de la Lionne, de la Reine, de ce qui se disait dans les oraisons funèbres.

La femme* du Lion mourul;

Aussitôt chacun accourut

Pour s*acquitter envers le Prince De certains compliments de consolation.

Qui sont surcroit d* affliction. 5

Il fit avertir sa province* >

Que les obsèques se feroiènt Un tel jour, en tel lieu; ses prévôts y seroient*

Pour régler la cérémonie,

Et pour placer la compagnie. 10

Jugez si chacun s*y trouva.

Le Prince aux cris s'abandonna,

Et tout scm antre en résonna^ :

I. Toujours même habitude d*humaniser, ici bien opportune; remploi du mot propre a femelle » était impossible en un sojet pareil et traité de la sorte. Comparez le Ters 37.

a. Les concessions à la rime sont rares chez notre auteur; mais ici province est-il bien juste et bien net? Les rers 3 1, 5 a et d'ailleurs tout Tensemble font bien du Lion un roi. L*idée à rendre serait plutôt, ce semble : « Il fit publier dans son rojaume. »

3. Les délégués du Lion de la fable xix du lÎTre V (vers a) sont désignés par le même nom : royez, au tome I, la noie 3 de la page 434- Le P. Lejaj, dans sa fable latine, traduit par feeiaUs. — A remarquer ce tour facile par lequel la suite de la phrase continue, au moyen du conditionnel, sans reprise de qut^ le discours indirect.

4. « Ces trois rimes masculines, remarque Nodier, ne sont peutêtre pas ici sans dessein ; elles donnent une idée de la longueur rt de Téclat des gémissements du Lion, et le dernier yers exprime le bruit de Técho qui les répète, par le son comme par la pen-

F. xit] livre VIII. a8i

Les Lions n*ont point d^autre temple.

On entendit, à son exemple, 1 5

Rugir. en leurs patois*^ Messieurs les courtisans. Je déGnis la cour' un pays où les gens, Tristes, gais, prêts i tout, à tout indifférenU, Sont ce qu'il plaît au Prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,

Tâchent au moins de le parêtre^ : %q

sëe. » Compares un redoublement analogue, maif aTeo une intention comique, à la fin de la fable xn du livre UL

5. En leur patois. {1688, 1708.) Dans les deux textes de 1678, il jr a bien le pluriel leurs^ leçon préférable au singulier leur, et rappelant mieux qu'on est Tenu de toutes les provinces rugir aux obsèques, « chacun dans son patois. »

6. a Cette définition épigrammatique, dit Genizez, prouve surabondamment que la Fonuine n'éuit pas courtisan. Il était trop nonchalant et trop sincère pour cette vie de contrainte et de faux semblants. » Cela ne Tempéchait pas de bien connaître ceux auxquels il ressemblait si peu. Avant lui, Alain Chartier (dans son Curiat)^ peu de temps après lui la Bruyère, sans parler de beaucoup d*autres, ont exprimé les mêmes idées ; mais nous doutons qu'elles Taioit été par aucun d'une manière pfais vraie, plus achevée et complète en sa brièveté, et en même temps plus expressive, plus incisive que dans les sept vers intercalés ici par le fabulbte. Citons toutefois ce passage énergique de Chartier (édition du Chesne, Paris, 16 17, in-4*, p. 899) ; « La cour, affin que tu l'entendes, est un couvent ^e gens qui, soubs faintise du bien commun, se assemblent pour eux entretromper s ; et celui-ci, plein de sens aussi, de ^ ^^y^^ (*^ ^ ^*«^» "•* > «t 3, tome I, p. 398) : c Un homme qui sait la cour est maître de son geste, de ses yeux et de son visage ; il est profond, impénétrable ; il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentimentt. Tout ce grand raffinement n'est qu'un vice, que l'on appelle fausseté.... Qui peut nommer de certaines couleurs changeantes, et qui sont diverses selon les divers jours dont on les regarde ? de même qui peut définir la cour? a Cette dernière phrase développe bien la figure contenue au vers si : a Peuple caméléon. »

7. Telle est Forthographe des deux textes de 1678 qui font ainsi rimer le verbe pour l'œil, imparfaitement, avec e^/r^, sans qu'il soit tenu compte de maitre (ainsi, sans *) qui termine le vers suivant.

a8a FABLES. [r. zit

Peuple caméléon *, peuple singe du mattre * ;

On diroit qu*un esprit anime mille corps :

Cest bien là que les gens sont de simples ressorts^®.

8. Rabelais, parlant d^un animal fabuleux qnUl eompare an caméléon, a indirectement décrit la propriété ain^olièrede oelnwn. a // repréMnte la couleur.... de toutes choses qu*il approche. Cela lui est commun.... auecques le chameleon, qui est une espèce de lixart.... Si estpce que ie Tay Teu couleur changer, non à rapproche seulement des choses colorées, mais de soj-mesme, selon la paonr et affections qu*il auoit. » (Le quart li^re, fin du chapitre n, tome II, p. S75.)— A propos du caméléon, devenu Pemblème de la Tenatilité intéressée ou nalre, Tabbé Guillon rapporte aussi le pasnge suivant de Plutarque {Us Œmvru morales, Génère, i6i3, traduction d'Amyot, p. i3o), Comment on pourra ^Ucêmerie flaitenr dTapoe Pami: « Le flatteur fait tout à la même sorte que le chameleon, lequd le rend semblable, et prend toute couleur, fors que la blanche. » — > Louise Labé dit, dans le dialogue du D4bai de Folie et dTAmom', auquel la Fontaine a emprunté le sujet de sa fable xir du livre Xn : « Quand bon me semble, il n'y ha ttil d'aigle ou de serpent épidaurien qui me sache aperceuoir ; et ne plus ne moins que le caméléon, ie pren quelquefois la semblance de oeus auprès desquels ie suis» (p. 1S-16 de l'édition de x555).Chex Gabriel Naudé(CMsUératumi poUtiques sur les coups sT Estât ^ Rome, 1689, cl><iplt>v >▼« p. i54) la comparaison passe de la cour à la populace :««... Aussi savons-nous que cette populace est comparée à une mer suiette A toutes sortes de vents et de tempestes ; au caméléon qui peut rec»- Toir toutes sortes de couleurs excepté la blanche ; et à la sentine et cloaque dans laquelle coulent toutes les ordures de la maison. » La Bruyère (tome I, p. 378) joint le mot à Protée, comme à un synonyme : a Le ministre ou le plénipotentiaire est un camélécm, est un Protée. » — Dans la moralité de sa fable du Caméléon (U IX* du livre II), la Motte fait de cette habitude de prendre la coukur voisine une application ingénieuse, tout autre que celle de ces citations et de notre vers si.

9. Ce Ters nous offire deux fois ce tour dont nous ayons vu et verrons de fréquents et heureux emplois et qui consiste à apposer conune des sortes d'adjectifs des noms à d'autres noms.

xo. Allusion à la doctrine cartésienne qui faisait des bétes de simples machines. On verra plus loin, à la suite du livre IX, Dis» cours à Mme Je la Saèlière, comment la Fontaine combat cette doctrine. — c Les roues, dit la Bruyère (de la Cour, n* 65| tome I,

w. ut] livre VIII. aSS

Pour revenir à notre affaire.

Le Cerf ne pleura point. Gomment eût-il pu faire ^* ? a 5 Cette mort le vengeoit : la Reine avoit jadis

Étranglé sa femme et son fils ".

Bref, il ne pleura point. Un flatteur Talla dire, .

Et soutint qu*il Tavoit vu rire^.

La colère du Roi, comme dit Salomon ^^^ 3o

Est terrible, et surtout celle du roi Lion ; Mais ce Cerf n'avoit pas accoutumé de lire^*. Le Monarque lui dit : « Chétif hôte des bois, Tu ris, tu ne suis^* pas ces gémissantes voix. Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes 3 5

Nos sacrés ongles " : venez, Loups,

Vengez la Reine ; immolez tous

Ce traître à ses augustes mânes. »

Le Cerf reprit alors : « Sire, le temps de ^^ pleurs

p. 3i5), les reMorti, les moaTements sont oachëi ; rien ne paroit d'une montre que ion aiguille, qui insensiblement s*aTuioe et achèTe son tour : image du courtisan, d*atttant plus parfaite qu'après aroir fait assez de chemin, il revient souvent au même point d'où il est parti. »

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