‹ ŒuvresChapitre 134 sur 224 · Comparez la plupart des Lexiques de la Collection · texte numérisé non relu

Comparez la plupart des Lexiques de la Collection

9. c On ne saurait peindre avec plus de naturel T hypocrisie du Tartuffe, dit Tabhé Guillon. Comme Fintérât le rend affectueux et tendre ! Ce n*est pas assez dire qu*il Tait aimé : a Je t'ai toujours c choyé, a L'expression.... a quelque chose de plus naïf; elle indique un soin plus délicat, plus recherché. » — Vojex au conte xti de la II* partie, irers 187.

10. Pour cette locution familière, si expiessire, Toyes l'exemple de Voltaire que Littré joint an nôtre, à l'article CEu., i*. Cest une comparaison bien Toisine de celle qui se lit plusieurs fois dans la Bible, arec l'idée de « garder a, euttodire^ servttre^ par exemple au psaume xti, verset 8 : A resUtentibu* dexterm tum cusîodi mm, ui pupUiam oettU,

11. Ici encore, ne semble-t-il pas, selon la remarque de Nodier, qu'on entende Tartuffe faisant montre de sa charité, comme le Chat de sa dévotion :

Si Ton rient pour me Toir, je Tais aox prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers?

(Acte m, scène n, rers 855-856.)

— Voyez ci-destas, p. 188, la note 90 de la fable xti dn lin« VII.

3a6 FABLES. [r. zxn

Ce réseau me retient : ma vie est en tes mains ; Viens dissoudre^* ces nœuds. — Et quelle récompense i5

En aurai-je ? reprit le Rat.

— Je jure éternelle alliance

Avec toi, repartit le Chat.

Dispose de ma griffe, et sois en assurance : Envers et contre tous je te protégerai, 3o

Et la Belette mangerai

Avec répoux de la Chouette^* :

fls t*en veulent tous deux. » Le Rat dit : « Idiot ! Moi ton libérateur? je ne suis pas si sot. »

Puis il s*en va vers sa retraite. 3 S

La Belette étoit près du trou.

Le Rat grimpe plus haut; il y voit le Hibou : Dangers de toutes parts ; le plus pressant remporte. Ronge-maille retourne au Chat, et fait en sorte Qu*il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant 40

Qu*il dégage enfin Thypocrite.

L'Homme parott en cet instant ; Les nouveaux alliés prennent tous deux la fîiite. A quelque temps de là, notre Chat vit de loin

19. C'est le latin <£j/0/r0re, « défaire, détacher, briser. » « Parfois, dit M. Martjr-Layeaux à propos de cet endroit, la Fontaine, remontant à la source étymologique, rend aux mots des acceptions qui ne sont point consacrées par Tusage » {Etsai sur la langue de la Fontaine, p. 44)*

i3. En faisant du Hibou « Pépoux de la Chouette, » la Fontaine donne trè»-légitimement au premier de ces noms, qui, en zoologie, désigne un oiseau d'un autre genre que le second, la valeor pins étendue d'oiseau de proie nocturne (voyes Littr^ qu'il aTait de son temps et qu'il a gardée. Un commentateur très-lettré de Mathnrin Régnier, Cl. Brossette, nomme la chouette, a la femelle du hibou, a dans sa note sur le vers 5o de la satire xn (Londres, 1719, iii-4*t p. 199)* Au reste, le poète se donne, en ce genre, pleine liberté : s'il y arait ici licence, elle ne serait rien en comparaison de ceUe de la fable vn du lirre IX où le Rat devient mari de la Souris.

r. xxnj LIVRE TIII. 327

Son Rat qui se tenoit à Terte ^* et sur ses gardes : 45 c Ahl mon frère'*, dit-il, viens m*embrasser ; ton soin'*

Me fait injure : tu regardes

Comme ennemi ton allie.

Penses-tu que j*aie oublié

Qu*après Dieu je te dois la vie '^? 5o

— Et moi, reprit le Rat, penses-tu que j*oublie

Ton naturel ? Aucun traité Peut-il forcer un Chat k la reconnoissance?

S*a88ttre-t-on sur Talliance

Qu*a fiedte la nécessité? » 5S

14. Telle est rorthognphe des premièret ëditiom; e*est la eonpe italienne, mit eria^ qui signifie ii k ou tor la c6te, réminence ; > d*où la loeation : store aiP trta^ c te tenir tor iei gardée. » Reli éerit ainei le mot dans let Mémobw antographet (tomes II, p. 3gS ; ni, p. 66, 96); de même Saint-Simon (tome III, p. 3i3, édidoa de 1873), sans parier des anteurs plus anciens, Rabelais, Montaigne, etc.

iS. Le Renard dit de même au vieux G>q (fid>le zr du livre II,

vers i3-i4) :

Et cependant viens recevoir Le baiser d*amonr fraternelle ;

et il loi donne aussi, an vers 3 de la même ftble, le nom de frère, comme Tartoffe à Orgon ches Molière (acte III, scène vi, vers 1074)*

i6. Ta défiance, ton inquiétude, en latin curm,

17. c Ainsi, dans Sheridan, dit M. Taine (p. 119), Thypocrite anglais, Josepb Surface, se surprend à fiiire de grandes phrases devant son ami Snake. A force de prêcher, on finit par ne plus pouvoir parler qu'en sermons. »

3a8 FABLBS. [r. xxin

FABLE XXIII

LB TORRENT ET LA RIVliRB.

Abstemius, fab. ê», de Riutîco amnem trûtuituro, — Fable» ësopiquet de Camerarius, fab. agi, Amnium sileitiia, — Haudent, a* partie, fab. 66, ^cm Ruttieque sondaitt le fonds itun fletute qui (sic) pouioit poster. — Detmaj, fab. 4i ^ T&rremi ou F humeur mélsMeth' Uque et la Gaillarde,

Mythologia sssopiea l9eveUtiy p. 537.

Dans lea quatre fables latines et françaises que nous Tenons de citer, il s*agit d*un paysan qui, plus avise que notre rojagenr, cboisit, voulant passer une ririère à gué, Tendroit où elle est le plus brujante : Quam tuiiiu^ lui fait dire Abstemius, clamasU aquis quam quietis et silentièus vitam nattram credere potsumusl

Le sujet allëgorique de Papologae et raf&bulation sont ainsi rendus dans un distique de Denjs Caton (livre IV, chapitre m) :

Demiuos suùmo et taeitos vitare mémento :

Quùd flumen taeitum est^ forson latet nkius unda.

Cbamfort trouve que a la fable serait meilleure, c'esl-à-dîre, la véritë que Fauteur veut établir mieux démontrée, si le voyageur, ayant le choix de passer par la Rivière ou par le Torrent, eût préféré la Rivière ; » il est vrai que lui-même ajoute aussitôt : a Cela peut être ; mais il en résulterait que la faUe est bonne, et pourrait être meilleure. » Meilleure? en quoi et comment? Pour Tunique vérité que le fabuliste veut établir, n*est-il pas indifférent qu*il y ait, pour le passage successif des cours d*eau, choix ou nécessité? « Voyez, dit ensuite plus à propos Tannotateur, comme la Fontaine varie ses tous ; voyez comme il monte, comme il descend avec son sujet. Opposez à cette peinture du Torrent celle de la Rivière, huit ou dix vers plus bas. Remarquons aussi ce trait de poésie du voyageur qui va traverser,,,.

Bien d'autres fleuves que les nétres (vers a3-a3). »

L*abbé Guillon fait, de son côté, ressortir avec josteste, bien

F. xxiii] LIVRE VIII. 3a9

qa'un peu longuement, la beauté de cette double peinture et Teffet de cette opposition.

Avec grand bruit et grand fracas

Un Torrent tomboit des montagnes^ :

Tout fuyoit devant lui; l'horreur suivoit ses pas;

n faisoit trembler les campagnes.

Nul voyageur n'osoit passer 5

Une barrière si puissante :

Un seul vit des voleurs' ; et, se sentant presser*, Il mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n'étoit que menace et bruit sans profondeur* :

Notre homme enfin n'eut que la peur. i o

Ce succès lui donnant courage, Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours,

I. C*eit, chez Lucrèce (livre V, vert 944~945), le .... Montibtu e magnit decursus aqual^

que le poète latin nous montre, sous un autre aspect, faisant non fuir, mais accourir (pour y ëtaneher la soif) :

CUr^ citât Uue sUientia smcla ferantm,

9. i Un voyageur seul^ isole, dit Geruzez. Ellipse un peu forte. » Trop forte, faut-il dire, et, à notre avis, impossible, si on la veut laîre entre un et #««/, et non après seul; le sens est « Un seul voyageur », et le sujet ainsi complété est opposé à c Nul voyageur » du vers 5. C'est comme s* il y avait : Il n'y eut qu'un seul voyageur qoi, voyant des voleurs, et se sentant presser, osa traverser le torrent. L'irrégularité du tour est d'avoir fait de l'idée accessoire, explicative : e voir des voleurs, » la dépendance immédiate et principale du sujet.

3. Au vers i d'une épigramme intercalée, sous le n« x, dans les contes de la III* partie, il y a un remarquable emploi de ces mots, signifiant, à eux seuls et sans complément : « se sentant presser de la mort, près de mourir. >

4. Canem timidum vtkementius latrare quam maniera; altissimm qim* que flumina minime sono labi^ dit Cobarès à Bessas dans Quinte- Curoe (livre VII, chapitre iv).

33o FABLES. [v. non

n rencontra sur son passage

Une Rivière dont le courS| Image d*un sommeil doux, paisible, et tranquille ', i s Lui fit croire d^abord ce trajet fort facile : Point de bords escarpés, un sable pur et net.

Il entre ; et son cheval le met A couvert des voleurs, mais non de Tonde noire* :

Tous deux au Styx allèrent boire ; »o

Tous deux, à nager malheureux, Allèrent traverser, au séjour ténébreux,

Bien d'autres fleuves que les nôtres^.

Les gens sans bruit sont dangereux :

n n'en est pas ainsi des autres*. ts

5. Ce ren n doux et ai coulant en rappeDe on de Vii^e, où une autre limilitude, ënergicpie entre toutes, est appliquée à Tobjet même de celle-ci, le sommeil :

Dttleù et ûlia qmet placiimfue tindUima mortt.

{Améide^ livre VI, vers 5ii.)

6. JVmt équivaut de même à infenud dans rexpresMon « noir rirage, » au vers m du conte toi de la IV* partie et dans le vers cite plus haut, p. Sg, note 6.

7* L*Aoliéron, le Cocyte qui s'y jette, le Phlégéton, sans parier du Styx, nommé au vers ao, qui entoure neuf fois, dit Virgile (Géoi^ ^UM, livre rV, vers 480, et ÉméUU^ livre VI, vers 439), « le séjour ténébreux, » ni du Léthé, ni de TÉridan des Champs Élysées (ÉnMê, Uvre VI, vers 659).

8. On peut rapprocher cette fable, pour la morale, de la v* du livre VI, U Cochet^ U Chai^ et U Souriceau, — Bonnes aussi à comparer sont les morales des îfabulistes nommés dans la notice. Voici d*abord les deux françaises :

La fable prinse au moral sonne

Qu'on doibt plus craindre la menace

D'une doulce et saincte persome

Que d'une qui beaucoup menace. (Hânonr.)

— Oesmay se sert comme la Fontaine du mot kmii ;

L'ennemi le plus redoutable N'est pas toujours celui qui fait le plus de bruit.

] LIVRE VIII. 33i

— AlMtemîiis, après IVxolamation do Paytan, s'appliqnant aux eaux mêmes (royez la notice), interprète Tallégorie en ces termes dans son afTabulation : Hac admonemur fabula ut mima vertosos et mùtaees quamquietos extimescanuu, — Camerarius confirme la leçon par on exemple historique : Non esse periculum fabula doeet a cla^ mmtoribus et minaeibus^ sed a mussUantibus et taeiturnis, Ctuarem etiam dieere eolîtum aeeepimuSy non metui a se jântonium et Dolabellam eorputemtai et rubieundos^ sed Cassu et Bruti maeiem et pallorem.

33a FABLES. [f. xzit

FABLE XXIV

l'Éducation.

Éiope, fiib. 9a, K6v€« (^i*7t P* ^3); fab. 894, àAm SxdXoaccc (Coray, p. aSy-aSS, sous deux formes, dont la seconde est empnintëe à Plutarque; nous en donnons on extrait). — Haudent, i" partie, fab. 74, Je Deux ChUms. — Le Noble, fab. 4, des Aiglomt et det petits Corbeaux, V Éducation*.

Hythoiogia tssopiea Nepeleti^ p. 164.

c Lycurgus.... prit nn iour deux ieones chiens nez de mesme père et de mesme mère, et les nourrit si diuersement, qa*il en rendit Ton gourmand et goulu, ne sachant faire autre chose que mal, et Pautre bon à la chasse et à la queste; puis un iour que les Lacedaemoniens estoyent tous assembles sur la place, en conseil de ▼ille, il leur parla en ceste manière : « Cest chose de très grande c importance, Seigneurs Lacedaemoniens, pour engendrer la Tertn « au cœur des hommes, que la nourriture, l*accoustumance et la a discipline, ainsi corne ie tous ferai voir et toucher au doigt tout € à ceste heure. 0 En disant cela, il amena deuant toute Tassastance les deux chiens, leur mettant au deuant un plat de soupe et un Heure rif. L*un des chiens s'en courut incontinent après le Heure, et Tautre se ietta aussi tôt sur le plat de soupe. Les Lacedaemoniens n*entendoyent point encore où il Touloit Tenir, ne que cela Touloit dire, iusqnes à ce qu'il leur dit : c Ces deux chiens « sont nez de mesme père et de mesme mère; mais ayans este « nourris diuersement, Tun est deuenu gourmand, et l'antre chasc seur. s (Plutarqub, Comment il faut nourrir les enfans, tome I, p. 5, des Œuvres morales^ traduction d'Amyot. Voyez ibidem^ Us Dits notables des Laeedsgmoniens^ p. 694-695.]

La même idée a fourni à Fénelon le sujet d'une de ses plus joHes fables (la 39*), les Deux Lionceaux (tome XIX des OEu^res^

I .• Notre auteur, comme l'on Toit, s'est contente de ce mot abstrait pour titre de sa fkble : comparez les titres des imbles iy et xxx de ce liTre et de la fable xi du livre IX.

p. xxit] livre YHL 333

p. 7$). — Dam la fable 99 d'Éiope, imitée par Haudent, le Chien qui chaMe se plaint que celui qui reste à la maison partage arec lui le gibier qu*il n*a pas pris : « Ne t*en prends, lui répond celui-ci^ qn*à notre maître qui ne m*a pas appris à travailler, mais à manger le traTail d^autmi, » ibv èiais6vr\'i {U(ifou hi où irovtfv (xe tô{$aÇsVy éiiJJk sôvopc dXXoTpCoo; loOisiv.

Ghamfort considère la fid>le de VtductUion comme c nne des meillenres de la Fontaine. » La morale surtout lui en semble excellente, c Sans croire, dit-il, comme certains philosophes, que la nature partage également bien tous ses enfants, il est pourtant certain que c*est réducation qui met entre un homme et un autre l'énorme différence qui i^j trouve quelquefois : c*est d'ailleurs une opinion que Ton ne saurait trop répandre, parce qu'elle est le meilleur mojren d'encourager les réformes que Ton peut faire dans l'éducation, réformes sans lesquelles il est impossible de changer les fausses opinions et les mauvaises mœurs. • — Voyez les allusions que Mme de Sévigné fait à cette fable, dans trois lettres de 1679 et une de 1689, tomes VI, p. 3o, iio et ii5, et IX, p. 939.

Larîdon et César, frères dont Torigine

Venoit de chiens fameux, beaux, bien faits, et hardis,

A deux maîtres divers échus au temps jadis,

Hantoient, Tun les forêts, et Tautre la cuisine*.

Ils avoient eu d'abord chacun un autre nom; 5

Mais la diverse nourriture' Fortifiant en Tun cette heureuse nature. En Tautre raltérant, un certain marmiton

Nomma celui-ci Laridon *.

s. Dans les deux textes de 1678 ce vers a cette construction, incorrecte après ce qui précède :

L'un hantoit les forêts, et l'autre la cuisine ;

mais elle est corrigée dans VErraia^ et là telle que nous la donnons.

3. Au sens d* c éducation », qu'a de même le mot grec correspondant rpo^p^. Voyez la citation de Plutarque dans la notice, et la plupart des lexiques de la Collection.

4. Nom tiré de larldum^ vieille forme du mot latin lardum^ « lard d ; ou plutôt c'est laridum même, écrit et prononcé à la française.

334 FABLES. [f.

Son frère, ayant couru mainte hante aventure, lo

Mis maint cerf aux abois, maint sanglier' abattu, Fut le premier César* que la gent chienne ait eu. On eut soin d'empêcher qu'une indigne maltresse Ne fit en ses enfants dégénérer son sang. Laridon négligé ^ témoignoit sa tendresse 1 5

A l'objet le premier passant.

n peupla tout de son engeance :

Toumebroches* par lui rendus communs en France Y font un corps à part, gens fuyants' les hasards.

Peuple antipode** des Césars. ao

5. SangiUr de deux •jUabei, soÎTant Tuiage constant de la Fontaine, qui était encore l'usage le plus ordinaire, bien que déjà on commençât à faire de trois ce mot et quelques autres : ouvrier^ èoueUerf etc., comme s'en plaignait Desmarets, dans la préface de son Clofit, y oyez liTre II, fable xix, Ters 4, et, dans ce lÎTre-ci, fable xxTn, Ters i8 et 3o. Nous trouvons cette même mesure, jusqu'à dix fois, dans le poème d^Jdonls (vers 189, !i4o, etc.), et en outre au tome V M,-L,j p. i3i. On prononçait sans doute sangU ou plntAt taniié, comme dans le Beny ; c'est ce que dit Littré, qui cite à l'Étymologie et à THistorique de l'article Sasouxe des exemples arec les finales archaïques ou dialectiques lez, lé^ loi.

6. Toujours le même art de rderer les sujets : on sait que le nom du dictateur Jules César devint, après lui, celui des premiers empereurs romains, puis des héritiers présomptifs de l^Empire, et qu'il s'est conserré dans le mot allemand KaUer, c empereur ».

7. Dans les allusions de Mme de Sévigné que cite la notice, la seconde et la dernière se rapportent à ce vers i5.

8. c H est plaisant, dit Chamfort, d'avoir supposé que nos chiens appelés tourne-broches viennent de cette belle origine, comme d'avoir fiiit honneur au marmiton du surnom de son élève. » — Le mot « toumebroche », chien qu'on mettait dans une roue pour tourner la broche, est aussi dans la fable xvn de Fénelon (tome XIX des Œuvres^ p. 53).

9. Nous avons cet accord, malgré le régime, dans les anciennes éditions, sauf celle de 168), qui a, selon la règle actuelle, a fuyant».

10. Littré, avec cet exemple d' « antipode, » au figuré, n'en donne que deux autres, l'un de Molière, l'autre de Fénelon, ajant tons deux, ce qui est remarquable, le même complément : c de la

r. xuy] livre VIII. 335

On ne suit pas^^ toujours" ses aïeux ni son père : Le peu de soin*', le temps, tout fait qu'on dégénère : Faute de cultiver la nature et ses dons, Oh ! combien de Césars deviendront Laridons '^ !

nîton. 9 Mme de Sërignë dit aa tome VII, p. aSg : «c l'antipode de notre beeu-père. »

II. On ne marche pas toujours sur les traces de, on n*imitepas, an sens du latin tequi^ dans cet hémistiche de Virgile :

Sequitur quo* cetera puhes,

[tftéidey livre V, vers 74.)

Même acception, avec nn nom de chose pour complément, au Ters 34 de la fable xrr de ce lirre (p. i83 et note 16).

la. « Pas toujours a : c'est une exception, dont nous verrons que Fauteur ne tient pas compte quand il nous dit, comme maxime ^nérale, Ters 48 de la Isble ni du Mwrt IX :

On tient toujours du lieu dont on vient.

yojtSL la note sur ce vers.

i3. Le dé&ut de soin, de culture, negiigentiaf il a dit au vers i5 : « Laridon négligé ».

14. Chamfort trouve ces quatre derniers vers « parfaits. » — Voyez la même idée appliquée aux chevaux dans la satire v de BoileaUy vers 3a-35. — Horace a exprimé admirablement la force du sang et les denx effets contraires de l'éducation dans l'ode iv du livre IV, vers «9-36 :

Fortes creaniur fortîhut et honîs; MUt injuçends^ est in equis, patrum Fartus; neque imhellem féroces Progenertmt aquUst couimham»

Doctrina sed çim promopct insîtam^ Mectique cttltus peetora roborant; .

Vtcumque defeeere mores^ Dedeeorant hene nota eûlpm.

336 FABLBS. |v. ikt

FABLE XXV

LES DEUX CHIENS ET L^ÀllE MORT.

Ésope, fab. S07, Kûvtc Xipbi&rcoooat et Mhtot xa\ ^v^p (Gonjr, p. i33 et i34). — Phèdre, Ut. I, fab. so, Cana fameilei. — Marie de France, fab. 49, dou Leu qui euida de la Ijtne ce fust wê Four^ maige,

Mfthologia msopiea Nevelefi^ p. 9$8, p. 4ot«

Dans la fable de IMarie de France, un Loap Toit la lune qui le reflète dans une mare et il la prend pour un fromage : il boil tant, pour chercher à Tatteindre, qu*il se fait crerer comme lea Chiens de la Fontaine*

Dans les Avaddnas ou Contes et apologues indiens^ traduits du chinois par Stanislas Julien, se troure (tome II, p. 3o-3i) un apologue intitule r Somme et la Perle : de ceux qui déploient tous leurs efforts^ qui a quelque analogie arec notre fable, à cette diff(érence près que dans le conte indien les efforts sont récompensés au lieu d*être punis. U est Trai qu*il s*agit pour THomme de retrourer ce qu*il a perdu et non, comme pour les Chiens, de s*emparer d*une proie ardemment couToitée.

Le prologue de cette fable, que Cbamfort trouve excellent, a bien pu être inspiré à la Fontaine par le passage suivant de Charron : c La foiblesse humaine se monstre richement au bien et au mal, en la vertu et au vice ; cVst que Thomme ne peust estre, quand bien il voudroit, du tout bon njr du tout meschant. U est impaissant à tout.... L^on ne peust faire tout bien, ny exercer toute vertu : d*autant que plusieurs vertus sont incompatibles, et ne peuvent demeurer ensemble, au moins en un mesme subject.... Bien souvent Ton ne peust accomplir ce qui est d'une vertu, sans le heurt et offense d'une autre vertu, ou d'elle -mesme : d'autant qu'elles s'entre-empeschent ; d'où vient que l'on ne peust satisfaire à l'une qu'aux despens de l'autre. 1 (De la Sagesse^ livre I*', chapitre tv, de la première édition; livre I*', chapitre xxxix de l'édition donnée par Amaury Duval dans la Collection des moralistes français ^ Paris, Chassériau, i8ao, tome I, p. aSo et i5i.) Quant à

F. xxv] LIVRE VIII. 337

la fable en elle-même, Chamfort la troure bien médiocre, a La Fontaine a beau dire, ajoute-t-il, que chacun est sot et gourmand, il ne Test pas au point de donner la moindre vraisemblance à cet apologue. Il était aisé d^établir la même morale sur une supposition moins absurde, d Sans doute; mais ne dirait-on pas, à lire cette critique, que notre auteur a inventé le sujet? Il Fa puisé dans ce commun trésor de fables, de proverbes, qu*on a nommé c la Sagesse des nations, 9 où au bon, à Texquis, au très-fin se mêlent, quant à Temblème, à la fiction allégorique qui revêtent la morale, le médiocre, le grossier, le mauvais, disent avec raison les délicats, mais un mauvais qui d'ordinaire a le mérite, fort réel, en ce genre de leçons, de les présenter sous une forme très-frappante. L' c excellent prologue » appliqué à Vahturde supposition^ forme avec elle un ensemble qui certes agrée plutôt qu'il ne choque.

Les vertus devroient être sœurs.

Ainsi que les vices sont frères.

Dès que Tun de ceux-ci s^empare de nos cœurs, Tous viennent à la file ; il ne s'en manque guères : Tentends de ceux qui, n'étant pas contraires, 5

Peuvent loger sous même toit^ A regard des vertus, rarement on les voit Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées. L'un est vaillant, mais prompt; l'autre est prudent, mais Parmi les animaux, le chien se pique d'être [fix>id.

Soigneux, et fidèle à son maître*;

Mais il est sot, il est gourmand :

Témoin' ces deux matins qui, dans l'éloignement,

I. C'est la pensée ainsi rendue par Sénèque dans Pexpressive sentence (épftre xcv, $ 3a) : Nullum uUra se manet vitium^ « aucun vice ne demeure en lui-même, ne se borne à lui-même, » et qu'il fait suivre de ^exemple : In avariiiam iuxuria prmceps est,

a. L*éloge seml^le insuffisant; mais il faut songer qu'il ne s'agi| que des qualités méritant le nom de « vertus >.

3. Invariable, adverbialement. Le mot revient ainsi p. 35o, vers 5o, p. 393, vers 46, et à la fable vii du livre XI, vers 3o.

J. DE lA FOSTTAUIS. II 29

33S PABLBS. [w.

yireat nn Ane mort qui llolUMt sur les ondes. i s

Le yent de plus en plus Téloîgnoit de nos Chiens. « Ami, dit Fiin, tes jeux sont meilleurs que les miens : Porte on pea tes regards sur ces plaines profondes^ ; J*j cn»s Yoîr qoelqne chose. Est^^e anbœaf, nn cheYal?

— Hé ! qn^inipeiCe quel animal? ao

Dit Ton' de ces matins; Toilà toiqoiirs cmée*. Le point est de TavcHr' ; car le trajet est grand, El, de plus, il nous fiiut nager contre le vent*. BuTons tonte cette eau ; notre gorge altérée En viendra bien a bout : ce corps demeurera a S

Bientôt à sec, et ce sera

ProTÎsion pour la semaine. »

Voilà mes Chiens i boire : ils perdirent Thaleine,

Et puis la vie ; ils firent tant

Qn^on les vit crever a Tinstant*. 3o

4. Ccft éfîdcmme&t à la mer que cette exprefsioii s*appli<pie, quelque amplifiée, que, par là, soit la sottise, surtout arec l'addition de hiemtàt du Ters a6 : rojez le rers 58 et la note i5.

5. N'j a-t-il pas là une distraction? Aprèa Pum da vers 17, Il fiindrait Poutre,

6. De qnoi fiûre curée. Voyez V Essai de M. Marty-Lareanx (p. ao), qui compare le Ters a8 de la fable xi du livre IV. — Dans le quatrain ccn de Benserade, ce n'est, modification peu ingénieuse, qn* « un gros morceau de pain, a

7. Ce qui importe, c*est de Paroir : Toyez le conte it de la m* partie, vers aoi et 34a.

Page 1