‹ ŒuvresChapitre 150 sur 224 · L'édition de 1679 portait d'abord · texte numérisé non relu

L'édition de 1679 portait d'abord

Bigarrés en dehors, ne sont rien «b dedans.

L'auteur lui-même substitua- à cette leçon le yers actuel au mojen d'un carton, mais ce carton manque à certains exemplaires; c'est ce qui explique comment l'édition de 168a donne le vers primitif, tandis que celles de 1688, 1708, 1709, 1729 ont le Ters corrigé. — « C'est peut-être cette jolie épigrammCy dit l'abbé Guillon, qui a ipspiré la charmante épitre de M. Sedaine : A mon habit, » Au moins peut-on dire que son épttre n'est que le déTeloppement du mot de la Fontaine. — Arianus termine ainsi sa fable :

M/irtmurqite mogis quoi muitêra mentit mfornwtt Quam qui eorporeis emtuêre Bonis, — Car un laid saige est plus prisé Que n'est un biau fol desguisé. (Ysopir-ATionnT.

Comparez la Motte, livre IV, fable ix, les Deust lÀvrts :

Du sage mal vêtu le grand seigneur rougit : Et cependant l'un est un homme, L'autre n*est souvent qu'un habit.

— * a Avec le Léopard, dit Saint-Marc Girardin dans sa xiv« leçon (tome II, p. 3-4), le fabuliste peint les habits brodés.... Et peu importe que la forme ou la couleur de l'habit vienne à changer; peu importe même que l'habit devienne une carmagnole ou une blouse. Ils (les courtisans) porteront la carmagnole, la blouse on l'habit doré avec le même air de satisfaction : ne sont-ils pas de la cour ? » Voyez la foble xiv du livre VIII, vers 17-91. Notre épilogue fait penser aussi à cehii de la fid>le xiv du livre IV.

374 FABLES. [f. it

FABLE IV

LB 6LÂND* ET LiL CITROUILLE.

Bamfaee et lé Pédant^ comédie en prose, imitée de ritalien* de Bruno Nolano, acte Y, icène xx : rojez particalièrement, dans cette scène xx, la question de Momus à Mercure et la réponse de celui-ci, sur les citrouilles et les noix. — Tabarin, OSupres complètes^ tome II, p. 175-177 (édition Jannet, i858] : les RencoiUres, fmmicuUs^ <t co^ a-4éUHes facétieux du buron de Gratteiard^ etc., demande tii* : Si Im nature fait quelque chose de mauvais^ transcrite par M. Moland dans son édition de la Fontaine, Voici la partie du dialogue, entre Grattelard et le ^Maître, où Texemple destiné à montrer a Funion et le lien qui Ta conjoignant et subalternant les choses de la nature » est identique arec le nôtre : c G&attblabd. En me promenant, comme je tous ai déjà dit, dans le jardin, j^ai aperça une grosse citrouille (par ma foi, e*étoit un Trai tambour de Suisse) qui étoit pendue en Tair. J*admirois comme la nature aToît eu si peu d*esprit de dire qu*un si gros fruit fût soutenu d*une si petite queue qui, au moindre Tent, pouToit se rompre. Lb MaÎtbx. Tu accusois la nature sur ce sujet. Geattilabd. Je Taccusois d'indiscrétion, comme de Trai il y doit airoir une proportion inter sustinems et tuitentum. Mais, quand. j*ai été plus aTant dans le bois qui est à Fautre extrémité du jardin, j*ai bien changé d*aTis et d*opinion. Lb MAJTax. Tu as reconnu enfin que la nature ne produit rien qu'aTcc grande considération. GaansLaBO. Par la mordienne! j*étois perdu si elle eût fait autrement; car, en passant pai^essous un grand chêne, j'entendois chanter un oiseau qui, par son doux ramage, m*arréta tout court, et, comme je Toulois regarder en haut,

I. Glan dans toutes nos éditions, ici et plus bas, bien que les Dictionnaires de Aieot (dès 1606), de Furetière [i6^o)^ de rAcadé^ mie (1694) écrivent gland; même celui deRichelet(i68o), quid*oi^ dinaire supprime les lettres non prononcées.

a. Lie texte italien a été imprimé à Paris en i58a; Pimitation française en i633 : TOjex M. Moland, Molière et la Comédie Ua-' tienne^ p. io5-xo6.

,. nr] LIVRB IX, 875

on gland me tomba tur le nez. Je fut contraint alors d'ayouer que la nature aToit bien hii ; car, si elle eût mis une citrouille au sommet du chêne, cela m*eût cassé le nez. La MaItbb. U eût fiiit beau te Toir, arec ton nez en écharpe, boire à la bouteille, Grattelard. GaATriLàBD. Je tous jure les Géorgiquts de Virgile, mon maître, que c'étoit le moyen par où la nature me pouToit empêcher de porter des lunettes en ma Tieillesse. »

' Cette fable parut, pour la première fois, en 167 1, dans le recueil de Fables noupeiles^ p. 16, avec ce titre : du Gian et de la CitrowUe^ qui est aussi celui de Tëdition d'Amsterdam (1679) ; elle est la sixième du recueil de 167 1, achevé d'imprimer le la mars, et dont Mme de Sérigné annonçait la publication à la date du i3 (tome II des Lettres^ p. 109 et note 20; voyez aussi ibidem^ p. 195).

n est fort probable que la source de cet apologue est un des deux o«rvrages que nous citons ci-dessus. Peut-être aussi la FontBÛie le recueillit-il débité de rire Toix, sur le Pont-Neuf, par un des charlatans héritiers de Tabarin,

Robert (tome U, p. ao6} rapproche «ne phrase de Raulin (de MairimoniOf termo ni) qui exprime aussi, arec étonnement, un contraste, mais de tout autre intention, entre le chêne, comparé à la TÎgne, et les fruits des deux plantes : QuereuM enim, pulehrm et alta^ non fert nui glandem pro fruetu : qui fructui est pcreorum; pitis çero^ pUis arbor et tortuosa^ fert optimum pinum^ Deum et homines Imtifieane,

a Le simple bon sens qui a dicté cet apologue, dit Chamfort, est supérieur à toutes les subtilités philosophiques ou théologiques qui remplissent des milliers de Tolumes sur des matières impénétrables a l'esprit humain. Le paysan Matthieu Garo est plus célèbre que tons les docteurs qui ont argumenté contre la Providence, a — Voyez, dans la notice de k fiable xvn de ce livre, une citation de Mme de Sévigné rcktire à cette fable-ci; et, dans la xiii* leçon (tome I, p. 443-445) <fe Saint-Marc Girardin, les réflexions qu'elle a suggérées au spirituel critique.

Dieu fait bien ce qu'il fait'. Sans en chercher la preuve

3. Mots répétés, avec changement de temps du verbe, au vers 49 de la fable viu du livre XII :

Dieu fit bien ce qu'il fit.

Voyez ci-après les notes i3, 16, x8«

376 FABLES. [r. ir

En tout cet univers, et Taller parcourant^,

Dans les citrouilles je la treuve'*

Un Villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : 5

a A quoi songeoit, dit-il, Tauteur de tout cela ? Il a bien mal placé cette citrouille-là I

Hé parbleu* ! je Taurois pendue

A Tun des chênes que Toilà ;

Ceût été justement Taffaire : 10

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

Cest dommage, Garo^, que tu n^es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé : Tout en eût été mieux*; car pourquoi, par exemple,

4. Cest la périphrase rerbale relevée ci-dessas, p. 35a, note 7; mais ici a//«r peut se prendre au sens propre.

5. Voyex, livre II, fable xx, vers 35; livre V, £d>le n, vers a5; et passim; Molière, Dom Gareie^ vers i8ao; ie Misanthrope^ vers aa6; et les Lexiques de Malherbe, de Racine^ de la Rochefoucauld.

6. Le recueil de 1671* les deux textes de 1679 ^^ toutes les anciennes éditions donnent ainn parbleu. Dans la fable du Meumterj son Fils^ et tAne (livre III, fable i, vers 64), les textes originaux ont parbîeu^ qui semblerait convenir ici également, dans la boucbe d'un villageois : voyez tome I, p. aoa, note aa; et compares le conte V de la IV* partie, vers laa,

7. Garo est bien Fortbograpbe de nos anciennes éditions, qui, plus loin (vers 18*19), fait rimer ce Aom à l'œil avec quiproquo. Il ne finit en eau que dans celle de 1709; chez Cjrano de Bergerac, qui le donne à un des personnages de sou Pédant Joué^ repràenté en 1645 •, il y a (Matthieu*) Gareau {paisaf\. Dans VÉtjmologie ou Explication des proverbes français, par Flei^'y de Bellingen (la Haye, i656), il est question, p. 396, d'un ^hibau) Garrau, être fort insociable, a qui faisoit toujours son cas à part, 9 et menait « une vie toute particulière. »

8. On connaît le mot attribué à Alphonse X, ro\ de Portogal : « Si j'eusse été au conseil de Dieu quand il voulut fonder le monde,

• Voyes au tome YIII de Molière la note x de la page 519.

* C'est, comme on Terra plut bas aux notes 16 et 17, le prèaon que ▼oltaire ajoute aassi au nom de G€uv, auquel se borne le Csbuliatê.

F. iv] LIVRE IX. 377

Le Gland, qui n^est pas gros comme mon petit doigt, i s

Ne pend-il pas en cet endroit ?

Dieu s^est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo*

Que Ton a fait un quiproquo. »

Cette réflexion embarrassant'^ notre homme : 90

« On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit. » Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme ^^ Un Gland tombe : le nez du dormeur en pàtit. Il s* éveille ; et, portant la main sur son visage, n trouve encor le Gland pris au poil du menton. s 5 Son nez meurtri le force à changer de langage. « Oh ! oh ! " dit-il, je saigne I et que seroit-ce donc"

bien des choses eussent été mieux ordonnées. » a On pense, dit Geruzez» que ce n^est pas cette vanterie qui lui a fait donner le surnom de Sage, b

9. Garo, qui s*est déjà apostrophé lui-même comme un tiers an Ters is, remplace ici également le maigre pronom ye par son nom; c^est comme s'il disait : à ma sage personne, à Tavisé Garo. Il y a de beaux exemples de remplacement semblable, dans le style noble, au Ters 16 14 du PoljreucU de Corneille (acte Y, scène m), et dans cette apostrophe de C Aveugle d^ André Chénicr (rers a-3) :

Ô Sminthée Apollon, je périrai sans doute, Si tu ne sers de guide à cet iiTeugle errant.

Cette substitution de la troisième personne à la première en rappelle une, assez fréquente en grec, à la seconde, celle du pronom démonstratif oSroc, c celui-ci, ibk Q(i, tu ou toi,

10. Dans un sens analogue à celui où Régnier a dit, dans la satire xt, vers i.36 :

Tant de philosophie embarrasse Tesprit.

11. « Garo, au bout de deux minutes, dit M. Taine (p. i58), se troure las d^avoir réfléchi sur le Gland et la Citrouille..., et il va dormir ; un bon somme vaut mieux que tous les raisonnements du monde, d

II. Vojez ci-dessus, p. 178, note 17, et, en outre, les fables r du lirre IV, Ters 16, et t du liTre X, Ters a5.

i3. M. Albrecht Weber, dans sa dissertation sur les fables (/«-

378 FABLES. [p. iT

S'il ftlt tombe de Tarbre une masse plus lourde, Et que ce Gland eût été gourde*^?

Dieu ne Ta pas voulu : sans doute ^ il eut raison ; 3o J'en vois bien a présent la cause ^*. »

Juche SituDsn^ tome III, note de la page 36B), met en regard de notre apologue une petite narration du moraliste indien Bhaitrifaari (n'* centaine, atance 86), où il j a une trèft-probante réponse de &it an « Que aeroit-ee donc ?» de Garo, et qui nous montre, dans la création, un arbre autrement constitué que le chêne, faisant contraste avec lui quant aux fruits : il se nomme en sanscrit AiA« ou w'/ra* : Un homme chauTe, qui a cherché un abri sous son feuillage, a le crâne fracassé par la chute d'une des c lourdes masses » (du grand fruit ^ dit le texte) que porte cet arbre. Vojet ci-après la note i6*

14. Gourde (latin eueurhita)^ contraction de la forme ancienne, qui se trouve encore au dix-septième siècle, eougourde ou eomeomrde^ ne se dit plus, comme dans ce rers, du fruit en tout état, mais seulement d*une calebasse ou courge séchée et Tidée. Voyez sur ce mot Littré^ à Tarticle Goubdb, Étymologie.

x5. Sofià doute n^a pas ici le sens atténué, qu'il a fort souTent, de < très-probablement » ; c'est une affirmation résolue : « certainement ». •— Dans ie Lynx et ta Taupe de la Motte (litre II, fable rr), la Taupe parle comme maintenant Garo :

Je n'ai point d'yeux; est-oe un sujet D'accuser Jupiter? Croyez- m'en, sur mon âme. Il a bien fait ce qu'il a fait.

A-t-il besoin qu on le conseille ?

16. Dans l'article Calbbassb du Dictionnaire philosophique (tome XXVII des Œwrei^ p. 446)> Voltaire fait spirituellement ressortir ce qu'il y a de comique égoïsme dans cette conclusion toute déduite du risque qu'a couru Garo : c .... Matthieu Garo, qui croit aToir eu tort, en Europe, de trouyer mauvais que les citrouiUes rampent à terre et ne soient pas pendues au haut des arbres, aurait eu raison au Mexique. D aurait eu encore raison dans l'Inde, on les cocos sont fort élevés (Nodier fait une remarque analogue). Cela prouve qu'il ne faut jamais se hâter de conclure. Dieu fait bien ee qu* il fait y sans doute; mais il n'a pas mis les citrouilles à terre dans

* Cèft Vmgle marmelot, grand aibre natif dek montagnes da Coromandel; il porte on gros fruit à dure éeorce : vojeB Roxbargh, Flora indiea^ tome n, p. 579.

iv] LIVRE IX. 379

En louant Dieu de tonte chose *^, Garo retourne à la maison ^*«

nos climat! de pew qu^en tombant de haut elles B*ëcraaeiit le nei de Matthieu Garo. » — Vojex les notes 1 3 et 18 de la fable, et compares ci-dessus (p. 14 et note la) la morale de la ùhle ir du livre VI,

17. Voltaire se souvient encore de Garo dans son discours Sur la Nature dé V Homme ^ ti* des discours en rers Sur VHommê^ tome XII des QSuprei^ p. gS :

Matthieu Garo, chez nous, eut Tesprit plus flexible; Il loua Dieu de tout.

18. c De ce qu'un gland, -et non pas une citrouille, tombe sur le nés de Garo, s'ensuit-il, demande Marmontel, que tout soit bien? s {ilémemis de Uttéruture^ à Tarticle Fablb, tome VII, p. SgS, des OEu¥res eompliteSf 1787.) Il n'y a pas Heu ici à cette si sérieuse question, ni à la réplique, plus gjmre encore, qu'y fait l'abbé Guillon. Voltaire borne mieux la critique dans les deux passages cités aux notes 16 et 17. Garo se sent tout simplement prêt à trouver tout bien dans la création et, qu'il comprenne ou non, à ne plus chicaner le Créateur. Il ne proclame pas pour cela, gravement, avec le Sage, le Cuncta feeit bona de CEcclésiaste (chapitre in, verset 1 1), ou le Omnia opéra Dominé hona de PEeeUsiaiti^ue (chapitre xxxix, ▼erset 89), ni, arec Sénèque (épftre lxxit, $ ao), la sentence des Stoleiens : Plaeeat komini ^utdquid Deo piacuit.

38o FABLES. [r. t

L*ÉCOLIBH, LB PioANT, BT LB MAH'BB D*tJ!f JARDOI.

On n'a pat tronré de source à indiquer pour cet apologne. Quelques traits peot-ètre, mais non pas l'ensemble, peurent avoir été empruntés à Rabelais et k Montaigne (rojea, ci-après, la note du Ters 4). — < Après les avares, dit Cbamfort, ce sont les pédants contre lesquels la Fontaine s'emporte avec le plus de TÎracité \ • et le même critique fait ensuite remarquer, comme, au reste, presque tous les commentateurs, que c cette fable rentre absolument dans la même moralité que celle du Jmnltmier et som Stigmeur » (lirre IV, fable rr), et qu'elle est inférieure à l'autre. On peut encore la rapprocher, pour la peinture du Pédant, et surtout, à la fin, l'inopportunité de son éloquence, de la fable xix du lîyre I, P Enfant et te Mattre iT école; et de l'épigramme Contre un PéJant de collège^ tome y M.-L,, p. 196.

M. Taine, qui s'étend avec complaisance sur les dé&uts du Pédant (p. i48-i5o), dans le passage où il parle à la fois de cette fable et de la xix* du livre I (rojet notre tome I, p. 116, note 5), termine son commentaire par ces lignes qu'en notre qualité de commentateur nous aurions mauvaise grAce à ne pas citer : c II commente, et s^il était dans l'eau lui-même, il commentenit encore. ÀTis aux commentateurs de la Fontaine! et plaise à Dieu qu'ils puissent en profiter ! Il me faut une gr&ce d'état spéciale, et je cours risque d'être un des personnages de mon auteur. >

Certain Enfant qui sentoit son collège S Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge' et par le privilège

I. Emploi analogue de ce rerbe au tome III Jlf.-£., p. 3aa, en prose, et dans le vers 3 de la fable ▼ du lirre V :

Sentant son renard d'une lieue.

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