V. Ti LIVRE IX
Des dienx dont il fiit rinyentear
Qaignant la haine et la colère *. a o
Il étoit enfant en ceci ;
Les enfants n^ont Tame occupée
Que du continuel souci
Qn^on ne iache point leur poupée*.
Le cœur suit aisément Fesprit^ : a 5
De cette source est descendue
fable xn da liTre YIII, ren 44 : rojet ]a note ao de la pige 994, a laquelle on peut ajouter dÎTen exemples qui te rencontrent dans Tédition M.^L.^ aux tomes III, p. 433-434« et Y, p. loa-ioS, 190, 193. Nous le trouTons deux fois de trois sjllabes au tome IV, p. a34 et aSS, dans la comédie de Ragotln, — On Toît clairement que le fabuliste n'a ici en Tue aucun poète en particulier, mais les postes en général, considérés par lui comme les inrenteurs de la mythologie et les créateurs des Dieux. — C'est au genre humain tout entier que Lucrèce, interprète d'Épicure, s'en prend de cette inrention, arec de tout autres sentiments que les prophètes cités plus haut, dans son fiuneux morceau du lirre Y, yers x 160-1339, où il est parlé, comme ici, Ters ao, de c la colère » (iras aeerbas) prêtée par l'homme aux créatures de son imagination; puis, à satiété, de la crainte qu'elles excitent (horror, farmido^ pavor, timor) ; et, comme plus loin ici, yers 33-349 ^^* songes tournés en réalitéi. Dans un brillant morceau de prose poétique qui termine le chapitre XXXI de la II* partie de son Mstm historique sur Ut ripcluiîoHs anciemnes et moderne*^ Chateaubriand, cité par Solret, fait, dans la création des Dienx, la part des passions des hommes et celle des Orphée, des Homère.
5. Par deux fois (yersets a a et 64)9 Ift iettre de Jérémie qui forme le chapitre ti de Baruch cité dans la notice, rerient sur cette al^* surdité de la crainte de ces sortes de dieux : Sdatii et scierUet..». qmia non $uni dii^ ne ergo timueritit eas,
6. C'est la comparaison d'Holckot (ci-dessus, p. 3S4} : Pueri,.,, insensati faeiunt iihi puppat,,»^
7. La Rochefoucauld interrertit les termes et dit arec son habt- Inelle malignité : « L'esprit est toujours la dupe du cœar a (moMme ca^ tome I, p. 75).
388 FABLES. [f. rt
Vemut ptienne, qui se Tit Chez tant de peuples répuidoe.
Us embrassoient violemment
Les intérêu de leur chimère* : 3o
Pygmallon devint amant
De la Vénos dont fl fiit père*.
Chacun tourne en réalités, Autant qu^il peut, ses propres songes : Uhomme est de glace aux vérités ; 3 5
Il est de feu pour les mensonges**.
8. Bs t'atucbaîent Tiolemment à la diTuitë qa^ils araieiit créëe, à leur chimère, Thonorant et adorant, propageant et imposant ton coite.
9. Pjgmalion, statuaire de l'île de Chypre, qa*il ne lant pas confondre * arec le roi de Tyr, frère de Didon, dont parie Virgile (Éttéide^ livre I, Ters 34^-35 a), derint, selon la fable, amoitrenz d*une statue de Galatée, qui était son propre oaTrage, et, ajant obtena de Vënns qnVile ranimât, il Pépoosa. Son histoire est racontée par Oride, dans ses Métamorphoses^ livre X, Ters a4^ 997. Est-ce par erreur que la Fontaine a mis Fémus pour GaUUê^ ou faut-il entendre au figuré : c la beauté dont il fut père a ? Voyez, au bas de la page, la fin de la note a.
10. Ces derniers vers sont derenus proTerbe. Ils rendent la pensée par une figure si bien trourée que beaucoup les citent sans en connaître Tauteur. Ce sont de ces maximes qui semblent aroir dû toujours exister.
* Comme (ait, par>sempl«, Moréri : « Les poêtet ont feint, dit-il dans l*artiele dn frère de Didon, qne Pygmalioa fat puni de la haine qn*il por* toit ans flemmes par Pamoor qa*il ent poar nne ttatne. » Il «ait, en partie, nne autre légende rapportée par Qément d'Alexandrie et Àmobe, d*apiès laquelle un Pygmalioa, roi, non de Tyr, mais de Chypre, devint amoureux d*ane atatne de Yénos. Yoyes aussi, dans le Dietiomiiaire de Bajrie, les notes de rartîele PraxALioif.
r. tu] livre IX. 389
FABLE VII
LA SOURIS M^ABC011PH0S£b EN FILLE.
IdPrê des Itimièr0s^ p. 979-381. — Bidpa!, tome II, p.. 385-387, /« SamrU elumgéê em FilU» — Saint Jérôme, Omnionts st^ra fi«i«- «w, Paris, 1693, p. iSig. — Marie de Fnmce, fab. lxit, don Mtuei (mot traduit par Suriz au ren a) ki quist Fame^ alias dou Mbuêi qi ne pooii troptr Famé à son talent, — Jacques de Lenda, Sermonee Utini^ Paris, iSoi, in-4% fol. 41, ool. a et 3. — Doni, ia FUoeafia moraie^ fol. 77.
Nous donnons à V Appendice Textrait du sermon de Jacques de Lenda où se trouTe cette fiible; car il y a des ressemblances frappantes entre le prédicateur et le fabuliste, jusque dans les détails : rencontres, et non emprunts, tu qu'il est plus que douteux que la Fontaine ait connu les sermons de Lenda. Ce n>st pas non plus aux traditions judaïques dont parle saint Jérôme, et qui sont rapportées par rbistorien Josèpbe (royez Robert, tome I, p. Gcxyn), qn*il doit son sujet, mais au Lwre de* lumières^ k Bidpal : le Ters 58 en contient TsTeu.
Sa £id>le est tout k fait conforme à celles de Darid Sahid et de Bidpal, mais non à la fable sanscrite originale, c En effet, dans le Panieàmtantrm [édition Lancereau, n* i3], la Souris cbaugée en Fille par un Brabmane troure des objections à tous les partis qu*on lui propose, jusqu'au moment où elle aperçoit un Rat ; alors le naturel la porte ù prier son père adoptif de le lui donner en mariage. En lisant la fable de la Fontaine, on Terra quels sont les détails étrangers que le rédacteur de l'ancienne Tersion persane a introduits dans l'apologue original; et, ce qui mérite d'être remarqué, c'est que ces modifications dériTent d'une source indienne : on en retrouTc l'idée dans un chapitre du grand poème indien intitulé Harwa sa [Toyea la traduction de Langlois, tome II, p. 180]. a (Loiselenr Deslongchamps, p. 49-'5o.) Comparez Benfey, Pantseha'^ tantra^ IntroduiBtion, tome I, p. 373-378; et M. Lancereau, p. 378.
On peut Toir dans Basnage, qui rapporte ce conte {BUtoin des
3^0 FABLES. [f. vn
Juift^ 1a Haye, 17 16, citée par Robert, tome I, p. ocxTn-ocxnn), ce ^*il est derenn dans la littérature rabbiniqae : il en empninte, dit-41y les traita au rabbin Ben Adda. Enfin, non comme aonroe, mais comme enrienx rapprochement, noos noteront encore, dani le recneii indien Bitopadéta (lirre IV, n* 5, édition Lanoerean), la lérie de métamorphoses d*un Rat opérées par le merreilleax pouroir d*un solitaire, et dont le dogme de la métempsycose, sor lequel va disserter le fabuliste, donnait si naturellement Tidée.
Dans la Tcrsion de Marie de France il n*y a point de métamorphose ; c*est Forgaeil seul qui enhardit le Souriceau à demander femme» tour à tour, an Soleil, à la Nue, an Vent, k la Tour de pierre :
Marier se rent hautement.
a Tnn*as pas besoin d*aller si loin, lui dit la Tour; car, pour trouTcr la femme qui te oonrient le mieux, tu n*as qu'à prendre la petite
Souris.
Jà ne sauras si lung aler.
Que tu puisses &me truuer
Qui miex soit à tun oés (^mom, intérêt) eslite
Que la Sorisete petite, s
M. Gosquin, dans ses Cotuu populaires tomunâ (9* partie, p. 45o), cite un conte curieux de l*tle de Zanzibar où se troure la même gradation de puîsiance que dans nos Tcrs a4-42| au Soleil au Bat aTco addition, après le Rat, de huit degrés de plus.
Nodier et la plupart des commentateurs se sont montrés sévères pour cet apologue. Bfab n'est-ce point parce que Chamfort leur avait donné Texemplcy et se sont-ik Traiment appliqués à contrôler son jugement? « Je n'ai pas le courage, dit Chamfort, de frire des notes sur une si méchante fable, qui rentre d'ailleurs dans le même fond que celui de la fiJ>le xtiu du livre II [ta Chatte métamorpkoêie em Femme], Cest un fort mauvais présent que Pilpai a &it à la Fontaine, s Tel n*est pas le sentiment de Saint-Marc Girardin, et nous nous rangeons volontiers de son côté : a La fable de ia Souris méiamtorpkosée en Fille ^ dit-il, est è la fois un des récits les pins poétiques de la Fontaine et une de ces dissertations philosophiques qu'il aimait tant, qu'il faisait ti bien, couvrant toujours le sérieux du fond sous l'agrément de la forme » (xix* leçon, tome II, p. 146-147). Voyez ensuite comment l'éminent critique développe et commente le récit et l'argumentation du poCte (p. i4S-i5a).
r. m] LIVRE IX S91
Une Souris tomba da bec d*an Œat-Huan^ :
Je ne Teusse pas ramassée ; Mais un Bramin* le fit : je le crois aisément ;
Chaque pays a sa pensée*.
La Souris étoit fort froissée'. g
De cette sorte de prochain Nous nous soucions peu ; mais le peuple bramin
Le traite en frère. Ils ont en tète
Que notre âme, au sortir d'un roi, Entre dans un ciron^, ou dans telle autre béte i o
Qu'il plaît au Sort* : c'est là l'un des points de leur loi*. Pythagore'' chez eux a puisé ce mystère.
T. Fëoelon, dans sa fable xxx, déàigae par ce même nom, pris plus loin adjectÎTement (yen 7), les Indous de la première caste, qu*on appelle d'ordinaire aujourd'hui, d'un nom qui transcri mieux le sanscrit : Brahmanes» (Dans le livre I de Pijehé^ tome III M,-L,, p. ao, la Fontaine a écrit, comme on faisait parfois, avec renforcement du son guttural de l'A : Braehmane,) Les doctrines de rinde, sur la métempsycose, qui rendent raison de la conduite du Bramin, et auxquelles l'auteur nous déclare qu'il ne se rallie pas, Tont être expliquées dans la suite immédiate.
a. Sa manière de penser et de croire. *— 3. Meurtrie par la chute.
4. Nous avons déjà tu, au livre I, fahle vu, vers 93, le nom de cet insecte que, c au dix-septième siècle, avant l'usage des microscopes pour étudier la nature, on prenait, dit Littré, pour le symbole de ce qu*il y avait de plus petit au monde. » Voyez un autre exemple au tome III ilf.-£., p. 4^9 •
5. Comparez livre XII, fable xn, vers 75-88. -^ Fénelon s'étend un peu plus sur ce dogme dans la fable citée à la note x. — Dans ie Songe de Faux, la Fontaine lui-même applique, à sa manière, la doctrine de la métempsycose : voyez (tome III Jf.-£., p. aog-aiS) le fragment intitulé : « Comme Sylvie honora de sa présence les dernières chansons d'un Cygne qui se mouroit, et des aventures du Cygne. »
6. Le mot est juste : c'est un article de foi imposant des devoirs, des règles de conduite.
7. Les historiens de Pythagore, surtout les Néo-platoniciens, ont orné la vie de ce fameux philosophe grec du sixième siècle avant Jésus-Christ de beaucoup de légendes, parmi lesquelles il faut
$91 FABLES. [p. m
Sur un tel foadement, le Bramin crat bien fidre
De prier un sorcier* qa*il logeât la Souris
Dans un corps qu^elle eût eu pour h6te au temps jadis *• i S
Le sorcier en fit une fille De Fàge de quinze ans, et telle et si gentille. Que le fils de Priam pour elle auroit tenté Plus enoor qu*il ne fit pour la grecque beauté '*. Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle. ao
Il dit à cet objet si doux : « Vous n^avez qu^à choisir; car chacun est jaloux
De Thonneur d*être votre époux.
— En ce cas je donne» dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tons. a S
-— Soleil, 8*écria lors le Bramin à genoux. C'est toi qui seras notre gendre.
— Non, dit-il, ce Nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu'il cache mes traits ; Je vous conseille de le prendre. 3o
— Eh bien! dit le Bramin au Nuage volant, Es-tu né pour ma fille ? — Hélas ! non ; car le Vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée : Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée *^ »
mettre probablement ton Toyage dans Tlnde, où il te terait initie à la doctrine des Bramint ou Brahmanes.
8. Nous ayons tu plus haut que, dans les rieilles légendes indienneSy dont nous arons des traces dans deux des &bles citées a la notice, les saints brahmanes, ascètes solitaires des forêts, n*ont pas besoin de recourir à un sorcier pour les métamorphoses : ils les opèrent eux-mêmes par leur pouroir surnaturel.
9, Hàtt^ an sens qu*on peut nommer actif, celui qui loge, reçoit : comparez le Ters 4 de la fable 11 du lÎTre VII.
/io. Le fib de Priam est P&ris, et t la grecque beauté » (inTcrsion à remarquer) Hélène, qu*ii enlcTa, et dont le rapt suscita la guerre de Troie.
II. a Les Bramins, dit Nodier, ne saTent ce que c*est que Borée. » Cela est juste, mais, à vrai dire, importe peu ici : nous
F. ru] LIVRE IX. SgS
Le Bramm {aché 8*éoria : 3 5
a 0 Vent donc, puisqae vent y a**,
Viens dans les bras de notre BeUe ! » Il acoonioit; un Mont en ehemin Tarrêta.
L'éteuf '' passant à celui-là , Il le renvoie, et dit : « J'aurois une querelle 40
Avec le Rat; et Toffenser Ce seroitêtre fou, lui qui peut me percer*^. »
Au mot de Rat, la Damoiselle"
Ouvrit Toreilie : il fut Tépoux**.
sommes dans le domaine de la fantaisie, et le poète qui ne connaft, non plus que personne alors en Europe, le nom des dieux des Tents, ou Mamts, de la mythologie indienne, y substitue un nom de Tantiquitë classique.
I». Encore un de ces hiatus qui ne font pas peur à notre poète dans sa versification à la fois élégante et négligée. Celui qu*il se permet dans cette locution familière est bien tentant, et excusé, s'il pouvait Fétre, par Tétroite adhérence des deux voyelles, qui semblent ne faire qu*un mot. Molière a dit, mais en prose : « Puisque Madame y a » (George Dandiny acte I, scène iv, tome VI, p. 519).
i3. Éteuf (dans toutes nos anciennes éditions, étœuf), même mot originairement qa étoffe^ signifie la balle que se renvoient les joueurs au jeu de longue paume. — Comparez le vers 4> du conte XVI de la II* partie. La figure s*expliqne aisément; elle s*emploie en parlant d'une chose, ou même, comme ici, d*une personne, qui est renvoyée de Ynn à Tautre.
i4- L'idée est élégamment détaillée dans le vieux langage de Marie de France ; la Tour de pierre dit au Souriceau :
.... La Surîz Dedens moi gist è fait ses niz, 11 n*a en moi si fort mortier Qu^ele ne puisse trespercier :
Desoz moi va, parmi moi vient, Nule cose ne la détient.
i5. DanwiselUf féminin de damoiseau^ déjà vu au vers i de la fable xvn du livre III. — c La Demoiselle », dans les textes de 1708, 1739, dans la belle édition de 1788 de Didot, etc.
16. f Quel tableau poétique ! dit Saint-Marc Girardin (tome II,
394 FABLES. [p.
Un Rat ! un Rat : c^eat de ces oonpa 45
Qu^Amour fait ; témoin telle et telle : Mais ceci soit dit entre nona".
On tient toujours du lien dont on Tient". Cette fable
p. 148), dans la leçon citée. Quelles images ! Qaelles descriptions faites d*iin mot! Le Soleil que le Bramin adore k genoux, le Nuage Tolant que le Vent chasse de contrée en contrée, le Vent lumême qui, amoureux et rapide, accourait dans les bras de la Belle : il y a la une pompe et un éclat de poésie cherchés à dessein pour fiûre contraste arec le dénouement :
Au mot de Rat, la Damoiselle Ourrit Toreilie : il fut l'époux.
Gomme ces vers courts, Tiis et malins, font ressortir la magnificence des premiers ! »
17. « La Fontaine, continue Saint-Marc Girardin (p. 149), n*étaDt pas seulement un poète, mais un moraliste, il ne veut pas que nous prenions son dénouement pour une fiction comique, et il ajoute, arec cette grâce moqueuse qui lui est propre :
Un Rat ! un Rat : c'est de ces coups, etc. »
Cela rappelle cette pensée de Pascal : c Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. 1 (Tome I, p. io4i éd. Havet i85i.)
18. « Si la Fontaine, remarque Chamfort, a touIu dire : On se ressent toujours de ses premières habitudes, cVst-à-dire de son éducation, cette maxime peut se soutenir et n*a rien de blâmable; mais s'il a Yonlu dire : On se ressent toujours de son origine, il a débité une maxime fausse en elle-même et dangereuse ; il est en contradiction avec lui-même, et il faut le renvoyer à sa fable de César et de Laridon [xxiv* du livre VIII, F Éducation], a La seconde interprétation, celle d'origine, nous paraît évidente, ou du moins prédominante : lUu ne peut guère avoir ici que le sens du locus latin, construit avec natus. Mais cette idée n'implique-t-elle pas plus ou moins l'autre? le début tout au moins de l'éducation ne dif!ère-t41 point selon l'origine? Puis, si même nous nous bornons à l'origine, n'héritons-nous rien des qualités, du caractère, des goûts des auteurs de nos jours, et sur tout cela, chez eux, la condition n'influet-elle pas beaucoup? Qu'on tienne plus ou moins c du lien dont on vient a, pris en ce sens complexe, est une commune croyance qu'on entend exprimer bien souTent, une rérité de sens commua
p. vu] LIVAE IX. 395
Prouve assez bien ce point; mais, à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits : 5o
Car quel époux n'est point au Soleil préférable,
En s*j prenant ainsi? Dîrai-je qu*un géant
Est moins fort qu*une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devoit aussi renvoyer, pour bien faire,
La Belle au Chat, le Chat au Chien, 55
Le Chien au Loup. Par le moyen
De cet argument circulaire ^% Pilpay jusqu'au Soleil eût enfin remonté ; Le Soleil eût joui de la jeune beauté. Revenons, s'il se peut, à la métempsycose : 60
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté. Je prends droit là-dessus contre le Bramin même ;
Car il faut, selon son système, Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun 65
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe*^;
et d*expërience qui n*a rien d'illibérd et ne contredit pa» ce ren (le 91*} de la hhle citée par Chamfoit :
On ne toit pas tonjourt let aïeux ni ton père ;
tenir de et suivre sont deux. — Voyez aussi ce que Saint-Marc Girardin (tome II, p. i5i-i5a), se plaçant k un autre point de vue, dans la leçon deux fois mentionnée, dit du a moi l que nous apportons en naissant, de c cette force instinctive qui est en nous, qui fait ce qu'on appelle le caractère, que Téducation peut pousser Ters le mal ou vers le bien, » mais sans lui ôter son c tour particulier s et personnel.
19. Argumemt eircuUdre^ c'est-à-dire qui parcourt la chatne des dtres. Nous avons tu plus haut (livre VU, fable vn, vers 6), dans un sensToisin, a circulaire écriture, » et nous trouverons plus loin, dans une acception tout autre (livre XI, fable vi, vers aS) :
De Pastre au front d'argent la face circulaire.
9o. Comme parties de nature identique, détachées de Fàme universelle.
396 FABLES. [f. Tn
Biais agissant divcnemeiit
Selon Torgane^ seolement
L*ane s^élère, et 1 antre rampe**. 70
D où vient donc qne ce coips si bien organisé*
Ne put obliger son bôtesse*^ De s*nnir an Solefl ? Un Bat ent sa tendresse**.
9t. Remarquable emploi du mot orgamt an aiiigiilier, dëaignant le corpt comme étant en entier, dans son ensemble, rinstmment de rame. Littré, à FHiitoriqae du mot, eîte un exemple dn quinzième siècle où ce nom a, an même nombre, ce même sens: c L'or* guan, c'est-a-dire l'instrument, qui est le coifs. » (CBAisrin i» P»AV, Charles F, liTre I, chapitre iz.) Noos arons tu pins hant, au livre VII, fable XTin, rers 11, ot^oim joint de même à imstnameMt^ et nous trouTerons on autre exemple d^ûrgiou^ au singulier, dans un des derniers vers (le a34*) du D'ueovs à Mme ée la SmàUère^ k la suite du liTre IX.
aa. Nous suirons pour la ponctuation de la phrase, ou plutôt pour la non-ponctuation, les anciennes éditions, qui, ne mettant aucune TÎrgule dans les rers 68-69, nous laissent incertains (esUee à dessein ?), pour les mots « selon Torgane », entre le rapport au participe c agissant » et le rapport aux rerbei suivants c s'âère et.... rempe ». — Les deux textes de 1679 ®^ ^vlx de i68a, 88 ont c rempe », par e, pour rimer à Toil comme à l'oreille; ceux de T708, 99 ont Torthographe régulière, c rampe ».
a3. C*est4i-dire, dans un sens quelque peu insolite, mais anqnd cette forme de dériré se prête aisément, c si bien fiût organe, rendu si propre à serrir d'instrument à Fàme. » Cest du moins la signification que rend logique et probable le rapprochement arec le Ters 69 et qui peut ôter au roisinage du dérivé et de son primitif organe ce qu'il aurait de choquant dans l'acception ordinaire.
i4* Ici hôtesse a le sens inverse de celui que nous avons vu plus haut, vers i5, à son masculin hôte. Voyez d'autres exemples des deux genres, surtout du féminin, aux tomes Jf.-£. III, p. 197, ai5, 437, et V, p. 65.
i5. Dans les deux textes de 1679, suivis en cela par ceux de i68a, 88, 1708, il y a ou une simple virgule ou deux points après Soleil^ et ils reportent le point d'interrogation après tendresse^ étendant ainsi le tour initial, interrogatif, jusqu'à ce mot, comme si la fin était : et qu'un Hat eut ta tendresse ? Nous avons adopté la ponctuation de 1799 : c'est celle que veulent, il nous semble, la correction et la clarté.
r. vil] LIVRE IX. 397
Tout débattu, tout bien pesé.
Les âmes des souris et les âmes des belles 7 5
Sont très-différentes entre elles*; Il en faut revenir toujours à son destin. C'est-à-dire, à la loi par le Ciel établie :
Parlez au diable, employez la magie '^, Vous ne détournerez nul être de sa fin**. 80
96. Reprise ironique, nouB ramenant aTec une fine malice, après la longue parenthèse philosophique, aux Ters 46*47*