V. xij LIVRE IX. 4i
Trop tooffii bien soaventy épuise les gaérels : En soperflaités* s*épandant d'ordinaire,
Et poussant trop abondamment, i o
Il ôte à son fruit Taliment*.
L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire^ ! Pour corriger le blé, Dieu permit aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons* :
Tout au travers ils se jetèrent, 1 5
Gâtèrent tout, et tout broutèrent ;
Tant que le Ciel permit aux loups D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ; S'ils ne le firent pas, du moins ils y tachèrent*.
Puis le Ciel permit aux humains ao
De punir ces derniers : les humains abusèrent
A leur tour des ordres divins**.
5. c J*6te le superfla, » dît (rert 19) le Sage de la fable citée à la fin de la notice.
6. Ces mots peuvent, ce nous semble, prêter à deux sens, qui sont, an reste, aussi bien Tun que Tautre à leur place ici : « prire son fruit, Tëpi, de la sëve qui doit le nourrir » ou, conséquence de cette priva tion, a 6te à Tëpi, appauvrit sa substance nutritiTe, Taliment qull fournit. »
7. Plaire^ même à un ariire. Ce bref bëmistiche qui exprime on plutôt implique que Tarbre est animé est-il snfi&samment clair? — Le mot luxe^ bien choisi pour impliquer, lui, quelque blâme, est le iaxuriem des rers de Virgile que nous rapprochons du vers i4*
8. Aff grwidii proeumiai ctdmut arisiU^ LuxurUm segetum ienera Jepûscit in herba.
(VuLGiLBy Géorglquet^ livre I, vers iii-iis.)
9. Même locution dans Psjrché^ livre I (tome III M,^L,^ p. 83); et tour analogue dans Adonis^ vers 217 : « Il tâche à rappeler. » Littré cite de nombreux exemples, avec y et avec à, surtout de contemporains et de prédécesseurs de la Fontaine.
10. a On ne sait pas trop, dit Nodier, comment les bumains purent abuser des ordres divins en tuant les loups; > et Geruzez répète le mot de Chamfort sur les Anglais. Nous avons montré dans la notice conmient Abitemius, à qui la fiible est empruntée, écbappe à toute critique de ce genre. 11 faut remarquer que la Fontaine,
4i4 PABLSS. [p. XI
De tous les animaux, rhomme a le pbu de pente
A se porter dedans Texcès^^.
Il fandrolt faire le procès '* «5
Aux petits oomme aux grands. H n^est ame virante Qui ne pèche en ceci. Ûen de trop** est un point
comme sUl Tonlait, luiauiMi n*j donner priie qœ le moins p<MMble, t*aiTète brusquement quand il en vient à l'homme, ùlt f de Fabus dei ordres divins s une génërallté et, sans l'appliquer en particnlier, explicitement, à Textermination des loups, se hlte de passer à nos excès en toutes choses. An reste, réduite même aux lonpt, comme elle Test d'abord implicitement, mais forcément, arant de a^étendre à toute la conduite humaine, la proposition ne peat-elle en aucune façon se défendre ? Sans doute notre empire lor les bétes n'est point « chimérique », comme dit le Renard an Lion dans Us Animaux maMti de ia jM#to (litre Vil, ftble i. Ter* 4i~4*) ' il est fondé sur l'intérêt, la prudence, la nécessité ; mab ces Ibndementsla ne sont point d'un ordre et caractère bien éleré, ni tels que, à Toir de haut l'ensemble des choses, ils ne gurdent rien de mystérieux pour le philosophe et qu'il lui soit facile d'établir sur eux, incontestable, le pouvoir despotique de l'homme. Que de fois ne nous demandons-nous pas, et surtout la Fontaine, tel que nous le connaissons, ne devait-il pas se demander : « Après tout, de quel droit, autre que l'égolsme ? i Vojez d'autres comparaisons, où le fabuliste ne nous ménage pas davantage, entre la conduite de rhomme et les instincts des animaux, dans les fables i et t du livre X ; I du livre XII.
it. Comparez le Poëme du Quinquina^ chant if, vers 3ia-3i5 :
L'homme se porte en tout avecqne violence
A l'exemple des animaux.
Aveugle jusqu'au point de mettre entre les maux
Les conseils de la tempérance.
19. Locution très-commune, au figuré, chez nos bons auteurs; ainsi dans tArt poétique de Boileau (chant III, vers sio) :
Je ne veux point ici lui faire son procès.
i3. a Rien de trop a, me quid nimîSf o68è« j^ov, est nne maxime qui revient souvent chea les anciens comme chez les m<Klenies. Térence l'exprime ainsi par la bouche d'un esclave :
Nom id arèitrvr Jpprbm M 9Uu 9U9 utUe^ ut mê quid mmit»
r, acte I^ scène i, vers 6i-6a<)
r. s] LIVRB IX. «iS
Dont on parle sans cesse, et qu*on n'observe point.
— Âristote dit dans m Morale à Nicomaque^ lÎTre II ^ chapitre n : • La Tertu ett un milieu », (tcodnjç ioflv ^ Âperf. H la distingue de la perfection, da bien à son point le plus haut : dbc^oTVjc Voyex la suite où il explique et développe l'idée.
Les moralités de Bidpal et d'Abstemius se rattachent plus étroi> tement à la fid>le et, sans être, elles non plus, dHine constante rérite, prêtent moins à la critique que l'ensemble de la thèse de la Fontaine. Celle de Bidpaï est que c le mal est toujours saiW du mal, » et que a qui tue est tué i : ce que le fabuliste latin résume en disant que < nul immodéré ne dure longtemps » : fabula indtemi muilum immodtratum esse diuturnum.
4i« FâBLIS. [r.
FABLE XII
LB GEBB6B.
Fabl« ^toiM^iiet de Camcnrim, fiib. 3so, Crro. — Afastcaûns, fab. $4, d» Cerm MaiiÛÊm m^/teiemte» — Haodmt, s* paitie, fid>. ii3, de Im Gre mppeimml darié. — Compam VEsopms de Barkhard Waldk, Uvie U, fab. 8i.
Mjtkolûgia msopiem NeveUti^ p. 557.
a Antre manvaiie &ble, dît Chainrort. Quelle bizane idée de prêter à an cierge la fiintaiaîe de derenir immortel, et poor cela de te jeter au fea ! »
c n ett Aeheax, dit Nodier, que de ù jolb Ten se troaTeot dans nne si maaTaise fable. Comment se fait-il qœ la Fontaine, qai a le bon esprit de doater qa^one montagne ait été en mal d^enfiuBt (lirre V, fid>le x, tcts 7-9), attribne des idées à an ôefge ? a Le reproche est plus spécieux que fondé. D*abord notre antenr n*a pas inventé le sujet. L'accepter de ses deranciers, parce qa*il sent qn*il loi inspire c de si jolis rers a, est-il pins choquant que d*a- Toir, ainsi qn*Horace, emprunté à la Sagesse, comme Ton dit, des nations, la susdite fable de la Momimgmé ? Dans le vaste champ des personnifications allégoriques, Pimagination du peuple, les caprices du génie se donnent, et en ont le droit, libre carrière, c II tolj a point en ces fictions, dît très-bien M. Moland (tome II de son édition de la Fontaine, p. aoi), à tracer de règle absolue, a Et il transcrit un apologue du moyen âge tout à fait analogue à celuinsî : dm Charhcm qid voulut ardoir{^TÙltT)lamt€r^ c où il ne.... semble pas que Tesprit soit choqué, quoiqu^on j prête un mourement Tolontaire anx choses inanimées. » — M. Taioe (p. 3io-3ii)cite les premiers Ters de cette fisble, pour montrer comment la Fontaine, dans Texpression, aime à rassembler les contrastes, se plaft c à tomber du ciel en terre, et à prendre le langage d*an marchand après celui de Virgile.... Les écrivains du siècle, ajoute-t-il, sont soutenus; ils gardent le même ton, noble ou plaisant. Us sont partout d*accord avec eux-mêmes, parce qu'ils sont raisonnables. La Fontaine est