‹ ŒuvresChapitre 17 sur 224 · Vin] LIVRE YI. aS · texte numérisé non relu

Vin] LIVRE YI. aS

FABLE VIII

LE VIEILLARD ET L^AIfE.

Phèdre, lirre I, fab. i5, Aslnus ad sênem pasiorem, — Abfttemius, hh, 8, tle jiêmo et Firnlo, — Haadent, a* partie, fab. 69, d'un Asme et d'un Veau,

Mfthologia msoptea NepeUti^ p. 898, p. 538.

Cette fable est aa Manuterit de Sainte-^reneviève,

Dans la fable d^Abstemiiu, imitée par Haadent, l'action se passe entre nn Ane et un Veau : a Fuis, dit TAne au Veaa ; on te tnerait et te mangerait. Moi, je reste : ma condition sera toujours de porter mon fardeau. 9

Un Vieillard sur son Ane aperçut, en passant, Un pré plein d*herbe et fleurissant :

Il y lâche sa bête, et le Grison se rue^ Au travers de Therbe menue, Se vautrant, grattant, et frottant*, 5

Gambadant, chantant, et broutant, Et faisant mainte place nette.

L^ennemi vient sur Tentrefaite'.

I. Le Manuscrit de Sainte-Geneviève donne ainsi ces trois premiers Ters :

Un Vieillard, en chemin fesant, Aperçut un pré verdoyant : U y lâche son ane, et le Baudet se rue.

3. Le pronom se dépend à la fois des trois participes. — Dans le Manuscrit de Sainte-Geneviève, le vers est ainsi construit :

Se grattant, vautrant, et frottant.

3. Littré intitule EaravAms, au pluriel, Tarticle de ce mot, tout en conTenant, arec raison, que le singulier, dans les locations a sur Tentrelaite, sur cette entrefaite, » n*est point passé d^usage.

%6 FABLES. [r. vin

« Fuyons, dit alors le Vieillard.

— Pourquoi ? répondit le paillard ^ : t o

Me fera-t-on porter double bât, double charge?

— Non pas, dit le Vieillard, qui prit d*aboitl le lai^e.

— Et que m^importe donc, dit TAne, à qui je sois ' ?

Sauvez- vous, et me laissez paître.

Notre ennemi, c'est notre maître ' : 1 5

4. PaUlard^ au dix-septième siècle, arait encore, outre le sens qui seul lui reste aujourd'hui, celui de lîgonreax gaillard et de mëchaut fripon. On pourrait être tente de lui donner ici sa signification étymologique de misérable qui couche sur la paille (voyez le DtetUmnaire de Littré), Peut-être aussi que la Fontaine, se souvenant de remploi que Rabelais a fait du dérivé se paillarder^y a voulu rendre quelque chose du mot lentus qu'il lisait ici chez Phèdre (voyez la note suivante ; lentus in herha^ a dit aussi Virgile). Poil" lard^ ainsi expliqué, caractériserait bien la bête qui aime par-dessus tout à se rouler, runtrer^paillarder, qui, d'après le récit même, vient de se donner à cour joie de ce plaisir, et qu'on se représenterait bien renversée encore sur Fherhe menue,

5. jit ille lentus : c Qurnso^ num hinas mihi Clitellas impositurum vietorem putas f » Senex negavit, a Ergo quid refert mea Cui servum^ cUieUas dum portem meus ? »

(PHiDHB, vers 7-10.)

6. c On ne cesse de s'étonner de trouver un pareil vers dans la Fontaine, lui qui dit ailleurs (livre I, fable xiv, vers x et a) :

On ne peut trop louer trois sortes de personnes : Les Dieux, sa maîtresse, et son roi ;

lui qui a dit dans une autre fable (livre III, fable n, vers i et a) :

Je devois par la royauté Avoir commencé mon ouvrage.

On ne lui passerait pas maintenant un vers tel que celui-là, et on ne voit pas pourtant qu'on le lui ait reproché sous Louis XIV. Les

• Pariant do jeoM Gaigantoa, pca presié de m tirer da Et : « Puis m goam- Itayoir, peoadoit, et paillardoit parmy le liet qndqae temps, pour mienlz etbaudir tes etperits ■nîmanh. » (Qiapitre zxi, èditioa Martj-LavBaoz, tome I,

r. na] LIVRE VI. 17

Je vous le dis en bon firançois. »

ëerÎTains de nos jours qu'on a le plut accusât d*audace n'ont pas pouiaë la hardiesse aussi loin....» (Cbampobt.) — M. Crousltf, dans une intéressante conférence sur notre poète, publiée par la Âevue des eamn iittirairts du aS janvier 1868, Ta (p. i3o) jusqu'à conclure de ce passage que c la Fontaine, au fond, n'aime pas l'autorité rojrale. » Ce n'est, crojrons-nous, bien comprendre ni ce passage, ni le toar d'esprit du bonhomme. Il a seulement voulu exprimer cette vérité banale, qu'à voir soit le passé, soit le présent, soit l'avenir probable, c'était surtout par les charges que le gouvernement, quel qu'il fût, se faisait sentir aux pauvres gens, et que, par suite, peu leur importait qui les fit peser sur eux. Phèdre parle plutôt de république que de monarchie lorsqu'il dit (vers i et a) :

Im prineipatu eommutanJo cipium

nu prmter damni Rumen mutant potières.

i8 FABLES. [F.

FABLE IX

Page 1