Voyez la (Me xt du liTre in, et la note 6 de la page
7. Sa passion, iihido. L'idée est énergiquement reprise dans la réplique suirante du Rossignol.
J. DB LA Foutaihb. II 99
45o FABLES. [r. xTin
— Qui, Térée? est-ce un mets propre pour les milans?
— Non pas; c*étoit un roi dont les feux violents lo Me firent ressentir leur ardeur criminelle *.
Je m*en vais vous en dire une chanson si belle Qu'elle vous ravira : mon chant plaît à chacun. »
Le Milan alors lui réplique :
« Vraiment, nous voici bien, lorsque je suis à jeun, iS
Tu me viens parler de musique*.
— J*en parle bien aux rois. — - Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles.
Pour un milan, il s'en rira** :
Ventre affamé n'a point d'oreilles^. » lo
8. A remarquer le frappant contraste de cette pMphraae en noble poésie arec U braûle brièTeté de la question. « Ces deux Ters, dit M. Taine (p. 196), de style si correct et si bien tournés, ne conyiennent qu'à une dame du temps, à une bérolne du beau monde. Voilà de ces délicatesses qui ne se rencontrent que dans U Fontaine, s
g. Ces deux derniers rers, ainsi que le 9*, font penser, ce n'est pas à dire qu'ils y aient donné naissance, à la locution populaire : c Cela se mange-t-il? d
10. La grossièreté du glouton est à rapprocher, pour le contraste, de la clémente pitié inspirée par le chant du Cygne (rers 18-19 de la fable xii du lirre lU) :
Non, non, ne plaise aux Dieux que jamais ma main coupe La gorge à qui s'en sert si bien !
11. C L'estomacb affamé n*a poinct d'aureilles, il n'oyt goutte, i dit Rabelais (chapitre Lxm du quart lin«, tome II, p. 494}. — Le rieux Caton commençait par ce même proverbe une harangue au peuple romain qui demandait une distribution de blé. Voycs sa Vie dans Pluiwrqitey tome I, -p. 618, de la traduction d'Amyot (1578). — Chez Candidus (Weiss), le glouton tourne ainsi, dans sa réponse, le dicton populaire :
Mxplere ventrem euro^ non nuret^ ait.
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F. six] livre IX. 45 1
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FABLE XIX
LB BBRGER ET SON TROUPBÀU.
AbsteminSf ùh, 137, de Pattore gregem tuwn advenus Lupum horiatie. -— Thresor des récréations (Rouen, x6ii), p, aoQ-aio, Cest folie ^attendre Jtune chose plus que son naturel ne peut porter, -~ LodoTÎco Guicciardîniy Hore di riereoMtone (Paria, i636), p. 194.
Mjtkologia msopiea Nepeleti^ p. 588.
« L'objet de cette fable, dit Chamfort, me paraît, comme celoi de la pr^o^ente, d*ime assez petite importance. « Haranguez dt c méchants soldats, et ils s*enfuiront. » Eh bien ! c^est une harangue perdue. Que conclure de là ? Qu'il faut les réformer et en avoir d'antres, quand on peut, ou s'en aller, et laisser là la besogne. Cette fable a aussi le défaut de rentrer dans la morale de plusieura autres apologues, entre autres, dans celle de la &ble xx du XII* livre, fu*ost uê change pas son naturel, »
L'abbé Guillon fait remarquer, avec justesse, que « l'apologue ne borne pas ses leçons à oflBrir des préceptes de vertu ; il fronde les vices et les ridicules de la société. Or n'en est-ce pas un bien commun que cette vaine jactance de nos faux braves, que rien n'intimide, à les en croire, pourvu qu'ils soient loin du danger ? » Il aurait pu, de plus, en réplique plus directe à Chamfort, lui d^ mander où il prend, ce qu'impliquent aussi sa critique de la fable précédente (ci-dessus, p. 448) et celle de la fable x du livre X, que l'objet de la fable doit, pour qu'elle soit bonne, être important; et qu'est-ce qui interdit au fiJ>uliste de conduire à des fins analogues par des chemins diven. Dans l'apologue, tel que l'entend et le fiût la Fontaine, le chemin intéresse plus que le but. La fable ésopique est avant tout conseil de morale; la sienne surtout poésie*
« Qaoi ? toujours il me manquera Quelqu'un de ce peuple imbécile * !
i: Début ex abrupto^ qui d'abord exprime vivement l'indignatioli du Berger; puis, avec naturel et simplicité, sa douleur, par de gnn
45a FABLES. f. ziz
Toujours le Loup mVn gobera !
J*aurai beau les compter ! ils étoient plus de mille. Et m*ont laissé ravir notre pauvre Robin ; 5
Robin mouton, qui par la ville
Me suivoit pour un peu de pain.
Et qui m^auroit suivi jusques au bout du monde. Hélas! de ma musette il entendoit le son; Il me sentoit venir de cent pas à la ronde. i o
Ah ! le pauvre Robin mouton ! »
Quand GuiUot* eut fini cette oraison funèbre. Et rendu de Robin la mémoire célèbre.
Il harangua tout le troupeau, Les chefs, la multitude, et jusqu'au moindre agneau, 1 5
Les conjurant de tenir ferme :
Cela seul suffiroit pour écarter les Loups'. Foi de peuple d*honneur, ils lui promirent tous
cieux souvenirs et des traits de Traie et toucliante seosîbîlît^. — > imbécile peut bien avoir ici son sens français ordinaire ; mais la circonstance iait penser aussi au sens latin de faible et lâche. — C^est sans doute à Rabelais que la Fontaine a emprunte k ioeotion Robim mouton .* « Ha, ha ! dit le marchand à Panujqge, tous ailes veoir le monde, tous estes le ioyeulx du R07, tous aues nom Robin mouton. Voyez ce mouton la, il a nom Robin comme tous. Robin, Robin, Robin. <-- « Bes, Ses, Ses, Bes. d — Ô la belle voix ! » (Chapitre Ti du quart livre, tome II, p. ago.) On sait que robin^ qui signifie proprement, comme nom commun, terme de dénigrement, a homme de robe, d s*emploie comme nom propre dans certaines locutions (voyez, chez lAttré^ les deux articles Ronir); c*est sans doute sa robe de laine qui l*a fait appliquer au mouton.
9. Tel est aussi le nom du Berger dans la fable m du livre III, le Loup devenu berger. Le mot se lit dans plusieurs des contes, où il désigne des valets, des villageois.
3. On est tenté de se demander comment cela suffirait. Dans la fable d*Abstemius, ce ne sont point seulement des moutons, des brebis, que le Berger conduit, mais aussi des chèvres, et il rappelle à ces dernières, pour leur donner du courage, qu'elles sont armées de cornes, tandis que les loups n'en ont pas.
r. xiz] LIVRE IX. 453
De ne bouger non plus qu^un tenue.
« Nous voulons, dirent-ils, étouÂTer le glouton* ao
Qui nous a pris Robin mouton. »
Chacun en répond sur sa tête.
Guillot les crut, et leur fit fête*.
Cependant, devant qu*il fût nuit,
Il arriva nouvel encombre ' : a 5
Un Loup parut ; tout le troupeau s*enfuit. Ce n*étoit pas un Loup, ce n*en étoit que Tombre^.
Haranguez de méchants soldats :
•Ils promettront de faire rage ' ; Mais, au moindre danger, adieu tout leur courage; 3o Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.
4* Sans doute en le serrant, le comprimant entre eux, comme on a TU faire, dit-on, dana les préaux des prisons pour se débarrasser d*un compagnon suspect. — Mais c'est là plus qu*on n^attend d*enx. « La lâcheté, remarque Nodier, est volontiers fanfa* Tonne, et les dispositions belliqueuses de ces moutons rendront plus piquant le trait qui doit terminer le récit. »