LIVRE IX
Le docteur Netter conjecture que c*est k la demande de Mme de la Sablière que la Fontaine a traite ce sujet et mis en vers la théorie de Deicartet, dont elle partageait et aimait les doctrines, quHl doit SToir hésité d^abord à la satisfaire et pris la pliyne pour ainsi dire malgré lui. A Toir comme il s*acquitte de la tâche, il est bien difficile de croire qu'elle ne lui ait point agréé, qu'elle ne soit point de son choix. D'ailleurs Texcuse du Ters a4 : c Ne trouTez pas mauYais.... » ne suffirait-elle point à rendre la supposition inTrai* semblable ? (Teut-il pu, s'il y aTait eu lien, tenir à son amie, et de très-bonne grâce, un langage semblable à celui qu'il adresse à la duchesse de Bouillon, dans ces vers (lo-is) du Poème du Quinquina (chant I), dont le dernier fait allusion à ce discours-ci :
C'est pour tous obéir, et non point par mon choix. Qu'à des sujets profonds j'occupe mon génie, Disciple de Lucrèce une seconde fois?
Chamfort Ta moins loin, mais trop loin encore à notre aTis, quand îl dit, à propos du Ters a 8, que a c'est.... par une complaisance dont il ne se rendait pas compte, qu'il s'efforce d'être cartésien, c'est-à-dire de croire que les bétes étaient de pures machines. Rien n'est plus curieux que de Toir comment il cherche, par ses raisonnements, à établir cette idée, et comment son bon sens le ramène, malgré lui, à croire le contraire. » Nous croyons, nous, que Chamfort n'a pas bien compris la pièce, surtout quand nous le Toyons la qualifier, à l'occasion de l'apologue suivant (notre fable i du livre X), de « si confuse et si embrouillée. » Il était pourtant fiicile de reconnaître, ce nous semble, rien qu'à la lire attentiTement, que le poète ne nous fait pas voir du tout qu'il eût pris, soit aTec son amie, soit avec lui-même, l'engagement de plaider pour le cartésianisme ; il nous fait partout bien sentir, au contraire, que ce n'est point malgré lui, mais de propos délibéré, qu'il fait cet exposé de la théorie, en y joignant les objections du bon sens. La dissertation est très-entremêlée, à dessein sans aucun doute, et la manière, moitié délicate, moitié ironique, dont est fait le mélange le rend à nos yeux très-piquant. Nous croyons pouvoir appUquer à ce poème aussi le jugement, que nous citions plus haut (p. 390), de Saint-Marc Girardin : c'est un de ces morceaux philosophiques a qu'il aimait tant, qu'il faisait si bien, s M. Bouillier (p. x6i) le nomme, à bon droit, a admirable. »
Iris\ je Y0I18 louerois : il n'est qoe trop aisé ';
Mais Yoas avez cent fois notre encens refusé*,
En cela peu semblable au reste des mortelles.
Qui veulent tous les Jours des louanges nouvelles.
Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur, S
Je ne les blâme point ; je souffire cette humeur :
Elle est commune aux Dieux, aux monarques, aux belles.
Ce breuvage vanté par le peuple rimeur.
Le nectar** que Ton sert au maître du tonnerre**.
Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre, lo
Cest la louange, Iris. Vous ne la goûtez point;
D'autres propos chez vous récompensent ce point*':
7. Ce nom reyient plusieurs fois, avec même application à Mme de la Sablière, dans les écrits de notre poète : fable xt du livre XII, vers 8 et 35 ; autre Discours à Mme de Ut Sablière (1684); ëpStre à M. de Harlay (i685); lettre à Bonrepaus du 3i août 1687, où il est aussi question d*eneens, de louanges (tomes lf.-£. III, p. «67, 38o; V, p. x54-i56).
8. a Mme de la Sablière, dit Chamfort, était, en effet, une des femmes les plus aimables de son temps, très-instruite et ayant plusieurs genres d*esprit. Elle avait donné un logement dans sa maison à la Fontaine, qu'elle regardait presque comme un animal domestique; et, après un déplacement, elle disait : a Je n'ai plus, dans « mon ancienne maison, que moi, mon chat, mon chien et mon a la Fontaine», j» En même temps qu'elle rojait beaucoup l'auteur des fables, elle était, mais en secret, une des écolières du Csmeux géomètre Sauveur*. 1 '