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(Livre VIII, fable z.)
Il y aToit un Jardinier qui aToit employé toute sa tîc à faire des jardinages. Son jardin aembloit une image du Paradis. Le bonhomme, n'ayant point d*enfants ni de famille, prenoit plaisir à élever les arbres et les plantes de son jardin aussi soigneusement que des petits en&nts, et passoit ainsi ses jours dans cette solitude* A la fin, s*étant ennuyé d^étre seul, sans aucune société, il se résolut de sortir de son jardin pour chercher compagnie, et s'alla promener au pied d^une montagne pour rencontrer quelqu'un. Par hasard, il aperçut un Ours, dont le regard étoit capable de £ûre avorter les femmes. Cet Ours, ennuyé pareillement d*être seul, étoit descendu de la montagne. Aussitôt qu'ils s'entrertrent, ils eurent quelque joie intérieure Tun pour Tautre. Le Jardinier désira d'accoster POurs, et l'Ours se voyant abordé si franchement, fit le mdme; et, s'étants approchés l'un de l'autre, ils témoignèrent une grande consolation de leur rencontre. Le Jardinier fit signe à l'Ours de le suivre, ce qu'il fit, il le mena dans son jardin, lui donna des plus beaux fruits qu'il avoit gardés par rareté ; et ainsi se lièrent d'une étroite amitié. Toutes les fois que le Jardinier étoit las de travailler, il dormoit au pied d'un arbre, pour prendre la fraîcheur de l'ombre ; et l'Ours, pour la grande amitié qu'il lui portoit, demeuroit auprès de lui, et chassoit les mouches, de peur qu'elles ne l'éveillassent. Un jour le Jardinier se coucha selon sa coutume, tout fatigué, et l'Ours auprès s'amusoit à chaaser les mouches. Par hasard, une plus obstinée se vînt poser sur la bouche du Jardinier ; et autant de fois que l'Ours la chassoit d'un côté, elle revenoit de l'autre, ce qui le mit en telle colère, qu'il prit une grosse pierre avec dessein de la tuer, et ayant trop bien visé (pour ce pauvre homme), la jeta droit sur sa bouche, et lui écrasa la tête. C'est à cause de cela que les gens dVsprit disent qu'il vaut mieux avoir un sage ennemi qu*un ignorant ami*
(Llpre de* lumières ou la Conduite des Rois^ composé par le sage Pîlpay Lidien..., Paris, M.DC.XLrv, p. i35-i37.)
APPENDICE. 5o9