‹ ŒuvresChapitre 26 sur 224 · LE LION MALADE ET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE LION MALADE ET LE RENARD

Ésope, fab, 137, Âécov xa\ *AXc&in)(, Aicav voo&W xa\ 6i)p(a (Coi^Jf P* 7^ ^^ 79t P- ^3^1 *o^ quatre formes). — Babriiis, fab. io3, Â^ vooGW toi 8i)p(a. — Aphthonius, fab. 8, Faiuia Leonis^ horUmâ ut virtiis prmponatur maliiim* — Appendix fabiilarum «esopiamm, fab. 3o, Lto senex et Vidpes, — • Romulus, liYre IV, fab. la, ée Leone et Ftdpe, — Fadme, fab. 74, Léo et Vulpei, — Gilbeiti Go* gnati Narrationum *ylva^ p. ai, li» Vnlpe et Leone mgrotante, -—Marie de France, fab. 68, dou lion malade et dou Goupil, — Corrozet, emblème 54 , De f fiance non moins utile que prudence, — Haudent, i*^ partie, fab. i54, d'un Ljron et étun Regnard. — Hëgëmon, fab. 9, du Lyon et du Begnard, — Dans le recueil de Daniel de la Feuille (Amsterdam, 1694), i" partie, p. 33, se trouve une fable, mais trèsHDédioGre, sur le même sujet, intitulée du Léopard et du JKênard.

Mytkohgia mtopiea NeveUtî^ p. 199, p. 327.

Ce sujet, dont il existe des versions nombreuses et très-diverses, remonte k une assez baute antiquité. Les Grecs et les Latins, comme on le verra plus loin (note 4)* 7 faisaient proverbialement allusion. On peut voir aux pages 3 et 5 du Choix de fables de Vartan, publié par Saint-Martin en i8a5, comment Tauteur arménien, qui écrivait au treizième siècle, a modifié à la fois Taction et la moralité. H ajoute un personnage, la Cbèvre, servant de portier au Lion; il remplace le Renard par le Cochon; puis sa conclusion, assez inattendue, est que le Lion est la mort; la caverne, le tombeau; a et nous, dit-il, insensés qui ne sommes pas plus que le Cochon, nous savons que ceux qui meurent ne ressuscitent pas, et nous amassons continuellement. » Dans Tlnde, où nous trouvons la même fable, c*est le Chacal qui prend la place du Renard, et la différence de Paetion est encore plus marquée : vojez le Pantschatantra de M. Benfej, tome I, p. 38 1 et 38a, et tome II, livre III, conte xiT, p. a68 et 369. — M. Liotard nous apprend, p. a8 de sa brochure déji^ citée (au tome I, p. i54 et p. 335), que U lion malade et le Renard est, parmi les fables traitées par la Fontaine, une

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des trois que Ton rencontre dans U MéfdUêHÊmim dts frmttfols ei àt Imts 9ouMtf lirre de dialogues satiriques publie en i574, sous k nom d*Easèbe Philadelphe, mais attribue à Tbëodore de Bèze.

De par le roi des animaux,

Qui dans son antre étoit malade,

Fut fait savoir à ses vassaux

Que chaque espèce en ambassade

Envoyât gens le visiter, 5

Sous promesse de bien traiter

Les députés, eux et leur suite,

Foi de lion, très-bien écrite,

Bon passe-port contre la dent,

Contre la griffe tout autant S i o

L^édit du Prince s'exécute :

De chaque espèce on lui députe.

Les Renards gardant ' la maison.

Un d'eux en dit cette raison * :

« Les pas empreints sur la poussière ^ i s

f • c J*ai déjà obserrë que ces formules prises dans la soeiëtë des hommes et transportées dans celle des bétes ont le double mérite d^étre plaisantes et de nous rappeler sans cesse que c*est de nous qu'il s'agit dans les fables. » (Chahfoet.) — « La fable, dit M. Taine (p. 89), imite à l'occasion le style de la chancellerie et le rieux engage officiel, copie les passe-ports..., parle de défrayer

Les députés, eux et leur suite.

fl est Trai que le passe-port ne les protégera guère, et que les con- ▼iTes, an lieu de manger le souper, le fourniront. »

a. Gmnlemty au lieu de gardant^ dans les éditions de 1688 et de 1 708 .

3. Dans les fables grecques et latines, Faction a un tour plus yif. Le Renard approche de Tantre ; un dialogue s'établit entre lui et le Lion, et c'est au Lion même qu'il dit la bonne raison qu'il a de ne pas entrer. Un joli trait de ce dialogue, dans Babrius, est l'appel que le Lion fait à la petite vanité du conteur, du causeur :

4. Platon, dans U i"* Aieiiiade (chapitre xviii), emploie comme

46 FABLES. [w. xtw

Par ceux qui s'en vont fidre au malade leur cour, Tous, sans exception, regardent sa tanière ;

un proverbe, et sans rien qui sente la leçon monde, le mot du Renard. « Depuis peu, dit Socrate, Pargent de tonte la Grèce, et son- Yent même celui de IVtranger, entre dans Lac<$démone, et n'en sort jamais. Véritablement, comme dit le Renard au lion, dans Esope, je vois fort bien les traces de Taigent qui entre k Lacédëmone, mais je nVn vois point de Targent qui en sort. » (Traduction de V. Cousin, tome Y, p. 83.)Cest par une allusion semblable que la Fontaine lui-même a dit des grefïes où la justice ordonnait certains dépôts :

• •«. Le greffe tient bon Quand une fois il est saisi des choses ; C'est proprement la caverne au Lion :

Rien n'en revient ; là les mains ne sont closes Pour recevoir \ mais pour rendre, trop bien : Fin celui-là qui n'j laisse du sien.

{V Oraison Je saint /uHen, conte v du livre H, vers 341-346.)

— Nous voyons dans les fragments a-4 ^^ Urre XXX de Lacile, qu'il s'est aussi souvenu de cette fable du Renard et du Lion {Leonem mgrotum ae lassum), mais nous ne savons pas quelle application il a pu faire du récit, qui sans doute était complet dans ta satire :

Dedueta tune uoce Léo .* a Car tu ipsa centre Non vis hue?,.,

»- Qtdd sihi ndt^ quare fit ut intro vertus et ui te Spectent atque feront pestigia se omnia prorsus ? p

— Horace, en rapportant la réponse du Renard, étend allégoriquement le sens de la fable : il ne se laissera pas attirer au fond de cette caverne du vice ou de la folie, où se précipite le sot troupeau :

QitoJ si me populus romanus forte roget cur Non^ ut portieièus, sic judiciu fruar isdem^ Née sequar aut fugiam quts di&git ipse vel odit^ OUm quod Fuipes ssgroto coûta Leoni Rupondit referom : a Quia me vestigia terrent Omnia te odversum spectantiOy nulla retrorsum, »

(Épitre I du livre 1, vers 70-75.)

— Une allusion célèbre est celle qu'on met dans la bouche de Rodolphe de Habsbourgi Déclarant son intention de ne pas intervenir en Italie, où, depuis Othon le Grand, ses prédécesseurs avaient vu

f. ht] livre VI. 47

Pas un ne marque de retour * :

Cela nous met en méfiance.

Que Sa Majesté nous dispense : ao

Grand merci * de son passe-port ;

Je le crois bon; mais dans cet antre

Je vois fort bien comme Ton entre,

Et ne vois pas comme on en sort ^. »

te fondre tant d^armées impériales : a CVst, dit-il, la caverne du Lion, où l*on entre, mais d*oii Ton ne revient pas*. >

5. « Peut-être, dit Chamfort, ëtait-il d*an goât plas sëvère de s*arrêter là et de ne pas ajouter les vers suivants, qui n*enchérissent en rien sur la pensée. Cependant on a retenu les trois derniers vers de cet apologue, et c^est ce qui justifie la Fontaine. » Il n*ett nul besoin, crojron»-nous, de justification ; est-il nécessaire que toute addition enchérisse? Ici, comme en maint endroit, on peut dire hardiment, ce nous semble, qu*il est bon que le goût de Fauteur n*ait pas été d'accord avec celui de son trop fin critique.

6. Les anciennes éditions écrivent en un seul mot granmerey ou grtmmerey : voyez tome I, p. aga, note lo.

7. Dans le récit qui vient à la suite de Temblème de Corrozet, le Renard dit :

J*ay veu entrer une trouppe de bestes.... Je veoy les pas comme elles sont entrées. Mais non les pas comme sont retournées ;

et dans le quatrain lt de Benserade :

De ceux qui sVn vont là, dit-il, je vois les pas.

Et ne vois point les pas de ceux qui s'en reviennent*

• L'AUemaiid Fiichait, dans ta tradoetion libre da GargatUma (édition de i5Sa* chapitre xxxvii répondaat au xxxm* de Rabelaû, â la délibération de Kerodiole), eite cette réponse de Rodolphe et un aTertisiement donné, de la ■éme manière, par le Ion de Léopold d'Autriche, an conseil de guerre préparant un plan de campagne contre la Suisse. D'aprài nn passage dea jtimaieê en latin de Gérard de Roo (Halae Magdeburgicae, 1709), cité dans VBisloire d€ tm imaiâon J^ Autriche par William Coxe, traduction française, 1809, tome I, p. S6, Rodolphe aurait raeonté tonte la &ble, et Gilbert Consiii (Co> gnatns) dit de loi, dans sa Ifmratiamui» êjha (iSÔ^)* à la page citée daas la notice (plot haut, p. 44) : Solitut est,,,, kane jSso/n/abmlam recitaret

éÊÊm

48 FABLES. [r. x*

FABLE XV

L^OISKLBUR, L*AUTOUR, ET l'âLOUETTB.

Abttemiiii, fab. 3, de Aeeîpîtr^ Columham imtefutniê. ^ Handent, 9* partie, fab. 64, ^um E^reuUr^ iTime Colombe et tPwt Ojeelemr. — Verdizotti, fab. 86, deUo Spar9iero ehe seguha utta Colomba. — Le Noble, fab. $4 (tome I), du Fomon et de U Colombe, U pUge. (Il t*est répète dans ton conte 87, qui a pour titre de PÉmerillom et de POieeUor* Le woUmrjms»)

Mfthologim meopiea Ife^eleti^ p. 537.

CefC au trè*-eourt récit d^Abatemiot, terminé, comme le sien, par le mot tans réplique de TOiseleur à TAntour, que la Fontaine parait aroir emprunté sa fable : TÉperrier, poursuirant la Colombe jusque dans une ferme, y est pris par un yiUageois. Ce sujet a été traité, antérieurement k Abstemius, dans VTsopet l; il s*7 trouve d^abord développé en distiques latins par un vieil anonyme, pois amplifié encore par Tauteur français; le modèle et Timitation, également curieux, ont été publiés par Robert (tome II, p. 4<^47) * de NUo et Columba, « de TEsprevier et du Coulou ». Les deux acteurs principaux' s*7 répandent en discours de la plus natve invention. La Colombe, demandant grâce à TÉpervier, lui rappelle Tarcbe de Noé, où elle fut en ta compaignie^ et où elle rapporta le rameau ; elle lui rappelle aussi et le Saint-Esprit qui lui c prit ta forme ^ et Notre-Dame qui a été nommée par ton beau nom. Puis elle essaye des promesses ; elle lui en fait une odieuse :

Spondeo de pullis muntu hahert meit.

Un te promet de mes pijons.

Après rbiuer, quand vient li jons {Je jeune ^ le petit).

Elle finit par lui faire peur du roi des oiseaux, au tribunal duque ne manquera pas de l'appeler son maître le curé, qui depuis longtemps a fait amitié avec ce grand juge et Ta gagné par ses présents, L*Epervier, qui a aussi tqtprtt à Péeole mainte maxime et connaît teinte page^ nVst pas à court d^arguments :

Le bien que Dieu m'a enuoié

F. xyj LIVRE VI. 49

Ne fera ponr moi reni^ ;

En charité si a tel ordre,

Qa*ji soi se doit chascuns amordre {attacher)

Plas que autrui.

Il jure par la Dame miré et pueelie (la sainte Vierge) que sa cause est juste, qn*il a èomne querelle; il inroque le droit que Chamfort reoonnait à TAntour de la Fontaine, son droit d^oiseau de proie, et ▼a en user, quand le cure accourt, sauTe son pigeon et s'empare de l'Épenrier. La moralité contient un double ayertissement :

Le saige parlant nous oltroie Que le predeur deuendra proie.

Cilz qui a péris eschapé

Gard oit que puis ne soit hapë^....

Dans Tapologue d'Haudent, en TÎngt vers, cWt encore une Colombe que chasse l'Éperrier, mais c'est un Oiseleur qui le prend lui-même. — La Fontaine a remplacé la Colombe par TAlouette, et imaginé tonte sa mise en scène. — a Le défaut de cet apologue, dit Chamfort, est de manquer d'une exacte justesse dans la morale qu'il Tent insinuer. Ce dë&ut rient de ce qu'il est dans la nature qu'un autour mange une alouette, et qu'il n'est pas dans la nature bien ordonnée qu'un homme nuise à son semblable. De plus, l'Autour aurait pu manger TAlouette, quand celle-ci n'aurait pas été prise dans le filet. > Mais s'il est dans la nature qu'un autour mange une alouette, est-il toujours dans la conyention de la fable que les animaux suirent fatalement l'un contre l'autre l'instinct de leur espèce ? L'Autour aurait pu tomber sur l'Alouette ailleurs sans doute, mais déjà précisément

Elle aToit érité la perfide machine;

c'est lui, c'est le brigand qui, en s'achamant sur elle, s'est laissé entraîner sous les rets où il est pris. — Cette dernière circonstance, ce dénouement par l'interrentîon d'un oiseleur rengeant une victime innocente, rappelle seule une autre fable, qui se trouve dans Romulus (la v* du livre III, la xix* de V Appendice des fables isi^ pnipus versifié par Burmann, Luscinia^ Accipiter et Auceps), que la

I. Ait garde, prenne garde que dans la suite il ne soit pris.

!• DK lA FoiTTAim. II 4^*

5o FABLES. [f.

Fontaine a pu et dû lire dans l'Anonyme de Nerelet (p. 5ig^ n* 45, ^ Aeeipitre et Philomena), et qui a été imitée, diaprés celuici, en françaifl, dans VYsopet l de Robert (tome II, p. 38-39, du Rossinol et de POstoir)^ en allemand, par le Mianesinger de Zurich (n* 54). On a touIu également la rapprocher de cette fable xt du livre VI; mais le sujet est fort différent; rien, chez notre auteur, n'en est pris. L'Anonyme la raconte ainsi (quelipies dëtaib varient chez les autres) : Un Éperrier surprend le nid d'un Roiûgnol ; la mère Timplore ; qu'elle lui fasse entendre sa belle Toix, il épargnera sa couvée; Philomèle éperdue obéit; le bari>are écoute jusqu'au bout Tadmirable, la douloureuse chanson, puis, se déclarant mal satisfait, saisit un des petits ; comme il le déchire, le gluau d'un oiseleur s'élève lentement, l'atteint, et il expie sa cruauté et sa mauvaise foi.

Les injustices des pervers Servent souvent d^excuse aux nôtres • Telle est la loi' de F univers :

Si tu ueux qu^on {épargne^ épargne aussi les autres.

Un Manant' au miroir prenoit des oisillons. 5

Le fantôme ^ brillant attire une Alouette : Aussitôt un Autour, planant sur les sillons,

Descend des airs, fond, et se jette Sur celle qui chantoit, quoique près du tombeau'. Elle avoit évité la perfide machine, xo

Lorsque, se rencontrant sous la main' de Toiseau,

a. Telle est la çois, dans le texte de Walckenaer : aucune note n'indique l'origine de cette variante.

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