‹ ŒuvresChapitre 5 sur 224 · FABLES. [r. i bt ii · texte numérisé non relu

FABLES. [r. i bt ii

Un Pâtre, à se^ brebis trouvant quelque méoonte ",

Voulut à toute force attraper le larron.

Il s*en va près d'un antre, et tend à Tenviron**

Des lacs à prendre loups, soupçonnant cette engeance.

« Avant que partir'* de ces lieux, Si tu fais, disoit-il, ô monarque des Dieux, Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence.

Et que je goûte ce plaisir.

Parmi vingt veaux je veux choisir 3o

Le plus gras, et t'en faire offrande. » A ces mots, sort de Tantre un Lion grand et fort; Le Pâtre se tapit, et dit, à demi mort : « Que rhomme ne sait guère, hélas ! ce qu'il demande ^' ! Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau 35 Et le voir en ces lacs pris avant que je parte, Ô monarque des Dieux, je t'ai promis un veau : Je te promets un bœuf si tu fais qu'il s'écarte'*. »

la. Telle ett Porthographe des anciennes ëdltions ; nous la con- •enrons à la rime.

i3 On se cache, on tremble à Tenviron.

(Livre II, fable ix, vers i6.)

14. Littrë, à Tarticle Ataht, 8<», donne de nombreux exemples du tour apani que, devant 'infinitif, équivalant à apant que de» Dans la fable vi du livre VII, vers a6, nous trouverons : a Avant que de partir. 9 Devant que est construit également sans </«, au vers 8 de la fable xvi du livre VI.

i5. Faême place à la fin de la fable, comme morale (vers i3 el 14), ce que la Fontaine met ici dans la bouche du Pâtre :

Humana mens, ignora sortis abditm^ Nocitura smpe pro saluhrXhus petit,

16. Tihique^ inquit^ kmdum poveram^ aime Juppiter^ Si repperissem furem : opimum nunc bovem PoUieeorj ejus si manus evasero.

(Fabbbb, vers 10-11.) — Dans les fables grecques (Babrius excepté) et dans celle de Faéme, le Bouvier demande, non pas à prendre, mais seulement à trouver son voleur; Hégémon, qui leur a emprunté son récit, Ta

F. I ET u] LIVRE VI. S

Cest ainsi que Ta dit le principal autear :

Passons à son imitateur ^^. 40

rendu pins fnppuit, et il a ajoute à la dernière inrocation nn trait naif et plaisant : Tabandon de Tagneau au terrible larron, qui déjà >*en repaît. Le Pasteur, dit-il, se mettant, peu après son premier Tœo, a la recherche de Ta^eau dërobë,

TrouTa sur un cousteau penchant

Le Lyon à gueule bée, Qui le tenant le dcToroit, Et en fureur le regardoit ; Dont elTrajë, et en sueur,

Les mains au ciel vint estendre.

Disant : c O lupiter Seigneur,

Promis t*aTois nn Veau tendre....

Mais maintenant ie te promets

De t'ofTrir Bœuf et Génisse, Si de ta bonté tu permets

Que sain sauver ie me puisse De ce cruel Lyon (mais beau !) ; Et si luy donne mon Aigneau. »

17. « Cette fable et la suirante semblent être la même et n'offrir qu'une seule moralité. H y a cependant des différences à observer. Dans la première, c'est un paysan qu*on ne peut accuser que d'imprudence, quand il suppose que sa brebis n'a pu être mangée que par nn loup, n se croit assez fort pour combattre cet animal, et trouve à décompter quand il voit qu'il a affaire à un lion. U n'en est pas de même de la fable suivante. Celui qui en est le héros sait trèsbien qu'il va combattre un lion, et cependant il est saisi de frayeur quand il voit le lion paraître. C'est un fanfaron, qui l'est, pour ainsi dire, de bonne foi et en se trompant lui-même. Il convenait, ee me semble, que la Fontaine exprimiit cette différence, et donnât deux moralités diverses. Le paysan n'est nullement ridicule, et le chasseur l'est beaucoup. Je crois que la morale du premier apologue aurait pu être : a Connaissez bien la nature du péril dans

< lequel vous allez vous engager ; » et la morale du second : c Coni naiasez-vons vous-même, ne soyez pas votre dupe, et ne vous en

< rapportez pas au faux instinct d'un courage qui n'est qu'un pre-

< mier mcavement. 9 (Chamfort.)

6 FABLES. [f. i n ti

Fabuk II. — Ésope, fab. 17$, ÀsiXbç Kuvi)^^ wi Àpuoî6|AO{ (Conj, p. 108). — Babrius, fab. 9a, Kwii^bç dctX6c. — Gabriaa (Ignatius Magister), quatrain 36, IItp\ dtiXoG KuviiYot} ntà no((Aivoc (Coraj, même page 108).

Hfyiholpgia mtopiem NeptUti^ p. 934, P* ^75.

De Gabiias, qa*il nomme (p. 3, note 8) comme son guide, pour cette seconde fable, la Fontaine emprunte le personnage du Chasseur, le Berger, le Lion, et Tidëe, non la forme de la morale. Dans les diverses fables grecques (Ésope, Babrius, Gabrias), le Chasseur demande k un Bûcheron, ou à un Berger, de lui montrer les traces du Lion, et quand on lui rëpond qu'on va lui montrer le Lion luimême, il s'écrie, tout tremblant, qu'il n'a demandé à voir que les traces. De là le proverbe : a Tu cherches les traces du Lion, » xou AiovTO( f^vi) (T^ttrç, LeonU wettigia qumris.

Un fanfaron, amateur de la chasseï

Venant de perdre un chien de bonne race,

Qu'il soupçonnoit dans le corps d*un Lion,

Vit un berger : a Enseigne-moi, de grâce,

De mon voleur, lui dit-il, la maison, 5

Que de ce pas je me fasse raison. »

Le Berger dit : « C'est vers cette montagne.

En lui payant de tribut un mouton

Par chaque mois, j'erre dans la campagne

Comme il me plaît, et je suis en repos. » xo

Dans le moment qu'ils tenoient ces propos.

Le Lion sort, et vient d'un pas agile»

Le fanfaron aussitôt d'esquiver^ :

« O Jupiter, montre-moi quelque asile,

S'écria-t-il, qui me puisse sauver !» 1 5

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