Mort en
t. i] LIVRE VU. 89
de rjsne^ du Bagnard et du Loup, — Gueroult, le Premier dure des EmhUmes, p. 40, fable morale du Lyon, du Loup, et de VJtne, — Larivey, im loup, un Regnard et un Asne,,,, (dans les Facétieuses uaii* de Struparole, livre II, traduit en i573, fable i de la i3* et dernière nuit, édition Jannet, tome II, p. 34 1 et suivantes*).
Il y a une copie de cette fable i du livre VU dans un manuscrit de la Bibliothèque de T Arsenal (n* 654 1), qui fait partie des mannscrits de Traliage. Cest un recueil compose de toutes sortes de pièces venues de différentes sources. Elle porte le n* 96, et est an feuillet 118, au verso duquel elle est interrompue à ce vers :
L*état de notre conscience ;
la snite se retrouve an feuillet 119 r« et v<», mais d*une autre écriture, sur un autre papier, et avec ce double chiffre d*ordre : n^ 17», 173. Il est évident que cette seconde partie vient d*un autre manuscrit. A la fin de la fable, on lit ces mots et cette date : Pur Jf. de la Fontaine , i674* — Cest une des pièces traduites en latin qui sont au tome XIX des Œuvres de Fénelon (voyez cidessus, p. 85, notes 5 et a); elle se lit à la page 480, sous le titre : ÂnimuUa peste luhorantia,
CetI an treizième siècle et en Allemagne que se trouve pour la première fois écrite la tradition qui a inspiré à la Fontaine un de sea chefs-d*œuvre, « son chef-d'œuvre, » disent Chamfort et Saint-Marc Girardin (voyez p. 93 et 94). Le poème latin cité, le premier, en tête de cette notice* ne peut, suivant Grimm, avoir une date antérieure*. Le sujet de la « Confession du Loup, du Renard et de TAne » est la tout entier, et même développé avec intérêt, mais sans mesure, en 388 vers élégiaques. L'auteur, en divers
4. Larivey a substitué la fable de Bebel à une fable de Straparôle, qn^il a supprimée.
5. Il est bien juste de remarquer que Robert, en i8s5, avait déjà signalé, avec les autres sources (tome I, p. xxiii et xxiv, et tome II, p. 67), ce poème latin anonyme, intitulé Pœniteniiariusy dont il semble n'avoir vu qu'un extrait, ainsi que la fable de Trim* berg et l'ouvrage de Robert Holkot.
6. L*Ane y est deux fois appelé Brunellus, par allusion à un ouvrage de Nigellus Wirecker, remontant au commencement du treizième siècle, et intitulé Brunellus sipe Spéculum stultorum (Grimm,
p. CLXXXV).
90 FABLES. [f. i
endroits, semble avoir été bien près de Tagrandir Tëriublement, comme seul Ta fait, si bien et partout, la Fontaine : il motive la confession des animaux par Tapprocbe d*une fête et un décret de Jupiter prescrivant une pc^nitence générale ; il ne s*agit cependant pas d*un grand acte public ; on ne voit pas d'assemblée ; TAne est entendu et condamné à part par les deux hypocrites qui Tégorgent. De cette longue amplification, ou de quelque autre fonds commun, sinon du sien propre', Trimberg a su, vers le même temps, tirer une fable charmante, dont on peut exactement apprécier le mérite par celui de la fable d'Haudent (voyez V Appendice) \ celle-ci n'en est, pour ainsi dire, qu'une heureuse reproduction, qu'a seule rendue possible, sans doute, la traduction en prose latine qui avait été faite de l'original par Heinrich Bebel *, Larivey, à son tour, a traduit Bebel, mais plusieurs années après l'impression du recueil d'Haudent. L'insertion du PoMttentianus, au temps de la Réforme, dans un recueil protestant, suffit à prouver qu'on se plaisait à y voir une attaque contre les pratiques de l'Église ; les deux derniers distiques surtout (Grimm, p. 409) pouvaient se prêter à cette interprétation :
Imputas mansueta Lupi^ fraui cmliea yuipU
Sic Suivit reprohum, eompedUndo probum, Qtùs tergtt verbis quod mens accusât f Inamis
Sit proeui a rectis vos sine mente viris,
Trimberg fait suivre sa fable de ces réflexions : a Dans les couvents on peut voir encore de méchantes têtes rases (de méchants
7. Son traducteur de 1609, Bebel, nomme expressément Trimbeig comme auteur de la fable : Hujus fabulss autor^ Hugo seilieet TViin^ pergius^ egregius in çemacula lingua poeta; on n'en peut sans doute pas conclure précisément qu'il lui fît honneur de l'invention même du sujet. Grimm non-seulement dit que \e Pctnitentiarius lui parait être vraisemblablement antérieur au Coureur de Hugo de Trimberg, mais de plus il a placé dans son volume (p. 891 et 39a}, arant la Confesdon de ce dernier, une autre petite pièce en vieil allemand intitulée « le Pèlerinage », diu {die) Betevart ; ce récit^ sec et écourté, difïere de ceux du Pœnitentiarius^ de Trimberg, d'Haudent, et même de celui de Gueroult, qui a plus librement composé sa fable, par un petit détail caractéristique : l'Ane ne s'y accuse point d'avoir mangé la paille d'un sabot, mais d'avoir en passant arraché quelques brins k un chariot de foin : il y a dans un des sermons de Raulin un trait analogue.
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moÎMes) imposer de ces iniques pénitences. Qai n*a pas su se conôlier leurs bonnes grâces, ils le tourmentent à Tenvi, jusqu'à ce que, comme cet Ane, pour une peccadille, il perde et Tâme et le corps. Quant au Renard, il peut compter sur la faveur du Loup*. » Cette conclusion est curieuse à rapprocher de Inapplication qu^ont fiùte de rëcitfl analogues, en Angleterre, en Italie, en France, des th^logiens et des prédicateurs. Nous donnons à V Appendice l'extrait du sermon cité de Raulin sur la Confession *, où la fable est tout an long racontée, ou plutôt renouvelée par d'originales variantes. Voici un extrait plus court du sermon sur la Satisfaction, qui résume encore plus nettement et plus hardiment la leçon que le prédicateur ne craignait pas de faire entendre dans la chaire ; c'est bien aux juges spirituels, aux confesseurs qu'il parle de leurs iniquités et prévarications, réclamant d'eux moins d'indulgence pour les grands pécheurs endurcis et tout-puissants et un peu plus de mansuétude pour les scrupuleux et pour les pauvres pénitents : Me^arduM,,», semel audiêhat confeuionem Lupi; et audien$ ipsumpcenitemtla multas opes comedUse^ speraiu ah eo aliqtùd accipere^ dédit ei in pmmtentia dUere unum Pater noster. Judient autem Leonem^ et timens if simUUer feeit ; audiens wêro Asinum^ nuUtum bene castigavit eum.
8. Bebel, après cette conclusion générale : Sic equidem faeiunt po» ternies ei mmjore»; sunt sihi inncem faciUs et ignoteunt lepiter; suhdiiis muiem me infirwùoribui duri ei inexorabilet sunt^ ut bene novit Juvenalis in satire seeunda (voyez la note 3o et dernière, ci-après, p. loo), développe ensuite, d'après Hugo de Trimberg, dit-il, mais en réa* lité tout à fait à sa fant^sie, l'application beaucoup trop particulière qu'il fait de la moralité aux id)bés, à leurs assistants ou favoris et aux simples frères : Fulpe detignari cellarios et hos qui sunt ah offieiis manasteriorum constitutif qui contra Ahbatem nihil agunt ; Lupo pero Abbatem; et Asino signifieari simpliees fratres, qui in minimis mairlme peecant, dum modo superiores sihi invicem quam indulgentissime ignosemU, Handent et Larivey, après avoir fidèlement suivi Bebel, ne gardent que la conclusion générale et omettent l'application aux coavents. Voici la moralité de Larivejr : « .... Vw le Loup et le Renard s'entendent les grands, qui se pardonnans l'un l'autre tourmentent l'Ane, qui est le pauvre peuple, lequel porte le faix de leurs méchancetés, ce que Ju vénal, etc. s
9. n a été analysé par l'abbé Guillon, et en partie cité par Genoes dans son Histoire de Péioquenee,,., en France..,, pendant le seiMÎèma siècle^ 1837, p. ii5 et 1x6.
9^ FABLES. [p. I
Sic timplicet onerani; hommes çero tmeutt muiium aiteratos peeeaiU fa^ cîie absolvant^ a quihus timent vel tperant aUquid aecipere, Det fables fort semblables, appliquifes de même, se trouTent, aux endroits cités, dans le traité de Holkot et dans les sermons de Barleta ; quelques phrases inacheTées dans le récit, cependant assez détaillé, de ce dernier prouvent que l'orateur se réservait d'improviser d*antres développements encore *o. — Une version un peu différente est celle de Philelphe (d'après Baudoin ou Boissat). Les trois animaux se sont embarqués pour aller voir le monde; ils sont assaillis par une tempête. Saisis de peur, ils font chacun leur confession pour obtenir grâce de Jupiter. L*Ane, qui ne boit que de l'eau, quoiqu'on le charge de vin, qui ne mange que du son, quoiqu'il porte la farine, avoue qu'un jour, ayant fait glisser à terre sa charge, il a mangé un peu de farine répandue. Aussitôt Renard et Loup se jettent sur lui, et le précipitent à la mer. — On a voulu faire dériver toutes ces fables d'une source orientale. La fable indienne que l'on indique est une des plus belles, des plus profondément conçues et des mieux racontées; elle est k la fois dans le Calila et Dimna (Wolff, tome I, p. 78), dans VHitopadéf (M. Lancereau, édition de 1881, p. a53-a56, ie Zion, U Corbeau^ le Tigre ^ le Chacal^ et le Chameau)^ et dans le Panisehatantra (Benfey, pour le texte, tome II, p. 80 et suivantes, xi* récit du livre I, le Lioit^ ses ministres^ et le Chameauj pour le commentaire, tome I, p. i3o-a3i) : la Fontaine l'avait pu lire en substance dans le Lipre des lumières (p. x 18-199). En voici le sujet : Un Chameau échappé accepte la protection d'un Lion et s'établit près de lui, au milieu des verts herbages d'une forêt, heureux de se reposer, dans l'abondance, des misères de sa vie passée. A quelque temps de là, le Lion est blessé dans une lutte contre un Éléphant, et ne peut plus pourvoir à sa nourriture et à celle d'une Panthère, d'une Corneille et d'un Chacal dont il a fait ses conseillers et ses ministres. Affamés, les carnassiers convoitent bientôt l'ample provision que leur fournirait le corps du Chameau, et les ministres proposent au roi d'y recourir. Mais il a engagé la majesté de sa parole et il repousse
10. Nous n'avons relevé dans Menot qu'une allusion probable (4* férié après le 3* dimanche du carême, fol. 39, colonne 4» lign^ 10 de la fin) : a C'est, dit-il, une confession de Renard, » de Renard, non pas pénitent, mais confesseur.
w. i] LIVRE VU. 93
le menrtre avec indi^^natioii. On Faisure que le prot^[é lèvera loimène tout scrupule. Les trois courtisans sVntendent pour persuader au Chameau qu'il est de leur devoir de bons serriteurt, qu'il y Ta de leur honneur en ce monde et de leur félicite dans rantre, d'aller faire à leur maître Toffre de leur corps. Ils ront donc tons ensemble se prosterner devant le Lion, et les ministres, Pun après Tautre, conjurent avec lannes le Lion de conserver sa vie en prenant la leur. Le sacrifice est chaque fois refusé. Exalté par les beaux discours qu*il vient d'entendre, suffisamment rassuré au fond du cœur, le Chameau répète, à son tour, qu'il n'aspire qu'à la gloire de mourir pour son roi. Il est immédiatement mis en pièces. Le Chameau, aussi simple, mais moins candide que l'Ane (car il joue, lui aussi, comme les autres, la comédie du sacrifice et du dévouement), devient également la proie des habiles et des puissants. Mais l'intention principale de la fable est de faire voir comment des ministres artificieux réussissent à tourner le droit et la justice, et à fausser la conscience de leur maître.
« Ce second volume, dit Chamfort, s'ouvre par le plus beau des apologues de la Fontaine, et de tous les apologues. Outre le mérite de l'exécution, qui, dans son genre, est aussi parfaite que celle du Chêne et du Roseau, cette fable a l'avantage d'un fonds beaucoup plus riche et plus étendu ; et les applications morales en sont bien autrement importantes. C'est presque l'histoire de toute société humaine. Le lieu de la scène est imposant; c'est l'assemblée générale des animaux. L'époque en est terrible, celle d'une peste universelle; l'intérêt, aussi grand qu'il peut être dans un apo* I(»ue, celui de sauver presque tous les êtres, y
Hôtes de l'univers sous le nom d'animaux,
comme a dit la Fontaine dans un autre endroit (fin du livre IX, ÙUtowr» h Mme de la Sablière^ vers 333).\Les discours des trois prindpanx personnages, le Lion, le Renard et l'An^ sont d'une vérité telle que Molière lui-même n'eût pu aller plus loin. Le dénouement de la pièce a, comme celui d'une bonne comédie, le mérite d'être préparé sans être prévu, et donne lien à une surprise agréable, après laquelle l'esprit est comme forcé de rêver à la leçon qu'il vient de recevoir, et aux conséquences qu'elle lui présente.^» — Après avoir commenté la fable d'Haudent et celle de
94 FABLES. [r. i
Gneroult, qa*il trouTC (tome I, p. 269) paiement plusuite» et aignificatiTei (voyez V Appendice^ ou nous joignons à ces deux fkblet une partie de son commentaire), Saint-Marc Girardin ajoute (p. 179 et 373) : a Prendrai-je maintenant le chef-d*œuTre de la Fontaine.... pour le comparer aux deux yieilles fables? Tout est supérieur dans la Fontaine, et d'une supériorité d'autant plus remarquable que les deux fables du seizième siècle sont excellentes. Dans Haudent et Gueioult, les trois animaux se rencontrent, ici dans un pèlerinage, là par hasard. Pourquoi leur prend-il fantaisie de se confesser Tun à Pautre? Je n*en sais trop rien.' La Fontaine amène la confession des divers animaux d'une manière naturelle et dramatique. Les animaux sont attaqués de la peste :
Us ne mouroient pas tous, mais tous étoient frappés. \
Quel tableau d'une société désolée par la contagion I Vous -Souvenez-vous de la description de Thèbes en proie aussi a la maladie que les Dieux ont envoyée aux Thébains pour les punir de rindifférence qu'ils ont montrée à punir le meurtre de Laius ? Le peuple vient trouver Œdipe et lui demande de chercher les moyens de conjurer le fléau destructeur. [Mêmes malheurs et même douleur chez les animaux; de même aussi le roi c<mvoque son conseil pour chercher le remède aux maux de ses sujets.\» — Voyez encote le livre de M. SouUié (p. agS-Soo); et enfin l'étude plus récente de M. A. Joly, qui a pour titre : Histoire de deux fahle* de U Fontaine^ leurs origines^ leurs pérégrinations [Mémoires de C Académie nationale des sciences^ arts et belles-lettres de Caen, 1877, p. 399).
Un mal qui répand la terreur ", Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre**,
II. A L'auteur commence par le plus grand ton. C'est qu'il veut remplir l'esprit du lecteur de l'importance de son sujet, et de plus il se Drépare un contraste avec le ton qu'il va prendre dix vers plus bas. I (CuAMtoaT.)
la.'^ Ces beaux vers ont une analogie frappante avec ce passage d'Horace :
.... Neque Per nostrum patimur seelus iraeunda Jovem ponere fulmina. (Livre I, ode m, vers 38-4o.)
w. i] LIVRE Vir. 9$
La peste (puisqu'il faut Tappeler par son nom), Capable d^enrichiren un jour ^Achéron*^ V*i^. 5
Faisoit aux animaux la guerre.
Ils ne mouroient pas tous, mais tous étoient frappés ^^ :
On n'en voyoit point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excîtoit leur envie *' ; i o
Ni loups ni renards n'épioient
La douce et l'innocente proie ;
Les tourterelles se fuyoient :
Plus d'amour, partant plus de joie**.
Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis, 1 5
Je crois que le Gel a permis Pour nos péchés *^ cette infortune.
i3. Dans les exemplaires de premier tirage de 1678 on lit : Capable d'enrichir un jour TÂchëron.
La correction a été faite sous presse. — Sophocle (Œdipe rd^ ▼ers 3o) s'est servi d'une expression semblable.
« Le noir Platon s'enrichit de larmes et de gémissements. »
14. Mme de Se vigne a cité et gaiement appliqué ce vers, tome VI, p. 85, lettre du 10 novembre 1679.