‹ ŒuvresChapitre 58 sur 224 · Rinc Imtis vitidi vtUgo moriuntur in herbis · texte numérisé non relu

Rinc Imtis vitidi vtUgo moriuntur in herbis

Et didees animas pUna ad prmsepia reddunt,.,, Labiiur infelis stûdiorum, atque immemor herùm^ Fietor equut^ fontesque aperittur,,,.

(ViAGiLK, GiorgiqueSy livre III, vers494''49^) 49^499*)

16. a Quel vers que ce dernier! et peut-on mieux exprimer la désolation que par le vers précédent :

Les tourterelles se fuyoient !

Ce sont de ces traits qui valent un tableau tout entier. » (Chax-

fOET.)

17. L*abbé Guillon fait remarquer qu'un autre aurait dit : pour

96 FABLES. \w. i

Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux; Peut-être il obtiendra la guérison commune. %o

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements'*.

Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, s s

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avoient-ils fait? Nulle offense ; Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense 3o Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse '*•

nùs forfaits^ mais que nos péchés a quelque chote de plus dëTot et de plus humble, ce qui convient mieux au rôle que joue ici le Lion, et, ajouterons-nous, rappelle bien le tour tout chrétien donne, mainte fois, à cet apologue, dans les versions antérieures.

i8. Allusion a la mort volontaire de Codrus, à Athènes, d'Aristodème, en Messënie, etc.

ig. « n parait, dit Chamfort, par le discours du Lion, qu'il en agit de trè»-bonne foi, et qu'il se confesse très-complètement. Pourtant, après ce grand vers :

Même il m'est arrivé quelquefois de manger,

remarquons ce petit vers :

Le beiger.

I| semble qn*il voudrait bien escamoter un péché aussi énorme, s Et, remarque souvent faite, comme le grand vers, amenant lentement le gros aveu, et prononcé, on le sent, avec un hésitant embarras, fait un habile contraste avec le petit vers jeté à la suite, vivement, on ne le sent pas moins, et en toute hâte ! — M. Taine, qui, sons la figure du Lion, vient de montrer le despote déjà endurci dans ' amour de soi, interprète ainsi ce discours (p. 87 et 88) : « Quand

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-^ Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse. 3 5

Eh bien! manger moutons, canaille, sotte espèce*, Est-ce un péché**? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur, En les croquant, beaucoup d*honneur" ; Et quant an berger, Ton peut dire Qu*il étoit digne de tous maux, 40

la maoTute fortune le force à consulter les antres, il fait un beau discours sur le bien public, et ne songe qu^au sien. La peste est Tenue, il faut <pi*un animal se dëvoue. Ses sujets sont maintenant c SCS chers amis, a et il fait sa confession gënërale. « Il ne veut « point se flatter, d U regarde a sans indulgence Tëtat de sa con- « science, » qui certes n*est pas peu chargée. U y.trouve toutes sortes de meortnss, des moutons mangés, pauvres bétes innocentes, et c le berger IniHaaéme o englouti avec le reste :

Je me dévouerai donc, s*ii le faut.

Quelle abnégation I quel oubli de soi ! Mais la vertu même reçoit des tempéraments, et Toffre aura quelques restrictions. Il s*arrête à ce moment, change de ton, regarde autoup de lui pour qu'on le comprenne : a Je pense.... » Nous y yoilàl Le Roi cherche un âne, et invite les courtisans à le trouver; politique achevé, il est resté tyran et est devenu hjpocrite.'J»

30. Voyez ci-après, p. 11 5, la fable v de ce livre VII, vers i3.

II. Un fabliau du Cattoiement^ intitulé Marian^ dont un fragment est inséré au tome IV, p. 9$, des Fabliaux ou Contes^ traduits ou extraits par Legrand d*Aussy (Paris, i^^g), nous fait passer du monde des bétes à celui des hommes, a Un roi turbulent et ambitieux 9 a convoqué un parlement de clercs et de laïques, et exprime la crainte que les longues guerres qui épuisent son royaume ne soient la punition de ses péchés, a Les ecclésiastiques parlèrent les premiers. Loin de rien trouver de répréhensible dans la conduite du tyran, il ne leur parut, au contraire, qu^un prince juste et humain, etc. »

as. C*est un peu, sous la forme comique, ce que Virgile fait dire à Énée lui-même, au moment où il vient de tuer Lausus :

Hoe tamen mfelix miseram soiahere mortem : Mnem magni dextra etuiis,

{Enéide j livre X, vers 839 et 83o.)

J. DS LA FoiTTAnni. II 7

^8 FABLES. |r. i

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire. »

Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d'applaudir ''.

On n'osa trop approfondir Du TigrCf ni de TOurs, ni des autres puissances, 4 5

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples matins. Au dire de chacun, étoienl de petits saints. L'Ane vint à son tour, et dit : « J'ai souvenance**

Qu'en un pré de moines passant, 5o

La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant, «

93. M. Taine cherche et montre ainsi les ressorts de l*éloqaenoe du Renard courtisan (p. 99 et 100) : a Ce n*est rien que de les louer (Us rou)\ il faut leur prouver qu'ils le méritent. Tout est perdu s'ils soupçonnent qu^on les flatte. U faut que le flatteur les conyaînque de sa sincérité et de leur vertu. Il faut qu'il s'emporte, que son zèle le mène trop loin, qu'au besoin il ait Tair de désapprouver le Roi, d'être entraîné par la vérité jusqu'au delà des convenances. « Le Roi est trop bon, ses scrupules font voir trop a de délicatesse. » L'orateur prend les sentiments royaux contre les croquants, c cette canaille, cette sotte espèce, d Un vilain est un instrument de culture, comme les moutons sont des magasins de côtelettes, rien davantage ; ^on a leur fait beaucoup d'honneur, » quand on les appelle à leur emploi. Le voici qui trouve mieux encore : après l'argument aristocratique, l'argument philosophique; le panégyriste improvise une théorie du droit et une réfutation de l'esclavage; il attaque éloquemment le berger qui s'arroge sur les animaux a un chimérique empire. » Ainsi parie un orateur de la couronne. « Quand vous voudrez revendiquer une province, « disait le grand Frédéric à son neveu, faites provision de troupes : c vos orateurs prouveront surabondamment vos droits. » — Aimé- Martin a remarqué que, par un dernier artifice, passionnant tout l'auditoire, le Renard se tirait de l'embarras de faire sa propre confession : vojez V Étude critûfue de la Fontaine et de ses commenta' teurSy en tête de l'édition des Fables (Lefèvre, 184$, p. ix).

a4- Nous trouvons le même mot, marquant un temps plus lointain que souvenir^ dans fOraison de saint JuUen (conte t de la II* partie), vers 363.

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Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n'en avois nul droit, puisqu'il faut parler net'*. »

A ces mots on cria haro*' sur le Baudet. 55

s5. « Pesons, dit Chamfort, chaque circonstance de la confession de TAne :

J*ai souYenanoe' (/«i fauiB est aneiemm») QuVn un pré de moines passant,

il ne faisait que passer; Tintention de pêcher n'y était pas; et puis c un pré de moines, s la plaisante idée de la Fontaine d*aToir choisi des moines, au lieu d'une commune de paysans, afin que la faute de TAne fût la plus petite possible, et la confession plus comique 1 » Chainfort s'arrête là; Tabbé Guillon, poussant plus loin son analyse, commente chaque mot : a Ia faim: on pardonne tout à ce besoin ; il maîtrise, il entraine. Voecasion : on est faible, on se laisse aller; mais on n'est pas pour cela un pervers ; et puis, occasion n'est pas habitude. Vherbe tendre^ ce don du ciel et de la rosée, invite à en goûter ; on ne tient pas contre un semblable attrait ; et pourtant il n'eût pas succombé sans l'impulsion d'un génie malfaisant : £/, je pense, quelque diable aussi me poussant; or le moyen de rÀister à une influence au-dessus de la nature? Avec tout cela, voyons encore quels ravages ont suivi ce concours de tant de cii^ constances.... Je tondis. Tondre n*est pas attaquer le pied; c'est le

Luaatriem segetum tenera depascit in herba

de Virgile (Géorgiques^ livre I, vers ni). L'herbe ainsi tondue se répare bientôt.... Après tout, combien donc en a-t-il mangé? la largeur de ma langue; et voilà tout son délit. »

s6. a Hako, cri que l'on fait sur une personne, sur son cheval, etc., pour l'empêcher de faire quelque chose, et l'obliger de venir devant le juge. Ce cri n'est en usage qu'en Normandie. » {Dictionnaire de C Académie^ 1694*) On trouvera dans le Dictionnaire de Littré les conjectures auxquelles a donné lieu Tétymologie dou~ teuse de ce mot. Voyez aussi le Foeabulaire pour les Œuvres de la Fon^ ttâne, de M. Lorin, p. i3i-i3a ; et un article de M. Baude, Bévue des Deux Mondes du i5 décembre 1861, p. 797.

e Relerant ce ternie « de vieux langage », l'abbé Batteax loi trouve îei une hannonie toote particuUère : « SouvenancSy dit-il, est on mot qui te prononce moitié dn nex, et qn*on ne trouve pas mal dans la bouche d'un ftne. » Battenx a racheté cette remarque par la suivante, qui est ingénieuse et juste : « L'Ane était imioeent, mais, peut-être honteux de le paraître, parce qu'il l'eût paru seul, il dierdie daiM ta mémoire, et enfin il dit : « J^al aouTcnanoe, etc. • (Priacipes de la littérature^ n, de VApoUgne^ tome II, p. 59, 1764.)

loo FABLES. [r. i

Un Loup, quelque peu clerc '\ prouva par sa harani^e

Qu'il falloît dévouer" ce maudit animal.

Ce pelé, ce galeux, d où venoit tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable **.

Manger Therbe d*autrui ! quel crime abominable ! 60

Rien que la mort n*étoit capable D*expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous ren<iront blanc ou noir

17. Cltre ici se prête aux deux sens anciens donnes par Pnretîère, de « savant 0 et, en termes de Palais, de a scribe chez les gens de justice. » Chamfort dit, réunissant la double acception : u VoiU la science et la justice aux ordres du plus fort, comme il arrive, et n'épargnant pas les injures. » — M. Taine (p. 146) voit dans ce Loup Tavocat sans conscience devenu magistrat servile, « Tavocat qui a pris ses grades, et tient boutique de démonstrations, injures, amplifications, exclamations et mouvements d*indignation. Il s^échauffe, il s'enroue, il s'élève au style sublime, il assène les injures populacières, le tout pour un os, c^est-à-dire pour des gages. Le Loup est procureur du Roi, appelle TAne « pelé, galeux, » demande la tète du coupable, et veut sauver la société. »

18. Devovere^ Timmoler comme victime expiatoire. 99. Mme de Sévigné a cité ce vers, en l'altérant un peu, dans une

lettre du 19 novembre 1679, tome VI, p. io3«

3o. a Non-seulement les jugements de cour, dit Chamfort, mais les jugements de ville, et, je crois, ceux de village. Presque partout, y ' '^ ^ ' ^' l'opinion publique est aussi partiale que les lois. Partout on peut

' ' ' dire comme Sosie dans V Amphitryon de Molière :

\ ^ Selon ce que l'on peut être,

^ • '^ Les choses changent de nom*. »

On peut rapprocher de cette conclusion le vers 63 de la satire ti de Juvénal, vers dans lequel Bebel a résumé la moralité de la fable :

Dat veniam earvh^ pexat censura eolumbtu,

• Cet denx Ters ne se tronvent point dans Ampkitrjraa ; pent-étre Chamfort, ettant de mémoire, les «•t4I enofbndat avee les Ters SSg-l^a, qui expriment nne pensée analogne, mais plop v«Msine encore de eelle des vers 55-58 de la fable in da livre XI.

F. nj LIVRE VII. roi

FABLE II

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