‹ ŒuvresChapitre 68 sur 224 · LES SOUHAITS · texte numérisé non relu

LES SOUHAITS

La source de cette fable paraît bien être Tun des contes des Pa-rméoUi Je Sendahar, Ce roman hébreu et le roman grec de Syniipat ont reproduit plus ou moins directement un original indien, le Livre et StmJèmei^ aujourd'hui probablement perdu*. Le Syntipas n*a été impriiué que dans notre siècle', et il est à peu près certain qu^il n'a pu être connu de la Fontaine. Le texte hébreu des Paraholes de SeiMUèar^ au contraire, avait été quatre fois imprimé à Constantinople et à Venise (la dernière en i6o5); il n'était certainement pas lettre close à Paris; on sait même que Gaulmin en avait fait une traduction latine, et, bien qu'elle soit restée inédite^, quelque copie avait pu être communiquée au fabuliste; on peut croire que la lec-

I. Dans les deux textes de 1678, cette fable est numérotée t, et les suirantes ti, yii, tut, etc., parce que les fables iv et v 7 sont réunies sous un seul numéro, iv. Voyez la note i de la fable iv.

a. Voyez la seconde partie (Sendabad, p. 80 et suivantes) de VEuai sur iet fabUt indiennes de Loiseleur Deslongchamps ; Beiifej, tome I, p. 38 et suivantes ; et la Notice de M. Mesnard sur George Dmdin^ dans les OKueres de Moiière, tome VI, p. 48a et 483. Il y a au V* livre du Pmntsekatantra un conte (le vin*, tome II, p. 34 1 9 de Benfej) dont semble être sorti, par exagération, celui des Paraboles et du Syniipas : voyez encore Loiseleur Deslongchamps, p. 54 et 5S, et Benfey, tome I, p. 496.

3. La première édition, d'après deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, en grec ancien, a été donnée par Boissonade en 1818 : de Sfntipa et Cyri filio AndreopuU narratio. Une version en grec vulgaire avait été publiée à Venise en i8o5.

4- Un exemplaire de l'édition de Venise i6o5, dit Loiseleur Deslongchamps (p. 83, note a), c ayant autrefois appartenu à Gaulmin, et chargé de notes de son écriture, se trouve aujourd'hui dans la Bibliothèque royale.... Il existe aussi dans le même établissement un manuscrit des Paraboles de Sendabar^^ venant également de

*Cest Tanctea a* 5i0, le n« actael laSa du fonds hébrcn de la Bibliothèque nationale.

iio FABLES. [w. Ti

tnre du Lhre des lmmî?res^ qn^îl iTut a Hen fa mettre à profit, lui arait donné qnelqne corioaité pour les antres hiftoîret orientales. Voiei le eommenoement du conte héfaren des TYois SomMmits^ tel que Fa fidèlement tradoit de nos jonn M. E. Caimol/* : il contient la donnée principale et a même arec le dâmt de la Fontaine on trait de ressemblance asses frappant : c U jr awt on homme auprès auquel était un Démon. Aussi longtemps que ce Démon habitait en lui, tous ceux qui araient perdu qudque chose, ou qui possédaient quelque objet chéri en pays lointain, venaient le consulter, et le Démon leur fiûsait roir tout ce qa*ib demandaient. Pendant ringt ans, ce Démon posséda notre homme, et Phomme rivait par ce moyen richement. Or, un jour, le Démon lui dit : c Le roi des s Démons m*a ordonné d*aller dans une autre contre, et je ne a reriendrai plus chez toi; c*est pourquoi je veux t*apprendre « comment, au moyen de trou formules, tu pouiras obtenir de < ton dieu Taccomplissement de trois souhaits que tu fonderas : c tout ce que tu désireras, il te l'accordera, a Et il lui apprit les trois formules. » Le Démon des PormboUs est d*nne autre nature que le Follet de la fable française; il s*est logé dans le corps de rhomme, qu'il enrichit ; pub, cela fait, il part et s'emploie à un autre senrice*; mais son zèle et sa largesu au départ sont les mêmes; il faut remarquer l'ordre de son roi qui l'appelle dans une autre contrée : ce détail n'est pas dans le récit, d'ailleurs presque identique, du Syntipas^\ il se retrouve dans celui de la

Gaulmin.... Gaulmin avait fiiit une traduction latinedes PmraMes..., Groddéckins, qui connaissait ce travail, avait annoncé l'intention de le publier, ce qui n'a pas e« lieu. >

5. ParaboUs de Sendahar sur Us ruses des femmes^ traduites de l'hébreu.... par E. Carmoly, P. Jannet, 1849, p. i«3. a Je me suis proposé avant tout, dit le traducteur à la fin de sa Noiiee histarique^ p. 48, de suivre le texte le plus littéralement qu'il m'a été possible. » — La date la plus récente que l'on puisse, d'après Loisdeur Deslongchamps (p. 83), assigner à l'original hébreu est la fin du douzième siècle.

6. Le rôle du Follet de la Fontaine, qui n'a rien de la malice de la fée Mab de Shakespeare, rappelle surtout celui des Petits hommes {Mànnlein^ Mànnehen) de certaines traditions allemandes : voyez, par exemple, le n« 3g des Comtes des frères Grimm, i* récit.

7. Voyez p. 84 et 85 du texte de Boissonade. — Il existe encore du roman primitif, sous le titre d* Histoire,,,, des sept pizirs.

p. vij LIVRE Vil. lai

Fontaine. La tnite de rbittoîie dans les deux romans hébreu et grec (et aussi dans rimitation arabe qu'indique notre note 7) se refuse à Fanal jrse * ; les souhaits sont du grotesque le plus ëhontë et le plus absurde, dont s*est cependant encore accommode (malgré la substitution, pour les singuliers prestiges à opérer, d'un saint à un démon) Fauteur du vieux fabliau intitulé Ui QtMire Souhmiê mmi Martin^ n Pour remplir le cadre analogue de sa fable %^^ ion FUmim ^mi priât tm FoUt^ Marie de France (tome II, p. 140i4s) *^ a imaginé d'autres joyeusetës, qui sont, il est yrai, plus acceptables, mais des plus communes. La Fontaine, dans son éléginte composition, a singulièrement releré le sujet. Tout son récit lui appartient bien en propre. Quant à ce qui en fait le fond moral, la leçon, le conseil qui en sort, Rabelais Farait développé en des pages pleines de rerre, dont on ne peut guère douter que notre poète se soit inspiré. Cette idée de la nécessité imposée aux hommes de borner leurs désirs, et du ridicule, de la folie des Tœnx ou la plupart se laissent aller, remplit presque à elle seule

une imitation arabe qui contient également les Trou Souhaits; nous n*en avons pu voir ni la traduction anglaise, ni la traduction allemande mentionnées par Loiseleur Deslongchamps (p. 89, note i, et p. i3a, note i); le texte d'ailleurs n'a été apporté qu'aues récemment en Europe. La célèbre Historia septem sapientum Romte^ qui dérire des Paraboles ds Sendahar^ ne renferme pas ce conte.

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