‹ ŒuvresChapitre 72 sur 224 · LA COUR DU LION · texte numérisé non relu

LA COUR DU LION

Phèdre, lÎTre IV, fob. i3, Lbq regmans, — Romulus, livre III, £ab. «o, jr/jm iitrt. — Gueroult, à la fnite de Femblème 1 1 (p. 3 1-33), du Lyom^ du Regnard^ et de la Brehu, •*- Jacques Régnier, Apologi Pkmdru^ 1^ partie, fidi. 33, />o, Jsi/uis^ Lupus ei Fuipes»

Mjtkoiagiu maopica Ne^eUti^ p. 435.

Mme de SéTignë parle de cette fable dèt 1674 ; dans sa lettre du sa WÊtâ de cette année (tome III, p. 4o8), elle écrit au comte de Grignan : « Voilà une faUe des plus jolies ; ne connoissezr-Tous personne qui soit aussi bon courtisan que le Renard ? n

On n*n que le début de la fable de Phèdre, neuf vers, huit seulement d'après Nevelet et plus d'un éditeur après lui, qui ne regardent pas le neuvième comme étant là à sa place. Ces rers ne contiennent guère que la morale et Texposition ; on peut supposer que le Bomuius nous a conservé le reste, quant au fond. Là le Lion, inaugurant son règne et roulant se fiûre un renom de justice, promet solennellement de réformer ses goûts sanguinaires; mais bientôt, incapable de dompter sa nature, et voulant revenir à son ancien régime, il imagine une question captieuse qu*il adresse aux animawx sor Todeur de son haleine ; qn*ils répondent oui ou non^ ou se taisent, ils sont invariablement dévorés. Interrogé à son tour, le Singe croit se sauver par une flatterie énorme, dont d*abord le tjran demeure comme confondu, ttlais, plus tard, le Lion se ravise : il feint de tomber en langueur, et les médecins conseillant quelque mets léger qui puisse réveiller son appétit, il déclare que la chair du Singe, dont il n*a pas encore tàté, aurait sans doute cet effet'. — Gueroult a pent-étre fourni à la Fontaine son

I. Cette croyance que le lion malade trouvait dans le sang léger du singe un excellent remède apéritif, auquel il recourait d'instinct, appartient bien à Pantiquité : voyez Pline Tancien, livre VIII, S 19; et Élien, Hisioires diverses ^ livre I| S 9* "~ Boire le sang d'une guenon ou d'un renard le guérit de la fièvre, dit J. Régnier.

ia8 FABLES. [f. tii

introduction : c'est aussi chez lui un ëdit de conrocation qui rassemble les animaux ; le Lion les consulte sur le rice de son haleine, qui, à ce qull Toit, le rend odieux ; il ordonne à la Brebis d*approcher, et d*en dire son ayis ; elle n^a pas fait mine de répondre qu^il jette sa griffe sur elle ; le Renard, interpellé ensuite, s*excnse, alléguant un grand mal de tête et la perte de Todorat; et c'est toute la fable, arec cette lâche moralité :

Cecy nous est un exemple notable

Que quelque foys dissimuler il faut

Du Roj cruel le Wce et le deffaut,

Pour n*esmouToir son courroux redoubtable.

Chez Jacques Régnier, le Lion, qui rient de se repaître d*un corps mort, interroge successirement, aussi sur son haleine, un Ane, un Loup et un Renard; il fait expier au premier sa bonne foi, au second son impudent mensonge, et laisse aller Tautre qui a esquÎTé la réponse. Ni Gueroult, ni Régnier, ni la Fontaine n*ont proba* blement connu la fable de Romulus, et chez la Fontaine lui-même la matière semble appauvrie. Au contraire, dans une fiible, en prose latine, du moyen âge, que Robert a publiée (tome II, p. S6i et 562), et dans la fid>le toute semblable de Marie de France (n* 37, dou Lions qui en autre pais pâli eonçerser^ tome II, p. i85- 194)9 le sujet de Romulus a été complètement approfondi et déreioppé ; l'action en est compliquée de la façon la plus intéressante : c*est tout un drame inspiré par les sourenirs de Thistoire ; une circonstance j est d*abord tout particulièrement significative : la bête scélérate qui gouvernera, le Loup, est élue par les animaux eux-mêmes, et pour Tunique motif qu*il sera fort contre leurs ennemis; ils lui demandent un serment, connaissant sa félonie; de là aussi sort, au lieu de la moralité, à tout le moins petite et frivole, de la fable moderne, celle-ci qui contient une vraie leçon de morale et de politique : ... . Monet sapiens hominem nequam muliatemus ad dominandum debere admiiti. Taiis enim promissiones quasUkei parvi pendenSj suam tantummodo eonabitur assequi poluatatem.

Pur ce, li Saiges mustre bien

Que um ne deit pur nulle rien (nulle ekase)

Felun humme fere segnur

Ne traire le à haute honur :

Jâ ne gardera loiauté

Plus à Testrange k'au privé....

F. ^i] LIVRE VII. lag

Saint-Marc Girardîa, dans ea m* leçon (tome I, p. aiS-aaa), après aroir cite la fable du moyen âge et celle de la Fontaine, donne la préférence à la première, et appuie son sentiment de raisons excellentes, tour à tour fines et élerées. Nous donnons ce morceau dans VApptndies de ce volume, à la suite de la fable latine, et nous nous bornons à reproduire ici ces réflexions finales (p. aai et aaa) : « Ce qui fait surtout que je préfère la fable du mojen âge à celle de la Fontaine, c*est la moralité. La moralité de la foble de la Fontaine n*a rien de grave et d^éleré :

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire....

n n*y a là qu*un conseil de prudence. Les courtisans sont avertis d*ètre circonspects et réservés en face de la mauvaise humeur du despote, tandis que, dans la fable du moyen âge, les conseillers lâcbea et menteurs sont censurés et punis; Phomme enfin est en« courage & croire que la fermeté et la justice sont, non-seulement la plus honorable, mais aussi la plus sûre manière de défendre sa vie. a — La moralité de Phèdre (vers i-3) a aussi plus d*élévation que celle de la Fontaine ; le pofite latin recommande aux hommes la sincérité, fout en reconnaissant qu^elle leur est so|ivent funeste :

Vtiimt homimi mhil est quam reett lofui; Prohmtdm ewtetis est quUfem tententia :

Sed ad pemieiem saUt agi sinceritas,

G>mparez encore la fable i de ce livre VII.

Sa Majesté Lionne' un jour voulut connoitre De quelles nations le Ciel Ta voit fait maître.

n manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature, . Envoyant de tous les côtés 5

Une circulaire écriture*

Avec son sceau. L*écrit portoit

a. Libre et ingénieuse formation d*adjectif.

3. Littré cite Voltaire, qui, dans sa correspondance, en 1767 (tome LXrV des OEuvres^ p. 477)^ disait encore uma lettre eireulaire^ et non, comme on a dit depuis et comme nous disons d'ordinaire aujourd'hui, une eitcuUùre^ substantivement.

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