Voyez ci-dessus, p. 8r, note
6. En appendice au premier volume de V Histoire de Michel Pthliologue^ par Georges Pachymère : voyez Loiseleur Deslongchamps,
p. a4i i^ote 4*
7. Voyez, par exemple, dans le second des Deux livres de filosofie fabuleuse de Pierre de la Rivey, Lyon, 1679, p. 319-
« Sermouesvmlgares domini Jaeobi Fitrie«uis Tmsemlamemns episee^y àmn% le maAttwrit Utin 17589 de la Bibliothèque nationale.
». x] LIVRE VII. 147
nnoes ; entraîne par un premier calcul, il accnmule dans sa tète des profits toujours grossissants; mais ce songeur est un Brahmane ou un Moine mendiant, secrètement tourmenté de bien des conroidses, et dont Timagînation est de force à s^ enrôler, de la contemplation d'un peu de riz, d*huile ou de miel, à la conquête de toutes les magnificences asiatiques. Aussi est-ce ailleurs que la Fontaine a pris ridée de sa paysanne au pot au lait et aux rœux modestes. Nous Toyons, dit M. Bfax Mflller, après avoir ënnméré les traductions de recueils orientaux, et les traductions de ces traductions, répandues en Europe aux onzième, douzième et treizième siècles, c nous Toyons très-clairement que ces fables.... dcTinrent extrêmement populaires.... Elles ne furent pas seulement lues dans ces traductions, mais on les introduisit dans les sermons, les homélies et les ouTTUges de morale. On les déreloppa, on les acclimata, on les localisa, on les moralisa si bien, qu'enfin il derient presque impossible de reconnaître leur physionomie orientale sous leurs déguisements rustiques. Je ne tous en citerai qu'un exemple. > Cest celui qui se trouve dans l'allusion suivante de Rabelais (chapitre xxzin du Gargantua^ tome I, p. 127 et 1^8), où un Cordonnier est substitué au Brahmane : « Là présent estoit un vieux gentilhomme esprouué en diuers bazars, et vray routier de guerre, nommé Echephron, lequel, ouyant ces propous, dist : a l'ai grand c peur que toute ceste entreprinse sera semblable à la farce du pot « au laict, duquel un Cordouannier se faisoit riche par resuerie, c puis, le pot cassé, n'eut de quoy disner. b Mais c'est bien avant Rabelais qu'on peut signaler, comme presque accomplie, la métamorphose du Brahmane en Perrette, et qu'on rencontre a la fable dans laquelle.... la Laitière paraît en scène, pour la première fois, au milieu d'un décor qui a déjà quelques-uns des traits que la Fontaine employa quatre cents ans plus tard, pour mettre au tableau la dernière main. 9 Cette fable, que nous avons indiquée cidessus tout d'abord, est une de celles du Dialogut creaturarum morûUxaia*^ attribué à Nicolas de Pergame ; l'auteur est supposé avoir vécu dans le treizième siècle ; le livre « avait pour but d'enseigner les principes de la morale chrétienne au moyen d'exemples tirés des anciennes fables ; [il] eut évidemment un grand succès et fut traduit en plusieurs langues modernes, a Nous croyons qu'on nous saura gré de citer ici, en entier, ce vieux texte :
Sic dt ftUmiaê (est) de imnis sperare^ fuia pmm swU eogitationêi luh-
148 FABLES. [w. x
tmimum ui ptalmo xciiijK Unde eum qumdamdomùtia dedUset Mfcillm nm iae ut vendwret et lae poriaret ad urèem^ juxta fossatttm cogîtare ccqût quod de prêtio Uct'u emerei goilinam^ qum faeeret puUas^ quùi auctot in gaUwMê VÊmdëntf et poreeUos emeret, eotque muiaret in aves et ipsas m bopee, Sicque ditata eoniraheret eum aliquo twbiii^ et sic giorMattir, Et eum sic glorioretur et eogitaret eum quanta gtoria dueeretur ad illum nmm êuper equum, dieendo gio gio empit pedt percutera terram^ quasi pungeret equum ealearihus, Sed tune luàricatiu est pes efuSy et ceeidit in fotsatum effundendo lae, Sie enim non kabuit quod sa adepturam êperabat*.
Voilà bien probablement la source d*où nout est Tenue la Lm^ tière et le Pot au lait; on peut seulement douter que la Fontaine y ait puisé directement ; s*il Peut connue, à Thistoire où le rére d*une jeune fille amène si naturellement la obarmante TÎsion de Tépousée à cheYal, où ce joli détail prépare si bien la chute fioale, le poète aurait-il préféré le fabliau ou la £u«e où une malheu-
8. Cesty dans Téditton de Qément VUI, le psaume xcm, rerset II.
9, Voici la traduction que M. Perrot a faîte de ce morcesu, d'après une vieille traduction anglaise : a Ce n^est.... que folie de trop espérer des vanités, car vaines sont toutes les choses terrestres appartenant à Thomme, ainsi que le dit David, psaume xciiij. Cest ce que dit aussi la fable qui raconte quWe dame, une fois, remit à sa servante une mesure de lait pour aller le vendre à la ville. Sur le chemin, la servante, s'étant assise pour se reposer sur le bord d*un fossé, commença a songer qu*avec Targent du lait elle achèterait une poule, qui donnerait des poussins. Quand ilsseraieot devenus poulets, elle les vendrait pour avoir des cochons, qu'elle échangerait contre des moutons, et ceux-ci contre des bœufs; ainsi, quand elle serait arrivée à Topulence, elle se marierait honorablement à quelque prud'homme : elle se réjouissait à cette pensée. Étant ainsi merveilleusement charmée et ravie par cette rêverie intérieure, et songeant quelle grande joie elle aurait à se voir conduite à Téglise par son mari à cheval*, elle s'écria : « Allons I allons! • En ce disant, elle frappa la terre de son pied, croyant éperonner le cheval; mais son pied glissa; elle tomba dans le fossé, et tout son lait se répandit. C'est ainsi qu'elle fut loin de compte, et qu'elle n*eut jamais ce qu'elle espérait avoir. »
• Le latin dil : • songeant avee quelle gloire elle serait conduite à cheval ehes ce mari, »
r. s] LIVRE VII. 1(9
reiMe femme etk déjà en gnmd danger JTiire bahuB? U lemblera peutêtre qoe non, malgré Taflminble parti quUI en a su tirer, a Je n*e*aayerai.... pat, dit M. Max Mûller en terminant, de remplir la laeone qui sépare la ûible du treizième siècle de l'époque où Técnt la Fontaine. Il suffit de dire que la Laitière, ajant une fois pris la place du Brahmane, la défendit contre tout Tenant. Nous la retroQTons, sous la forme de dofta Trochana, dans le fameux Condê lacmÊor, TouTrage de Tinfant don Juan Manuel..., qui mourut en i347.... n Alt célèbre à la fois par sa plume et par son épée, et pent-toe savait-il Tarabe, la langue de ses ennemis '<*. Nous la retrouTons encore dans les NouveUtê réeréations et joyaux Jepis de BonaTenture des Périers, publiés au seisième siècle, livre avec lequel, noua le savons, la Fontaine était très-fiimilier ^^. a
fl Cette &ble est charmante, dit Cfaamfort,jusqu*àrendroit^^«a fMv, vmche^ etc.... Quelques gens de goût ont blâmé, avec raison, ce me semble, la femme En grand danger d^itre hattue^ Le récit qui em fut fait en farce; tout cela est froid ; mais la Fontaine, après cette petite chute, se relève bien vite. » On peut trouver ces gens de goÂt bien sévères; rien de plus naturel au contraire que le dénouement de cette petite mésaventure. Chamfort ajoute, avec plus de justesse : c Que de grâces et de naturel dans la peinture qu'il fait de cette faiblesse, si naturelle aux hommes, d'ouvrir leur ame à la moindre lueur d'espérance \ Il se met lui-même en •cène ; car il ne se pique pas d*étre plus sage que ses lecteurs, et voilà un des charmes de sa philosophie. » — Appréciant à son tour le morceau qui termine cette fable, Saint-Marc Girardin, dsns sa xn* leçon (tome II, p. 78-79), s'exprime ainsi sur le poète
10. Voyez la citation même que fait M. Max MQller, et, dans ie Ctmte Lueanor^ apologues et fabliaux du quatorzième siècle, traduits pour la première fois (i854) de l'espagnol..., par M. Adolphe de Puibosque, V exemple vu, p. io3 et 104. « J'ai, dit M. de Paibusque, signalé ailleurs (Histoire eomptwée des littératures espagnole et fran^aise^ tome I, p. sao-aaa) une jolie scène de Lope de Rueda sur des espérances trompées. » C'est le monologue du valet Gargullo dans la comédie intitulée Medora. Voyez aussi l'intermède de Lope de Rueda, joué en Espagne vers i56o : las Jceitunas^ c les Olives, a qui a été cité par M. de Puibusque, à la suite de ce monologue, ibidem^ p. ai3-a33.