‹ ŒuvresChapitre 78 sur 224 · Ainsi vêtue, arrangée, ajustée · texte numérisé non relu

Ainsi vêtue, arrangée, ajustée

r. x] LIVRE VU. i5i

Comptoît déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employoit Targent ; AcbeUnt un cent d'œufs '*» faisoit triple couvée : i o La chose alloit à bien par son soin diligent.

« Il m'est, disoit-elle, facile D'éleyer des poulets autour de ma maison ;

Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. 1 5

Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ^*; Il étoit, ({uand je l'eus **, de grosseur raisonnable :

i5. La laitière de des Përien ne Ta qu'à la douzaine d^ceufs, puis de ponaains.

i6. On reconnaît bien là, comme le dit M. Taiue (p. 949~^So), la paysanne qni « calcule, sou par sou, sa dépense et son profit, » la propriétaire qui a coutume de ûiire son compte elle-même et connaît en détail ses affaires, c Elle sait les chiffres, les chances, la nourriture des bêtes, le prix du dernier marché, tout enfin. Que ne sait pas on pajsan, quand il s*agit d*un écu à gagner ou d^un cochon à Tendre?» — La remarque s*applique bien mieux encore à la bonne femme de des Périers, qui sait et fait son compte progressif par sols, firancs et écus, et, ajoutons, à qui nous savons gré de nous instruire ainsi du prix des choses Ters le milieu du seizième siècle.

17. L'imagination marche rite : Perrette voit son porc comme si elle TaTait acheté déjà. Deux Ters plus loin, elle dira de même :

Et qui mVmpéchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il «#/, une Tache et son Teau ?

Cest ainsi que, dans la faUe telle que la donne un des Paniehatmmtnu^ celui qui a été traduit par Tabbé Dubois, le Brahmane dit : a Riche comme je le #im«, il oonrient aussi que ma femme et mes enfiints aient en abondance beaux Tétements de couleur et joyaux de toute sorte, a De pareils emplois de temps se trouTent plusieurs fois dans le chapitre de Rabelais cité à la notice, pour exprimer de même les illusions de l'imagination qui croit tenir ce qu'elle désire : « De là prendrons Candie..., et donnerons sus la Moree. Nous la tenons, a Et plus loin : c Que bojrons-nous par ces desers?... Nous, dirent-ila, auons ia donné ordre à tout. Par la mer Siriace, tous aoez neuf mille quatorze grands naufz chargées des meiUenrs rins du monde : elles arriuerent à laphes. La se sont trouuex Tingt et deux cens mille chameaulx, et seize cens

i5a FABLES. [r. x

J^aurai, le revendant, de Taisent bel et bon.

Et qui m*empéchera de mettre en notre étable,

Vu le prix dont il est, une vacbe et son veau^ s o

Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? »

Perrette là-dessus saute aussi, transportée** :

Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée *'.

La dame*^ de ces biens, quittant d'un oeil mairi^

Sa fortune ainsi répandue, a 5

Va s'excuser à son mari.

En grand danger d'être battue.

Le récit en farce ** en fut fait ;

On l'appela le Pot au lait,

elephans, lesquels aurez print à yne chasse enairon Sigmlmes, lort que entrastes en Libje : et d*abondant eustes toute la garauane de la Mecha. Ne tous foumirent*ilz de yin à suffisance? «^ Voyre mais, dist-il, nous ne beumes poinct frais (tome I, p. i»5-ia6). » La Fontaine, en composant cette foble, avait présent à Tespric, sous les yeux peut-être, tout ce chapitre de Rabelais, comme paraissent l'indiquer, outre Tallusion à Picrochole, ces toun semblables du récit. i8. Dans le conte cité de Nicolas de Pergame, c'est à un cheval qu'elle songe ; chez des Périers, à un poulain. Elle imite le saut de Fun, en criant gio^ gio! la ruade de l'autre et son cri Aîa/ Dans le Dèmocriie^ fêtant sa richesse par un festin, par un bal, elle ouvre la danse avec son mari.

ig. Chamfort a relevé l'insuffisance de la rime de transportée et couvêem

ao. Domina; la maltresse de ces biens.

ai. D'un œil triste : le vieil adjectif mam était encore fort usité dans la langue familière au dix-septième siècle, mais se joignait d'ordinaire à des noms de personnes,

aa. Ce mot doit se prendre ici dans le sens oà il se prenait autrefois pour désigner une action plaisante, un petit drame populaire. Éd. Foumier {la Force et la Chanson au théâtre avant 1660, en tète des Chansons de Gaultier Garguille, Jannet, i858, p. xx et suivantes) a cité de nombreux exemples de farces tirées des contes et fabliaux. Le fond de la farce était un fait, un récit, auquel se mêlaient d'ordinaire plusieurs personnages s'entretenant ensemble. Il est probable que, dans celle que la Fontaine a en vue à ce vers et au suivant, le mari de la Laitière avait un rôle. Il ne

F. zj LIVRE VII. i53

Quel esprit ne bat la campagne? 3o

Qui ne fait châteaux en Espagne ^ ?

Picrochole**, Pyrrhus**, la Laitière, enfin tous.

Autant les sages que les fous.

Chacun songe en veillant; il nVst rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ; 3 S

Tout le bien du monde est à nous,

Sgme point dans la nonrelle du Meatîn Philippe de VigneoUet, doot on doit la publication à M. H. Michelant *, ni dam les contes 164 et 168 des frères Grimm*, rédigés, Tune comme les autres, d'après des Tariantes populaires, provinciales, de la tradition indienne. Ces trois versions de Thistoriette sont tout en dialogue, donc de Trais petits drames ; mais on cpnçoit bien qu'un seul acteur ait suffi quel<piefois à la mise en scène, que, par exemple, la farce à laquelle Rabelais semble foire allusion (rojez ci-dessus, p. 147) se réduisit à un monologue du Cordonnier dans son échoppe.

aS. a On a dit aussi (remarque Littré, d'après Thistorique que, à rarticle CbItiav, il a donné de la locution, laquelle se trouve, dès le treizième siècle, dans le Âorn^m Je la Bosë*)^ château en Asie^ ehd- IMH r« Albanie : de sorte que, au fond, cela veut dire faire des châteaux en pa js étrangers, là où Ton n'est pas, c'est-à-dire se repaître de chimères ; le nom de l'Espagne a fini par prévaloir, sans doute parce qu'il était très-connu par les récits de Roland. »

a4« La Fontaine a écrit Piehroeole^ orthographe qui a été reproduite dans les éditions de i68a, 1688, 1708, 17^9^; elle est contraire à l'étjmologie (icucpé^oXoc, ayant une bile acre). — Quant au personnage que désigne ce nom, voyez le Gargantua (particulièrement le chapitre xxxin, cité dans la notice), où Rabelais a si gaiement reproduit, entre Picrochole, poussé à la folie des conquêtes par ses gouverneurs, et le routier Échéphron, Pentretien de Pyrrhus et de Cinéas dans Plutarque (Pyrrhus^ chapitre xiv).

aS. Cest ce roi d'Épire, nommé dans la note précédente, qui rêvait la conquête du monde : voyez sa Vie dans Plutarque ; voyez aussi ce que dit de lui Boileau, épitre i, vers 61-86.

* Dan» VAtkenmum/rancmsàvL a6 novembre i853, p. ii37 et ii38.

* Philippe de Yigneallet éerÎTait au teixième tiècle ; les frères Grimm, qai n^oiit pas eonna son manuscrit, ont paisè dans des recueils allemands de i5Si et de 1601.

* Lors fisras chastians en Espaigne.

(Vers a53o.)

i54 FABLES. [r. i

Tous les honneara, toatcs les fiemmcs.

Quand je suis seul, je fais ao fiuÊ bra^e im défi ;

Je m^écaite**, je vais détrôner le Soplâ";

On m'élit roi, mon peuple m'aime ; 4 o

Les diadèmes Tont sor ma tête pleiinmt : Quelque accident fait41 que je rentiv en moi-même.

Je suis gros Jean* conune devant.

96» Oeit-à-dire, je fait vae pointe (ca A«e); jceotti* tm ofttioB Ici chcBÎB* loin de* lieu o« je «ûa.

97. Sophi, on Sofi, crt le noai q«*OB dcNiBait autrefois, dant rOecident, aa aoiiTefaiii de la Pêne. H ett tiré, dit Littrë, da c perMn jt/mpj, adjectif patronjaûiiae 6émé du nom dn ebeik Sefjr^ sixième aooètre de Chah Itaufl, foodatcur de la dynastie des sophis, s qui finit en 1736, en la peisonne d*Ahiias IIL — Genuex troQTe qne c ces dcnx vers sentent le BMCsmofe s ; mais cela les empéche-t-il d^ètre tout natnrds et fort bien a lenr place «lans nn rère?

s8. Cest-à-dipe nn homme de villafe on dlinmble condition. Gras Ism et Grwul TiAmtlt sont deux noms de paysans, dans une chanson qne cite Rabelais (Prologue dn quart livie, tome II, p. s63). Le rers est derenu proTerbe (si le proTobe n'avait défà cours) et semble faire allusion an héros de quelque histoire populaire, à quelque arenturier retombé à rien apr^ de courtes et fiuitastiques grandeuri. Pour ceux qui savaient que Jean était le prénom dn fabuliste, Tapplication était plus plaisante.

r. XI] LIVRE VII. i55

FABLE XI

Page 1