LB CURÉ ET LE MORT
c H. de Boufflen (U frère aM du maréchal) a tu^, dit Mme de Sérigné, un homme, après ta mort. Il ëtoit dans sa bîère et en caiTosse; on le menoit à une lieue de Boufflers pour Tenterrer ; son eoré ëfoit arec le corps. On verse ; la bière coupe le cou an paurre oiré. » (Tome II, p. 5i4« lettre du s6 férrier 167a : la mort du comte de Bonfflersest du 14.) Quelques jours après, à la date du 9 mars (tome II, p. Sa^-SSo), elle écrit : a VoiU une petite fable de la Fontaine, qu'il a faite sur l'aTenture du curé de M. de Boufflers, qui fut tué tout roide en carrosse auprès de lui : cette aTentnie est blsaire ; la &ble est jolie, mais ce n'est rien au prix de celles qui suivront. » Elle ajoute, faisant allusion au dernier vers : c Je ne •au ce que c'est que ce Pot au lait, »
L'origine de cette fable est donc incontestable, et il est fort intéressant d'apprendre que, si peu de temps après sa composition, elle drcolait déjà avec quelques autres, dans un public choisi, sans doute en manuscrit ; au moins n'arons-nons aucune trace de tirages à part. Au 9 mars 167a, la Fontaine arait-il déjà composé U laiiUra ai le Pot au iaii ? On peut en douter d*après les derniers mots de Mme de Séngné. Le rers qui termine U Curé et U Jforr pouvait très-bien n*étreà ce moment qu'une allusion à l'ancien conte déjà traité par Bonaventure des Périers ou à celui qui est mentionné par Rabelais ; en ce cas, il marquerait simplement que la pensée de la Fontaine se tournait déjà vers ce sujet, qu'il songeait à le reprendre ponr son compte, ce qu'il dut faire presque aussitôt* On pourrait aussi supposer que la Laitière et le Pot au hit existait déjà, mais n'était pas encore, comme le récit de l'anecdote du jour, livrée à l'empressement des amis de l'auteur. — Au sujet du nom de Meseire Jean Chouart donné au Curé, il y a une anecdote, mais forgée assez tard, et que Walckenaer traite à bon droit de ridicule (Hutoire,,., de la Fontaine, tome I^ p. 3o7-3o8). Voici ce qu'on Ut dans une lettre adressée à Fréron, et que celui-ci a insérée
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dans SOD Jnmét liieéraire^ ^77^t tome V, p. aSa-aSô : « Le nom de ce curé Cbouart n*est point.... inTentëà plaiiir pour la rime: il a réellement exiaté ; il était d*une famille très-distinguée de la Tooraine, conseiller du Roi, docteur en théologie dans la Faculté de Paris, curé de Saint-Germain-le-Vieux ^, doyen de Messieurs les curés de cette rille, ami de Boileau, de Racine, de la Fontaine, etc. > L*auteur de cette lettre, Tabbé Cboquet, dit tenir ces détails de Fabbé d^Olivet, et raconte que le curé Cbouart était de ce repas où Racine et Boileau pressèrent la Fontaine d^aller a Cbftteau-Thierty pour se raoeommoder arec sa femme; il joignit set instances aux leurs; et ce fut au retour de ce Toyage, qui fot sans résultat, comme on sait (Toyes la Notice hiogrûphique^ tome I, p. XLv), que la Fontaine compoM cette fiible, et difiama ainsi, pour se renger, le nom du curé, son ami. Rien de moins Traisemblable que ce récit. Nous n*essayerons pas de préciser ici la date du Toyage à Château-Thierry ; il serait asses difficile de savoir s'il peut ou non se rapporter au temps de la mort du comte de Boufflers*. Mais ce qu*on a le droit d'affirmer, c'est que rien dans la Tie du poète n'autorise à le croire capable d*une méchanceté pareille >• Il n'a eu aucun penchant pour la satire personnelle et directe. Deux fois seulement il se la permit, contre Lulli et contre Furetière, quand il put se croire joué par Fun, et qu'il se vit grossièrement attaqué par Tautre. La seule malice sans doute qu'on puisse ici lui reprocher est d'avoir choisi pour son joyeux curé de campagne un nom que les lecteurs du Paft/«- $ruel durent trouver asses significatif. Les mots de Maitre Jeam Chouart se rencontrent dans un des épisodes les plus libres de l'histoire de Panurge (livre II, chapitre xxi, tome I, p. SaS*}, et,
1 . Ancienne église de Paris, près du marché Neuf et du pont Saint-Michel.
a. Voyez cependant la fin de la note i de la page xLV,déjà citée, de la Hotiee hiogrophi^uê : d'après cette note, le voyage à Château- Thierry aurait eu lieu lorsque la Fontaine était déjà de l'Académie, où il n'entra qu'en 1684*
3. C'en eût été une grande en effet, et, cette personnalité admise, il n'y aurait certes plus Heu à l'indulgence que témoigne M. Taine (en son chapitre i, de la a* partie, les Personnages^ § iv), lorsqu'il dit (p. 114) au sujet de notre fable : a II y a dans ce récit beaucoup de malice, mais point de méchanceté. »