‹ ŒuvresChapitre 84 sur 224 · LB CHAT, LA BBLSTTB, ET LB PBTIT LAPIN · texte numérisé non relu

LB CHAT, LA BBLSTTB, ET LB PBTIT LAPIN

Cette fyhle, qui paraît bien de source indienne^ se trouTe, arec qoelipie Tariété quant an choix des personnages, dans tous les recueils orientaux, sauf VHitopadéto^ et dans leurs diverses traductions : Tojes Benfej, tome I, p. 35o et suivantes. Les titres son t, dans le PwUschaiantra de Benfcy (tome 11^ p. a3i et suirantes), U Ckai juge entre le Moineau et le Lièvre; dans le Pantokatantra de Dubois (p. i5a et suiTantes), les Deux Lapins et le Chai^\ dans le CulUm et Dimna (tome I, p. 197 et suivantes, de la traduction allemande de WolIT), U lièvre^ V Autour^ et le Chat, Le premier des deux originaux indiens, et la version arabe, sont de tous points charmants. Cest celle-ci qui a le plus heureusement développé la dernière scène : le moment venu de rendre la sentence, remarquant que les deux plaideurs sont restés à distance prudente, le Chat se recueille et leur adresse une exhortation sur la crainte de Dieu, le détachement des biens terrestres et la charité ; à mesure qu*il parle et donne plus d'onction à son discours, le Lièvre et TOiseau se rapprochent; dès qu'ils sont bien à portée, le saint arrête son sermon et leur fait sentir sa griffe et sa dent. Le sujet a été reproduit, mais fort en abrégé, dans plusieurs ouvrages antérieurs à la composition de la fab|e de la Fontaine : le Direetorium humanm pitm

I . Là le sujet de la querelle est différent et la circonstance qui fait choisir le Chat pour juge fort plaisante.

9. Au lieu de V Autour^ il y a ^ Rouignol dans la traduction anglaise de Knatchbull : Benfey dit que la signification du mot arabe traduit de ces deux façons est incertaine, mais que, dans Toriginal indien, c'est probablement d'une Perdrix qu*il s'agissait. La traduction grecque de Siméon Seth (édition princeps de Stark, Berlin, 1697, p. 96a-a66) parle d'un Écureuil, et l'imitation de Baldo (édition du Méril, p. 949-950) d'un Chat (Cattus; mais Benfey lit avec raison Gallus)\ le juge, chei Baldo, est un Léopard (Pari/itf).

i84 FABLES. [f. xti

de Jean de Capoae (sans date, feuille A, fol. 6 t*, et feuille /, fol. i r*}; la Filosofia morale de Doni (Venise, réimprettion de 1606, traité m, p. 79-73)*; le Spécimen smpient'm litdorum wetertam du P. Poussinet (traduction libre et abrégée du texte grec, mentionné dans la note précédente, de Siméon Seth, p. 598, colonne a : royet ci-dessus, p. 146 );/e Lii^re des lumières ou la Conduite des roîf (1644» p. aS 1-253)^. Nous croyons k peu près certain que notre auteur a tiré tout son petit cfaef-d*œuTre des seules données du récit écourté de ce dernier recueil. Robert rapproche en outre le Dia^ logus créât urarum de Nicolas de Pergame (1483, n* 4^1 feuille tf, fol. a ▼* et 3 r*), où la contestation est entre deux poissons dérorés, an dénouement, par un troisième qu'ils ont pris pour juge.

Comme à rapprocher plus ou moins, on peut indiquer encore la fable chinoise traduite par Stanislas Julien â la suite des Avadânas (tome II, p. i5a-i53), le Chat (au chapelet) et les Souris; et peut-être une fable d*Odo de Cerington (le Renard se eon fessant au Coq et le dévorant)^ que cite Édélestand du Méril, qui rappelle en outre (p. a49t note i) une branche du Renart (édition Méon, tome m, p. agi-Sia).

t Les détails de cette fable, dit l'abbé Guillon, en font un cfaefd*œuTre de narration ; mais la morale n'en est pas consolante : être dépouillé par la Belette ou mangé par le Chat, roilà donc le cercle dans lequel la faiblesse et la bonhomie se trouvent enfermées! Si c'est là une rérité, certes elle n*est pas honorable pour l'espèce humaine, a Honorable ou non, c'est un fait ; la Fontaine nous en avertit ; à nous de prendre nos précautions pour ne rencontrer sur notre chemin ni le Chat ni la Belette. La moralité de la fable n'est pas toujours de la morale ; c'est bien souvent la leçon de l'expérience, telle que la fable nous la met sous les yeux. Il 7 a d'ailleurs une leçon pour les Belettes aussi. Celles qui n'étranglent pas d'abord les Lapins et discutent avec eux sont peut-être capables

3. Cette version, moins réduite, n'est pas sans intérêt; l'intrus est un Rat, acteur que Doni a emprunté, non au texte, mais à la gravure du volume de Jean de Capoue.

4. Les Fables de P'dpajr^ où le titre de celle qui correspond à la nôtre est : d'un Chat et d'une Perdrix (p. 3o7-3io), ne parurent, nous l'avons dit (p« 81, note a), qu'en 1698, vingt ans après la fable de la Fontaine.

F. xn] LIVRE VII. i85

de Tentendre : elles Teulent appliquer les tb^ries qu'elles se sont faites; nuis qu^elles ne se hâtent pas de se mettre en possession, au risque d'aroir i en appeler elles-mêmes à nn arbitre. — - Chamfort remarque que « le dénouement de cette fable ressemble un peu è celui de tHiu'ire et les Piaîdêurs (liTre IX, iMt ix), sauf qu*il est plus tragique pour les parties disputantes, s

Du palais* d*nn jeune Lapin

Dame Belette^ un beau matins

S'empara : c'est une rusée.

Le maître étant absent, ce lui fut chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates, un jour 5

Qu'il étoit allé faire à TAurore sa cour

Parmi le thym et la rosée '• Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, Janot^ Lapin retourne aux souterrains séjours. La Belette avoit mis le nez à la fenêtre. lo

« Ô Dieux hospitaliers* ! que Yois-je ici parottre? Dit l'animal chassé du paternel logis.

5. Pour ces expressions par lesquelles la Fontaine relève et ennoblit ce dont il parle, et dont nous arons, un peu plus bas, aux ▼ers 5 et 6, d^autres exemples, le second fort gracieux, comparez, entre autres endroits, livre II, fable x, vers i et note i ; livre VI, fable Vy vers 4, fable xviii, vers i ; livre XII, fable iv, vers i8.

6. La Fontaine a refait ce tableau, en le variant, sans en altérer, ce qui semblait bien difficile, le charme et la poésie :

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins qui, sur la bruyère,

L*œil éveillé, Toreille au guet, SVgajoient, et de thym parfîimoîent leur banquet.

(Livre X, fable xiv, vers i8-si.)

Vojez^ sur la vérité de ces peintures, tome I, en haut de la page 354, une citation de Sainte-Beuve.

7. Moins familièrement, Jean Lapin^ dans t^jfigU et FEseorhot (livre II, fable viii). Janat est Torthographe de Tédition originale.

8. Dieux protecteurs du logis. Dieux qui m*avez donné cette demeure, assuré ce séjour à moi et aux miens.

i86 FABLES. [p. xn

0 là*, Madame la Belette,

Que Ton déloge sans trompette*^, Ou je vais avertir tous les Rats" du pays. » f s

La dame au nez pointu^* répondit que la terre

Étoit au premier occupant ".

« Cétoit un beau sujet de guerre, Qu^un logis où lui-même il n'entroit qu*en rampant *\

Et quand ce seroit un royaume, ao

Je voudrois bien savoir, dit-elle, quelle loi

En a pour toujours fait Tc^ctroi *^ A Jean, fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,

Plutôt qu*à Paul, plutôt qu*à moi. »

Jean Lapin allégua la coutume et Tusage : 9 5

9. Tel est le texte de nos anciennes éditions et même de celle de 1719. Dès ayant cette dernière, dans le texte de 1708, on lit : Holà! qui est derenu la leçon courante.

10. Locution déjà rue au livre IV, fable xxii, vers 67. Prise des troupes qui partent sans signal militaire, elle se rencontre sonTent an figuré, soit ainsi abrégée, soit entière : « sans tambour ni trompette, » pour dire « secrètement, » ou, comme ici, c sans plainte bruyante, bumblement, docilement » {yoyez au rers 3o).

11. Qui c ne veulent aucun bien » aux Belettes, non plus que celles-ci aux Rau, comme il est dit au livre IV, fable vi, vers 3.

I s. Comparez les descriptions diverses des fables xvii du livre III, vers I ; VI du livre IV, vers 6 ; xxn du livre VIII, vers 3.

i3. Geruzez remarque, avec raison, que « la loi du premier occupant était encore favorable à Jean Lapin, puisque la Belette était venue après lui. Celle-ci n*avait d*autre titre que l'adage vulgaire : Qui quitte ta place la perd ». Aussi, au lieu de donner à Texpression le sens consacré, faut-il sans doute entendre par « le premier occupant s le premier occupant venu, le premier qui, trouvant un bien vacant, le déclarerait sans maître, se mettrait en possession, et de son usurpation même se ferait un titre. A Tappui de ce sens viennent les mots pour toujoun du vers 919.

14. « Elle voudrait en dégoûter Janot Lapin ; car elle n'est pas elle-même bien sûre de ses droits. » (Chabipoht.) La remarque est fine, un peu subtile peut-être.

i5. I^ concession, le don gracieux.

F- xvi] LIVRE VII. 187

« Ce sont, dit-il, leurs lois qui m'ont de ce logis Renda maître et seigneur, et qui, de père en fils, L*ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis. « Le premier occupant, » est-ce une loi plus sage^' ?

— Or bien*', sans crier davantage, 3o

Rapportons-nous^*, dit-elle, à Raminagrobis*'. »

16. c Écoutez, dit Laharpe, la Belette et le Lapin plaidant pour un terrier : est-il pouible de mieux discuter une cause? Tout j est mis en usage, coutume, autorité, droit naturel, généalogie ; on y înToque les dieux hospitaliers. » Puis il ajoute, sans peutêtre rattacher son idée assez étroitement à ce qnUl rient de dire ni en termes assez propres : « C*est ainsi qu*il (la Fontaine) excite en nous ce rire de Tâme que ferait naître la vue d'un enfant heureux de peu de chose ou grayement occupé de bagatelles. » {Cours de littérature^ édition de Tan VII, tome VI, p. 335.) — Dans Toocasion, dit & son tour M. Taine (p. aSo-sSi), la Fontaine « sera aTocat. Il se pénètre des affaires de ses clients, expose les titres de \ propriété, les moyens de droit, les arguments contradictoires, les généalogies, les noms propres.. ..Certes la Belette qui met l'hérédité en question est une terrible révolutionnaire, et Rousseau n*a trouvé ni pis ni mieux dans son discours sur Pinégalité.... La propriété n*a-t-elle pour fondement qu*nne coutume, ou bien est-ce la possession qui la fait ? Vous vojez qu'à force d'attention et d'imagination, le poète, sans le vouloir, fait entrer dans son sujet les questions philosophiques. En tous cas, les deux plaidoyers sont le résumé de beaucoup de traités. »

17. Or bien se trouve dans Rabelais, plusieurs fois répété par Grippe-minaud, au livre V, chapitre xiii, tome III, p. 53 : voyez ci-après, p. 190, les vers 39 et 43 et la note 26.

i8. Comparez le dernier vers de la fable, le vers 7a de la fable i du livre XU, et Molière, P Avare ^ acte IV, scène iv (tome VU, p. i68). On dit ordinairement rapportons^^wus'en^ dont nous avons un emploi absolu au livre X, fable i, vers 3o.

ig. Ce nom, par lequel la Fontaine désigne le Chat, ici et au vers 3 de la fable v du livre XII, a été appliqué par Rabelais à un c vieil poète françois, 9 que Ton croit être Guillaume Crétin, chantre et chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, et trésorier de celle du bois de Vincennes : « Nous auons icy, près la Villaumere, vn home et vîeulx et poète, c'est Raminagrobis, lequel en secondes nopces espousa la grande Guorre, dont nasquit la belle Bazoche. » (Cha-

i88 FABLES. [f. xti

C*étoit un Chat vivant comme un dévot ermite*^, Un Chat faisant lacbattemite**,

pitre XXI du tien lirre, tome II, p. 106-107.) Le mot est aussi dans le chapitre xi des Conies et diseours tPÈutrapel de Noël du Fail : « Pourreu qu'on parle peu, aTec un haussement d*espaales et yeux sourcilleux et admiratifs, en faisant bien le Raminagrobis.... » — Suirant Littrë, il serait probablement composé du Tcrbe rominer, qui, dans le Berry, se dit d*un chat qui file, et du vieux mot grot^hisy € homme faisant l'important » ". Voiture en avait déjà fait un nom de chat : c Rominagrobis même (tous savez bien. Madame, que Rominagrobis est prince des chats) ne sauroit avoir meilleure mine. » (Édition de M. Ubicini, tome I, p. 4*4» lettre à Tabbesse d*Yères.) Loret Ta employé au figuré, dans sa Muze hU^ torique^ tome II, p. 37$, vers 3i et 7a, et p. 569, vers 127. — Le nom de Raminmgrohis^ dit Tabbé Guillon, «c est plus vieux que Rabelais; car on le trouve dans la Démoniaque^ seconde journée de la Passion de Jésus-Christ à personnages, volume in-8<^, fol. 58. »

ao. a En entrant, dit le Corbeau, qui a été témoin de la scène, je vis un chat debout, très-attentif à une longue prière, sans se tourner de côté ni d*autre ; et cette longue et importune prière me fit dire ce vieux proverbe, que la clef de la porte de TEnfer, c*est la longue oraison devant le monde, a [lÀvre de* iumUres, p. a 5a.) La peinture du Panttchatantra^ que nous traduisons de Tallemand de Benfey (tome II, p. a34), est bien plus caractéristique; le Chat y est montré dans Tattitude des pénitents : a Au bord d'une rivière que longeait le chemin, tenant une poignée d*herbe sacrée, marquée des douze taches saintes, un œil fermé, les bras élevés vers le ciel, ne touchant le sol que de la moitié d*un de ses pieds, le visage tourné du côté du soleil, il faisait entendre ces pieuses vérités : c Hélas ! ici-bas quelle aridité 1 a etc.

ai. a Chaiemite^ mot vieux et burlesque, dit Richelet (1680), qui signifie hypocrite. 1» Il est formé de Catut^ chat, en latin du moyen âge, et nùtis^ doux, doucereux, adjectif dont la Fontaine fait ailleurs (livre III, fable xviii, vers 35) le nom même du Chat. Rabelais, dans Tancien prologue du quart livre (tome III, p. 189), associe Texpression à plusieurs autres qui en précisent le sens :

• Walekenaer a remarqaé que, dans le récit da Calita et Dimnm (tome If, p. 10 de Wolff), qoi répond à la fable zxn dn livre vm de la FonUine, le Ckat et le Rat^ le nom da Chat est Aoaimi. — M. Delboulle (p. a49) co»" firme Tétymologie de Littré par cet exemple de V Ancien théâtre (tome I, p. 129, collection elseTirienne) : « Et fait da rumina grohis, »

r. xvij LIVRE VII. 189

Un saint homme de Chat**, bien fourré, gros et gras*',

« Aux CaphardU, Cagotz, MatagoU, Botineun, Papelards, fiurgotz, Patefpeluea, Porteurs de rogatons, Chattemittes. » ^— Gaillaume Uaudent andt dit avant notre poCte (a* partie, fable laS, ttune SomrU wauiani contracter amytié auee un Chat^ vers 3-8) :

.... Un chat très cauteleux Qui les guettoit soubz l'ombre et couuerture D'estre amyable et de bonne nature, Comme seroit celle d'un sainct hermitte, Ou d'aultre simple et doulce créature.

Tant bien scauoit £ûre la chatemitte.

M. Delbonlle (p. 68) cite ce curieux exemple d'adverbe : « Faire ckaitemitiquement l'inclinabo en l'église. » (H. Estienne, Apologie pour Hérodote^ tome II, p. agi, édition Liseux, 1879.)

33. Un a Chat de bien, » dit le Livre des lumières (p. iSa). Sur ce caractère du Chat hypocrite dans les fables orientales, Toyez à la fable xtiii du livre UI (tome I, p. a54-a55) la fin de la notice, où nous avons aussi comparé au Chat de la Fontaine celui de la fable XVI de Fénelon, le Chnt et les Lapins >

a3. Notre fabuliste a dit dans ce même livre VII, fable m, vers 1 1 et I s, en parlant du Rat, autre hypocrite, qui s'est retiré du monde :

Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biens A ceux qui font vœu d'être siens.

On peut aussi rapprocher de cette peinture celle qui commence la bhle XIV du livre IX, le Citât et le Renard, les vers 33 et 34 de la &ble T du livre VI, et les vers 33 et s 3 de la fable xxii du livre VIII. — a La Fontaine, dit M. Tatne (p. 1 37-138), a voulu peindre tout au long ce portrait de Thypocrite, et les grands moralistes du temps, Moli^ et la Bruyère, se rencontrent là-dessus avec lui...» La Fontaine raillait un vice naturel et officiel. Pour cela il a choisi le Chat, à cause de sa mine papelarde et discrète, entre tous

....un Chat vivant comme un dévot ermite,

Un Chat faisant la chattemite, Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras.

Ce dernier point ne manque guère dans le personnage. Tartuffe aussi se nourrissait bien, a buvant à son déjeuner quatre grands c coups de vin, et mangeant fort dévotement deux perdrix avec c une moitié de gigot en hachis; » il avait le teint fleuri et l'oreille rouge* î tous deux avaient profité du métier, et, quand on voit

* Voya le Tartuffe de SloUère, acte I, seèae iv, vers a34, a39 et 340.

190 FABLES. [f. xyi

Arbitre expert but tous les cas. 35

Jean Lapin pour juge Tagrée.

Les voilà tous deux arrivés

Devant sa majesté fourrée*^.

Grippeminaud*^ leur dit : « Mes enfants, approchez*^. Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause. » 46 L*un et Tautre approcha, ne craignant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,

Grippeminaud, le bon apôtre ^\

Grippeminaud jeter û prestement la patte sur les plaideurs, et a les a mettre d^accord en croquant Tun et l'autre, v on juge qu*il est digne de son confrère. » — L'hémistiche est copié tout entier dans TaTant-demier vers d'une fable attribuée à Voltaire, U Loup moraliste (tome XIV, p. 3 13) :

Tel un prédicateur sortant d'un bon repas Monte déTotement en chaire.

Et 'vient, bien fourré, gros, et gras.

Prêcher contre la bonne chère.

34. Il semble qu'il y a plutôt inattention qu'intention, au moins bien marquée, dans cette reprise du .mot du vers 34- — « Que la Fontaine appelle un chat qui est pris pour juge ta majesté fourrée^ on voit bien que cette expression est Tenue se présenter sans effort à son auteur; elle fait une image simple, naturelle et plaisante, d (Vol- TAIBB, tome XXXIX, Connaissance des beautés et des dé f amis de ia poésie ei de r éloquence dans. la langue française^ article Fabu, p. »i9*»o.)

i5. Encore un nom emprunté à Rabelais, qui désigne ainsi le premier président du Parlement aveo sa fourrure d'hermine. Le XI* chapitre du V* livre de Pantagruel (tome III, p. 44) est intitulé : « G>mment nous passâmes le Guichet habité par Grippe-mtnaud, archiduc des. Chats-fourrez. » Les chapitres xx, xii, xxn, xnr et xy contiennent le tableau des us et coutumes de Grippeminaud et des Chats fourrés.

a6. Dans Rabelais, Grippe-minaud, quand Panurge lui a jeté sa bourse « pleine d'escus au soleil, » s'adoucit et dit : a Allez, enfans, or bien, et passez outre, or bien, nous ne sommes tant diables, or liien, que sommes noirs, or bien, or bien, or bien. » {Pantagruel^ livre V, chapitre xiii, tome III, p. 53.)

37. La locution ; le bon apâlre^ que Littré explique par a homme fin et de mauvaise foi, » revient au livre X, fable m.

r. xvi] LIVRE Vil. 191

Jetant des deux côtés la gri£Pe en même temps,

Mit les plaideurs d'accord en croquant Tun et l'autre ^.45

Ceci ressemble fort aux débats qu'ont parfois Lies petits souverains se rapportants " aux rois^.

▼en 36 ; et dans le conte t de la II* partie, rers a34. Racine Pavait employée dans Us Plaideurs (1668), acte I, scène i, Tert 7.

a8. Les paroles du Chat et tout ce dénouement sont empruntés au lîpiv des lumières^ p. s53 : «t Le Chat, faisant le discret, écoute le^plaido/er de Tautre Oiseau; puis s^adressant à la Perdrix : «O belle fille, lui dit-il, je suis vieux, et je n'entends pas de loin; « approchex-Tous, et haussez votre voix, afin que je vous entende a mieux. » Us s^approchèrent tout près, sans sVn méfier, le voyant si dévot \ mais aussitôt que cet hypocrite les vit auprès de lui, il se jeta sur eux, et fit un bon repas de tous les deux. » Même texte, avec quelques rariantes, dans les Fables de Pilpay de 1698, p. Sog.

39. Telle est la leçon des éditions originales. Au sujet de cet accord, Toyex les Introductions grammaticales des divers Lesiques de la collection.

3o. Cette moralité, où le fitbuliste revient sur le danger que fait coniir aux petites puissances Tintervention des grandes dans leurs querelles, a quelque analogie avec celle qui termine la fable xiii du livre I, les Voleurs et CJne,

192 FABLES. [r. xvii

FABLE XVII

LA TBTB BT LA QUBUB DU SBBPBHT.

Ésope, fab. 160, Oùpà naX M An 'Oçsok (Coray, p. 17 a). — GiYèerii Cogmaii 19arrationum sylva^ p. Sy^de Serpente.

Mtjrthoiùgiamsopica Nevelett^ p. 999.

PluUrque a ainsi raconté la fable dans la Fie tPAgit et de CUomène (traduction d^Amjrot, fol. 55o t« et 55i r« de l'édition de i565) : c ....Phocion respondit une fois à Antipater lequel lui vouloît faire faire quelque chose qui n*estoit point honorable : a Tu ne sçau- « rois, loi dit-il, avoir Phocion pour ami et pour flatteur ensemble. 9 Ainsi ne pouTez-rous aToir un qui tous soit maistre et valet, ne qui TOUS commande et tous obéisse ensemble : autrement il est force qu'il advienne TinconTénient qui est en la fable du Sei^ pent, duquel la Queue Tint un jour à quereller contre la Teste, disant qu'elle Touloit à son tour aller devant, non pas tonajours demourer derrière : ce qui lui estant ottroyé par la Teste, elle s'en trouTa très-mal elle-mesme, ne sachant pas comment ne par où il falloit cheminer, et si fut encore cause que la Teste fut toute déchirée, estant contrainte de suiTre contre nature une partie qui n'aToit ni vue ni ouïe pour se pouToir conduire. Nous Tojrons le mesme estre adTenu à plusieurs qui, au gouvernement de la chose publique, ont voulu faire toutes choses au gré de la multitude ; car s'estant une fois attachés à ce joug de servitude de vouloir en tout et par tout agréer a la commune *, qui bien souvent s'esmeut témérairement et sans raison quelconque, ils n'ont scu puis après retirer, ni retenir et arrester la fureur et témérité du peuple. »

Le même sujet est traité dans l'apologue xl des Avaddnas^ tome I, p. i59<-f54 de la traduction de Stanislas Julien. — On peut rapprocher de la Tête et la Queue du Serpent la &ble 11 du livre III, Us Membres et V Estomac; des deux côtés le fond est le même : c'est toujours la révolte des petits contre les grands, de ceux qui sont derrière contre ceux qui sont devant, en un mot, de

I. Yo/es le vers 34 des Membres et P Estomac, tome I, p. 109.

r. xTu] LIVRE TH. igS

la Qaene contre la Tête. -— Chamfort troare que cette fable « n*ett pti d'une grande application dans nos mœun ; maif elle en arait beaucoup, dit-il, dauf les anciennes dëmoeratiet. » Si Cbamfort avait écrit un peu plus tard*, il n*eût pas cru sans doute devoir fiûre cette distinction. — Est-il besoin de faire remarquer au lecteur que la donnée de la £dble repose sur une erreur longtemps acoéditée? Les anciens savaient, comme nous, que les serpents mordent, que leur venin sort des glandes de la boucbe. Aristote (Bûteire des amnuius, livre VIII, chapitre xxix), Pline (Hutoire naturdU, livre XI, chapitre x.xn) se servent, en parlant dVux, des nets hJjp(yjKta et morstu. Mais, au seizième siècle, des naturalistes enseignaient encore qu*ils portaient leur poison dans la queue (la Fontaine n'en dit pas plus) et que de là il montait à la boucbe, dans une Tësicule qui se brisait quand ils mordaient*. Pline, à Tendroit cité, paraît croire aussi, d'après des auteurs qu'il nomme t très- diligents », que le venin part de loin, que c'est le fiel, qui c parvient à la boucbe par des veines sous l'épine ».

Le serpent a deux parties

Du genre humain ennemies,

Tête et Queue; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles : 5

Si bien qu*autrefois entre elles

n survint de grands débats

Pour le pas.

La Tête avoit toujours marché devant la Queue.

La Queue au Gel se plaignit, i o

Et lui dit :

a Je fais mainte et mainte lieue G)mme il plaît à celle-ci :

a. Ses notes sur la Fontaine ne parurent, partiellement, qu'en 1796, dans les Trois fabulistes^ mais avaient été probablement composées vers l'époque où Cbamfort écrivait son Éloge de la Fontaine^ publié en 1774.

3. Gesner, Histoire des animaux ^ livre V (compilé par Carron), p. 3 de l'édition de Francfort, i6ai ; bi i" est de 1587.

J. DB LA FOSTAIHB. U l3

1)4 FABLES. [f.

Cnift-clle que tonjoun j'en veuille user ainsi ?

Je sois son homble servante^. 1 5

On m*a faite, Dieu merci,

Sa sœnr et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous dfi même sorte :

Aussi bien qu'elle je porte ao

Un poison prompt et puissant*.

Enfin voilà ma requête :

Cest à vous de commander,

Qu'on me laisse précéder

A mon tour ma sœur la Tête. 9 5

Je la conduirai si bien

Qu'on ne se plaindra de rien. »

Le Gel eut pour ces vœux une bonté cruelle. Souvent sa complaisance a de méchants effets. Il devroit être sourd aux aveugles souhaits*. 3o

4. Ironiquement, comme on dît : /« suis voire t€rniwr (ou Sa^ viieur, tout court, ci-aprèt, Uttc VIII, fable xxi, ren 11), pour exprimer un refus. Ainsi dans U UUatuhrope (acte lY, sctee i, Tcrs ii5i, tome V, p. 5i4) :

Mais pour louer ses rers, je suis son senritenr.

Voyez aussi George Dwuim^ acte II, scènes i et u (tome VI, p. 544 et 548); et, même pièce, acte III, scène ▼! (p. 584), •▼«« •««* an lien de sernUar^ anx deux derniers endroits, et tavMtê an pccmîcr.

5. Voyes, ei-dess», à la fin de la notice. -* Tacite, en pariant de Tempoîsonnement de Britannicus, applique snoecsavcaMat an poison, par «ne lencoBtre tonte naturelle et quVzpliqne knr jn»-

ks dcnx adjeetifr de même sens : vMbm ci rmpidmm

(^«mI», liiri« Xm, diapîlre ZT). ^ ^^

CL 0« frire comBe le Jupiter de Lucien : c Quand il tiovinit ka

Mk«s «^nîcnUca, il ks biimit monter jusqua

iekwpf*. k»pfa^*«» ^«>iï«i ™**» *•• ^^

i m i«wTOife SMM elfct, et soufflait deasns powr k» e»p<c^ ^ «ntcKJMr' ^ CΫL » (tctnmémppe, chapitre nr. tntecio. de m. V•UMC»l•^^•^l480— ComparealetWikiivAali^reVI, Sp^,^* a IMi*^*^» «t ti du li^rc VII, ^ 5aa«to.

T. xTii] LIVRE VIL 195

n ne le fat pas lors^; et k guide' nouYelle^

Qui ne voyolt, au grand jour.

Pas plus clair que dans un four*,

Donnoit tantôt contre un marbre,

G)ntre un passant, contre un arbre : 3 5

Droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

Malheureux les États tombés dans son erreur*®!

7. Lort pour alors, était TÎeux dëjà cTu temps de la Fontaine, comme le remarque Richelet en i68o.

8. Diaprés le même Dictionnaire de iliekelet^ ce mot pourait prendre les deux genres, selon qa*il se rapportait à un nom masculin on k un féminin. Quelques années après cependant (1694), T Académie le fait exclnsirement masculin, excepté, comme aujourd'hui encore, quand il signifie c une rêne, une longe qui est attachée à la bride d*nn cheral, etc. », et dans certains titres de livres : la Guide det pécheurs (au Ters 87 du Sganarelle de Molière, tome II, p. 166, comme au Ters ao de la satire xm de Bfathurin Régnier), la Guide dos chemins^ etc.

9. Littrë, à THistorique du mot Font, cite de cette comparaison un exemple du quinzième siècle.

xo. Ce Tcrs nous ramène à Tapplioation que fait Plutarque de cet apologue : royez le passage cité à la notice, p. 19a.

ig6 FABLES. [w.

FABLE XVIII

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