LB UON, LE LOUP, ET LB RBNÂRD
Efope, fab. 73, A6«iy xa\ 6Amç xa\ ^^Xc&moÇ (Coray, p. 43). — Faême, fab. 99, Leo^ Lupus st Fulpet» — Lodovico Guicciardini, Detti ei fatti^ etc. (Venise, iSôg), p. 67. —- G. Cogaatos, p. 47f dû Lâoiu^ Lupo et Vulpê, -— Boursaolt, U Lian déerépU^ dam la fcène ni de Taétcf IV â^Ésope à la cour,
Mythologia mopiea NepeUti^ p. t48.
Cette fable parut pour la première fois en 1671, dans le recaeil intitulé : Faites nouvelles et autres poesUs de M, de la Fontaine»
Ce sujet a fourni toute une brancbe au Roman du Renart (édition Méon, tome II, p. 3o5 et suirantes, rers 17 871 et suivants) : de Renart si eome il fu mires (médecin). Pour les textes latins et étrangers de cette branche du roman, on peut Toir les analyses de J. Grimm dans tort Reîtdtart Fucksy p. Lix-Lxin, Lxxii*Lxxni, en- GTii, CLiii*. A la même tradition appartient le beau récit, en prose latine, reproduit par Robert (tome II, p. SSg-Sôo), diaprés un manuscrit du quatorzième siècle, et que nous reproduisons nousmêmes à V Appendice; Saint- Marc Girardin Ta traduit tout au long et commenté dans sa m* leçon (tome I, p. a lo-a i5) ; il jr voit a une scène que la fable dé la Fontaine n*égale pas. d C*est que, bien probablement, oeluî-ei n'a pas connu le texte original du moyen âge; il s'en est tenu, ainsi que FaSme, aux données du recueil éso* pique. Le même talent est loin d'animer quelques autres compositions, qui résument sans doute aussi l'épisode du roman : la fable 59 de filarie de France, dou ZÀon qui manda U ff^erpil; le n* ix des fables réunies sous le titre de Fabulm extravagantes* dans les
I. A la page cuii il s'agit de l'aTenture n du poème flamand^ où, comme au chant x du Reineke Fuehs de Goethe, l'histoire est bien refroidie. — Grimm« p. 43a-44'9 donne encore du Lion malade un texte allemand qui remonte au début du quinzième siècle.
a. Grimm, qui en a réimprimé plusieurs dans le Tolume cité (entre autres ce n* ix : Toyex p. 425-4*79 ^idpeSf Lupus et Leo)^
y. lu] LIVRE VIIL aa3
reeiieils du quinzième fiècle, de Vidpê et Lupo piseatore^ et Leone; la fable 55 de la i** partie d^Haudent : ^un Loup^ iPun lÀùn et Jtun Megiêord,
Le même sujet a été traite en yen latins, sous le titre de Léo "g^r^ Pulpes et Lupus^ par Charles du Périer, le rival de Santenl, le nereu de François du Përier auquel Malherbe adressa des stances si touchantes; le texte latin et une traduction en rers français par Ch. Perrault ont été insérés dans le Carpentariana (Amsterdam, 1741)» P- 169*270.
M, Taine (p. 97-98) analyse cette fable avec sa verve habi-* tnelle, et montre dans le discours du Renard le manège adroit et perfide du courtisan qui se venge d*un rival.
Un^Lion, décrépit, goutteux, n'en pouvant plus^, Yonloit que l'on trouvât remède à la vieillesse. Alléguer l'impossible aux rois, c'est un abus'.
pense qu'elles ont été écrites en France au quatorzième siècle. Elles ont été traduites vers la fin du quinzième par le P. Julien (Macho), des Augustins de Lyon (dans im volume qui porte en tète le* SuitiUes fabUê iTÈiope^ et est daté de Ljon, 1494)* Robert les a analysées, mais en 7 ajoutant plus d'un trait a lui, tome I, p. xcv-cni.
3. L* histoire de la pèche du Loup, annoncée ainsi dans le titre, est aussi tirée du roman et sert comme de prologue à la fable.
4. a Vers qui peint par le nombre comme par Texpression; cet artifice de prosodie est familier à la Fontaine, » dit Nodier, et il compare le vers 5 de la fable ix du livre VII.
5. Un ahus, une erreur, comme, par exemple, dans le vers Sa 5 de YHéraclius de Corneille :
Qu^un si charmant abus seroit à préférer A râpre vérité qui vient de m*éclairer !
Voyez le conte xvx de la II* partie, vers 10 et 81 ; et passun» — « M. de Galonné a commenté ce vers en répondant à la reine Marie-Antoinette, qui lui demandait un service : a Madame, si c'est « possible, c^est fait ; si c*est impossible, ça se fera, d (Note de Gerux£z,) — Colincamp rapproche de ce passage le morceau de la scène i de P Impromptu de VersaiUes qui commence par ces mots (tome III, p. 391) : a Les rois n'aiment rien tant qu'une prompte obéissance, etc. » Comparez aussi Amphitryon^ vers 168-187.
%%i FABLBS. [f. ui
Celui-ci parmi chaque espèce Manda des médecins; il en est de tous arts*. 5
Médecins au Lion viennent de toutes parts ; De tous côtés lui vient^ des donneurs de recettes.
Dans les visites qui sont faites, Le Renard se dispense* et se tient clos et coi*. Le Loup en fait sa cour, daube, au coucher du Roi^ x o Son camarade absent. Le Prince tout à l'heure Veut qu'on aille enfumer Renard dans sa demeure, Qu'on le fasse venir. Il vient, est présenté ; Et, sachant que le Loup lui faisoit cette affaire : « Je crains, Sire, dit-il, qu'un rapport peu sincère 1 5
Ne m'ait à mépris imputé f * *
D'avoir différé cet hommage ;
Mais j'étois en pèlerinage**, Et m'acquittois d'un vœu fait pour votre santé.
Même j'ai vu dans mon voyage ao
Gens experts et savants**, leur ai dit la langueur
6. De tous les systèmes, de toutes les pratiques, depuis les médecins les plus méthodiques jusqu*aux plus empiriques, jiisqa*aiiz simples donneurs de recettes.
7. Par une licence assez remarquable, le pronom U est sous-entendu ; rinrersion du verbe et le nombre indiquent seuls qu*il est pris impersonnellement.
8. Se dispense de Tenir, s*abstient. Se dispenser est emplojré absolument, comme dispenser Ta étë par Corneille dans le vers 1181 de la Suite du Menteur (tome IV, p. 35o) :
L^occasion conrie, aide, engage, dispense.
9. Heureuse modification de la locution plus ordinaire : se ternir elos et couvert. Pour eoi^ rojez ci-après p. ayi, note 7.
10. Le Renard de Faérne a consulte tous les médecins, et tous les temples, c'est-à-dire les oracles (vers ao) :
Omnes medentes^ fana eonsului omnia,
11. Dans le roman, et dans la rieille fable latine donnée par R<^
r.in] LIVRE VIII. aaS
Dont Votre Majesté craint, à bon droit, la suite.
Vous ne manquez que de chaleur;
Le long âge en vous Ta détruite.
D'un loup écorché vif appliquez-vous la peau^* a 5
Toute chaude et toute fumante ;
Le secret sans doute en est beau
Pour la nature défaillante.
Messire Loup vous servira.
S'il vous platt, de robe de chambre^. « 3o
Le Roi goûte cet avis-là :
On écorche, on taille, on démembre Messire Loup. Le Monarque en soupa,
Et de sa peau s'enveloppa.
Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ; 3 5 Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire. Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
beit, Renart annonce qu*il arrive de Salerne, la rille si connue par sa fameose ëcole de médecine.
la. a Faictez escorcher Panurge, et de sa peau couurez-Tous. » (Rabilau, le quart lirre, chapitre xxir, tome II, p. 356.)
i3. < Cette plaisanterie.... n*est pas à sa place, dit Geruzes. Si le Renard Ta faite, il a dû attendre que son eamartuU fût écorché. Le poète prend ici la place du personnage, distraction fort rare chez la Fontaine. » M. Taine (p. 98) Toit là, au contraire, un trait naturel dans sa cruauté : « Et là-dessus, sarourant, dit-il, tous les mots, surtout le plus atroce, le Renard ajoute :
D*un loup écorché rif appliquez-vous la peau Toute chaude et toute fumante.
II se tourne à demi vers son cher camarade comme pour lui demander permission, lui fait un petit salut poli, et dit agréablement pour égayer la chose :
Mesure Loup tous serrira,
S*il TOUS plaît, de robe de chambre.
Le Toilà (le courtisan) enfin dans son naturel, c*est-4i-dire rail-
J. DB LA FoHTAina. XI iS
%%6 FABLBS. [f. ui
Les daubeurs ^* ont leur tour d'une on d'autre manière : Vous êtes dans une carrière Où l'on ne se pardonne rien. 40
leur. L'inhumanité et la poMesaion de toi sont les lonrcet de Phomeur tarcaf dque. »
i4« Ce mot, dont Littrë cite oe tenl exemple , n*a été admis que dans la quatrième édition (176a) du Dietianiuûre de VAeadimU; la £d>Ie, nous l'aTons dit, avait été publiée, pour la première fois, en 1671.
w. vr] LIVRE VIII. 117
FABLE IV
LB POUVOIR BBS FABLB8.
A M. DB BABRILLOa*.
Éiope, fab. 178, Ain^Mf^ç & pijxttp (Coray, p. iio, p. 363). Compares la teoonde, la trobième et la quatrième fonnes de la fable 390, l^vov |uo6<ftaâ(&cvoc*, empruntées. Tune à un fcoliaste d'Aristophane et deux à Photius (Coray , p, an et ai 3). — Âbstemius,
1. Paul de Barillon, comme ëcrivent noi éditions originales, ou platAt de Barrillon d'Amoncourt, marquis de Branges (titre que d'ailleurs on ne lui donnait pas), conseiller au Parlement en i65o, maître des requêtes en i65i. Au moment où la Fontaine lui dédia eette fisble, 1678, il était ambassadeur en Angleterre, où il resta jnsqn*à la chute de Jacques II. Cette réyolution, qu'il n'avait pas prérne, tandis qu'elle était chaque jour prédite par le comte d'A- Tunx, ambassadeur en Hollande, lui valut une sorte de disgrâce (ToyeXy entre autreè témoignages, les Lettres Je Urne de Sévigné a Mme de Grignan, des a8 férrier et a mars 1689, tome VIII, p. 489- 499; les Mémoirei Je Sami-^imon^ tome VI, p. aGa» et son Addition au Journal de Dangeau^ à la date du 10 janvier 1689, tome II, p. agS, édition de i854). H mourut conseiller d'État ordinaire, en juillet 1691. C^était un esprit délicat, grand ami de Mme de Se- TÎgné, de Mme de Grignan, de Mme de Coulanges. Solvet, qui soupçonne, sans aucune vraisemblance, k notre avis, qu'il aurait bien pu y avoir quelque malice dans le tour poétique et badin du Ters 34» <^î^» ^ l'appui de sa conjecture, ce passage, d'ailleurs curieux, où Saint-Évremond s'est assez plaisamment égayé aux dépens de Barrillon et de sa gourmandise {Œuvres mesUeSy Londres, 1709, tome m, p. 4^^) • ^ Monsieur de Barrillon, qui mangeoit autant que penonne, aroit un secret admirable contre la plénitude. Avoit-il mangé à crever? H entretenoit Mme Maaurin des religieux de la Tnppe, et, quand il avoit parlé demi-heure de leurs abstinences et de leurs austérités, il croyoit n'avoir mangé que des herbes non plus qu'eux. Son discours faisoit l'effet d'une diète, o
a. AiUeort la fable a le titre plus juste : 'Y)vou oxidC.
aa8 FABLES. [t. iv
Proœmium. — G. Gognatus, p. 93, tU Asîni umira. — Desmay, fab. a, VÈloge de la Fable ou ia Mature plut éloquente que VArt. «- Boursault, le Pouvoir des fables^ au début du Prologoe des FahUt tt Ésope ou Ésope à la ville (1690).
Mjrthologia msopica Neveleti^ p. a36, p. 533.
Chamfoit troure le prologue « aMez médiocre; mais la petite historiette qui fait le sujet de cette prétendue fable » lui parait a très-agréablement contée. » — Il y a deux rersions de cette historiette, celle de Fapologue ésopique n* 178, reproduite, sauf le nom de l'orateur (voyez ci-après, la note du tcfs 35), par Abstemius et par la Fontaine, et c^e que rapportent, nous Tenons de le dire, un scoliaste d* Aristophane et Phottus, et, en outre, Plutarque; dans cette dernière, Torateur est, non pas Démade comme dans Tautre récit grec, mab Démosthène, et le conte qu'il imagine pour réveiller ses auditeurs est tout différent. Voici, en substance, ce que dit Plutarque {Vies des dis orateurs^ vm, Démosthène^ Ters la fin : Bibliothèque Didot, OEupres morales^ tome II, p. io33) :Un jour, Démosthène, impatienté de Tinattention de son auditoire, se mit à raconter l'histoire d'un jeune homme qui avait loué un âne pour aller à Mégare. Vers midi, on s'arrête pour se reposer; le jeune homme veut se coucher à l'ombre de l'âne; l'ânier lui dit qu'il lui a loué son âne, et non l'ombre ; de là contestation'. L'auditoire est attentif et attend la fin de la dispute. Mais l'orateur s'arrête. Gris des Athéniens qui demandent le dénouement de l'histoire ; sortie de Démosthène, qui les gourmande, comme ici, de leur frivolité. — Gognatus (Gousin), après avoir reproduit en le développant le récit de Plutarque, fait un curieux rapprochement avec un traît de Diogène, qui, voyant lui aussi qu'on n'écoute pas son sérieux discours, se met à chanter une sotte chanson. Aussitôt ses auditeurs s'éveillent, d'autres accourent, tous sont prêts à entrer en danse, et le cynique leur dit énergîquement leur fait.
La qualité d'ambassadeur Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires?
3. < Gontester sur l'ombre de l'âne » était devenu proverbial dès le temps d^Aristophane, au plus tard : voyez le vers 191 des
w. it] livre VIII. 229
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ? S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur^, Seront-ils point traités par vous de téméraires? 5
Vous avez bien d^autres affaires
A démêler que les débats
Du Lapin et de la Belette.
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu*on ne nous mette i o
Toute l'Europe sur les bras '.
Que de mille endroits de la terre
11 nous vienne des ennemis ^
J'y consens ; mais que l'Angleterre Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis, i 5
J*ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose* ?
Guépts^ et aa tome IV, a* partie, p. 3o4) de VArUtote de la BihUo^ thèque DUtot^ les citations faites soas le n* 3.
4. L'expression rappelle celle de Virgile (i*r rers de la it* ëglogue):
SteeUdeê Musm^ paulo majora canamus,
5. Voyez la fable xn du lirre VII, et, pour les rers lo et ii, 1'^ pilogue de la fable xmi du livre VII, et Yffutoire de la Fontaine par Walckenaer, tome I, p. 3o8-3io.
6. Notre poète se rendait bien compte de l'influence prépondérante du Parlement sur la politique du gouremement anglab. — On sait comment les deux rois étaient amis : Charles II recerait pension de Louis XTV pour servir les intérêts de la France au détriment des véritables intérêts de l'Angleterre, et surtout au mé~ pris des vcbux du Parlement et du peuple anglais. Aussi Charles II avait-il plus d'une fois déjà dû céder à l'attitude prise par les Communes; après avoir attaqué la Hollande, de concert avec Louis XIV, en 1671, il avait été contraint de conclure avec elle une paix particulière dès février 1674, et en janvier 1678 un traité d'alliance offensive. Les rapides succès obtenus par Louis XIV en personne, au commencement du printemps de cette dernière année, avaient encore exaspéré l'opinion en Angleterre, a La promptitude de ces expéditions (dit le président Hénault* parlant
« Abrégé ehronotogique de rhUtoire de France, tome III, p. goS.
a3o FÂBLB& [f. nr
Quel antre Hercule enfin ne se trouveroit las
De combattre cett^ hydre? et faut-il qu*elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras^? %o
Si votre esprit plein de souplesse.
Par éloquence et par adresse.
Peut adoucir les cœurs et détourner ce coup,
de la prise de Gand et d*Ypres, enler^ en quelques jours, au mois de mars 1678, pendant qu*on inTestisuit Charlemont, Namur et Luxembourg) excita une si grande fermentation dans le parlement d'Angleterre, que Charles II y fut autorisé à faire des emprunts k sept pour cent de telles sommes qu*il jugeroit à propos, pour le maintien de ses armes. Cette démarche, qui n'aroit pour but que de donner du secours aux ennemis de la France, jointe à l'interdiction du commerce entre les deux royaumes ordonnée par le même parlement, étoit bien contraire à la qualité de médiateur qu'aToit prise Charles II ; mais il n'en étoit pas le maître. On le força aussi à redemander les troupes angloises qui aToient été au serrice de la France dès le commencement de la guerre, et qui lui furent reuToyées en assea mauTais état. » En avril 1678* Louis XIV adressa son ultimatum au congrès de Nimègue. c Les agents anglais..., dit Henri Martin (tome XIII de son Histoire de France^ 4* édition, p. 537), serrant le Parlement plus que le roi Charles, trarailièrent, de concert avec le prince d'Oange, à faire repousser les propositions de la France, o Celle-ci ayant, à la fin de juin, éleré une difficulté qui remettait tout en suspens, « Charles II, engagé par Guillaume,... refusa de ratifier son traité secret du 37 mai avec Louis XIV, expédia des renforts aux garnisons anglaises d'O»tende et de Bruges, et envoya sir William Temple à la Haye et à ' Nimègue pour négocier de nouveau un pacte offensif avec les Étals Généraux, Temple.... était l'adversaire systématique de la France a [ibidem^ p. $29). On peut supposer, avec vraisemblance, que la Fontaine écrivit ce prologue en 1678, année où furent éditées les fables des livres VII et VIII ; il se préoccupait, avec tout le public, des négociations qui devaient enfin (en août) aboutir à la paix de Nimègue, mais que l'intervention de l'Angleterre menaçait de faire rompre.
7. Malherbe (ode A Henri IV ^ tome I, p. a6) applique à la gueire civile la même figure qu'ici la Fontaine à la guerre étrangère :
Soit ou'en sa dernière tète L'hydre civile t'arrête....
F. it] LITRB YIII. a3i
Je TOUS sacrifierai cent moutons' : c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse ; a 5
Cependant faites-moi la gi*ace
De prendre en don ce peu d*encens;
Prenez en gré* mes vœux ardents, Et le récit en vers qn^ici je vous dédie. Son sujet vous convient, je n*en dirai pas plus : 3o
Sur les éloges que Tenvie
Doit avouer qui von^ sont dns^
Vous ne voulez pas qu*on appuie.
Dans Athène autrefois, peuple ** vain et léger,
Un Orateur**, voyant sa patrie en danger, S S
G>umt à la tribune ; et d*un art tyranniqne",
8. Comme à on dieu. C*e«t ce que Virgile, dans une plut lëriense apothéote, disait indirectement à Octare (i~ églogue, rers
.... Erlt ille mihi semper deut^ iilius aram Smp€ tener nottrU ah o^iHàut imbuti agnus.
9. « Prendre en don, prenei en gré, » répétition que Nodier reprend comme nne aég^enoe, mais qui pourrait bien être fiiite à dessein et qui, en tout cas, n'a rien, ce semUe, qui choque, dans cet enToi fiimilier.
10. Même tour que plus haut, livre VII, fable n, vers 44 * ▼oyes la note 11 de la page io5.
1 1 • Syllepse à noter : la ville confondue avec le peuple qui iliabite.
la. L*anecdote grecque racontée ici par la Fontaine nomme Démade, orateur contemporain de DémoMhène ; mais la Fontaine l'a sans doute prise, non dans une des sources grecques où est ce nom propre, mais dans le prologue d'Abstemius, où il n'est aussi parlé que d'un orateur athâiien quelconque.
i3. L'abbé GniUon, à propos de cette expression, rappelle que « l'antiquité avait peint l'éloquence sons l'emblème de la force elleméme, d'un Hercule jeune, plein de vigueur, tenant à la bouche nn double rang de chaînes qui tombent et embrassent un grand nombre d'hommes accourus pour l'entendre. » C'est un souvenir, mais fort inexact, d'un passage de liucien, bien connu {Prmfmtio^ EertuUs, §$ 1-4), où il est dit que, chez les Gaulois, non dansl'anti-
VoDlant forcer les cœnn dans une république. Il parla fortement sur le commun salut. On ne récontoit pas, L'Orateur reconrut
A ces figures violentes 4 o
Qui savent exciter les âmes les plus lentes : Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put. Le vent emporta tout, personne ne s'émut;
L'animal aux têtes frivoles", Ëunt &it à ces traits, ne daignoit l'écouter; 4 S
Tons regardoient ailleurs; il en vit s'arrêter A. des combats d'enfants, et point ji ses paroles. Que fit le harangueur? Il prit un autre tour. « Cérës, commença-t-il, faisoit voyage un jour'*
Avec l'Anguille et l'Hirondelle; So
Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant,
qaM grecque ou latine, comme le doiwe k entendre l'uinotatcar, ce n'eit pu Uercure, mai* Hercule qm repréieiite l'âoqnence, non pâi un Hercule jeune et vigonreax, Di*û un Hercule très-Tienx, de la bouche duquel, ou plutdt d'un trou perce dana la langnc, •ortent dei ehatnet qni traînent une mtdtitnde d'hommes attacha par lei oreille», non Ip'imaà, maia tout jojreiu i'tW conduiti. — La Fonuine lui-mCme eat plu* exact dant ce joli pasuge : c (Jules Càar) a mtne plaidé de» cauiei. Cela ne lui Aoit pai plui léant qu'à notre Hercule gaulois de m lerrir du diKOuia auui bien que d'une mauue. Oo le peint avec de* cbafne* qni lui aortent de la bouche, comme t'il edt entraîna le* homme* par te* parole*. ' C'eat un équipage qui m'a étonna plu* d'une foi*.... Je ne me leroi* jamaiiaTiadde propoaer {lun: c pr^po*er >?) a l'éloquence un dieu comm« Hercule, et encore moin* un gaoloï*. > (CoaparaiKM iAUxmdrt^ Jt Ciiar tt Je Maïuieur le /■riiKw, tome III de H. Har^- UTeaux, p. aSi.)
14. BiUua muilomm et eapiiam^ dît Hoiaee, «'adreuant an peuple romain, linv 1, ^ttre x, ver* 76 \ et Gabriel Naudé : > Be*te à plnùcun tette*, ragabonde, emmte, folle, eatoordie, lani conduite, nan* etprit nj jugement, d (Comidiratieiu polîiijitet tur les eetpe
fEtUt, chapitre ir, p. i5i, Borne, 16)90 iS. Toiv, du Ter* 48, e«t répété ici dan* le* deux texte* de 1678:
kute évidente, corrigée dao* le* édition* *ui'rautei.
p. it] livre VIII. ^!i33
Comme rHirondelle en Yolant»
Le traversa bientôt. » L'assemblée à l'instant Cria toat d'une voix : « Et Cérès^ que fit-elle?
— Ce qu'elle fit? Un prompt courroux 55
L'anima d'abord contre yous.
Quoi? de contes d'enfants son peuple^' s'embarrasse!
Et du péril qui le menace Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! Que ne demandez- vous ce que Philippe*^ fait**? » 60
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'Orateur** :
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point** ; et moi-même, Au moment que je fais cette moralité,
16. Athènes était surtout la rîlle de Pallat; mais Cërèt était particulièrement adorée à Eleusis, Tille de TAttique; et la Fontaine lisait dans Abstemius : FohU..., dea nostra succentuit,
17. Au lien de Démade» g>^gné par Philippe, la Fontaine fait donc parler, sinon Démosthène lui-même, du moins Tun des orateurs du parti opposé au roi de Macédoine.
18. Tout ce mouTement de l'orateur est indiqué dans le récit grec traduit par Abstemius; mais le dernier trait, si naturellement amené, appartient à la Fontaine; on j peut roir une réminiscence, une ingénieuse imitation d^un passage célèbre de la I** Phiiîppique de Démosthène, que Fénelon a traduit ainsi [Lettre sur les oeeupailons de V Académie françoise^ it, tome XXI, p. 170- 171) : a Chacun ira-t-il encore çà et là dans la place publique, faisant cette question : a N*y a-t-il aucune nouvelle ? 9 Eh ! que peut-il y aToir de plus noureau que de voir un homme de Macédoine qui dompte les Athéniens et qui gouverne toute la Grèce? s