Allusion à la manière dont les Dieux se partagent, dans
r. v] LIVRE Vill. 387
Un Sot par une Puce^ eut Tépaule mordue ;
Dans les plis de ses draps elle alla se loger. x o
« Hercule', ce dit-il, tu devois' bien purger
La terre de cette hydre au printemps revenue'®.
Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nue
Tu n^en perdes la race afin de me venger '^ ? »
Pour tuer une puce, il vouloit obliger 1 5
Ces Dieux à lui prêter leur foudre et leur massue.
Vliiaffe^ entre les Grecs et les Troyens. — Une pareille prétention de rÉléphant à occuper les Dieux est raillée dans la fable xxi du livre XII, P Éléphant et le Singe de Jupiter,
7. Au sujet du plaisir que semble prendre maint poète du seizième et du dix-septième siècle à cbanter IHncommode insecte, Toyez, dans les OEuvre* inédite* de Pierre Mtotin*, les notes de la page 108, se rapportant à une jolie pièce de la page 55.
8. Cognatus (Cousin) raffine : c'est en sa qualité d*iXe(ixaxoc (il le somme ainsi en grec dans sa fable latine), de dieu c chassant les maux, » que Thomme invoque Hercule; et il a eu soin de nous dire en commençant que .cet homme n*est pas le premier Tenu, que c'est un c impie. »
9. Tu devois^ tu aurais dû : vo/ez, à V Introduction grammaticale de la plupart des Lexiques de la Collection, de semblables emplois de rimparfait de l'indicatif au sens du conditionnel.
10. Le choix, pour si petite besogne, du héros à la massue, de Texterminateur de l'hydre de Lerne, est bien autrement comique ici que dans la prière, à laquelle ce choix fait songer, du Chartier embourbé (fable xvin du livre VI) ; et, comme le fait si bien sentir le dernier vers, la massue n*y suffit point ; il y faut de plus la foudre.
11. A cette plainte ridicule M. Moland oppose la tolérante mansuétude de Fonde Tobie dans Tristram Shandy de Sterne, et cette phrase dont la fin est charmante : a Va, dit-il à la mouche,... en ouvrant la main pour la laisser échapper.... Pourquoi te ferais-je' du mal? Le monde est bien assez grand pour nous deux » (livre II, chapitre xxxvii).
• Publiées par M. Paul d'Estrée, Paris, i883, in-ia.
a38 FABLBS. [r. vi
FABLE VI
LB8 FBMlOa BT LB SBCRBT.
AbHoniiis, fid>. 119, de Viro ^ Uxari j» opimi ptperisêê dixertU, — LodoTÎoo Gmedanliiii, ArtiS Êtt feiA^ etc., p. i43| Cosa stolta et perieoUum eommumiemr tJU domm segnti êmporimmik
Mjrtkologia mtopica Nevdeti^ p. $89.
c Cette petite hittoriette, dont la moralité n*est pas neuTe, dit Chamforty est bien joliment contée.... Le dialogue des deux femmes est très-naturel. C'est un des talents de la Fontaine, etroilà ce que n'ont pas les autres fabulistes. » — U faut peut^-étre regretter ^e la Fontaine n'ait pas préféré aux données du &bliau d'Âbstemias celles d'un récit de Plutarqoe, dont l'objet est le même, qui ne le cède pas à l'autre en gaieté, et qui est d'une invention plus natorelie à la fois et plus élégante : Tojez le traité du Bahil^ chapitre xi (dans la Bihlùnhiqme ihdot^ tome I des OEutres morales^ p. 6i3- 614); c'est là une femme de sénateur romain, curieuse des secrets d'État, dont la discrétion est également mise à l'épreuve par son mari, qui lui confie un feint prodige, l'apparition, au-dessus de la Tille, d'une caille armée, « ayant le morion en tète et la pique aux pieds. » Nofil du Fail, dans tes Contes et D'ueourt d'Sutrapel (chapitre xxxm, tome II, p. 3ii-3ia, de l'édition ekevirienne de M. J. Asséxat), a fort bien fait valoir le conte de Plutarque, et y a ajouté, en l'appliquant aux cailles, un des bons traits d'Âbstemius, les conteuses multipliant successivement le nombre des œufs. — Dans les Oeitû Bomaiwmm eum applicatiomètu moralUatu ae mUtieU ^ (Parisiii, Regnault, 1494, in-8*, caput cxxv, fol. io3), il 7 a une singulière variante ; ce n'est pas un ouf qu'a pondu l'époux, mais un corbeau : Quum ad pnvata aoeeueram^ ui oput naturm faeerem^ eomu nigerrimut a parte posteriori evolavit; et, d'une femme à l'autre, le nombre s'élève à soixante. — M. Soullié (p. ao5-iio) a cité et apprécié l'imitation de du Fail, en la rapprochant d'abord de Plu-
I. Voyex Brunet, le Manuel du Ubraire^ tome II, col. 1571 et suivantes.
r. vi] LIVRE VIII. %ig
tarqne et de la tradaotioii d'Amyot, puis d'une petite histoire de Rabelais qui raille paiement la curiosité et rindiscrétion des femmes (chapitre xzur du tiers liyre, tome II, p. i65-i66)*f enfin de la composition de la Fontaine, ^e, dans un chapitre précédent (p. 1 36-1 38), il a déjà comparée à celle d*Abstemius. Quêtant a traité le sujet dans sa comédie de même titre (1768).
Rien ne pèse tant qu'un secret :
Le porter loin est difficile aux dames '; Et je sais même sur ce finit Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un Mari s'écria, 5
La nuit, étant près d'elle : « O Dieux ! qu'est-ce cela?
Je n'en puis plus! on me déchire !
Quoi? j'accouche d'un osuf ! — D'un œuf? — Oui, le voilà, Frais et nouveau pondu. Gardez-bien de le dire : On m'appelleroit poule ^; enfin n'en parlez pas. » xo
1. M. Marty-Laveaux, dans son commentaire de Rabelais, fait remarquer que ce conte^ qui, du reste, n*a d*autre analogie arec aotre ÏMe que d'être une mise à l'épreuTe de la discrétion des femmes et de tourner à leur confusion, remonte assez haut et a été souTent reproduit, arec plus on moins de variantes. Aux sources qu'il indique, de Jean Herolt (1476} et de Gratien Dupont (i536)y on peut ajouter, entre autres, un ancien recueil de contes déTots, la Fleur des eommandemens de Dieu.,,, (P'^'û) x548, p. liiii), de Inobedienee^ exemple c. M. £. Cosquin nous donne aussi de nombreuses Tenions, de même moralité, mais, du reste, toutes différentes, sous le n* lxxto, p. 4^2^ de ses Contes populaires lorrains (1881}.
3. « Les sages disent que trois sortes de gens sont privés de jugement : ceux qui recherchent les dignités au service des rois ; ceux qui veulent par expérience goâter du poison ; et ceux qui disent leurs secrets aux femmes. i> {lin^e des lumières^ p. 69.)
4. Ce trait est emprunté à Abstemius : Sed eope^ si me amas, ne etd hoe dietu : tute enim nosti quanto dedecori mihi esset^ si ex piro gallina fœtus dieerer, — L. Guiooiardini traduit ainsi : Ma guarda^ hen miOf se tu mi ami^ ehe non ti useisse di hoeea^ perehè tu puoipen^ sare ehe dishonare mi sarebbe se si dieesse ehe sthuomo io fussi dipentato una gaiUna,
a4o FABLES. [w. ti
La Femme, neove sur ce cas,
Ainsi qae sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire ;
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit. 1 5
L*Épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour (iit à peine levé ;
Et de courir chez sa voisine.
« Ma conunère, dit-elle, un cas est arrivé; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : ao Mon Mari vient de pondre un œuf gros comme quatre.
Au nom de Dieu, gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
— Vousmoquez-vous ? dit l'autre : ah ! vous ne savez guère Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. » a 5
La Femme du pondeur' s'en retourne chez elle. L'autre grille* déjà de conter la nouvelle ; Elle va la répandre en plus de dix endroits ;
Au lieu d'un œuf, elle en dit trois.
Ce n'est pas encor tout; car une autre commère ^o En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait :
Précaution peu nécessaire,
Cblt ce n'étoit plus un secret.
0)mme le nombre d'œufs, grâce à la renommée^,
De bouche en bouche alloit croissant, 3 5
5. C'est à rarticle du mot Povdbusb, ce nom de aignificstion en effet ai féminine, que Littré donne ce masculin, comme exemple unique et fabrique plaisamment par la Fontaine.
6. Rabelais, dans le conte mentionné à la notice, se sert du même mot (p. i66) : a La défense ne feut si tost faicte, qu'elles grisloient en leurs entendemens d'ardeur de reoir qu'estoit dedans (e€ qui était dans la boite)» »
7. Dont le propre, dit Tabbé Guillon, « est d'acquérir des forces à mesure qu'elle s'étend :
Fîrts,,», aeqmrii eundo, »
{Enéide^ lirre IV, rers 17$.)