Voyez Robert, tome I, p. gxiu-gxiv
r. YuJ LIVRE VIII. a43
loiurces probables où a pu puiser notre aateur. Mais, si nous en croyons Brossette, c*est à un contemporain «pie la Fontaine dut la pensée de sa fable, ou au moins de Tapplication particulière quUl en fait aux administrateurs des rilles. a Brossette nous dit que le poète se rendit une fois à Ljon chez un riche banquier de ses amis, noBjné Caze. U y rit M. du Puget, plus connu comme physicien que Gomme poète; celui-ci lui communiqua un apologue en Ters, intitulé U CkUn politique; il aTait pour but de critiquer la mau- ▼aise administration des deniers publics dont on accusait les magistrats de la ville de Lyon. Ceci donna l'idée au fabuliste de traiter le même sujet*. » On trouvera à VAppendUe l'extrait d'une lettre de Brossette à Boileau, datée du ai décembre 1706, et la fable de du Puget qui y est insérée ; elle peut, pour le récit, tenir lieu de celles de Waldis, de Walchius et de Régnier; mais la moralité en est nouvelle et toute conforme en effet à celle de la Fontaine.
Michel de Marolles raconte la même allégorie dans ses Mémoires (Amsterdam, 1755), tome III, p. 4a-43, et il la fait suivre de cette réflexion ironique : c De cette petite histoire qu'Ésope ni l'affranchi d'Auguste n'auToient pas désavouée, oserons-nous inférer que notre homme prudent ne se feindra (n'hésitera) point à faire son devoir, toutefois et quantes que les finances publiques seront à l'abandon et qu'il aura moyen d'appliquer en sa personne, à l'usage d'un honnête homme, ce qui tomberoit entre les mains d'un maraut s'il ne prenoit soin de le retirer et de le mettre en de meilleures mains... ? »
Nous n*avoDS pas les yeux à Tépreuve des belles, Ni les mains à celle de Tor^ :
6. Walckenaer, Histoire de la Fontaine^ tome I, p. a86-a87 ; une note nous apprend que Louis du Puget, né à Lyon en 1629, mourut le 16 décembre 1709.
7. La Motte a rapproché, avec une élégante brièveté, ces deux idées:
.... Ici je le vois (le Juge) tel que le Sort l'a fait naître; Pour les riches^ des mains; pour les belles^ des yeux; Pour les puissants, égards et tours officieux : Voilà tout le code du traître.
{Jfobleê noupelUSf Paris, 1719» livre II4 fable xix, les Grillons, —
244 FABLES. [w. vu
Pta de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidèles.
Certain Chien, qui portoit la pitance au logis, S*étoit fait on collier du dîné de son maître *. Il étoit tempérant, pins qu'il n*eût voulu l'être*
Quand il voyoit un mets exquis ; Mais enfin il l'étoit; et tous tant que nous sommes Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. t o Chose étrange : on apprend la tempérance aux chiens.
Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes I Ce Chien-ci donc étant de la sorte atourné '*, Un Matin passe, et veut lui prendre le dîné.
Il n'en eut pas toute la joie x 5
Qu'il espéroit d'abord : le Chien mit bas la proie Pour la défendre mieux n'en étant plus chargé ;
Grand combat; d'autres chiens arrivent;
Ils étoient de ceux-là qui^^ vivent Sur le public, et craignent'* peu les coups. ao
Notre Chien se voyant trop foible contre eux tous, Et que la chair couroit un danger manifeste,
Du second Ters de notre fable on peut rapprocher ce passage :
.... Qui hait les présents?
Tous les humains en sont friands.
(0>nte zm de la III* partie, Ters 8-9.)
8. c Précbîon très-heureuse, et qui fait peinture. 1 (Chamfokt.)
9. c Vers très-plaisant, dit le même critique, qui exprime i mer- TeUle le combat entre Tappëtit du Chien et la Tictoire que son éducation le force à remporter sur lui-même. »
10. Ajusté, orné, paré : Tojez le rers 6. Le mot rerient deux fois de suite au conte 11 de la III* partie, Ters aa4 ®t aa5.
11. Même tour qu*au Ters 41 de la fable i du liTre VU; Tojes un autre emploi de MVr« ««r, qui suit, au livre XI, fable i, Ters 39.
II. Les deux textes de 1678 portent c en craignant 1; mais dans VEiTûia le texte est corrigé tel que nous le donnons et qu*il a été depuis reproduit par tous les éditeurs.
F. vïij LIVRE VIII. * a45
Voulut avoir sa part ; et, lui sage, il leur dit^' :
« Point de courroux, Messieurs, mon lopin me suffit ;
Faites votre profit du reste. » a 5
A ces mots, le premier, il vous happe un morceau ; Et chacun de tirer**, le Matin, la canaille*',
A qui mieux mieux. Ils firent tous ripaille*' ,
i3. c II est diiBcile de blâmer la conduite de ce chien, dit Chamfort ; cependant, comme il est, dans cette fable, le reprëseotant d*un échevin ou d*un prëvôt des marchands, la Fontaine n'aurait pas dû lui donner Tëpithète de sage. Il a l*air d'approurer par ce mot ce voleur qui suit Texemple des autres; proposition insoutenable en morale. Mais rëchevin doit dire : c Messieurs, c Tolez tant qu*il tous plaira, je ne puis Tempécher, je me retire. » .... La cause de cette diffërence Tient de ce que le Chien n*ëtant pas obligé d*étre moral, on admire son instinct, dont il fait ici un trèa-bon usage. Mais Thomme étant obligé de mettre la moralité dans tontes ses actions, il cesse, lorsqu'elles n'en ont pas, de faire un bon usage de sa raison. » — Geruzez pense que sage est pris ici an sens ironique, comme, plus loin, scrupuleux tXfripoUs^ au Ters 36 :
Si quelque scrupuleux, par des raisons friToles....
Nous admettons l'ironie dans ce Ters de la fin : elle est incontestable (comparez la citation qui termine la notice) ; mais nous n'en Toyons point dans Tépithète de sage appliquée au Chien qui veut apoir sa part. Il ne s'agit point ici de morale, mais de prudence et d'habileté; en cet endroit, M^ a le même sens que dans TaTant-dernier Ters de la fable t du liTre II, la Chauçe-'Souris et les Jeux Belettes,