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Pages 99-98 : Plaisanterie £un Bouffon et des Poissons

6. Page 146 : Strategema parasitieum. Le gourmand ditqu*il veut savoir des poissons ce qu^est devenu son père qui jadis s^est noyé : voyez le titre cité dans la note 4*

7. Au second livre des dialogues de r Orateur de Cicéron, bien qu*il y soit nié d*abord que la plaisanterie (jocus^ faeetiss) soit un

F. viii] LIVRE VIII. a49

Dieu ne créa que pour les sots Les méchants diseurs de bons mots '.

J'en vais peut-être en une fable s

Introduire un; peut-être aussi Que quelqu'un trouvera que j'aurai réussi.

Un Rieur étoit ù la table D'un Financier, et n'avoit en son coin Que de petits Poissons : tous les gros étoient loin, i o Il prend donc les menus, puis leur parle à l'oreille,

Et puis il feint, à la pareille.

D'écouter leur réponse. On demeura surpris;

Cela suspendit les esprits.

Le Rieur alors, d'un ton sage', i s

Dit qu'il craignoit qu'un sien ami,

Pour les grandes Indes ^® parti,

N*eût depuis un an fait naufrage;

art qui te paisse enseigner, on peut roir, par le long morceau qui j est consacré (chapitres lit-lxxi), par Texposë méthodique, les dasaîfications, mis dans la bouche de Torateur Jules César Strabon, que les anciens j attachaient grande importance et la regardaient comme fort utile [yeliemenur utUis) a Torateur.

8. L'abbé Guillon cite, à propos de ce vers, le mot de Pascal*, c Diseur de bons mots, mauvais caractère. » Mais méchant n*est évidemment pas pris ici dans l'acception morale; il signifie sans talent f sans esprit^ maupais^ plat, au sens où Boileau a dit, dans son jirt poétique (chant I, vers x6a), a un méchant écrivain, » et Mme de Sévigné, dans sa lettre du 97 mars 1671 (tome II, p. i3i)t • un méchant prédicateur. 9

9. D'un ton qu'il affectait de rendre grave et sérieux ; mais sage marque mieux l'opposition avec le ton habituel du rieur de profession, du convive qui paye son dîner en faisant le plaisant.

10. On désignait souvent l'Amérique par les noms de « Grandes Indes, » ou d* « Indes occidentales. » C'était un reste de l'erreur qui avait fait croire à Christophe Colomb que les terres nouvelles découvertes par lui étaient un prolongement de l'Inde.

• Article vi, $ 19, de Tédition de M. Ilaret. La Bruyère a repris et développé ce mot au chapitre ds la Cour, n* 80, tome I, p. 33o.

25o FABLES. [f. yin

Il s'en informoit donc i ce menu fretin*^;

Maïs tous lui répondoient qu'ils n'étoient pas d'un âge a o

A savoir au vrai son destin ;

Les gros en sauroient davantage, a N'en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger? »

De dire si la compagnie

Prit goût à sa plaisanterie, a 5

J'en doute"; mais enfin il les sut engager  lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus *^

Qui n'en étoient pas revenus, Et que, depuis cent ans, sous l'abîme avoient vus 3o

Les anciens'* du vaste empire^*.

II. Le mot, ici collectif, s'emploie aussi comme ëpithète d*un seul poisson : voyez lirres V, fable m, yers 6, et IX, fable x, Ters i.

la. Chamfort a-t-il bien compris quand il nous dît que pourtant <x la plaisanterie n'est point mauTaise »? Ce que peut-être bien les convires ne goûtèrent pas, ce fut de faire, à leurs dépens, la part du parasite.

i3. Comparez livre X, fable xt, vers i,

x4. Anciens en trois syllabes. Même mesure au rers 9 de la fable I du livre III, et au vers 4 de VÉpitre à Péçéque de Sousans. Voyez aussi un triple exemple dans le Leaùque de Corneille,

i5. c En résumé, J dit Tabbé Guillon, ou pins probablement Jules Janin (la remarque n*est que dans la seconde édition du commentaire), c on ne peut guère remarquer dans cette fable que les quatre vers qui la terminent. Arrivé au bout de sa narration, et peut-être assez peu satisfait de son conte, quoi qu*il en dise au commencement, le poète s'amuse à polir quatre beaux vers qui ne tiennent en rien à sa fable, mais qui reposent agréablement Toreille, et font presque oublier au lecteur le neicio quid que le fabuliste ne s'est pas donné le temps de trouver. » Jugement dédaigneux qui ne nous semble pas juste. Nous ne comprenons pas d'abord comment on a pu dire que ces quatre derniers vers, qui sont fort beaux en effet, « ne tiennent en rien à la fable. » Par le tour et Texpre^ sion, ils font contraste avec le reste du récit. Mais est-ce là un défaut ? En tout cas, nous le rencontrons souvent dans la Fontaine, et d'ordinaire on ne Ty blâme pas. L'anecdote d'ailleurs, à ne prendre qu'elle, est vivement et agréablement contée.

r. ix] LIVRE VIII. aSi

FABLE IX

LB RAT BT L^HUÎTRB.

Cette fable parut, pour la première fois, dans le recueil intitulé Fûhl9s nauvêlieset autres poésies de M. de la Fontaine, 1671.

Robert indique, arec raison, arant toute autre source, une épigramme de VjimthoiogU grecque, mise sous le nom d*Antiphile (j4h~ ikologié paiattHe^ chapitre ix, n* 86 ; dans la Bibliothèque Didot^ tome n, p. 17). En Toici la traduction : c Toujours furetant, •'accommodant de tout, mais friand de bons morceaux, un Rat aperçut une Huître, épanouie dans sa maison entr*ouTerte ; il effleura de ses dents la frange bumide de cette cbair trompeuse ; aussitôt les écailles arec bruit se referment ; la douleur les resserre : le Rat est pris, il n'échappera plus de ce piège, de ce tombeau, où il est Tenu de lui-même chercher la mort. » Francbco del Tuppo et Alciat ont librement imité cette petite pièce en Tcrs latins, le premier à la fin de la confirmatio exemplaris de sa fable xxxnr (édition d'Aquîlée sans titre, mais datée à la dernière page de 1493), le second dans son emblème xcrr, composé, comme Toriginal, en trois distiques*. Gilbert Cousin (Cognatus), dans sa iVorrationum syha (p. 69 de Fédition de Bâle, x567), semble aussi y aroir fait une allusion, citée par Robert, tome I, p. ccxxxrr. C'est bien ce sujet de Tépigramme grecque qu'a développé la Fontaine, en ajoutant, comme d'ordinaire, beaucoup à son modèle. On ne saurait donc voir dans le Rat et VEuitre une trans-

formation de la fable 908 d'Esope ou de la i** fable d'Abstemius, que Gnillon, Robert et Walckenaer n'ont pu rappeler ici que pour une bien lointaine analogie. Dans Ésope (Kumv, Coray, p. i34, Nevelet, p. ^58), c'est un Chien qui arale un Limaçon qu'il prend pour un œuf; et quand il sent ses entrailles déchirées : c C'est bien fait, dit-il ; je n'ai que ce que je mérite. >

I . Le commentateur d' Alciat, Claude Mignault {Minos en latin), connaissait bien l'origine de l'emblème : il le dil emprunté au I*' livre des épigrammes grecques.

2i52 FABLES. [p. tx

Dans Àbfttemius (de Mure in eUta ncio, Nevelet, p. 536*), cWt un Rat noTÎce qui est en scène comme ici; mais qu'il est loin, d^intéresser comme le Souriceau ou le Rat de la Fontaine ! Né dans un coffre où il se nourrit de noix, un jour il en tombe, et aperçoit une table chargée de mets : c Que j*étais fou, dit-il, de croire qu'il n'y ayait rien au monde de meilleur que mon ordinaire !» — a On reconnaît, dit Cbamfort, tout le talent de la Fontaine dans le discours du Rat, dans la peinture de THuître bâillant au soleil, dans celle du Rat surpris au moment oùTHuître se referme.... » Il critique seulement, dans le discours du Rat, le ▼ers i6, qui lui paraît contenir « quelque propos populaire et tri- ▼ial dont on se passerait bien s (royez la note xo). U est Trai qu'il ajoute : a Mais il n'appartient qu'à la Fontaine de rendre cette sorte de naturel supportable aux honnêtes gens ; nous en Terrons plus bas un autre exemple dans la fable du Singe et du Léopard (Cable ni du livre IX, au vers ao). » Quant à la moralité, il r^rette qu'elle soit multiple ; on peut en effet énumérer ici jusqu'à trois enseignements : outre les deux de l'épilogue, le vers 33 en contient un, sur le danger de l'ignorance, qui est précisément celui que fait ressortir l'affabulation du Chien d'Ésope, a II n'en faut qu'un, dans une fable bien faite, ajoute Chamfort. J'aurais voulu que la Fontaine exprimât l'idée suivante : c Quand on est ignorant, il a faut suppléer au défaut d'expérience par une sage réserve et par c une défiance attentive. » — Cette condition de l'unité de morale, comme plus d'une antre que l'on a voulu imposer à la « fable bien faite, » est-elle de rigueur ? Sans manquer au respect qui est dû aux législateurs du Parnasse et à leur sage idéal de perfection, on peut savoir gré à la fantaisie du pofite de franchir, à l'occasion, des limites de ce genre.

Un Rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle, Des lares paternels un jour se trouva sou'.

3. C'est d'Abstemius ou de Joachim I Camerarius (p. 949 de rédition de Leipsick, i564) T^^ G' Haudent a tiré la fable 6a de sa a* partie, d'une Souris procréée en une huehe,

3. Dans les textes de 1671 et de 1678, l'orthographe est ainsi ff sou », pour rimer avec c trou ». Même orthographe et même rime aux vers xo-ii de la fable xvii du livre III. — Pour lares^ voyez ci-après, p. 3ao et note 5.

F. «J LIVRE VIII. a53

Il laisse là le champs le grain, et la javelle*, Va courir le pays, abandonne son trou.

Sitôt qu'il fut hors de la case* : 5

« Que le monde, dit-il, est grand et spacieux! Voilà les Apennins, et voici le Caucase *. » La moindre taupinée étoit mont à ses yeux^. Au bout de quelques jours, le voyageur arrive En un certain canton où Téthys* sur la rive xo

Avoit laissé mainte huitre ; et notre Rat d'abord Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord, c Certes, dit-il, mon père étoit un pauvre sire' : Il n'osoit voyager, craintif au dernier point.

4. Javelle^ mot collectif, poignées, petits tas de blé coupé qu^on laisse sur la terre, pour qu'il sèche, avant d*en ûiire des gerbes. Littré cite des exemples de Malherbe, Racan, André Chénier.

5. Case^ petite et chétiTe demeure, ici bien opposé à Texclamation admiratiye : « .... grand et spacieux 1 » Il y a une opposition semblable dans les rers 6-7 de la fable Tin du livre III.

6. Parmi les traits tout humains que la fable donne aux bétes, en Toilà un bien inattendu et plaisamment choisi, auquel le vers 17 a pour objet de donner Traisemblance. Le Rat sait sa géographie, comme, au reste, même le Chêne (livre I, fable xxii, vers 7), et comme, tout autre genre d'instruction, la Belette et le Lapin (li« Tre VII, bible xt) savent le pour et le contre du droit de propriété.

7. Cest ainsi que le Souriceau de la fable v du livre VI parle aussi (vers 4) <1« monit à sa mère.

8. Voyez, au tome I, la note 5 de la fable vi du livre V. On a omis de dire là que, dans les éditions originales de la Fontaine, Torthographe est toujours TheiUy soit qu'il s'agisse, comme ici, et au vers 6 de la fable vi du livre V, et mainte fois dans le reste des œuvres, de la Déesse qui personnifie la mer, et dont le nom, correctement transcrit du grec, est Téthys^ soit que le nom propre, qui doit bien alors s'écrire T/tétis^ désigne, comme dans la pièce de notre auteur intitulée AchiUe^ la mère de ce héros. Cette confusion est ordinaire au dix-septième siècle ; nous la trouvons chez Corneille plusieurs fois (voyez la Table alphabétique des 0Eu9res\ et chez Racine même (au tome IV, p. Sg, vers i3o de la Njrmphe de la Seine).

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