‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 13 sur 49 · AUX ETATS GENERAUX DE · texte numérisé non relu

AUX ETATS GENERAUX DE

Qu'entends-je? Quels cris d'allégresse Retentissent de toutes parts?

D'où naît cette subite ivresse Et des enfants et des vieillards?

Necker descend de la montagne :

La raison seule l'accompagne, En ^ui le Peuple espère encor; Lois saintes, lois à jamais stables, Dans ses mains il tient les deux Tables ; Il va renverser le veau d'or.

Le Peuple sort de dessous l'herbe :

Déjà, de ses mille cités

11 voit, plein d'un espoir superbe,

Partir ses mille députés.

La Prière lente et boiteuse

De son succès n'est plus douteuse,

Elle a monté devant Louis;

Et de nos cabanes plaintives.

Par ses oreilles attentives,

Ses gémissements sont ouïs.

Cher PRI^XE, des Rois le modèle, Eh bien, nous doutions de ta foi.

Et qu'au-dessus de Marc-Aurèle La France dût placer son Roi !

Tu les as pourtant rassemblées.

Ces Tribus si longtemps foulées !

Ce n'est pas un Roi qui les craint.

C'est à nous. Peuple sans ancêtres.

Pour qu'il nous préserve de maîtres, Qu'il faut l'appui d'un souverain.

A l'égal des Grands et des Mages, Sur de partager ton amour, Vois ce Peuple orner tes images.

Et l'encens fumer à l'entour.

Nation bouillante et légère,

Une éloquence mensongère A pu l'égarer quelques jours ; Mais, après un délire extrême, Elle redevient elle-même, Et ses Rois triomphent toujours.

Et \ous, à l'heureuse puissance

De briser leur joug odieux •

Préféreriez-vous l'espérance

D'être un jour oppresseurs comme eux?

Non, la Nation vous écoute :

Vous justifierez tous sans doute

Son choix pour vous si glorieux.

Tonnez, et Tribuns de la plèbe.

De l'esclavage de la glèbe

Effacez les restes honteux!

La France libre, composée dans les derniers jours de mai et les premiers jours de juin 1789^ et imprimée dans le courant de juin, ne parut que le 47 ou le 18 juillet, c'est-à-dire trois ou quatre jours après la prise de la Bastille ^ Camille en avait remis le manuscrit vers le 20 juin, à Momoro, libraire et imprimeur, rue de la Harpe, qui s'était déjà donné le litre de premier imprimeur de la Liberté nationale^ .

Soit frayeur, soit cupidité, Momoro suscita au pauvre auteur, jusque-là obscur et inconnu, mille tribulations et ne se décida à lancer le brûlant petit livre que lorsque les électeurs eurent décidé que la Bastille serait immédiatement démolie % et lorsque le roi, amené de Versailles à Paris, eut attaché lui-même à son chapeau la cocarde nationales Et même à ce moment, lorsqu'il n'y avait plus aucun danger pour lui, il résista aux plus vives instances de Camille et ne céda qu'à ses menaces : « J'ai eu les plus grands ic désagréments possibles avec mon imprimeur et mon « libraire, » écrivait Camille à son père le 11 juillet.

1. Lettres de Camille DesmouUns à son père^ du 3 juin et du 1 1 juillet. Révolutions de France et de Brabant, n» 39, t. III, p. 724.

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