‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 49 · Vendredi 17 juillet · texte numérisé non relu

Vendredi 17 juillet

« Si j'étais bien en fonds, j'aclièterais une presse, tant ce je suis révolté du monopole de ces fripons. »

Longtemps après, en l'an II, le terrible pamphlétaire, dans son duel à mort avec les Hébertistes, harcelé, injurié, calomnié par eux, évoqua et avec une précision accablante ce souvenir de lâcheté et de mauvaise foi contre Momoro, l'un de leurs coryphées. Voici ce qu'il fait dire par le vieux reître qui gourmande sa timidité :

« Passe encore que, suivant le conseil de Pollion, (c tu 'n'écrives point contre qui peut proscrire. Mais « oserais-tu seulement parler de quiconque est en « crédit aux Cordeliers? Et, pour n'en prendre qu'un (( exemple, oserais-tu dire que ce Momoro, qui se « donne pour un patriote sans tache et avant le « déluge, ce hardi président qui, partout où il occupe « le fauteuil, au club et à sa section, jette d'une main (( téméraire un voile sur les Droits de l homme et met « les citoyens debout pour jeter par terre la Convenc( tion et la République ; comme quoi ce même « Momoro, le libraire à qui tu t'es adressé en 1789 « pour ta France libre ^ retarda autant qu'il put l'émis- « sion de cet écrit, qu'il avait sans doute communiqué (( à la police , ayant bien prévu la prodigieuse « influence qu'il allait avoir; comme quoi Momoro, « qui s'intitule premier imprimeur de la Liberté^ s'ob- « stinait à retenir prisonnier dans sa boutique, comme « suspect, cet écrit révolutionnaire dont l'impression « était achevée dès le mois de juin^; comme quoi, la <( Bastille prise, Momoro refusait encore de le publier; « comme quoi, le 14 juillet, à onze heuriBs du soir, tu

1 . L'édition originale, page 1 50, et celle de M. Matton, page 22 7. donnent août; l'erreur est manifeste.

« fus obligé de faire charivari à la porte de ce grand « patriote, et de le menacer de la Lanterne le lende- « main s'il ne te rendait ton ouvrage que la police « avait consigné chez lui ; comme quoi Momoro brava « la grande dénonciation à l'occasion des districts et « des sociétés, et que, pour ravoir ton ouvrage, il te « fallut un laissez-passer par écrit de Lafayette, qui « venait d'être nommé commandant général et dont « cet ordre fut un des premiers actes d'autorité \ Cet « enfouisseur d'écrits patriotiques est aujourd'hui un « des plus v.ltrapotriotes et l'arbitre de nos destinées « auxCordeliers. d'où il te fait chasser toi et Dufôurny (( aux acclamations-. »

La pièce suivante qui, après quatre-vingt-trois ans, est encore inédite, et dont M. le baron de Girardot donna communication à 31. Edouard Carteron, dans les cartons de qui nous l'avons trouvée, résume sous forme de requête tous .les griefs de Camille contre Momoro ; c'est un Mémoire adressé {{q 18 ou le 19 juillet 1789) au District de Saint- André-des- Arcs par l'auteur lésé pour obtenir justice du dépositaire infidèle. 31. Carteron indique qu'il l'avait transcrit sur l'original.

« Ne sachant à quel tribunal recourir contre une a violation de dépôt, et une complication de vols de « l'espèce la plus criminelle, pour obtenir une prompte « restitution, je m'adresse à notre commun District. Je « suis avocat au Parlement et député du Bailliage de « Guise, où mon père est lieutenant général. Je suis « victime d'une spoliation infâme. Il y a quatre se-

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