‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 15 sur 49 · La nomination de La Fayette est du jeudi · texte numérisé non relu

La nomination de La Fayette est du jeudi

2. Vieux Cordelier, fragments du n» VII, publiés par Deseune en prairial, an III, p. 160 et 151 ; p. 22G et 227, édit. Matlon.

68 ŒUVRES DE CAMILLE DESMOT'LINP.

« maines, je lis au libraire Momoro un manuscrit « patriotique: il se charge de l'impression de mille « exemplaires; seulement il dit que l'ouvrageest bien « fort et me fait payer horriblement le prétendu dan- « ger et la célérité, et n'a pas honte de me prendre (( cent francs pour la feuille. Je devais avoir Touvrage c( au bout de quatre jours; il me fait attendre quatre « semaines. Mon ouvrage devait avoir quatre feuilles; (( il en retranche la quatrième, malgré nos conven- « tiens. Je devais avoir un ouvrage avec ce titre : A « tous les Français. La France libre, et cet épigrafe (( (sic) de Cicéron : Quœ quoniam in foveam incidit, « ohruatur' ; et il fait tirer mon ouvrage sans titre. (( Enfin, quand la Bastille est prise et qu'il ne peut « plus m'amuser en me disant qu'il y a du danger, je (( presse tant l'imprimeur qu'il remet les mille exem- (( plaires à un colporteur, et je dépose le tout avantce hier chés (sic) Momoro. J'en prends cinquante que « je porte au Palais-Royal, et hier quand je vais en « chercher cinquante autres, il me dit qu'il y a du pé- « ril, et me fait défi de signer l'ouvrage. C'était un « piège: il comptait que je n'oserais pas signer. Puis, « se voyant pris au mot, que j'offrais ma signature, c( qu'il n'a plus de prétexte de retenir l'ouvrage, le « misérable, voulant à toute force avoir mon argent, « prix de Pimpression, et le produit de la vente, se « démasque : il nie le dépôt, et dit qu'il n'a pas mon « ouvrage. Outré de tant de scélératesse, je crie à la (( garde, au voleur, et le somme de venir au district; (( mais voyant qu'il ne peut me voler, il cherche à me

1. Philippique IY«^, § 5. Cicéron parle d'Antoine. « Non est vobis, quirites, res cum scelerato homine alque nefario, sed cum immani tetraque bellua : Quœ quoniam in foveam incidit, oljruatur. »

(( perdre et court me dénoncer à Versailles. Je me « mets sous la sauvegarde de mon district et demande (( que mon dépôt me soit rendu'. »

Pour constituer définitivement le texte de la France libre, nous avons, à défaut de manuscrits, consulté toutes les éditions qui en furent données du vivant de Tauteur, les seules évidemment qui puissent faire autorité. Nous avons suivi de préférence la quatrième édition, qui est la plus complète.

La Fî^ance libre eiiila bonne chance d'être brûlée par arrêt du Parlement de Toulouse. Cet arrêt, loin d'en diminuer le succès, lui servit de recommandation auprès de la grande majorité des lecteurs. Elle n'en fut que plus recherchée.

Le Palais-Royal, où elle fut distribuée le 17 juillet, lui fit fête. La presse révolutionnaire, en général, l'accueillit avec beaucoup de faveur. Toutefois les Révolutions de Paris ne lui adressèrent que des éloges assez médiocres. Desmoulins, très- chatouilleux, et qui s'attendait à mieux de la part de Prudhomme et de Loustallot, en fait la remarque dans son Discours de la Lanterne.

Mirabeau, au contraire, fort sensible au plaisir de retrouver, revivifiées et rajeunies danèla France libre, maintes pages de ses Lettres de cachet, prit Topuscule sous sa protection et Thonora de son suffrage.

Target, si réservé d'ordinaire et si sobre de louange, dit franchement et tout haut le bien qu'il en pensait, et il complimenta Camille de la plus flatteuse manière.

1. Au bas (le celte pièce on lit : Le district de Saint-André-des- Arcs « a arrêté qu'il n'y a lieu à délibérer sur le présent Mémoire, sauf à Monsieur Desmoulins (sic) à se pourvoir devant qui il appartiendra. Fait au district de Saint-André-des-Arcs, ce 19 juillet 1"89. Fornié, président ; Guynemer, secrétaire.

En revanche, tous ceux qui vivaient des abus vouèrent aussitôt au jeune publiciste une liaine mortelle. Les politiques sérieux et honnêtes qui voulaient réformer les abus, mais affermir la monarchie en la transfornlant; s'inquiétèrent des hardiesses républicaines de rirrévét"encieux écrivain elle notèrent comme agilateur dangereux, comme fauteur de troubles et de désordres. Il ne déplaisait pas à Camille d'être haï des uns et redouté des autres. C'était même une partie du succès qu'il avait ambitionné. Mais ce qui lui fut amer, c'est que son père, honnête et loyal servant de la vieille royauté, portât sur cette première œuvre un jugement très-rigoureux, et que, tempérant l'autorité du censeur par les regrets affectueux de l'ami attristé, ce père probe et sévère reprochât à son fils d'avoir, par la virulence de son langage, soulevé Vindignation publique.

LA

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