QU'EST-CE QU'UNE CONSTITUTION
LA NOBLESSE
Vous ne reconnaissez donc de constitutionnel dans rÉtat que ce que la pluralité a établi?
LES COMMUNES
Voici nos principes :
Une nation a les mêmes droits, la deuxième, la dixième, la centième fois qu'elle se rassemble, que lorsqu'elle s'est assemblée la première fois.
En effet, la génération qui a passé ne peut pas avoir plus de droits que celle qui passe. Une génération succède aux droits de l'autre, comme un fils aux droits de son père avec cette différence que les pères ont quelquefois établi des substitutions perpétuelles, au lieu qu'une génération ne peut pas, sans absurdité, prétendre enchaîner la postérité par une substitution : la mort éteint tous droits. C'est à nous qui existons, qui sommes maintenant en possession de cette terre, à y faire la loi à notre tour.
Cette loi ne saurait être que la volonté générale ; et ce qui forme la volonté générale dans une nation comme dans une chambre de juges, c'est nécessaire-
84 ŒUVRES i)E CAMILLE DESMOULINS.
ment la pluralité. La minorité ne peut pas invoquer la raison : comme chacun soutient qu'elle est de son côté, c'est la raison elle-même qui veut que la raison du petit nombre cède à la raison du plus grand.
LA NOBLESSE
Quoi ! s'il plaisait à la pluralité en France d'avoir un despote, si le gros de la Nation voulait une ioi agraire, ou une loi regia, il faudrait donc que le reste passât sous le joug? Un principe ne saurait être vrai, quand il mène à des conséquences fausses.
LES COMMUNES
La possibilité d'une loi agraire n'est point, comme il vous semble, une conséquence du principe : la société n'a que les droits que lui donnent les associés. Ne serait-ce pas une chose absurde de prétendre que les hommes, qui ne sont en société que pour se défendre des brigands, auraient donné le droit de les dépouiller? Nulle puissance sans bornes sur la terre, et même dans le ciel. Ne reconnaissons-nous pas tous que la divinité même ne pourrait tourmenter l'innocence? Au-dessus de la volonté générale, il y a le droit naturel, le pacte social. Le droit de faire une loi agraire ne peut donc jamais appartenir à la majorité.
LA NOBLESSE
Qu'il lui appartienne ou non, si la pluralité des voix est souveraine, la loi agraire n'en sera pas moins.
LES COMMUNES
Je ne traitais que le point de droit, et j'avais à prouver seulement qu'en droit la majorité ne peut attenter au pacte social primitif, aux propriétés.
Si nous venons au point de fait, jamais une telle loi ne passera'. Les hommes qui se sont réunis les premiers en société ont vu crabord que Tégalité primitive ne subsisterait pas longtemps; que, dans les assemblées qui suivi'aienl la première, tous les associés n'auraient plus le même intérêt à la conservation du pacte social, garant des propriétés, et ils se sont occupés de mettre la dernière classe des citoyens hors d'état de le rompre. Dans cet esprit, les législateurs ont retranché du corps politique cette classe de gens qu'on appelait à Rome prolétoires, comme n'étant bons qu'à faire des enfants et à recruter la société; ils les ont relégués dans une centurie sans influence sur l'assemblée du peuple. Éloignée des affaires par mille besoins, et dans une continuelle dépendance, cette centurie ne peut jamais dominer dans l'État. Le sentiment seul de leur condition les écarte d'eux-mêmes des assemblées. Le domestique opinera-t-il avec le maître, et le mendiant avec celui dont l'aumône le fait subsister?
D'ailleurs, cette classe, quoique la plus nombreuse, prise séparément, ne peut jamais, par le nombre même, se mettre en équilibre avec toutes les autres centuries intéressées à la retenir dans la sienne; et si elle n'a pu obtenir le partage des terres, à Rome même, dans une ville qui avait la moitié de l'univers à donner, où Antoine faisait présent d'une ville à son cuisinier pour le complimenter d'une sauce, et de tout un territoire à son précepteur, on peut bien penser qu'une loi agraire ne passera jamais. La possibilité de cette loi n"est donc ni dans le droit, ni par le fait, une conséquence du principe établi.
Venons à l'autre conséquence, la possibilité d'une loi regia.
Si par cette loi on entend le pouvoir arbitraire, bien I- 8
ëC ŒUVRES DE CAMILLE LESMOULINS.
certainement un pareil droit ne peut jamais être constitutionnel. Qui dit constitution, dit forme de gouvernement fondé en droit, et le gouvernement despotique ne peut Têtre. Il est bien évident que le Souverain ne peut avoir que la puissance qui appartenait à la société, et la société n'a pu lui donner un droit qu'elle n'avait pas elle-même. Le pouvoir d'envoyer le cordon ne peut jamais appartenir ni au prince, ni au sénat, ni au peuple. Jamais la pluralité ne peut lier un citoyen à se laisser étrangler sans forme de procès \
Il faudra bien céder aux muets comme il faut céder au pistolet d'un brigand. Mais si le souverain fait usage contre moi du pouvoir arbitraire, un tel pouvoir n'étant que le droit du plus fort, je serai aussi bien fondé que lui à Fétrangler de son cordon et à le prévenir si je puis. Un pareil gouvernement est une véritable anarchie; car, despotisme, anarchie, ou droit du plus fort, sont synonymes et emportent l'idée de l'absence des lois.
Si la loi regia n'est autre chose que l'abandon fait par le corps politique, à un de ses membres, de l'universalité de ses droits, il est sans difficulté que la pluralité oblige le reste à y donner les mains. Un individu a-t-il plus de droit que l'autre au pouvoir
1. J'excepte ceux qui sont pris les armes à la main. Fait-on le procès à une armée ennemie? Seulement il y a cette distinction. Dans une guerre de nation à nation, le droit de tuer l'ennemi cesse dès qu'il a mis bas les armes, parce qu'il n'est pas coupable de les porter ; mais dans une guerre de conjurés contre une nation, dans î'armée de Catilina, par exemple, ou dans celle de Broglie, quoiqu'ils soient vaincus et qu'ils fuient, leur crime subsiste, et ils restent sous le cimeterre des vainqueurs7 à qui il appartient incontestablement de frapper ou de faire grâce, sans qu'il soit besoin de faire le procès.
[Note de Desmoulins.)
législatif ou exécutif? Tous ne pouvant pas Texercer, il faut des dépositaires. Et pour le choix, comment se décider autrement que par la pluralité? Il n'y a que le droit naturel auquel la pluralité ne saurait porter atteinte. Dans tout le reste, la volonté d'une nation est la loi. C'est à elle seule qu'il sied de dire : Car tel est notre plaisir.
LA NOBLESSE
Vous avez pourtant reconnu un autre principe que la pluralité, quand vous avez relégué dans la cent quatre-vingt-unième centurie, ou même privé entièrement du droit de suffrage la foule des prolétaires. Ce n'est donc pas parce qu'on a une tête qu'on est membre du corps politique, puisque tant de têtes sont comptées pour rien.
LES COMMUNES
Si elles sont comptées pour rien, c'est que la pluralité l'a voulu ainsi; c'est parce que la pluralité est contre eux, et que la pluralité donne aux choses force de constitution, que leur retranchement de la société est constitutionnel.
Il est donc incontestable que les députés des communes de France, représentant la presque universalité de la Nation, leur volonté est la volonté générale, c'est la loi elle-même : Quand vous commandez, c'est à moi d'obéir, disait à la nation Clotaire II, comme nous l'apprend M. d'Entraigues, dont l'autorité n'est pas suspecte. Charles le Chauve fait le même aveu aux États de Kierzy-sur-Oise. Tout ce que l'Assemblée nationale va décréter sera donc constitutionnel. La Nation n'a pas besoin de la sanction de son délégué : c'est à lui d'obéir. Ce qu'elle établira sera notre Code,
ce seront nos douze Tables, ce sera pour nous la loi et les prophètes.
Dii clergé
C/est la clergie qui a fait le clergé. Aujourd'hui que nous sommes tous clercs, que nous savons tous lire, il ne peut plus y avoir que deux Ordres, et chacun doit rentrer dans le sien. Nous sommes tous clergé.
Si ce n'est pas comme clercs, comme lettrés, que les ecclésiastiques prétendent être un Ordre à part, un premier Ordre, ce n'est pas non plus comme ministres de la religion. La religion veut, au contraire, qu'ils aient le dernier rang. Le cahier de la ville d'Étain, après avoir cité une foule de textes : Que leur règne n'est pas de ce monde; que^ s'ils veulent être les premiers dans lautre^ il faut qu'ils soient les derniers dans celui-ci, etc., leur fait ce dilemme admirable .-«Si vous croyez à votre Évangile, mettez-vous donc à la dernière place qu'il vous assigne; soyez du moins nos égaux. Ou si vous ne croyez pas un mot de ce que vous dites, vous êtes donc des hypocrites et des fripons; et nous vous donnons, très-révérendissime père en Dieu, monseigneur l'archevêque de Paris, six cent mille livres de rente pour vous moquer de nous : Quidquid dixeris, oryumentabor. »
Les prêtres, en voyant la conlî-adiction entre leurs mœurs et leur morale ne point dessiller les yeux et la facilité qu'ils ont partout de tromper les peuples et d'attirer leur argent, ont dû se dire : Quels imbéciles nous environnent! Certainement nous sommes le pre-
mier Ordre. Il est naturel qae TOrdre des dupes passe après. Par quel autre raisonnement un abbé Maury,
Dans la chaire, chrétien, dans le fauteuil, athée ;
pourrait-il se persuader que l'Ordre de ses pareils est le premier?
Je défie qu'on me montre dans la société rien de plus méprisable que ce qu'on appelle un abbé. Qui est-ce, parmi eux, qui n'a pas pris la soutane, cette livrée d'un maître dont il se moque entièrement, pour vivre grassement et ne rien faire? Ya-t-il rien de plus vil que le métier de religion, le métier de continence, un métier de mensonge et de charlatanisme continuels? Quelle différence y a-t-il entre notre clergé et celui de Cybèle, ces Galles si méprisés, qui se mutilaient pour vivre ^? Du moins il y avait, en faveur de ces prêtres de la déesse de Syrie, une forte présomption qu'ils ne se jouaient pas de la crédulité du peuple. Certes, un grand sacrifice prouvait leur foi ^
Chose étrange! un prêtre est eunuque de droit, et s'il l'est de fait, on le l'épute irrégulier et inhabile à la prêtrise. On en demandait à Tun d'eux la raison, qui semble difficile à donner. 11 ht une réponse applaudie à jamais de toute l'Eglise: «C'est bien la moindre chose que ceux qui peuvent faire un Dieu puissent faire un enfant^. » Mais cela n'est pas de mon sujet.
1 . Voyez les Salurnoles de Lucien et l'article Combabus da dictionnaire de lîayle.
2. Dans Tédition de 18 40 (Ébrard, libraire-éditeur), on lit : Certes, un grand sacrifice prouvait leur foi, mi lien que la castration spirituelle de l'abbé 37... ue Vapas empêché ^ Vannée dernière^ comme tout le monde le sait, de violer pluisiquement une femme.
3. Allusion au passage, souvent cité, de Bourdaloue : Exhorta-
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Puisque j'ai parlé de ses ministres, je dirai un mot de la religion elle-même.
On traite Tathéisme de délire, et avec raison. Oui, il y a un Dieu, nous le voyons bien, en jetant les yeux sur r univers: mais nous le voyons comme ces enfants infortunés qui, ayant été exposés par leurs parents, voient qu'ils ont un père : il faut bien qu'ils en aient un; mais ce père, c'est en vain qu'ils l'appellent, il ne se montre point.
C'est en vain que je cherche quel culte lui est plus agréable; il ne le manifeste par aucun signe, ef sa foudre renverse aussi bien nos églises que les mosquées. Ce n'est pas Dieu qui a besoin de religion, ce sont les hommes. Dieu n'a pas besoin d'encens, de processions et de prières; mais nous avons besoin d'espérance, de consolation et d'un rémunérateur. Dans cette indifférence de toutes les religions devant ses yeux, ne pourrait-on nous donner une religion nationale?
Au lieu d'une religion gaie, amie des délices, des femmes, de la population et de la liberté; d'une religion où la danse, les spectacles et les fêtes soient une partie du culte, comme était celle des Grecs et des Romains, nous avons une religion triste, austère, amie
tion sur la dignité et les devoirs des prêtres (p. 342, édition Rigaud ; Paris, 1721) :
« Quoique le prêtre ne soit dans ce sacriûee que le substitut de Jésus-Christ, il est certain, néanmoins, que Jésus-Christ se soumet à lui, qu'il s'y assujettit, et lui rend tous les jours sur pos autels la plus prompte et la plus exacte obéissance. Si la foi ne nous enseignait ces vérités, ne passeraient-elles pas dans nos esprits pour des lictions, et pourrions-nous même nous figurer de la part d'un Dieu un si prodigieux abaissement ? Pourrions-nous penser qu'un homme put jamais atteindre à une telle élévation et être revêtu d un caractère qui le mit en état, si je lose dire, de commander h son souverain seigneur et de le faire descendre du ciel ? n
de l'inquisition, des rois, des moines et du cilice ; une religion qui veut qu'on soit pauvre, non-seulement de biens, mais encore d'esprit, ennemie des riches et des plus doux penchants de la nature; qui réprouve la joie; qui veut qu'on marche les talons au rebours, comme les Carmélites, qu'on vive en vrai hibou, comme les Antoine, les Paul, les Hilarion;qui ne promet ses récompenses qu'à la pauvreté et à la douleur; qui n'est bonne, en un mot, que pour des hôpitaux. Peut-on soufïrir sa maxime antinationale ? (( Obéissez aux tyrans. » Subditi estote non tantum bonis, et modestis, sed etiam dyscolis. Le paganisme avait tout pour lui, excepté la raison, mais la raison n'est guère plus contente de notre théologie; et folie pour folie, j'aime mieux Hercule tuant le sanglier d'Erymanthe, que Jésus de Nazareth noyant deux mille cochons ^
Il est à remarquer que les dévots furent, en général, les pires de nos rois. On verra, dans un moment, cpie depuis François P% nous n'en avons pas eu un seul, excepté Henri IV, dont la religion n'ait pas été un des crimes de son règne, comme la débauche chez Henri III. La cruauté chez Louis XI était couverte de
1. « Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux, qui paissaient le long des montagnes; et ces démons le suppliaient, en lui disant : Envoyez-nous dans ces pourceaux, afin que nous y entrions,. Jésus le leur permit aussitôt; et ces esprits impurs, sortant du possédé, entrèrent dans les pourceaux ; et tout le troupeau, qui était d'environ deux mille, courut avec impétuosité se précipiter dans la mer, où ils furent tous noyés.» (Évangile selon saint Marc, ch. V, versets 11, 12 et 13.)
« Et ce sont là les augustes preuves de la mission du Rédempteur du genre humain, s'écrie Jean-Jacques Rousseau, les preuves qui doivent l'attester à tous les peuples de Ions les âges, et dont nul ne saurait douter sous peine de damnation! Juste Dieu ! la têle tourne, on ne sait où l'on est. Ce sont donc là, messieurs, les fondements de notre foi? La mienne en a de plus sûrs, ce me semble. » [Lettres écrites de La Montagne, parliei, lellre 3.)
scapulaires et de reliques. Ce Tibère de la France fut très-dévot, grand faiseur de pèlerinages et de neuvaines, et fit gravement une loi de VAnyelus, bien et dûment enregistrée. De quoi nous sert une telle religion et notre clergé? Du moins la voix de F hiérophante fit trembler Néron, et le repoussa des mystères des initiés lorsqu'il osa s'y présenter. 11 respecta la voix du crieur qui disait ces paroles : « Loin d'ici les homicides, les scélérats, les impies, les épicuriens! » Qu'on nous donne une religion courageuse et bonne à l'État, si l'on veut que ses ministres en soient le premier Ordre !
■te la :%obles8e.
Ménénius, dans son apologue, comparait le corps politique au corps humain, et les nobles à l'estomac. La pensée de cet auteur, qui vient de les comparer à ces tumeurs, à ces loupes qui, sans être parties intégrantes de nous-mêmes, ne s'enflent et ne se nourrissent qu'aux dépens du corps, est bien plus juste.
« La noblesse, dit Bélisaire, n'est autre chose que « des avances que la patrie fait sur la parole de nos « ancêtres, en attendant que nous soyons capables de « faire honneur à nos gérants. »
Voilà tant de siècles que la patrie perd ses avances! encore si elle pouvait avoir son recours contre la eau. tion ! Nous ne voulons plus faire d'avances sur la garantie des morts. C'est une insolvabilité trop notoire.
Les Grecs sont, sans contredit, chez les anciens, le peuple qui a le mieux connu la liberté,; mais veut-on savoir en quoi ils la faisaient consister? Dans l'égalité des conditions. Point de satrapes, point de mages, point de dignités, point d'offices héréditaires. Les aréopagistes, les prytanes, les archontes, les éphores, n'étaient point des nobles, ni les ariiphictyons des milords. On était ou fourbisseur, ou sculpteur, ou laboureur, ou médecin, ou commerçant, ou orateur, ou artiste, ou péripalélicien, c'est-à-dire promeneur; on était fort ou faible, riche ou pauvre, courageuN ou timide, bien ou mal fait, sot ou homme d'esprit, honnête homme ou fripon. On était d'Athènes ou de Mégare, du Péloponèse ou de la Phocide ; on était citoyen, on était Grec; mais je n'aurais pas conseillé à Alcibiade de se dire gentilhomme ou marquis; je n'aurais pas conseillé aux initiés ou aux prêtres de Minerve de se dire du premier Ordre. Qu'est-ce qu'un premier Ordre? aurait dit un Athénien. Sachez qu'il n'y a qu'un Ordre dans une nation, l'Ordre de ceux qui la composent. Ce n'est qu'à Sparte qu'il y en a deux : l'Ordre des Lacédémoniens et celui des ilotes, c'est-àdire l'Ordre des maîtres et celui des valets. On a dit cela ailleurs; il est bon de le répéter. Si la noblesse est un aiguillon pour imiter les exemples des ancêtres, ce sera un aiguillon bien plus puissant quand les enfants seront tout par eux-mêmes, et rien par leurs pères. Toute la Nation a pris acte de l'aveu du vicomte d'Enlraigues : La noblesse est le plus grand fléau quil y ait sur la terre. Eux-mêmes ont porté leur arrêt. Qu'on ne connaisse plus en France que la noblesse personnelle. Est-ce que les talents et les qualités sont héréditaires? Il n'y eut jamais une famille dans l'univers où la vertu et le génie se soient
transmis du père aux enfants, et pas un secrétaire du roi qui ne croie avoir la noblesse transmissible. Qu'estce donc que la noblesse, stupides que nous sommes? Ils ont beau savonner, la barbe recroît. Chers concitoyens, anéantissez cette distinction absurde autant qu'onéreuse.
Pour les nobles toutes les grâces. Pour toi, peuple, tous les travaux.
L'homme est estimé par les races.
Comme les chiens et les chevaux K
Montrons que nous sommes des hommes, et non pas des chiens et des chevaux.
Et vous, généreux patriciens % en qui la voix de la raison a été plus forte que celle de l'intérêt et que les préjugés germaniques, vous qui, en nous reconnaissant pour vos frères, en vous empressant de vous réunir avec nous pour coopérer à rendre le nom de citoyen français plus honorable que celui de gentilhomme, vous venez de vous ennoblir, bien plus que n'avaient fait vos pères, par un sacrifice, pénible, ne craignez pas que nous l'oubliions jamais. A Rome, lorsque le peuple eût forcé toutes les barrières qui lui fermaient l'entrée des charges et obtenu de pouvoir parvenir au consulat, il n'en abusa point, et continua