I. iO
donner pour siens les vers qu'il s'était fait dicter par Benserade ou Dangeau ; vers, après tout, qui lui appartenaient aussi bien que les victoires de Turenne ou de Luxembourg, et dont il avait autant de droit de tirer vanité. Prince si aveuglé par les succès, si infatué par les flatteries, qu'il s'était persuadé que ce n'étaient point ses généraux qui gagnaient les batailles, mais son règne ; et qu'il croyait indifférent de mettre à la tête des armées un de ses valets ou un grand homme. Pour prix des éloges de la Nation, et de son administration insensée, il l'écrasa de son faste, il l'obéra pour jamais; il nous donna la capitation et le dixième, il greva l'État, en vingt ans, de quinze cents millions de renies; il créa pour deux millions d'offices, et laissa plus de quatre milliards de dettes. Mais c'est son despotisme qui rend sa mémoire abominable devant les citoyens. Il ne trouvait rien de beau comme d'être le sophi; et quel sophi fut jamais plus absolu ? Il régit le peuple par des lettres de cachet. Il osa nous défendre, à peine des galères, de sortir du royaume, comme si nous étions ses serfs et des nègres attachés à l'habitation. Persécuteur jusqu'à la démence, ce roi jésuite commanda à ses dragons de convertir trois millions d'hérétiques. Il en fit périr près de dix mille par la roue, parla corde, parle feu, sans compter un million de fugitifs que la France perdit pour jamais. Despote jusqu'à la frénésie, il ne voulait pas que les Anglais fussent plus libres que nous ; il prétendit les forcer à reprendre un tyran. Tel fut le mépris que faisait ce sultan d'une nation alors illustrée par tant de héros et de grands personnages, que jeune, il osa venir au parlement en bottes et le fouet à la main; et vieux, lui désigner pour maître le fruit de ses débauches. Ce l'ut lui surtout qui se donna le plaisir de la guerre,
comme on se donne celui de la chasse^ et qui toute sa vie exposa ses peuples comme on lancerait une meute. Je n'oublierai jamais que, pour prendre parti dans la guerre entre les Étoliens et les Acarnaniens, les Romains firent valoir, dans leur manifeste, qu'ils étaient descendants d'Énée, et que les Acarnaniens n'avaient point été au siège de Troie. Telles furent, si on excepte celle de la succession, toutes les guerres de Louis XIV, où il périt vingt millions d'hommes. Que sont ces assassinats obscurs, ces incendies d'une maison que châtient les lois, en comparaison de l'embrasement du Palatinat et de ses massacres en bataille rangée ? « J'ai trop aimé la guerre, » disait-il. Non, tu n'aimais point la guerre. C'était là, si c'en peutfaire une, l'excuse de Charles XII : le sifflement des balles était sa musique; mais toi, tu étais lâche; tu fuyais loin du danger, autour de la calèche d'une prostituée ; tu lui donnais le spectacle d'une Saint-Barthélémy en rase campagne. Non, tu n'aimais point la guerre; tu n'aimais que toi, tu ne voyais que toi, tu croyais que tout était à toi, et la vie de tes sujets et leurs femmes. Oh ! si j'avais été le marquis de Montespan, au lieu de prendre sottement le deuil, au lieu d'écrire au pape une lettre ridicule pour lui demander des secondes noces, j'aurais fait comme le sénateur Maxime, où comme le savetier de Messine^ dont je m'étonne toujours qu'il y ait si peu d'imitateurs.
1. Patriote qui mérita mieux qu'Aristide le surnom de Juste. Dévoré du zèle du bien public, il ne put souffrir de voir les Maupeou, les Terrai, les Saint-Florentin de son temps, et cette multitude de fripons et de scélérats des deux premiers ordres, demeurer impunis, et mourir dans leur lit de la mort des justes. Il pérora tant sur sa sellette, qu'il enflamma ses ouvriers du même zèle de la justice. Les voili se distribuant les rôles. L'un fut le rapporteur, l'autre lit les fonctions de procureur général, et le savetier était le
Depuis Richelieu, Toppression ministérielle et fiscale, parvenue au dernier degré, y était demeurée fixe. La Nation était façonnée au despotisme, et nos accadémies elles-mêmes semblaient ne pas avoir une autre idée du monarque que celle des Juifs, ce peuple stupide et grossier. « Il pourra prendre vos femmes et vos enfants, et vous charger comme des bêles de somme. Hoc erit jus régis qui vobis imperaturus est. » Semblable à ces insensés qui raisonnent parfaitement sur tout le reste, et dont on ne remarque la démence que dans un point, la Nation française donnait des leçons à ITurope dans toutes les sciences, et déraisonnait, était dans une véritable enfance sur les principes du droit naturel, dans la seule science qu'on n'a pas besoin d'apprendre, et qui est gravée dans tous les cœurs. Le Régent semble surpasser en audace toute cette suite de mauvais rois; du moins le despotisme de Louis XIV ennoblit la nation, celui de la Régence nous dégrada aux yeux de l'univers. Ce prince pouvait-il pousser plus loin Toutrage que de donner ta la religion un évêque, à la Nation un duc et pair, pour me servir de son expression, enc/?,..? Il cherche dans
président. Sa boutique fut bientôt la toiirnelle de l'univers la plus formidable aux. scélérats. Ils décrétaient, informaient, récolaient^ confrontaient, jugeaient, et, bien plus, exécutaient. M. le président sortait sur la brune avec une arquebuse à vent ; il attendait son homme, et ne le manqua jamais. On n'entendait parler dans la Sicile que de fripons fusillés par une main invisible, et on commençait à croire à la Providence. Cet homme, d'un grand caractère, fut pris un soir sur le fait, purgeant la terre des brigands, à l'exemple de Thésée et d"Hercule. L'inventaire de son greffe et la production de toutes ses instructions criminelles, qui justifiaient que le procès avait été fait et parfait à chacun des accusés, et qu'il ne manquait au bien jugé que les formes, ne purent le sauver du dernier supplice. Il périt sur l'échafaud, honoré des regrets et de l^admiration de tout le peuple, et digne d'un meilleur sort.
{Note de Desmoulins.)
les mauvais lieux de la capitale le débauché le plus crapuleux, un homme dont le nom salit Timagination et présente l'idée de tous les vices, de toutes les bassesses et de toutes les ordures ensemble. Il en fait un pontife et ose le placer sur le siège du vertueux Fénelon. Sans doute ce prince athée voulut défier les morts, et s'affermir dans l'incrédulité d'une autre vie, puisque l'ombre de Fénelon ne se levait point du tombeau pour refuser l'infàmc Dubois. Comme Amasis, le Régent met un pot de chambre sur l'autel, et commande au peuple de se prosternera Mais que craindre de ce peuple qui recevait du papier à la place de son or, et se contentait de chansonner le banqueroutier? Grâce au ciel, enfin, nous ne faisons plus de chansons !
1. Hérodote, livre II, ch, clxxii : « Parmi un grand nombre de meubles magnifiques, Amasis possédait un bassin d'or, dans lequel lui el les convives qu'il invitait avaient coutume de se laver les pieds. 11 ordonna de le briser et d'en faire la statue d'un dieu, qu'il plaça dans le lieu le plus fréquenté de la ville. Les Égyptiens eurent la nouvelle image en grande vénération, et s'empressaient autour d'elle. » {Traduction du comte Miot^ t. 1, p. 361).
On sait la grande place que la chaise percée occupe dans les récits de Saint-Simon :
« M. de Vendôme se levait assez tard à l'armée, se mettait sur sa chaise percée, y faisait ses lettres et y donnait ses ordres du malin. Qui avait à faire à lui, c'est-à-dire pour les officiers généraux et les gens distingués, c'était le temps de lui parler. 11 avait accoutumé l'armée à cette infamie. Là, il déjeunait à fond, et souvent avec deux ou trois familiers, rendait d'autant, soit en mangeant, soit en écoutant ou en donnant ses ordres^ et toujours force spectateurs debout ; il faut passer ces honteux détails pour le bien connaître. 11 rendait beaucoup ; quand le bassin était plein à répandre, on le tirait et on le passait sous le nez de toute la compagnie pour l'aller vider, et souvent plus d'une fois. Les jours de barbe, le même bassin, dans lequel il venait de se soulager^ servait à lui faire la barbe. C'était une simplicité de mœurs, selon lui, digne des premiers Romains, et qui condamnait tout le faste et le superflu des autres. » (Bibliothèque des chemins de fer, Louis XIV et sa cour, p. 246.)
Ui ŒUVRES DE CAMILLE DESMOULINS.
Toutes les places vendues, le masque levé par des courtisanes; des enregistrements forcés sans nombr'^; les parlements lançant autant de décrets de prise de corps contre les molinistes, que Fleury expédiait de lettres de cachet contre les jansénistes; un roi levant sur ses sujets plus d'impôts que tous ses prédécesseurs ensemble ; les vols les plus violents et les plus infâmes ne réparant rien, parce que les fantaisies du jour engloutissent le pillage de la veille; un contrôleur général faisant Taveu public qu'il n'était en place que pour piller, et autant qu'il y excellait. La Nation attachée au char d'une prostituée, qui décidait également du sort des princes et des peuples, du duc et pair et de l'histrion; qui disgraciait un lâche cardinal, un vieil
archevêque s'il ne lui baisait le d et le chancelier
de France, s'il ne mettait du rouge et ne lui servait Je bouffon. Au dedans, l'oppression et la misère, au dehors la faiblesse et le mépris ; le pavillon des Jean Bart, des Duguay-Trouyn, des Duquesne déshonoré sur toutes les mers, enfin, chose horrible à penser, le roi faisant publiquement le monopole des grains, et affamant ses peuples pour entretenir une fille! cent mille lettres de cachet. Tel fut le règne de Louh le Bien -aimé; mais il ne fut pas méchant. Et qu'aurait-il fait de plus, s'écrie Mirabeau, s'il l'eût été? Tarquin non plus, s'écriait Cicéron, n'était pas méchant. îl n'était pas cruel, il n'était que fier \ et nos pères l'ont
1 . Atqui Tarquinius quem majores nostri expvlserunt, yion criidelis, non impiiis, sed siiperbiis habiiiis est. Ces Romains magnanimes, qui chassèrent Tarquin, uniquement parce qu'il était fier, qu'auraient-ils dit s'il se fût qualiûé Tarquin, roi par la grâce de Dieu? s'il eût molivé les lois par ces mots : Car tel est notre bon plaisir "> Jamais conquérant n'osa dire aux peuples vaincus rien de si insolent que ce discours avec lequel nous sommes si familiarisés. Je ne sais quel patriote, choqué de voir le roi de France sanctionner par
chassé; mais c'étaient des Romains. Et nous.... pardon, chers concitoyens, quand j'ai assisté à l'Assemblée nationale, j'ai dit ; Nous valons mieux que les Romains, et Cinéas n'a rien vu de pareil dans le sénat.
Tels furent nos rois. Je n'ai montré dans la plupart que l'homme public, le monarque. Que serait-ce si, fouillant dans leur vie privée, j'avais peint les crimes domestiques? Isabelle de Bavière, mère dénaturée; Louis XI, parricide; Catherine de 3Iédicis, empoisonnant le dauphin François; Marie de Médicis, assassinant son mari; son fils Louis XIII vengeant son père par un parricide et la laissant mourir de faim ; et, de nos jours, ces morts de la reine, du dauphin, de la dauphine, qui rendirent Choiseul et Louis XV si odieux. Comment pourrais-je mieux terminer ce cha-
ces mots un édit bursal, et nous demander de l'argent, parce que tel est son bon plaisir, ce qui est précisément la même raison que donnent les voleurs quand ils en demandent sur le grand chemin, a fait ces vers pleins de bon sens :
Apprends, mon cher Louis...
Que tel est ton plaisir, n'est pas telle ma loi. Tîends compte, et l'on veut bien encor payer ta dette; Mais du moins sois poli, quand tu fais une quête. D'un gueuv, dit Salomon, l'insolence déplaît; Et c'est au mendiant à m'ôter son bonnet.
Je voudrais que ce pointe eût fait quelques vers sur ces autres mots, qui ne donnent pas moins d'humeur, Louis, par la grâce de Dieu. Ne«semblerait-il pas que le ciel aurait manifesté par quelque miracle sa volonté de l'établir roi? Peut-il seulement guérir les écrouelles? (Note de Desmotdins.)
Ce patriote, c'est Camille lui-même, et la pièce est de 1787. Sa citation qu'il fait ici commence par un vers tronqué. Voici le vers complet, dont il a supprimé, et pour cause, le second hémistiche : « Apprends mon cher Louis, mon gros benêt de Roi. » 11 revendique ce mot dans le Vieux Cordelier, n» 5, p. 64 : « J'ai bien appelé Louis XVI, mon gros benêt de roi, en 1187, sans être embastillé pour cela. Bouchotte serail-il un plus grand seigneur?»
pitre que par ces mots toiiclianîs qu'adressait à son instituteur, après la lecture de l'histoire de France, le dauphin que nous venons de perdre : « Père Gorbin, dans tous ces rois, je n'en vois aucun de bon? »
Quelle constitution conTîent le mieux à la France.
Je m'attends aux clameurs que ce paragraphe va exciter. Messieurs, point de colère, je vous prie. Je ne prétends asservir personne à mon opinion, et suis prêt à en faire le sacritice, si elle est réprouvée par leurs hautes puissances nos seigneurs de l'Assemblée nationale. Mais on était étouffé par ses pensées. Souffrez que je profite du moment pour les exhaler. C'est un esclave qui use des saturnales. Poursuivons. Age utere liberHate decembiH.
Après avoir fait le procès à la mémoire de nos rois, Mirabeau ajoutait cette réflexion alors si courageuse : « Toute l'Europe a applaudi au sublime manifeste des États-Unis d'Amérique. Je demande si les puissances qui ont contracté des alliances avec eux ont osé lire ce manifeste ou interroger leur conscience après l'avoir lu. Je demande si, sur les trente-deux princes de la troisième race, il n'y en a pas eu au delà des deux tiers qui se sont rendus beaucoup plus caupables envers leurs sujets que les rois de la Grande-Bretagne envers les colonies. »
Pour se renfermer dans les cinq siècles que nous venons de parcourir, que répondre à une expérience
(le cinq cents ans? La chose parle de soi. Les faits ne crient-ils pas que la monarchie est une forme de gouvernement détestable? Dans une si longue période de temps, trois rois seulement ne sont pas indignes du trône. Et qu'on ne fasse pas honneur de ces trois princes à la royauté : ils durent à leurs premières années, si différentes de celles des dauphins, de n'être pas comme le vulgaire des rois. Quand nous sommes malades, nous devenons bons. Charles V, prince valétudinaire, s'instruisit encore à Técole du malheur. Les règnes désastreux de Jean et de Henri 111 donnèrent Texpérience à Charles V et à Henri IV leurs successeurs; Féducation de ce dernier, les vicissitudes de sa fortune, en firent ce prince que nous regrettons encore ; et si Louis XÏI fut le père du peuple, remercions la grosse tour de Bourges. Tant que les enfants des rois seront élevés sur les degrés du trône, livrés à des instituteurs courtisans, nourris de ces leçons qui font les rois parla grâce de Dieu, et non par la grâce du peuple; complimentés dès le berceau par les robes rouges et les soutanes violettes, qui s'empressent "d'aduler bassement l'auguste marmot; tant qu'on ne dira pas du prince héréditaire comme Henri IV de son fils, cet enfant est à tout le monde '^, que la ZSation n'aura pas le droit de diriger exclusivement son éducation, de l'arracher de la cour et du sein empesté de la flatterie dont il suce la maxime avec le lait, il sera impossible aux rois de n'être pas ce qu'ils ont toujours été. Eli ; pourquoi vouloir que le bonheur d'un empire
1. Aux premières couches de Marie de Me'dicis, Henri IV laissa entrer plus de deux cents personnes dans le cabinet de la reine, pour voir le nouveau-né. La sage-femme se récriant de cette irruption, il lui dit : Tais-toi, tais-toi, sage-^emme ; ne te fùche point; cet enfant est à tout le monde; il faut que chacun s'en réjouisse. (Mirabeau, t. le^, p. :7.note2.)
dépende d'un précepteur, que la destinée d'un peuple soit dans la main d'un seul homme? Ce mot de Cicéron à Atticus m'a toujours frappé : César voudra-t-il ressembler à Phalaris ou à Pisistrate? Je n'en sais rien^ mais il en est le maître. Comment les peuples ont-ils pu placer leurs espérances dans un seul homme? Élevés loin de la cour et par les plus sages instituteurs, la plupart ne seront alors que de méchants rois. Les Césars, nés presque tous loin du trône, en furent-ils moins de mauvais princes? La royauté, la puissance se corrompt d'elle-même. Que sert de préparer le vase? c'est la liqueur qui ne vaut rien. Pourquoi juger les rois plus favorablement qu'ils n'ont fait eux-mêmes? Écoutons un empereur rendre ce témoignage aux monarques : « Il ne faut que quatre ou cinq courtisans déterminés à tromper le prince pour y réussir ; ils ne lui montrent des choses que le côté qu'ils veulent. Comme ils l'obsèdent, ils interceptent tout ce qui leur déplaît, et il arrive, par la conspiration d'un petit nombre de méchants, que le meilleur prince est vendu, malgré sa vigilance, malgré même sa défiance et ses soupçons. ))
C'est Dioctétien qui fait cet aveu : il suppose le meilleur roi. Que dire d'un prince faible, d'un prince médiocre, d'un prince comme il y en a tant? « Point de bête plus féroce, dit Plutarque, que l'homme, quand à des passions il réunit le pouvoir. »
Telle est l'idée qu'on a eue des rois dans tous les temps. Je parle de ceux qui ont été vraiment rois; car il est ridicule de donner le même nom à Agis et à Xerxès, au premier magistrat de Lacédémone et au grand roi. Beaucoup de peuples ont chassé les rois, si on excepte les Juifs, a qui Dieu prédit qu'ils s'en repentiraient; je ne connais aucune nation qui se soit
donné des rois proprement dits, ce qui est la preuve que ce gouvernement a été rejeté avec horreur par tous les peuples qui ont eu la liberté de choisir et de se constituer.
Chers concitoyens, il faut que ce soit un grand bien que la liberté, puisque Gaton se déchire les entrailles plutôt que d'avoir un roi; et de quel roi peut-on comparer la bonté et les qualités héroïques à celles de ce César dont Caton ne put supporter la dictature ; mais c'est ce cfue nous ne pouvons comprendre. Abâtardis par la servitude, nous ne concevons pas les douceurs et le prix de la liberté ; nous sommes comme ce satrape qui vantait à Brasidas les délices de Persépolis, et à qui ce Lacédémonien répondit : « Je connais les plaisirs de ton pays, mais tu ne peux connaître ceux du mien. » Ce qui fait saisir àJ.-J. Rousseau ce rapprochement admirable : « Il en est de la liberté comme de l'innocence et de la vertu, dont on ne sent le prix que lorsqu'on en jouit soi-même, et dont le goût s'éteint sitôt qu'on les a perdues ^ »
Il est pourtant, chez les peuples les plus asservis, des âmes républicaines. Il reste encore des hommes en qui l'amour de la liberté triomphe de toutes les