DE LA LANTERNE
AUX PARISIENS
Le Discours de la Lanterne aux Parisiens parut cFabord, chez Garnery, en une brochure de 67 pages in-8°, précédée de deux pages en petit texte : A Nosseigneurs du Parlement de Toulouse. Cette édition ne portait pas de nom d'auteur. La seconde édition, corrigée et augmentée, est datée ainsi : En Finance Van premier de la Liberté! Elle a 72 pages. Elle contient aussi VÈpiire dédicatoire à Nosseigneurs du Parlement. Camille leur fait hommage de cette seconde édition, c'est-à-dire de la seconde édition de la France libre et signe son épilre : Vauteur de la France libre. La troisième édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, est signée, en toutes lettres, de Camille Desmoulins (chez Garnery, 67 p. in-8°).ILa pagination est exactement celle de la première édition. Seulement, l'auteur a supprimé VÉpître dédicatoire. Cette troisième édition est remarquable par l'estampe placée en tête et qui reproduit la vue de la place de l'Hôtelde-Ville et de la fameuse Lanterne ou réverbère. Le I. \%
fatal réverbère^ comme disent les pamphlets et les journaux du temps, était en face de THôtel de ville, au coin de la rue de la Vannerie et de la place de Grève, au-dessus de la boutique d'un épicier qui avait pour enseigne une tête de Louis XIII ou Louis XIV, avec Técriteau : Au coin du Roi (voy. les Révolutions de Paris, la planche du n° L p. 27, et le n° VI ; le Précis historique de la Révolution française^ par P.-J. Rabaut, 1792. p. xx, et les Révolutions de France et de Bradant, n° 47, t. IV, p. 364, 365]. C'est à ce réverbère que furent pendus, le 14 juillet, un invalide à cheveux blancs, espion du gouverneur de la Bastille ; le 22 juillet, le protégé de mesdames FouUon, et, le 21 octobre, Denis-François, maître boulanger. Les bandes affamées qui se portèrent à Versailles dans la matinée du 5 octobre s'étaient donné rendez-vous au pied de la lanterne, et c'est de là qu'elles se mirent en marche. Le 19 août 1789, le fameux réverbère fut remis à la branche de fer qui' avait servi de potence. La Lanterne! Camille Desmoulins devait, plus tard, se donner en riant, du rire inconscient de ces pamphlétaires entraînés par leur verve, le titre de procureur général de la lanterne. Titre et mot sinistres, surtout à cette époque d'explosion populaire. M. Michelet a d'ailleurs remarqué, et M. Eugène Despois après lui, que Camille, en ces plaisanteries lugubres, ne faisait que rééditer les vieilles gouailleries qui « remplissent tout le moyen âge, sur la potence, la corde, les pendus, etc. » L'horreur, le dégoût que ces drôleries funèbres excitent en nous étaient inconnus alors. D'ailleurs, c'était là le ton de la polémique. Les
journaux royalistes tiraient aussi, pour s'égayer, la corde de la potence. Robespierre est-il nommé juge au tribunal de Versailles? aussitôt, les Actes des Apôtres s'écrient :
a Monsieur le député d'Arras,
Versailles vous offre un refuge ;
De peur d'être jugé là bas,
Ici constituez-vous juge.
Juger vaut mieux qu'être pendu...
Je le crois bien, ni' in bon apôtre,
Mais différé n'est pas perdu,
Et l'un n'enipècliera pas l'autre. »
« Arnoult, qui n'était certes ni fanatique, ni un homme cruel, ajoute 31. Despois en citant cette épigramme assez sauvage, nous apprend lui-même, dans ses Souvenirs, qu'il était l'auteur de ces vers, et il ne semble pas embarrassé de cet aveu. »
Camille Desmoulins devait peut-être', au surplus, ranger lui-même cet étincelant pamphlet parmi ses écrits trop yiomhreux, alors que, dans sa prison du Luxembourg, il attendait la mort pour avoir si vaillamment réclamé ce qu'il appelait, en pleine Terreur, le Comifé de clémence.
DISCOURS
DE