‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 26 sur 49 · l^Hudouia était l'imprimeur de l'Assemblée nationale · texte numérisé non relu

l^Hudouia était l'imprimeur de l'Assemblée nationale

3. On ne peut plus parler d'almanach, qu'on ne se rappelle le

couvents, de célibataires, mais il faut espérer que la population n'en soutTrira point; il est vrai que le Parlement passera, mais la Basoche ne passera point. Nous aurons des magistrats moins aristocrates, moins insolents, moins ignorants, moins chers; mais nous ne manquerons point de jurisconsultes qui ne céde- 1 ont en rien à ceux de l'université de Louvain, d'Oxford et de Salamanque. Certainement tant qu'il y aura des hommes il y aura des plaideurs. Ne dirait-on pas qu'on ne plaide que dans les monarchies? On plaidait à Athènes, à Rome, et on voit même, par leurs sacs, que les Romains étaient bien plus grands chicaneurs

divin faiseur, Monseigneur !e comte de Rivarol *. On sait tout le mal que lui fait la Révolution et le mélange impur des trois Ordres. Les lettres de Bagnoles mandent que les paysans ont brûlé ran<-ipn et superbe château de Rivarol. Comme les princes ont des pis ces de canon et des drapeaux devant leurs palais, le comte avait aussi des batteries et un enseigne devant sa porte. Tout a été pillé; son terrier, ses titres de noblesse n'existent plus ; heureusement, la manufacture des almanaelis va lui rendre de quoi faire rebâtir un château bien plus magnifique. Voyez quels beaux almanachs vous avez à faire, monsieur le "comte : l'Almanach de l'Assemblée nationale, l'Almanach de l'Hôtel de Ville, rAlmanach des Districts, l'Almanach des douze mille brochures de cette année, l'Almanacii des quarante pensionnaires du Roi, l'Almanach des soixante mille tllies, l'Almanach des cent mille cocus. 0 mon cher comte, la Lel'e chose que les almanachs et la liberté de la presse !

iXote de C. Desnwulius.)

i. Antoine^ comte de Rivarol, auteur du Petit Abna7iach des grands hommes. Diseur de froids bons mots, il a beaucoup dénigré, insulté, calomnié. De Louis XYI, qu'il devait aimer pourtant, il a dit : a Ce monarque, qui n'a jamais été dans le secret de son exisfeuce, dout le premier travail, enmoiitaiit sur le trône, fut a-vec son serrurier, et dont la première ordonnance fut une ordonnance sur les lapins. « De Mirabeau : u il est capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action. » Fu peuple : « Le peuple estun souverain qui ne demande qu'à manger; Sa Majesté est tranquille quand Elle digère. i>

Esprit dépourvu de fermeté et de rectitude, il fut, avec Peltier, ce faiseur, etChampcenetz.ee bel esprit, le principal rédacteur des AcJes des Apôtres, vaste compilation cii des jugements sans portée, ridicules, brulaiement insolents, alternent avec des impostures cyniques.

que nous. Il est vrai qu'il n'y aura plus vingt professeurs de droit intéressés à peupler le barreau d'ignorants, parce que leurs revenus croissent en proportion de rignorance et de la paresse; mais les écoles de droit subsisteront cependant, avec cette différence qu'il y aura une véritable chaire, au lieu d'un comptoir. Il est vrai que Calchas n'aura plus cent mille livres de rente : mais il ne faut à Termosiris qu'une flûte et un livre d'hymnes, tandis qu'il faut à Mathan des tiares et des trésors. Il est vrai que le sieur Léonard^ ne fera plus crever six chevaux pour aller mettre des papillotes à Versailles, qu'il ne perdra plus 50,000 livres sur la caution de son peigne; mais les coiffeurs ne seront pas bannis de la République. L'esclavage des rois est secoué, mais pour charmer le songe de la vie, on a besoin de l'esclavage des femmes, et la galanterie française restera. L'auteur du Triomphe de la capitale croit-il que la liberté soit ennemie des spectacles et d'Aspasie? Qui ne voit comment elle se plaît au Palais-Royal? Jamais monarchie n'a fait pour le théâtre autant de dépense que la démocratie d'Athènes. Les Thébains élevèrent une statue au comé-

1. Antié dit Léonard était coiCfeur de la Reine. Lors des préparatifs de ce qu'on appelle le Voyarje de Varemies, et que l'on devrait appeler la fuite à l'abbaye d'Orval, ce fut à Léonard, dont le dévouement lui était connu, qu'elle confia son coffre de diamants, pour qu'il le portât à sa sœnr l'archiduchesse Christine, gouvernante des Pays-Bas. Léonard partit avec le duc de Choiseul, et réussit à remplir la difficile et périlleuse mission qu'il avait acceptée. Rentré en France après un séjour de quelque temps à l'étranger, il fut condamné à mort par le tribunal du 22 prairial, etmonta sur l'échafaud le 7 thermidor an 11, le même jour qu'André Chénier, Rottcher, Goëzmann, le baron de Trenck, un jour avant la comtesse d'Ossun, dame d'atours de la Reine. (Mémoires de madame de Campan, chap.XVlII, p. 289, Didot ; Liste exacte et trèsfidèle des guillotinés, Supplément au n» IX, p. 4, n» 2538; Mouit. du 23 thermidor an II, p. 1324, col. 3.)

dieu Pronomus à côté de celle d'Épaminondas^; et ces Lacédémoniens, devant qui dansaient toutes nues,

î , Nous ne décernons pas encore de statues à nos comédiens, mais le district des Cordeliers a déjà montré qu'il pensait sur cette profession comme les Grecs, et il a nommé M. Grammont capitaine, ce qui a donné lieu à une discussion plaisante. « Messieurs, u dit quelqu'un, je suis très-fier d'avoir pour commandant Orosmane ou Tancrède; mais, pour l'honneur du district, je fais la motion qu'il soit défendu aux cinquante-neuf autres de siffler au parterre notre capitaine. » La motion causa une grande rumeur. La plupart représentaient que tous les citoyens sont égaux, et que s'il y avait quelque différence entre eux, elle serait peut-être à l'avantage de ceux qui, à la fuite de 3L ISecker, en fermant leur théâtre, ont donné les premiers l'exemple du deuil national, et qui, en ressuscitant quelquefois à nos yeux la grande ombre de Cicéron, de Brutus ou de Cornélie, n^avaient pas laissé mourir dans les cœurs la dernière étincelle de patriotisme.

Néanmoins ces raisons n'étaient pas entièrement satisfaisantes, et l'honneur du district semblait compromis, lorsque M. Perilhe^, très-digne président du district, et patriote illustre, mit tout le monde d'accord et sut concilier tous les droits. « Messieurs, dit-il, je pense qu'il serait tyrannique et contraire -au progrès des arts d'interdire au parterre de siffler le comédien et le poète, mais il doit être permis aussi de siffler Vavocat et le capitaine, qui ne sont pas plus privilégiés. Le marquis d'Uxeiles, maréchal de France, fut sifflé à rO[jéra, au retour de la campagne, pour avoir rendu par capitulation la ville de Mayence. C'est ainsi que nos pères les Parisiens ont sifflé le régiment de Corinlhe et le coatljuteur, commandant général de la milice parisienne. Vous avez vu siffler dans maintes audiences le Parlement ; nous avons vu siffler les chanceliers, les archevêques, les cardinaux, notre S. -P. le pape, Condé, Conti, d'Artois; trop heureux s'ils en étaient quittes pour des sifflets ! Chez une nation aussi gaie, l'article premier doit être la liberté du sifflet. Quant à moi, Messieurs, je vous permets de siffler votre président si cela vous fait plaisir, et je tiens que M. Grammont n'est point irrégulier et inhabile à être capitaine et qu'il n'y a lieu à délibérer. »

C'est un charmant district que les Cordeliers, et je ne saurais ni'empêcher de le proposer pour modèle au district Saint-Roch. Ce sont les Cordeliers qui ont obtenu l'élargissement de 3L LeTellier,

1. Ce Perilhe ou Pedriltie, président du district des Cordeliers, était l'un des maîtres en l'art et science de chirurgie de la ville de Paris, professeur et démonstrateur royal de chimie chirurgicale et de botanique [Almanach royal de 1789, p. 629 et 634). En septembre 17S9, il était l'un des représentauls de la couuiiune de Paris pour le district des Cordeliers {ÉlreUnes à la vérité, p. 4 S),

et développaient leurs grâces, au pied du mont Taygèle, toutes les vierges du Péloponèse, haïssaient-ils les femmes? C'était là leur spectacle, et avaient-ils si grand tort d'en préférer la simplicité à toute la magie de Topera d'Athènes? Sur quel fondement notre auteur aristocrate prédit-il donc la solitude du parterre et des loges, la ruine des marchandes de modes, des fabriques de plumes et de gazes , de la foire Saint- Germain et de la rue des Lombards. La Lanterne prédit, au contraire, que jamais les arts et le commerce n'auront été si florissants. Les Anglais excellaient à faire des étoft'es que les Français excellaient à porter. Mais patience, citoyens, vous aviez cent quarante mille calotins qui n'étaient pas la partie de la nation qui eût le moins d'industrie, puisqu'ils savaient vivre à vos dépens. Figurez-vous ces deux cent quatre-vingt mille bras rendus au commerce ou à l'agriculture. L'un s'occupe à polir l'acier ; l'autre, au lieu de sécher

l'élargissement de M. le baron de Tinfot. Ils ont arrêté de respecter les promenades publiques et de ne point profaner, par des patrouilles, la sainteté de ce palais, qu'on devrait bien appeler le Palais national, plutôt que le Palais royal. Le district des Cordeliers a encore autorisé les libraires à se passer de l'approbation de la Ville; il a déclaré les colporteurs personnes sacrées, et leur a rendu la voix dans son arrondissement, sauf la responsabilité des auteurs. On sait que ce district se ressent du voisinage du Café Procope. Ce café n'est point orné, comme les autres, de glaces, de dorures, de bustes; mais il est paré du souvenir de tant de grands hommes qui l'ont fréquenté, et dont les ouvrages en couvriraient tous les murs s'ils y étaient rangés; on n'y entre point sans éprouver le sentiment religieux qui lit sauver des Uammes la maison de Plndare. On n'a plus, il est vrai, le plaisir d'entendre Piron, Voltaire, Jean-Baptiste Rousseau, mais les patriotes soutiennent encore sa réputation. C'est à ce café que l'Assemblée nationale doit d'avoir l'abbé Sieyès dans son sein. Il a la gloire unique que jamais le langage de la servitude n'a osé s'y faire entendre ; que jamais les patrouilles nationales, non plus que les patrouilles royales, n'ont osé y enjrer ; et c'est le seul asile où la liberté n'ait pas été violée.

{^'ote de C. Desmoulins.)

pendant nombre d'années à faire un carême, fait voile pour la pêche de la morue à Terre-Neuve. Que d'esprit perdu dans le Quinquennium, dans la poussière des Écoles et sur les bancs de la Sorbonne ! Les bons effets de tant de talents, appliqués à perfectionner une manufacture ou à étendre une branche de commerce, sont incalculables.

A la vérité, le clergé tient furieusement à ses cheveux coupés en rond, à ses surplis, ses mitres, ses soutanes rouges et violettes, à ses bénéJices, à l'oreiller et à la cuisine, il ne veut pas entendre parler de la liberté de la presse, et il a une peur extrême de la raison. Depuis la grande victoire remportée sur lui dans la journée des dîmes, je pensais qu'il n'y avait que le premier pas qui lui aurait coûté, mais la séance du dimanche 23 août me détrompe. Ecce itemm Crisfjinus. Scapin amis de nouveau la tète hors du sac en criant comme un diable, et tous les efforts du comte de Mirabeau n'ont pu parvenir à l'y faire rentrer.

Poursuis, courageux Mirabeau. Ils ont étouffe un moment ta voix à Versailles; mais Paris, la France et l'Europe entière écoutent cette voix, la voix de la philosophie, du patriotisme et de la liberté, et nos citoyens lui répondent en faisant retentir leurs dards. Quand te verrons-nous enfin président de l'Assemblée nationale? Cependant, continue d'en être l'orateur, et d'opposer la hache de Phocion aux périodes arrondies et aux phrases sonores de quelques-uns de nos Pères conscrits. Poursuis tes douze travaux, et achève de triompher du fanatisme. Vois combien tu es devenu cher aux patriotes î Les alarmes du Palais-Pioyal, le 30 août, montrent qu'on ne sépare point tes dangers des dangers de la patrie. Sans doute la Nation I. 16

saura récompenser tes services : sans doute cette nation va se ressaisir du droit, qui lui appartient incontestablement, de choisir ceux qui doivent la représenter. Ce sont ses ambassadeurs qui la représentent chez l'étranger; c'est donc à elle à les nommer. Oui, elle disposera des ambassades. Elle a vu avec quelle dignité tu as soutenu ses droits ; elle se rappelle ton Adresse pour Féloignement des troupes.

Nec dignius unquam Majestas meminit sese Romana locutam.

La voix publique te désigne déjà le représentant de la Nation dans l'Europe. Va faire oublier à nos anciens et éternels auxiliaires que leurs secours ou leur amitié ont été payés d'ingratitude, que l'infidélité à des pactes de trois cents ans et aux alliances les plus inviolables a démenti et déshonoré la loyauté française, ou plutôt conçois un dessein digne de ta philosophie et de ton génie : il t'appartient de convoquer la Diète européenne et de réaliser l'impraticable paix de l'abbé de Saint-Pierre.

Je suis pourtant fâchée qu'on t'accuse de soutenir la sanction royale et d'avoir dit que, si le roi n'a point le veto, il vaut mieux demeurer dans Constantinople. C'est une calomnie \ et la contradiction serait trop grossière avec les principes dans lesquels tu n'as jamais varié, si tu accordais à un homme le droit de se jouer des plus sages décrets de toute une nation, et de lui dire : « Ce que vous voulez, vous, vingt-cinq millions d'hommes, je ne le veux pas, moi, moi tout seul. » Non, il n'est pas possible que Mira-

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