DE CAMILLE DESMOULINS A JEAN-PAUL MA RAT
11 paraît que dans mon n» 73 il y a une faute grossière d'impression, exercer l'apostat pour exercer l'apostolat, quoique les numéros qui me restent portent: Vapostolat. D'abord la langue indique qu'il faut lire apostolat, ensuite le sens de la phrase, car dans cette phrase je loue Marat de sa constance. Cependant Marat part de là pour m'adresser huit pages d'injures. Écoute, Marat : je te recommande seulement de
1. Camille avait parlé de X apostolat de Marat. On avait imprimé apostat. Marat s'indigna, fulmina contre le jeune Camille qui répondit à son tour.
ne pas l'autoriser tout à fait tant de l'exemple de Gauthier, et de calomnier un peu moins, même les gens en place. Quant à moi, je te permets d'en dire tout le mal que tu voudras. Tu écris dans un souterrain où l'air ambiant n'est pas propre à donner des idées gaies, et peut faire un Timon d'un Vadé. Tu as raison de prendre sur moi le pas de l'ancienneté et de m'appe- 1er dédaigneusement. ;>2me homme, puisqu'il y a vingtquatre ans que Voltaire s'est moqué de toi ; de m'appeler injuste, puisque j'ai dit que tu étais celui de tous les journalistes qui as le plus servi la révolution ; de m'appeler 7nalveillo.nr, puisque je suis le seul écrivain qui ait osé te louer; enfin de m'appeler mauvais patriote, puisqu'il s'est glissé sur quelques numéros une faute d'impression si lourde que personne ne peut s'y méprendre. Tu auras beau me dire des injures, Marat, comme tu fais depuis six mois, je te déclare que tant que je te verrai extravaguer dans le sens de la révolution, je persisterai à te louer, parce que je pense que nous devons défendre la liberté, comme la ville de Saint-Malo, non-seulement avec des hommes, mais avec des chiens.
Je demande pardon à mes lecteurs d'avoir pris dans mon journal pour la réponse à Marat un terrain qui appartient tout entier aux affaires publiques. En cela j'ai eu la faiblesse de suivre son exemple : les journalistes sont comme les poètes, genus irn'tabile; c'est bien assez que je dédaigne de faire attention au tombereau d'injures aristocratiques qui ne manque pas de s'arrêter tous les matins devant ma porte, c'est un fumier qu'y laissent Marchand, Champigny, Gauthier, Etienne, et qui engraisse mes terres ; mais quand
LES RÉVOLUTIONS DE FRANCE ET DE BRAEANT. i>29
je vois la charretée aux trois couleurs de Marat s'y arrêter aussi, mon respect pour le charretier tricolore m'oblige à lui faire des observations (N^ 76).
A'o 86 et dernier.