‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 37 sur 49 · ENVOYANT A LA FAYETTE SA DEMISSION DE JOURNALISTE · texte numérisé non relu

ENVOYANT A LA FAYETTE SA DEMISSION DE JOURNALISTE

Nous avions tort, la chose est par trop claire El vos fusils ont prouvé cette affaire.

Libérateur des deux mondes, fleur des janissaires Agas, phénix des alguazils-majors, Don Quichotte des Capets et des deux chambres, constellation du cheval blanc, je profite du premier moment où j'ai touché une terre de liberté pour vous envoyer ma démission de journaliste et de censeur national que vous me demandez depuis si longtemps, et que je mets aux pieds de M. Bailly et de son drapeau rouge. Je sens que ma voix est trop faible pour s'élever au-dessus des clameurs de vos trente mille mouchards et d'autant de vos satellites ; au-dessus du bruit de vos quatre cents tambours et de vos canons chargés à raisin.

Puissé-je me tromper dans mes conjectures! car je me suis éloigné de cette ville comme Camille, mon patron, s'exila d'une ingrate patrie en lui souhaitant toute sorte de prospérité ! Je n'ai pas besoin d'avoir été empereur, comme Dioctétien, pour savoir que les belles laitues de Salone, qui valent mieux que l'em- I, 20

pire d'Orient, valent bien l'écharpe dont se pare un municipal et les inquiétudes avec lesquelles un journaliste jacobin rentre le soir chez lui, craignant toujours de tomber dans une embuscade d'ennemis de la liberté de la presse et de coupe-jarrets du général. Il m'en coûte pourtant de quitter la plume ! Mais si tous les écrivains patriotes se taisaient! Pour moi, ce n'est point pour substituer ni des Décemvirs à la royauté, ni des comités aux ministres, ni un M. d'André, ni un 31. Barnave aux premiers ministres, ni les proscriptions des codictaleurs La Fayette et Lameth aux lettres de cachet; ce n'est point pour établir deux chambres que j'avais pris le premier la cocarde nationale; ce n'était point la peine de nous délivrer des bourrades des tristes à pattes^ pour nous percer de la baïonnette de nos concitoyens, et on n'a point renversé la Bastille, on n'a point affranchi de la prison ceux qui regimbaient contre l'ancien régime, pour fusiller et éventrer ceux qui, soumis au nouveau et en vertu des décrets, signent une pétition.

Le dernier numéro des Révolutions de France et de Brabant^ signé Camille Desmoulins^ électeur du département de Paris, est accompagné de cet avis au lecteur (4 août 1791).

Camille Desmoulins, a son abonné,

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