‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 10 sur 16 · V. S. DcPRÉ · texte numérisé non relu

V. S. DcPRÉ

Lettre de M. Edmond Saint-Léger, médecin iilandois, à Camille

DesmoalÎDs.

24 décembre 17ÎK>.

J'ai reçu hier au soir le numéro 4 de votre Vieux Cordélier-^ je l'ai lu avec un'plaisir extrême. Tous les détenus qui en ont entendu hr Icfttnrc vous comblent de bénédîc-

tioos; il leur paroit comme à moi que les moyens qu'il éioit réservé à votre génie de proposer opérennent le bien et ramèneroient tous ceux qui sont capables d'aimor véritablement la patrie. J'ai dit qu'il &udroit inventer un nouveau supplice pour ceux qui se conduîroient mal^ après avoir obtenu leur liberté par le moyen de vptre comité de clémence, et chacun s'est rangé de monavia.

Il ne conviendroit pas que je vous engageasse à continuer } vous aimez et vous connoisses trop hiea rintënél de la république pour rester en si beau chemin. Vosi jourez délicieusement du bonheur que vous aurez procmë à vos concitoyens , et votre nom ira gLorieuseiiieM à-la postérité. Tai appris avec joie ce matin que TouIcMi ait repris. Ceci prouve évidemment que la républiqai n^ plus rien à craindre de ses ennemis intérieurs, et je suis intimement convaincu que votre système mis en pratique consommera en peu de jours la réduction entî^ de la Vendée. Il me larde de vous faire compliment de vive voix et d'être à même de dévorer vos numéros au sortir de la presse.

Je vous salue et les vôtres.

Votre concitoyen ,

Edmond^ St.-Légsr.

N. B, Ce citoyen étoît le médecin de Camille.

lu 'l

Lettre de M. Leroux à Camille Desmoaliu».

Parisy fe K BÎvote an ii.

J'ai lu avec plaisir, brave Camille , tes fuiniéros du Fieux Cordeher ^ et j'ai vu avec joie qnfi les principes sont ceux d'un vrai républicain » c'«st4Hlire d'un homoie de biea qui n'a en vue que le.bonbeur i» sa patrie. U Jie fattoit pas moins qu'un homme d« ta trempe pour oser &ire usage de la première des libertés, celle de la presse, dans des circonstances où la stupeur, la terreur même lient toutes les plumes eochainées.

Ton comité de clémence seroît le plus salutaire de tous les comités, il feroit plus d'amis à la république que la rigueur qu'on emploie ne lui fait de prosélytes ; car il ne faut pas s'y tromper, depuis que ,1a terreur est à Tordre du jour j on voit plus d'hypocrites en politiques qu'il n'en existoit en religion, et cettx4a sont bien plus dangereux que ceux-ci* '

On ne prc^Mse pas une memre de rigueur que ces hypocrites n'ajoutent encore une mesure plus rigoureuse. A la convention , au département , à la commune , dans les

sections , dans les clubs, partout enfin/ces gens-là fourmillent et on les reconnoit facilement à Tenchère qu'ils mettent sur toutes les mesures proposées.

Est-il question de signataires de pétition de 179a? Ce sont des royalistes, dit-on , ce sont des contre-révolutionnaires* £h! pourquoi, s*il tous plaît? A cette époque les choses étoient entières. L'assemblée législative avoit juré le maintien de la constitution exbtante; on ne recevoit pas un législateur qui n'eût fait ce serment à la tribune ; toutes les autorités constituéeis , tous les individus avoient

fait le même serment ; pourquoi donc leur feroit-on ttn crime d'avoir voulu maintenir cette constitution qui élott

si solennellement jurée? Etoît-ce un piège tendu 'à Fliii-

manité? Il répugne de le croire. Etoit-ce un déKt, un crime? Non sans doute; la constitution d'alors^ comme celle d'aujourd'hui, garantissoit les droits de thomme;

ces droits sont la liberté d'opinion , la sûreté des personnes, le respect des propriétés , le droit de pétition', la liberté de la presse , etc...., et d'après ces principes , qiri ne dcvroient jamais être altérés, on voudroit prosérire ceux qui les ont maintenus? Non. Les législateurs ne souffriront pas qu'une pareille infamie souille leur ^tirâ, ils ne garderont point le silence sur les projets des contn^révolutionnaii^es qui ne mettent des motions en avatiit^ur les signataires que pour indisposer la plus grande partie du peuple contre la convention ; elle donnera snife au décret

de rassemblée législative qui a çrdonné que ces pélitions seroient brûlées et que quiconque s'en servirent 9e«* roit regardé comme perturbateur. ^ -

D'ailleurs quel est Tauteur de ces pétitions? Je crois que c'est Regnault de Saint- Jean-d*Angely, ex^ccmstittiant, et Camus, son collègue, qui ont été la boussole de tous les. signataires , parce que leur patriotisme étoit connn ^ ils ont pu errer , mais cette erreur doit être funeste à ceux qu ils ont entraînés?'

D'un autre côté , en supposant que quelques signataires eussent réellement un meilleur dessein , à coup sur, ce n'étoit pas le plus grand nombre qui ignoroit le projet de renverser le trône ; ainsi on puniroit donc également Fami des principes et Tami du roi.

Quant à la pétition relative au camp prés Paris , on sait comment elle s'est faite et comment les officiers de Tétatmajor s'y sont pris pour obtenir des signataires; mais on peut encore observer qu'aueune section n'ëtoit disposée i Faire le sacrifice de ses canons; que te conseil exécutif d'alors étoit composé de ce qu'on appeloit les ministres patriotes^ et que de ces ministres les uns sont morts sous le fer de la loi, les autres se sont détruits.

Tu croiras peut-être, brtre Camille, que c'est un signa* taire qui t'adresse ces réflexions, tu te tromperois» On» vrier que je suis , je m'occupe de m<m travail ponr son* tenir ma raroîlle et je ne politique pa<^ ; mab je lis fonl.

et ma mémoire me rappelle saDS cesse aux principes contenus dans la déclaration des droits. -

Si mes observations te plaisent , tu pourras me le marquer dans Tun de tes numéros, et je me ferai un vrai pbàr sir de les soumettre à ton patriotisme.

Leroux.

Lettre d'Amable Latramblaye à Camille Desmoolint.

Qaintidi aivose ^ décembre 1705.

Grâces imnuwtelles te soient rendues pour fa aobk et touchante idée d'un comité de clémence. Maishélasî ibm*em rabattront que trop* Au moment où on m'appoi^ Uer ton quatrième numéro , je lisois le chapitre neuf do tWié de la clémence de Senèque le philosophe et j'e& éloiftfvé* cisément à ces mémorables paroles d^ Auguste : h, Fïtam tibi, Cinna^ itenun do^prius hosti^ nunc insidiaion, ac parricidœ. n Gtoycn non moins éclairé que vertueux , quand tu leur dis que ce comité de clémence finiroit la révolution , la preuve en est dans ce même chapitre de Senèque : « Post hase nuUis ampUus insidiis ab uUo

petiius est. » Puisse le génie de rhumanité qui t'a ins- ' pire un si beau commentaire du soyons amisj Cinna^ convaincre ceux qui nous gouvernent , qu*il ne peut y avoir de constitution sans morale , et que la seule bonne politique est de se montrer juste ! Ah! s'ils avoient le courage de dire à ces 200,000 citoyens qu'on appelle suspects : soyons amis , ces deux mots sauveroient la république bien plus sûrement que le million d'hommes armés pour la défendre. Si je recouvre ma liberté , k premier usage que j'en ferai sera d'aller embrasser un ami que le malheur m'aura donnée* mais j'en désespère, s'il jai|t que nous soyons traînés de comité en comité, et si la convention n'abrège pas dans sa justice et sa sagesse les longueurs de ce dédale de proeédures. Faudra-t-il donc, soua le régime de la liberté comme sous la main de fer du deapotisroe, que le ma] soit versé tout à lafoU et le bien goutte à goutte. Sois assuré, homme selon mon ccour et mon esprit , que le plus sévère examen de ma conduite et de mes principes ne le sera jamais asser au gré de mes désirs.

Âmajble Latbambx^ye,

t^ tir uroÊÊt laa. s le

■S ^ninc T^oamm :t^ cws^Lmak, et Hrwai^aKttC 4Br^ cscar*. ^los xv5ez ihinniis: ■ftiéponse fe ««u» ^cr^acb xv?i* xx ^««njgti^ ^juâst 'çat TOfB par-

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Kicpcadez-Boi dcK . (ttresecse qrae tqk ètH, et inçnxe «pn pts est. On rospc k silaoe i|ms «m année, afwcs des aèdes . eton olÂent cco»? par enw qpdqnes mfAii écribiTecdkmctîon. des &w£-£;Wk« des^*esf- <^ ÇM^ ra me yiu/. Le lapîn se desok ; U pcs» à Yous «km c«»e : T penâoit w mflieQ des boMibrs H des bon-

lets , et il auroit dit volontiers comi%c cet ancien preux : ^h! si ma dame me voyait!

Je m'aperçois avec douleur qu'on vous chagrine , puisque Camille est dénoncé par les mêmes hommes qui m'ont poursuivi aux Jacobins. J'espère qu'il triomphera de ces attaques */j'ai reconnu sa touche originale dans quelques passages de son nouveau journal ^ et moi aussi je suis un des vieux Cordeliers. Adieu, Lucile, méchante diablesse. Votre serpolet est-il cueilli? Je ne tarderai pas, malgré toutes mes injures, à implorer la faveur d'en brouter dans votre main. J'ai demandé un congé d'un mois pour me refaire un peu ; car je suis exténué de fatigue \ après je revoie danè le sein de la convention , et je vais à la dérobée m'ébaudir sur l'herbe avec l'âne Martin , dans les allées du bourg de l'Egalité , malgré vos potées d'eau.

Vous n'aurez point d'huile ni d'olives si je n ai point une réponse de vous. Vous me direz tout ce que vous voudrez, mais je vous aim^ et vous embrasse, divin rouleau, sous le nez de votre jaloux loup-loup. Adieu encore une fois.

Fréron.

Ne m'oubliez pas auprès de nos amis communs. QuVst

devenue- la citoyenne Robert ?

-2IÙ

Lettre de Dnan Jafin de

Je sais que tu m'esdiiies toajoiirs , et que tn ne lae regardes que comme h Ticdme de qnelqpies intrigans que j'ai OQ dénoncés , on méprisés. Vincent et sa clique mVmt rayé comme toi de la société dont noos cnmw^^ les patriarches. Je n'ai fait aacnne réclamation : je t'ofaaenrefii seulement qne j'ai été mis en état d'arrcsUlioB deux joms après la sortie de Vincent da Luxembourg , par le coodié

de la section des Tuileries, dont d*Àubigné est membre ainsi que Beaudoin. Si j'étois sortie ah! que je mVmploierois pour les yiclimes qui sont ici.

Tu connois la comtesse Yillette. QuVt-elle fait ? Je réponds de son civisme ; Finjustice qu^elle éprouve n^a point éteint ce beau feu qu'elle a toujours montré ^ si son mari a &illi, elle n'en doit point répondre. Oublie-moi pour la servir, et tu me serviras assez. Moi , je suis accoutumé à souffrir^ je suis insensible à mes maux, je ne vob que ceux d'autrui et je ne sens d'autre privation que celle de mes amis.

Salut et continuelle fraternité.

DrACOK JuLIàN DE CARENTAN.

31 mars ( 1 1 germinal ) 1794.

Dans la matinée Camille reçut de son père la lettre suivante.

Reninion sur Oise, 13 germinal.

Mon cher fils ,

J'ai perdu la moitié de moi-même, ta mère n^est plus : j'ai toujours eu espérance de la sauver , c^est ce qui m'a empêché de t'informer de sa maladie. Elle est décédée aujourd'hui heure de midi. Elle est digne de tous nos regrets; elle t'aimpit tendrement. J'embrasse bien affectueusement et bien tristement ta femme , ma chère belle-fiUe, et le petit Horace. Je pourrai demain t*ëcrire plus au long. Je suis toujours ton meilleur ami.

Desmouuns»

Le soir da même jour, pendant que Camille se coudioît, on Tint Farrêter. Voici ia copie de son procès-verbal d'arrestation.

Procès-Verbal iTamesiaiion de Camille Desmoulins.

3i mars 1794*

Dépaitemenl de police.

Commune de Paris.^

Le onzième jour de germinal ,

L'an deuxième de la république une et indivisible.

Extrait des registres du comité de salut public de la convention nationale du décadi de germinal, Tan deuxième de la république françoise une et indivisible.

Les comités de salut public et de sâreté générale arrêtent que le citoyen Camille Desmoulins , membre de la convention nationale, sera conduit en la naaison d'arrêt du Luxembourg pour y être gardé au secret.

Charge le" maire de Paris de mettre sur-le-champ le présent arrêté à exécution,

lies représentans du peuple.

Signé : Billaod de Yarennes, Lbbas, BAAiiiRE) GAmiiaT, Prieur^ Louis du Bas-Rhin , Vadibr, Collqt d^H«a- BOIS, YouLAND, Jagot, Dubarhau , Saist-Just, Amar, La Yigomtbbib , M. Bayls , Elie Lacostb, .Robbspibbre et Cqptpon.

Pour copie conforme ,

JjGS administrateurs de police.

Cor PupAffMi

Première lettre de Camille à Lucile, datée de h prisoi|da Ixtum^

bourg.

Ma Lucile , ma Yesta , mon Ange ,

Ma destinée ramène dans ma prison mes yeux sur œ jardin où je passai huit années de ma vie à te suivre. Un

coin de me sur le haiemhanrf i de soureniis de nos laonis. Je mm wm maisjen*ai été par h pensée, par par le toocher, pkis pris de toi, de ta noe, de mum petit Horace.

Je ne t'écris ce premier billet que pow le dcaaader les choses de première nécessité. Hais je fais pâmer to«l le temps de ma prison à t*écrire; car je n« pas besoin de prendre ma plume pour autre diose et pour ma défease. Ma justification est toute entière dans mes Iwit Toinmes républicains. Cesl im bon oreiller sor leqnd ma c ens cience s^endort dans Tattente du tribunal et de b postérité* O ma bonne Lolotte, parlons d'autre diose. Je me jette à genoux , j*ëtends les bras pour ^embiasser, je ne trouire plus mon pauTre Loulou {ici ton remarque la trace dune larme) f et cette pauvre Dutmne '.

Envoie-moi un pot â Tean , le Terre oà il y a on C. et un D., nos deux noms, une paire de draps, on Uvre in-i2 que j^ai acheté il y a qudqnes jotin â^Cbirpentier et dans lequel il y a des pages en blanc mises exprès pour recevoir des notes. Ce livre roule sur rimmorUdilé de Famé. Tai besoin de me persuader qu'il y a un Dieu plus juste que les homm^ et que je ne puis man*

' Cétoitlenoai Jamiliqr dnnnr psr Csmilk â inadiitpc ù^fktmk , sa belle-Dière.

Jf

Lettre de Lncilc à Robespierre.

Point de date.

Est-ce bien toi qui oses nous accuser de projets contrerévolutionnaires, de trahison envers la patrie? Toi qui as déjà tant profité des efforts que nous avons &it8 uniquement pour elle. Camille a vu naitre ton orgueil, il a pressenti la marche <[ue tu voulois suivre ; mais il s'esl rappelé votre ancienne amitié , et aussi loin de Tinsensi* bilité de ton Saint-Just que de ses basses jalousies , il a reculé devant Fidée d'accuser un ami de collège, un compagnon de ses travaux. Cette main qui a pressé la tienne a quitté la plume avant le temps , lorsqu'elle ne pouvoit plus la tenir pour tracer ton éloge. Et toi tu Fenvoies à la mort ! Tu as donc compris son silence ! H doit t*en remercier ; la patrie le lui auroit reproché peut-être ; mais, grâce à toir, elle n'ignorera pas que Camille Desmoulins fut contre tous le soutien , le défenseur de la république.

Mais , Robespierre , poucras-tu bien accomplir les funestes projets que t'ont inspirés sans doute les âmes viles qui t'entourent? Âs-tu oublié ces liaisons que Camille ne se rappelle jamais sans attendrissement ? Toi qui fis des vœux pour notre union , qui joignis nos mains dans les

tiennes , toi qui as souri à mon fils et que ses mains enfantines ont caresse tant de fois^ pourrois-tu donc rejeter ma prière 9 mépriser mes larmes , fouler aux pieds la justice ? Car, tu le sais toi-même , nous ne méritons pas le sort qu'on nous prépare ^ et tu peux le changer. S*U nous frappe , c'est que tu Tauras ordonné ! Mais quel est donc

ie crime de mon Camille?

Je n'ai pas sa plume pour le défendre ; mais la voix des bons cftoyens et ton cœur, s'il est sensible et juste, seront pour moi. Crob-tu que Ton prendra conBance en toi en te voyant immoler tes amis ? Crois-tu que Fon bé^ nira celui qui ne se soucie ni des larmes de la reuve, ni de la mort de l'orphelin ? Si j'étois la femme de Saint-Jost, je lui dirois : La cause de Camille est la tienne , c'est celle de tous les amis de Robespierre ! Le pauvre Camille, dans la simplesse de son cœur, qu'il étoit loin de se douter do sort qui l'attend aujourd'hui ! Il croyoit travailler à la gloire eu te signalant ce qui manque encore a notre lé* publique ! On Ta sans doute calomnié près de toi, Robespierre, car tu ne saurois le croire coupable j songe qu'il ne t'a jamais demandé la mort de personne , qu'il n'a jamais voulu nuire par ta puissance et que tu étois son plus ancien, son meilleur ami. Lors même qu'il n'eut pas autant aimé la patrie , qu'il n'eût pas été autant atta* ché à la république , je pense que son attachement pour toi lui eût tenu lieu de patriotisme, et tu croirois que pour

cela nous méritons la mort!.. car le frapper loi,

c'est

N. B. Cette lettre resto inadieTée et ne fat point portée à Robespierre.

{NoUderOitair,)

Deaûème lettre d« Caauile à Uôie, de b

Ma chère Lololte,

Le chagrni 4e noive fépMUMi ara alané le nai point dedundbfe k fin; i finil fse tm wli

cite, adiea Horaee^ adioinMiMne^ â4»Mi mni fÎMf père. Ecri^Jni me lettre 4e rwiilati an J< fMai majai» » j e n'ai nangé que ta fo«pe iefde hier. Le ciel e M pifii de mon innocence, il m'a emiefé itMleieMMJl M songe oà je tous ai tw Iom; enriMi^'iMi 4^. M efc^«itf

et Ion portrait , oh ! je t'en prie , car je pense uniquement h toi et jamais k l'affaire qui m'a amené ici et que je ne puis deviner.

Trobièmc et dernière lettre de Camille à son épouse.

Duodi germinal, i$ heures du matiD^(i«r avril).

Le sommeil bienfaisant a suspendu mes maux. Ou est libre quand on dort; on n'a point le sentiment de sa captivité; le ciel a eu pitié de moi. Il n'y a qu'un moineiit, je te voyois en songe , je vous embrassois tour à tour, toi, Horace et Daronne , qui étoit à la maison ; mais noire petit avoit perdu un œil par uiie humeur qui venotl dé se jeter dessus , et la douleur de cet accident m'a réveilié. Je me suis retrouvé dans mon cachot. Il faisoit un peti de jour. Ne pouvant plus te voir et entendre tes répomies, car toi et ta mère vous me parliez^ je me suis levé au moins pour te parler et t'écrire. Mais ouvrant mes fenêtres » la pensée de ma solitude , les affreux barreaux > les verrons qui me séparent de toi , ont vaincu toute ma fermeté

d*ame. J^ai fondu en larmes, ou plutôt j'ai sangloté en criant dans mon tombeau : Lucile ! Lucile ! ô ma cbère Lucilei oft es -tu?... (ici on remarque la trace éPune larme). Hier au soir j'ai eu un pareil moment, et mon cœur s'est également fendu quand j*ai aperçu dans le jardin ta mère. Un mouvement machinal m'a jeté à genoux contre les barreaux \ j'ai joint les mains comme implorant sa pitié , elle qui gémit, j'en suis bien sur, dans ton sein. J'ai TU hier sa douleur ( ici encore une trace de larmes), à son mouchoir et à son voile qu'elle a baissé , ne pouvant tenir à ce spectacle. Quand vous viendrez , qu'elle s'asseye un peu plus près avec toi, afin que je vous voie mieux. Il n'y a pas de danger, à ce qu'il me semble. Ma lunette n'est pas bien bonne ,* je voudrais que tu m'achetasses de ces lunettes comme j'en avois une paire il y a six mois, non pas d'argent, mais dWer, qiû ont deux branches qui s'attachent à la tête. Tu demanderois du numéro iS : le marchand sait ce que cela veut dire \ mais surtout , je l'en tîonjure , Lolotte , par nos amours éternelles , envoie»moi ton portrait \ que ton peintre ail compassion de moi , qui ne souffre que pour avoir eu trop compassion des «utres^ qu'il te donne deux séances par jour. Dans l'horreur de ma prison , ce sera pour moi une fête, un jour d'ivresse et de ravissement , celui où je recevrai ce portrait. En attendant envoie-moi de tes cheveux \ que je les mette contre mon cœur. Ma ch^ Lucile ! me voilà revenu au temps

de mes premières amours , où quelqu'un m'inléressoil par cela seul quHl sortoit de chez toi. Hier, quand le citoyen qui t*a porté ma lettre fut revenu : « Eh bien ! vous Favez vue ? » lui dis-je , comme je le disois autrefois ioel abbé Landre ville , et je me surprenob aie regarder oomme s'il fut resté sur ses habits, sur toute sa personne, quelque chose de toi. Cest une ame charitable puisqu^il t'a remis ma lettre sans raturer. Je le verrai , à ce qull parott, deux fois par jour, le matin et le soir. Ce messager de nos doih leurs me devient aussi cher que Tauroit été autrefiMS h messager de nos plaisirs. J'ai découvert une fente dans mon appartement ; j'ai appliqué mon oreille» j-ai entendv gémir ; j'ai hasardé quelques paroles , j'ai entenda h voit d'un malade qui souffroit. Il m'a demandé mcm noM , je le lui ai dit. « O mon Dieu ! » s'est-il écrié à ce retombant sur son lit, d'où il s'étoit levé , et j'ai distinctement la voix de Fabre d'Eglantine. « Oui, je snii Fabre , m'a-t-il dit ; mais toi ici ! la contre-réveUntiaD cit donc fidte ? » Nous n'osons cependant nous parieri de peur que la haine ne nous envie cette fiiible eonsoktiiMiy elqae« si on vAioit à nous entendre , nous ne ftissi(NM séparés et' resserrés plus étroitement ; car il a une chambre à feu ^ et la mienne seroit assez belle si un cachot ponvoit Tétre. Mais, chère amie! tu n'imagines pas ce que c'est que d'être au secret sans savoir pour quelle raison, sans avoir M internée, sans recevoir un seul journal ! c'est vivre et être

mort tout ensemble; c'est n'exister que pour sentir qu'on est dans un cercueil ! On dit que Finnocence est ctdme , courageuse. Ah ! ma chère Lucile ! ma bien-aimée ! souvent mon innocence est foible comme celle d'un mari, oelie d'un pfere, celle d'un fils! Si c'ëtoit Pitt ou Cobourg qui me traitassent si durement ; mais mes coliques ! mais Robespierre, qui a signé l'ordre de mon cachot, mais la république après tout ce que j'ai fiiit pour elle! Cest là le prix que je reçois de tant de vertus et de sacrifices! En entrant ici, j'ai vu Hérault-Sécbelles , Simon, Ferroux, Cbaumette, Antonelle; ik sont moins malheureux : aucun n'est au secret. C'est moi qui me suis dévoué depuis cinq ans à tant de haine et de périk pour la république , moi qui ai conservé ma pauvreté au milieu de la révolution , moi qui n'ai de pardon à demander qu'à toi seule au monde, ma chère Lolotte , et à qui tu Tas accordée , parce que tu sais que mon cœur, malgré ses foiblesses , n'est pas indigne de toi 'y c'est moi que des hommes qui se disoient mes amis, qui se disent républicains, jettent dans un cachot, au secret, comme si j'élois un conspirateur! Socrate but la cigué; mais au moins il voyoit dans sa prison ses amis et sa femme. Combien il est plus dur d'être séparé de toi ! Le plus grand criminel seroit trop puni s'il étoit arraché à une Lucile autrement que par la mort , qui ne fait sentir au moins qu'un moment la douleur d'une telle séparation 'y mais un coupable n'auroit point été ton époux, et

lu ne m'as aimé que parce que je ne rcspirois que pour ie bonheur de mes concitoyens. ... Ou m^appelle... Dans ce moment les commissaires du tribunal révolutionnaire viennent de m'interroger. Il ne me fut fait que cette question : Si j'avois conspiré contre la république. Quelle dérision ! et peût-on insulter ainsi au républioamsme le plus pur! Je vois le sort qui m'attend. Adieu , ma Lucile , ma cbère Lolotte , mon bon loup, dis adieu à mon père. Tu

vois en moi un exemple de la barbarie et de Fingratitude des hommes. Mes derniers momens ne te déshonoreront point. Tu vois que ma crainte étoit fondée , que mes pressen timens furent toujours vrais. J'ai épousé une femme céleste pas ses vertus ^ j'ai été bon mari , bon fils \ yaurois été aussi bon père. J'emporte l'estime et les regrets de tous les vrais républicains , de tous les hommes , la vertu et la liberté. Je meurs à trente-quatre ans ; mais c'est un phénomène que j'aie traversé, depuis cinq ans, tant de précipices de la révolution sans y tomber, et que j'existe encore , et j'appuie ma tête avec calme sur l'oreiller de mes écrits trop nombreux , mais qui respirent tous la même philanthropie , le méoie désir de rendre mes concitoyens heureux et libres , et que la hache des tyrans ne frappera pas. Je vois bien que la puissance enivre presque tous les hommes , que tous disent comme Denis de Syracuse : a La tyrannie est une belle épitaphe. » Mais, console-toi, veuve désolée ! l'épitaphe de ton pauvre Camille est plus

glorieuse : c est celle des Bmiiis ei des Calon les tynnni* cides. Orna chère Lucile ! j'élois né pour dire des vers, pour défendre les malheureux , pour te rendre heureuse, pour composer, avec ta mère et mon père , et quelques personnes selon notre cœur, un Otaiti. XaTois réri une G république que tout le monde eut adorée. Je n*ai pu croire que les hommes fussent si féroces et si injustes* Conmciit penser que quelques plaisanteries dans mes écrits, contre des collègues qui m'av<Nent provoqué , effaceroient le sour ▼enir de mes services ! Je ne me disiimnie point que je meurs victime de ces pbisanterks et de mon onilié poor Danton^ Je remercie mes assassins de me ùàre movrir avec lui et Philippcaux 9 et puisque mes coDégws ont été assez lâches pour nous abandomier et pour prêter roretle À des calomnies que je ne conoois pas, mais à emêf t6r les plus grossières , je puis dire que nous moofOM f kti* mes de notre courage à dénoncer des traitres, Héii maint amour pour la vérité. Nous pouvons laefn ei»pyrler ariw: nous ce témoignage , que ooM pit mom hmâeniitném^ républicains. Pardon , chère aMÎe^ «a véritahk m, Hfm j'ai perdue du moment qa'00 nom a téparéi, jeai'igimife de ma mémoire. Je denoisbie» plflliSlfli'#Mt«per ik le k faire oubUer. Ma Lucile! mm Um Imkml mu ^Mk %

SU

226 ^-Hi

Cachant*, je t'en conjure, ne reste point sur la branche, ne m'appelle point par tes cris ; ils me déchireroient au fond du tombeau. Va gratter pour ton petit , yîs pour mon Horace , parle-lui de moi. Tu lui diras, ce qu'il ne peut pas entendre , que je Taurois bien aime! Malgré mon supplice, je crois qu^il y a un Dieu. Mon sang effitcera mes fautes , les foiblesses de Thumanité ; et ce que j'ai eu de bon , mes vertus, mon amour de la liberté, Dieu le récompensera. Je te reverrai un jour, 6 Lucile! â Annette! Sensible comme je Tétois, la mort, qui me délivre de k vue de tant de crimes, est-elle un si grand malheur ? Adieu, Loulou^ adieu, ma vie, mon ame, ma divinité sur k terre ! Je te laisse de bons amis, tout ce qu'il y a d'hommes vertueux et sensibles. Adieu, Lucile^ ma Lucile I ma chère Lucile! adieu, Horace, Annette^, Adèle' ! adieu, mon

^ Gaclianl est ud petit village qui se trouve près de Purîs, sur le chemia de Bourg-la-Reine, où Mme Duplessis avoit, one maisOB de campagae. Camille et Lucile, en allaot voir Mme Daplosii, avoient souvent remarqué à Cachant une poule qui, inconsolable d*avoir perdu son coq, restoit jour et nuit sur la même branche et poussoit des cris qui déchiroient Tâme ; elle ne vonloit pins prendre de nonrritarc et demandoit la mort. C*est k cette poule que Camille fait ici allusion.

* Nom familier que donnoit encore Camille à Mme Dnplesstt.

^ Sœur de Lucile ; elle ne se maria point et vécat tonjourt avec sa mère, dont elle fut Tcmique consolation après la mort de Giluille, de Lucile, et de M. Duplessis.

pèr^! Je sens fuir devant moi le rivage de la vie. Je vois encore Lucile ! je la vois, ma bien-aimée! ma Lucile! mes mains liées t'embrassent , et ma tête séparée repose encore sur toi ses yeux mouransi

N. B. Le citoyen Cubières a fait une romance de cette lettre , et le citoyen de Launay Ta mise en musique.

Au I'' avril on comptoit dans les prisons 6,88 1 personnes.

(Note de l'éditear.)

Procès-verbal d'arrestation de Lacile.

E&trait des regbtres du comké de salât pabik de la convention

nationale.

Da quinzième jour de germinal, l'an u de la répubtique françoîie une et indivisible.

Les comités de salut public et de sûreté générale réunis arrêtent que la femme de Camille Desmoulins sera mise

sur-Ie-chaiïip en arrestation à Ste-Pélagie. Le scellé sera mis sur ses papiers.

Les membres du comité de salut public et de sûreté générale.

Signé : GouTHOiï^ Dubârrau, C. A. Prieur, Carnot^

YOULAND , BarRÈRK , ROBBSPIERRB.

Pour extrait.

Signé : Dvbarratj, CouTHorr, Youland, Billaud-Yarehhb.

L'an deuxième de la république Françoise une et indivisible y le quinze germinal , deux heures de releyée \ nous^ Jacques -Philibert Gubllard, commissaire de police de la section de Marat , en vertu de Tordre des comités de salut public et de sûreté générale de la convention nationale réunis en date de ce jour, signé des citoyens Dubarrau, Couthon , Youlland , Yarenne , membres de»dits deux comités, à nous à Tinstant remis par le citoyen Jean-Baptiste Dossonville , agent du comité de sûreté générale de la convention nationale , nous sommes transportés rue du Théâtre-François , en la maison du citoyen Labretinière, où, montés au second étage au-dessus de

Fcntrosol , y avons trouvé et par devant nous est corn* parue la citoyenne Anne -Lucite- Philippe Duplessis, femme de Benott-Camilte Desmoulins, à laquelle nous avons déclaré que les causes de notre transport étoient à Teffet de mettre à exécution ledit ordre ci-dessus énoncé dont nous lui avons Êiit lecture en tout son contenu, suivant et ainsi qu'elle le reconnoit.

A quoi ladite Duplessis , femme Desmoulins , nous a répondu qu'elle éloit prête à obéir à la loi , et nous a représenté que lors de Tarrestation de son mari , faite le onze du courant, les scellés avoient été apposés et sur les papiers de son mari et sur les siens ^ qu'au surplus elle nous invitoit à ce que nous ayons à nous en convaincre par nousméme, et de plus requéroit que nous ayons à faire telles recherches et perquisitions que nous jugerions convenablcs^et de suite ^ accompagné comme dessus, après avoir fait Texamen le plus scrupuleux de Tétat des scellés, nous les avons trouvés sains et entiers sur les deux secrétaires où ils avoient seulement été apposés. De tout quoi ladite Duplessis, femme Desmoulins, se trouve par ces présentes déchargée^ ayant été constituée gardienne desdits scellés, et perquisitions de nouveau faites dans tous les meubles pouvant contenir des papiers , et dans toutes les pièces composant l'appartement de ladite Duplessis , femme Des> moulins, n'y ayant rien rencontré qui nous parut suspect, nous avons clos le présent procès-verbal , après avoir éta-

bli gardienne des scellés la citoyenne Anne-Frauçoise- MarcBosdeveix, femme du citoyen Claude-Etienne Duplessis^ mère de ladite femme Desmoultns, laquelle y a consenti et s'en est chargée pour nous les représenter de même qu'ils lui ont été confiés , et ont lesdites femmes Desmoulins et la citoyenne Duplessis sa mère signé avec nous y ainsi que ledit Dossonville, es dits nom et qualité ci-dessus énoncés , lequel s'est chargé de ladite femme Desmoulins pour la conduire à sa destination.

Pour expédition conforme à la minute en Tabsence du secrétaire greffier.

GuELLARD.

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