‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 3 sur 16 · CAMILLE DESMOULINS · texte numérisé non relu

CAMILLE DESMOULINS

Lettre de Camille Desmoalias à son père sur la procession solennelle qui eut lieu le 4 mai 1789, ?eille de lourertnre des états-

géoéraux.

Paris, ^ mai i788.

Mon très cher père ,

Ce fut hier pour moi un des beaux jours de ma vie. D

auroit fallu être un bien mauvais citoyen pour ne pas

prendre part à la fête de ce jour sacré. Je crois que quand

je ne serois venu de Guise à Paris que pour voir celte

procession des trois ordres , et l'ouverture de nos étatsgénéraux , je n'aurois pas regret de ce pèlerinage. Je n'ai eu qu'un chagrin , ça été de ne pas vous voir parmi nos députés. Un de mes camarades a été plus heureux que moi-, c'est de Robespierre , député d'Arras. Il a eu le bon esprit de plaider dans sa province. Gch... , plus ancien et plus prôné que lui ^ n*a pas même été ici un des électeurs. Target n'a été nommé que le quatrième député à la vicomte. Paris n'en a pas encore nommé un seul. Sept seulement sont nommés pour le clergé; intra muros ^ l'archevêque, l'abbé de Montesquiou , M. Chevreuil, chancelier de l'université ; dom Chevreux , général des Bénédictins y le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet , le recteur de l'église de Paris 5 extra muros , M. l'abbé de Beauvais , évêque de Senez. Le prieur, curé de Saint- Germain en Laye , le curé d'Ârgenteuil , un abbé régulier. M. Berardier * a eu soixante-huit voix. Ce sont trois cultivateurs qu'on a nommés avant M. Target. On remarquoit hier à la procession le duc d'Orléans , à son rang de député au bailliage de Crespy , le comte de Mirabeau avec le costume du tiers et une épée , ainsi que

le comte de député du tiers ; un seul bénédictin , le

prieur de Marm^Hitiers, point d^ Bertoardins ; le costume

* Proviseur du collège de Louis- le- Grand.

de la noblesse, exactement le même que celui des ducs et pairs, étoit magnifique, et ils ëtoient deux cent quarante. Il y avoit quarante évéques. La plupart ont été choqués de les voir fiiire corps à part à la suite du clergé, au lieu de se confondre avec lui à leur rang de bailliage. Le cardinal de Larochefoucault prétend à la présidence, par le droit de sa pourpre. Notre abbé Marolles, excellent citoyen , avec qui j*ai causé hier fort long-temps dans le parc , ainsi que les trois quarts du clergé , sont décidés à choisir un autre président ; mais il profitera de lexemple du lieutenant-civil. Je n'ai vu qu*à la procession le cousin de Yiefville \ , chez qui j'ai passé trois fois. Comme tous nos députés se rengorgeoient ! ils avoient caput intra nubes et avec raison. Le discours de Févé* que de Nancy ayant duré trop long-temps, Fabbé de Bourville , un de mes camarades, m'amena diner chez

son oncle, le chevalier M ger, maréchal des camps.

C'est là que je pus voir combien le corps de la noblesse étoit irrité contre M. Necker. On avoit crié par mille et par miMe:Vïs^e le roi! vive le tiers^tat ! il y eut quelques saints pour le duc d'Orléans , rien pour les étoffes d'or ni les soutanes. Le visage du monarque étoit épanoui de joie. Il y avoit trois ans qu'il n'avoit entendu crier : F'ii^e

^ Dépaté aax états-généraax par le bailliage de Guise. ( Aisne. )

le roi! A Versailles, nous disoit M. de Votronville, il y avoit cent mille hommes qui s'égosilloient en vîi^at. Je n'ai vu ni le prince de Condé , ni le prince de Conty 5 j'allai voir M. Bailly après diner. Je le trouvai avec les députés de Yillers-Cotteréts et de ScHSSons , tous ravis d aise et remplis d'un saint zèle. La pensée de leur mission me remplissoit de respect, et j'étois étonné d^éprouver pour notre monsieur le curé un sentiment de vénération dont j'étois si loin à Laon. Je vous en ai beaucoup voulu à vous et à votre gravelle. Pourquoi avoir montré si peu d'empressement pour obtenir un si grand honneur? Ça été le premier de mes chagrins.

J'ai écrit hier à INtir&beau pour être , s'il y a moyen , un des coopérateurs de la fameuse gazette de tout ce qui va se passer aux états-généraux , à laquelle on souscrit ici par mille, et qui rapportera cent mille écus, dit-on, à l'auteur. Voulez-vous que j'aille souscrire pour vous ?

Votre fils ,

Desmoulins.

Leltrc de Camille Desmoulins à son pérc sur la dépatalion envoyée le S7 mai 1780 par les communes an clergé, pour l'engager de noaveau à se réunir à elles dans la salle de rassemblée générale > nombreux détaib à ce sujet.

3 juin 1788.

Mon cher père ,

Je reçois votre leilre à mon retour de Versailles ^ où j'iétqis allé voir nos chers députés. Je suis de jour en jour plus content du choix qu on a fait de mon cousin Deviefville. Cest un excellent citoyen, un vrai patriote^ il ne tiendra pas à lui que nous ne soyons dans le meilleur des mondes possible. J'ai yu aussi M. Target, avec qui j ai causé fort long-temps. Pour lui, Tintérét quil prend à notre cause le rend méconnaissable. Il me remplit d'admiration. Il est pénétré de la dignité , de Timportance de sa mission. Il ne se voit plus lui-même, ce qui m'a étraii-' gement surpris : il ne voit plus que la nation ^ il ne veut point élre président, il ne voudroit point être garde-dessceaux ^ il ne voit que le bien public. Il croit qu'il y concourra plus efficacement en restant simple citoyen. Jamais je n'ai vu une plus entière abnégation de soi-même. Comme je ne pouvois m'empécher de lui parler de l 'ia-

dîgnatioD que je ressentois , surtout contre les calomnies qu'on publioit contre lui^ il m'a répondu avec un patriotbme romain et avec cette indifférence que le défenseur de Milon prétoit à son client : Valeant cives mei ; sint ittcolumes, sint florenteSy sint beati , stet patria mihi cotrissima, quoquo modo mérita de me erit. Cette grandeuird'ame m'^ touché au-delà de ^oute expression. Ces voyages de Versailles me coûtent beaucoup , parce '/que je vais diner avec nos députés du Dauphiné et de Bretagne; ils me connoissent tous comme un patriote et ik ont tous pour moi des attentions qui me flattent. Le tiers-état n'espère plus rien de la noblesse et du clei^é. ^ Si le clergé avoit pu se réunir à eux , il l'auroit fait jeudi dernier , lorsque Target , à la tête difine députation , leur fit un discours qui attendrit plusieurs personnes jusqu'aux larmes. Il les conjun^ par tqut ce qu'il y avoit de. plus sacré, -de se rendre à l'assemblée générale, he^ curés, entraînés par son obsécration , crièrent par quatre fois : aux voixl aux voix I mais le président ne voulut jamais, aller aux voix^et les évéques, voyant la majorité évidemment contre eux , mirent tout leur soin à faire remettre la délibération au lendemain. D'ici à quinze jours, le schisme éclatera , le tiers-état se déclarera la nation ; ce qui consterne plusieurs députés , toutes les provinces n'étant pas aussi remplies de patriotes que le Dauphiné, la Bretagne,^

la Provence el P^ris. La gocrre nviie sallumer.

L*abbë dont tous ii aiYz p« àécbittifT le sba. ert i «kleur du livre trois fob léimpiMi é: ^'ert-or ^mt le ûen? Tabbé Syeyes ; on prononoe Syrss.

Je suis mainleiiaiit oecapé ifwi o at i ay palfiolif «e *. Le plaisir quefaî dViileadre les pbas irlMinilrT 4e wif zélés citoyens, au dob et dattscertaîascaléi. MCMtniae ' .

Tavois laissé cette lettre s«r le b«m« , fifii'wBT s^m-

jours tous envoyer b réponse de M. Brolé et de M. lorand. Une seonine sest coNdée. Dnaam diaiiii lir . ^ retourne à Versailles. Je vais cnfanuBer et m' mot-raéme. Noos allons entrer dans la grandes qui se passe en Bretagne doit donner nn rage à nos députés. Il y a trente nulle jeunes gens crits et prêts à sontenir b casse que lenn rep r fufn t ans défendent à VenaiHes. Les Bretons eséentent pptvffoi*

rement quelques-uns des aitides de leurs cahiers. Ui tuent les pigeons et le gibier. Cinquante jeunes gn» vienpent de faire de même ici pris une déoonfitnre 4m lièvres et de lapins dont il n'y a pas d^exemple. On dît qu'ils ont détruit à la vue des gardes , qui n'ont ofté les

• Cétoit Ut France libre.

' Camille alloit souvent au ci£é Procope.

attaquer, quatre à cinq mille pièces de gibier, dans la plaine de Saint-Germain.

rai trop loué la députation de Paris , ^ lexception de ' T«urget. Bien des gens qui m'entendent ici pérorer s'étonnent qu'on ne m*ait pas nommé député , compliment qui me Batte au-delà de toute expression. Les états-généraux ont attiré à Paris une foule d'étrangers, et de Fran çais de toutes les provinces. JLa ville est pleine comme un œuf, Versailles de même. On assure qu'il s'y tient chez un prince, des conférei\ces d'aristocrates, qu'il s'y forme une confédération entre les nobles et les parlemens ;\;onfédération impuissante , si la nouvelle est vraie que la Bretagne efj quelques autres provinces se remplissent de cocardes , non pas hostiles néanmoins , mais comminatoires, et que nous ayons une armée d'observatioo. Mon très cher père , vous ne vous faites pas une idée de la joie quQ. me donne notrerégénératioQ. C'étoit une belle chose que la liberté , pi^isque Catoo se déchiroit les entrailles plutôt que d'avoir un maître. Mais, hélas! jç r/vwdrois bien me régénérer moi-même , et je me trouve |*to,ujour5 les mêmes foiblesses, le dirai -je? les mêmes I .vices* Ce n'est pas celui du moins de ne pas aimer moQ père, à qui je souhaite les plus longs jours et toutes sortes de prospérités. Il y a ici des patriotes qui m'offrent de m'emmener en Bretagne avec eux. Avez-vous des nouvelles de mon frère? il est de ce côté là. Vous parle- t-iV

des affaires du temps ? Mais s'occupe-t-il scuicmeni dei états-génëraux?

J'ai l'honneur d'être , mon très cher père , votre très humble et très obéissant fils ,

Pbsmovlxus.

Lettre de Camille Dcsmoulins à son père sar les fameascs journées

des 22 et 23 jnin 1788.

Ce 24 juin 1789.

J^ai passé à Versailles le lundi et le mardi. Lundi on pous annonce, à notre arrivée, que la séance royale est remise ; il pleuvoit, des gardes empeohoient les députés d^entrer dans leur salle. Ce toit un spectacle affreux, pour les bons citoyens , de voir nos dignes représentans courir dans les rues sans savoir où s'assembler. Les recollets eurent l'indignité de refuser leur église. Le curé de Saint- Louis offrit la sienne. Là je fus témoin d'un des beaux spectacles que j'eusse vus de ma vie, la réunion de i^g députés du clergé. Il y eut de part et d'autre plusieurs di^ours touchans. L'abbé Ogé est du nombre des curés

^d^es ^ux communes. Le curé did Satui^Martin. de Noyoû esl resté avec Tévéque de Laon , dans la minoriié ecclésiastique. Le lendemain matin, Versailles éloit inondé d^ la foi\le des étrangers accourus pour la séance, L'archevêque de Paris et le garde-des-sceaux furent hués, honnis , conspués , bafoués à périr de rage et de honte , s'ils avoient eu un peu d^âme, Paperet, qui nccompagnoit le garde-HcIes-sceaux, en qualité de syndic des secrétaires du roi , est mort incontinent de la révolution que lui f\t la huée copieuse dont on yenoit de régaler Monseigneur. Le prince de Condé a été hué légèrement; Linguet, (reconnu dans la salle où il s'étpit glissé ^^ a été mis dehors par les épaules et expulsé par les députés du milieu d'eux. Il est heureux pour lui que le peuple ne l'ait pas reconnu. La veille Despreménil avoil failli être assommé^ et fabbé Maury n'a été soustrait à Ii^ fureur du peuple et n'a du son salut qu^à la vigueur d'un curé qui l'a pris par le corps et l'a jeté dans le carrosse de l'archevêque d'Arles. Le roi vint. Coipme M. Necl^er ne l'avoit point précédé, nous étions consternés. Une poignée d'enfans payés couroit à côté de la voiture en criant : P^we le roi ! Des valets, des espions, iaisoient chorus; tous les honnêtes gens et la foule se taisoient. La séance dura 35 minutes. Le roi annula tout ce qu'avoit fait le tiers, jeta une pomme de discorde entre les trois ordres , proposa 53 articles d'un édil artiGcieux où il feint d'accorder une

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